‹ Paris sous Louis XIVChapitre 11 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La rue Parisienne

Les Cris de Paris. — Le Pont-Xcuf ; Maître Guillaume, le clocheton Tabarin, Philippot dit le Savoyard, Guillaume de Limoges dit le Boiteux, le cocher Vertamont, Biocci dit Brioché; les boutiques du Pont-Neut. — Les Galeries du Palais. — Les Foires de Paris : foire du Lendit, toire Saint-Germain-des-Prés, foire Saint- Laurent. — Jardins et Promenades. — Les Tuileries.

Nous allons, maintenant, nous occuper du spectacle de la rue parisienne.

Oe tout temps, les rues de Paris ont présenté une anim.ation réellement extraordinaire, car la vie était tout extérieure pour cette population bruyante, grouillante et essentiellement mobile.

(1) Walckenaer. Mémoire sur la Vie de M'»'' de Sévigné, T. H, p. 39.

(2) Lettre de M""'de Sévigné à Bussy-Rabutin, le 2(j Juin 1655.

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Lex cris de Paris

'Parlons, d'abord, des cris de Paris dont l'origine remonte au moyen-âge.

Tous les métiers ne s'exerçaient pas alors en boutiques ; aussi les rues étaient-elles parcourues par une foule de marchands ambulants criant les denrées qu'ils vendaient, ou criant celles des autres, ou bien encore annonçant la nature des petites industries qu'ils exerçaient à la portes des maisons pour réparer sur place des oljjets mobiliers, des ustensiles de ménage, ou des vêtements.

On criait l'eau, le vin, l'eau-de-vie, les baptêmes, les mariages, la vente et la location des maisons, la date et le lieu de réunion des diverses confréries, les objets perdus, les enfants disparus, etc, etc.

C'est qu'en effet, avant la découverte de l'imprimerie, les moyens de publicité étaient très restreints et force était de recourir à la voix humaine.

L'importante corporation des crieurs avait pris un développement de plus en plus considérable à partir de l'année 1220, époque à laquelle l-'hilippe-Auguste avait concédé aux marchands hanses de l'eau de Paris, la terme exclusive du criage du vin, sous la condition de payer au roi une rente annuelle de 320 livres.

Aussi, la corporation des jurés-crieurs de vin, personnages investis d'une fonction officielle, n'a\-ait-elle pas tardé à devenir l'une des plus importantes.

Les taverniers jugèrent avantageux de recourir à l'intermédiaire des crieurs pour avertir le public chacjue fois qu'ils allaient entamer une nouvelle pièce de vin. Le fisc, intéressé à la vente, en raison de l'impôt perçu sur chacjue pièce vendue, obligea les taverniers à prendre un crieur, au salaire cjuotidien de quatre deniers, qui serait chargé, en même temps, de constater et de signaler la vente journalière.

'lous les matins, ces crieurs parcouraient les rues de Paris pour annoncer le nom de la taverne à laquelle ils étaient attachés, et offraient aux passants, du ^■in dans un hanap de bois que leur remettait le tavernier.

Puis, à partir du début du quinzième siècle (1415), en étendit les attributions des crieurs de vin qui en vinrent à crier les morts, les réunions de confréries, les enfants, les animaux, papiers et objets perdus, et que l'on appela dès lors, jurés-crieurs de corps et de vin.

Messieurs les crieurs étaient alors, comme on le voit, devenus gens fort occupés, et force fut de ramener ces occupations à des limites plus raisonnables : au dix-septième siècle, ils ne s'occupaient plus que des funérailles; on les appelait les clocheteurs des trépassés, et c'est contre eux que-protestait le poète Saint-Amant, dans son tableau d'une nuit à Paris :

Le clochetteur des trépassez,

Sonnant rie rue en rue.

De frayeur rend leurs cœurs glacez,

Quoyque leur corps en sue;

Et mille chiens, oyans sa triste voix,

Lu^' respondent à longs abois.

Oue d'industries, aujourd'hui disparues, qui donnaient lieii à ces mille cris de la rue, que l'on vendait réunis en un livret multiplié par les presses, suivant les besoins de la librairie populaire!

— I 19 — Voici, par exemple, quelciues strophes extraites an Iiasard, d'une plaquette contenant l'énumération versifiée: « Les cris de Paris que l on cru- journellement par tes rues de ladicte ville : »

LE PATISSIER Et moi, pour un tas de friands, Pour Gauthitr, Guillaume et Michaud, Tous les matins je vais crians:

Echaudéz, gasieaux, pastés chatidil

LES ALLUMETTES Pour quelque peine que j'y mette, D'enrichir je n'ai pas appris.

J'ai beau crier: Des allumettes!

Car ils sont de trop petits prix.

CHARBON DE BATTEAU Charbons de jeune bois !

Il n'est qu'à trois sols le minot i Il est en Grève, en batteau:

Qui n'en voudra le vienne voir!

DE LEAU Qui veut de l'eau? A channi duyt, C'est un des quatre élémens On n'en vend pas à un chacun; Pourquoi je n'en vends pas souvent.

LES VERRES Gentils verres, verres jolis, A deux liards les verres de bière!

Il me faut retourner grand erre, En quérir dans mon logis.

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