NOTRE-DAME-DES-CHAMPS
Église antique, dont on peut faire remonter la fondation au temps des rois de la seconde race. Elle aurait été bâtie sur l'emplacement d'un ancien oratoire de Saint- Michel, dont on retrouva une statue, à cet endroit même, au commencement du xvii° siècle. Jusque-là, l'église et l'enclos de Notre-Dame-des-Champs étaient occupés pur les religieux du monastère de Marmoutier, près de Tours, cl formaient une dépendance de ce monastère ; mais, à cette époque, l'ordre des Carmélites (elles s'appelaient d'abord Carmelines), réformé par sainte Thérèse, avait produit de tels résultats et opéré de si éclatantes conversions, que les Carmélites d'Espagne édifiaient tous les ordres religieux et tous les fidèles ; les Carmélites, si l'on veut nous permettre ce mol mondain, étaient à la mode. Quelques personnes pieuses eurent l'idée de faire venir d'Espagne des religieuses Carmélites, et la princesse Catherine d'Orléans de Longueville, cherchant pour celles-ci un établissement, obtint du cardinal de Joyeuse, abbé de Marmoutier, qu'il cédât aux Carmélites le prieuré de INolre-Dame-des-Champs. Ce ne fut pas sans de grandes difficultés dont le zèle de la protectrice triompha. Les bâtiments de Notre-Dame-des-Champs furent disposés pour leur nouvelle destinalion. La princesse dota le couvent d'une rente suffisante, et le pape Clément Xlll approuva, l'an 1603, la formafion, en France, d'un ordre entier de Carmélites, dont la maison de Paris devait être le chef-lieu.
l'AIJIS SOUS LOUIS XIV. 333
Celle congrégalion apporla en France et y enlrelint loules les praliques d'une
saine doclrine, loules les sévérilés d'une règle et d'une discipline innexibles, et l'ordre
des Carmélites se répandit si rapidement dans le royaume que, vers la fin du xvni'giècle.
on y en comptait soixante-deux maisons.
L'une de ces religieuses, illustre par ses malheurs et sa faiblesse trop cruellemenl expiée, Louise de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière, entra aux Carmélites de Notre-Dame-des-Champs en 107G. Elle s'arrachait au monde, aux grandeurs, à l'amour.
^o^lll!-l>AME-llr.scH•ul>s
Elle apportait à Dieu son cœur déchiré par l'inconstance de l'amant qu'elle avait aimé plus que tout, sans réfléchir qu'il était homme et qu'il était roi. C'était Louis qu'elle aimait et non Louis XIV, et un cœur comme le sien ne pouvait se donner qu'une fois. Jamais elle n'avait usé de son pouvoir que pour faire le bien, jamais elle n'avait oITensé personne ; elle s'était toujours sacrifiée. Aussi, nul ne la méprisa lorsqu'elle était la maîtresse du roi; et tout le monde la plaignit et l'admira lorsqu'elle se fut faite la servante de Dieu. Le roi et ses infidélités cruelles, la Montespan et ses triomphes insolents, elle avait tout enduré sans une plainte, espérant tout bas en mourir, et lorsqu'aux
Carmélites, jeûnant, se mortifiant, priant à nu-genoux, semant de la cendre sur ses aliments, voulant oublier ses douleurs d'autrefois à force de se créer de nouvelles tortures, lorsque témoins de cette longue agonie, ses amis lui reprochaient de trop souffrir : — Ah ! disait la douce victime, quand je crois avoir de la peine ici, je me souviens de ce que ces gens-là m'ont fait souffrir, et alors je ne soufïre plus. » Elle mourut enfin, dans Notre-Dame-des-Champs, après trente-six ans de pénitence, et la
LE MOMT VALERIEIN
Montespan, disgraciée à son tour, étant venue cacher aux Carmélites la blessure, non de son cœur, mais de son orgueil, elle y trouva la sœur Louise de la Miséricorde, son pardon, son sourire et son exemple.
Quel siècle ! quelles âmes, quels cœurs !
Dans l'église de Notre-Dame-des-Champs furent inhumés le duc et la duchesse de Montausier, 1690-1691 : le fameux docteur Hecquet, médecin d'abord à Port-Royaldes-Champs, puis doyen de la faculté de Paris, et médecin de Notre-Dame-des-Champs
PARIS SOUS LOUIS XIV. rsi
où il mourut après dix ans de relraile et d'abstinence ; rhisloriographe Varillaii, émva,,. d'une valeur contestable, mais bonnèle homme qui mourut pauvre, ayant refu»c dï-crin», à de riches conditions, une histoire de la Hollande, ennemie de la France; enfin, le cœur du grand Turcnne et celui de la princesse de Conti, Anne Marlinozzi.
En 1790, les Carmélites, église, couvent, furent démolis; on vendit les bâlimenls.
LE PALAIS DES TIIEllMES
Le Palais de Julien, dit-on. S'il ne l'a pas fondé, Julien l'a du moins habité el lui a laissé son nom, comme Valérien laissa le sien à la colline célèbre qui fui appelée. Calvaire, puis Moni Valérien, hors Paris. C'est la plus ancienne ruine que possède Paris. La construction de ses bains remonte au m* siècle. Une suite innombrable d'empereurs el de rois en ont fait leur résidence : Julien y fut proclamé empereur par ses soldais. Valenlinien l'habita; Gralien y faisait battre ses cent lions contre des ours. Maxime. Childéric, Clovis n'eurent pas, à Paris, d'autre séjour. Childebert, L'Ilrogothe, sa femme.
s'y promenaient dans ses beaux jardins. Les Normands RoUon, Ragenaire s'y reposèrent, abrités par les immenses murailles et les dédales mystérieux de ce prodigieux Palais delà montagne. Lorsqu'en 1218, Philippe-Auguste le divisait en deux parties, pour bâtir son enceinte, 800 ans après sa fondation, les poètes l'appelaient encore \a Maison des Rois [Domus aula Regum). Saint Louis ayant voulu installer la Sorbonne, acheta, dans ce but, des maisons devant le Palais des Thermes. On en suit pas à pas, obscurément, mais sûrement, les traces dans l'histoire. Enfin ces ruines, encore solides et importantes, furent vendues vers 1340 à Pierre de Chalus, abbé de Cluny, par l'évêque de Rayeux qui le tenait de Jean de Courtenay, premier du nom.
Il en restait, sous Louis XIV, un fragment magnifique : une salle immense située au fond d'une vieille maison de la rue de La Harpe. La voiàte de cette salle atteignait à la hauteur des maisons voisines, et les murs en étaient enduits de stuc de quatre à cinq pouces d'épaisseur. Quel rôle a joué cette salle dans l'antique palais? Ce n'est plus désormais qu'on pourra le savoir. Et pourtant, aujourd'hui, grâce aux curieuses reconstructions qu'en a faites l'archéologie, cette ruine majestueuse, squelette galvanisé, occupe encore sa place parmi les monuments vivants de Paris.