ADMINISTRATION DE LA VILLE DE PARIS
Le Gouverneur. — Le Prévôt de Paris et le Chàtelet. — Le Prévôt des .Marchands et l'Hôtel de \'illc. — Le (>orps de \'ille dans les cérémonies solennelles. — l'êtes données à l'Hôtel de \'ille ; Feu de Saint-Jean sur la Place de Grève.
Dans sa a Description nouvelle de la Ville de Paris » {2" édition, 1698) Germain Brice évalue à huit ou neuf cent mille personnes le chiffre de la population parisienne.
Ce chiffre aurait été, ajoute le même auteur, bien plus élevé, si, comme il le tait remarquer lui-même on n'avait pas, vers les dernières années du même siècle, « planté des bornes, au-delà desquelles il n'est ■pas permis de bâtir. »
Kn prenant pour base le chiffre donné par Germain Brice, on peut •en conclure que Paris était alors, sans conteste, la ville la plus peuplée de l'EuFope.
On comprend que l'administration d'une cité aussi importante comportait une organisation toute spéciale, et capable tle répondre aux besôms militaires, politiques et économicjues qui en étaient la conséquence.
Le Gouverneur
Après la mort du duc de Montbazon, Hercule de Rnhan, survenue en 1654, le gouvernement de la \'ille, prévôté et vicomte de Paris, fut détaché du gouvernement de l'Ile de France, pour former im gouvernement distinct.
Cette charge éminente donnait à son titulaire le privilège considérable d'exercer, au nom du roi, les pouvoirs politiques les plus étendus sur l'ensemble de la grande cité. Aussi, choisissait-on les gouverneurs parmi les personnages les plus en vue de la Cour, et portant les plus grands noms de France.
yu'on en juge par le nom des personnages qui ont successive-
ment fx:cupé le gouvernement de Paris, sous le règne de Louis XIV,
savoir:
Les ducs :
de Bournonville 1637
d'Aumont 1662
de Mortemart 166g
de Créquy 1676
de Gesvres 1 687
de Tresmes 1 704
Le Prévôt de Paris et le Châtelet
Au-dessous du Gouverneur, venait le Prévôt de Paris, fonctionnaire royal, que l'on voyait souvent sortir de l'hôtel spécial qui lui était réservé et dont il subsiste encore un corps de logis dans quelque rue perdue. Il allait alors à cheval, vêtu en chaperon et en robe bleue aux couleurs de la Ville, son bâton de commandement à la main.
Il se faisait précéder de sergents en hoqueton, soit pour aller présider c]uelque cérémonie officielle, soit pour marcher contre les tumultes provoqués par quelque émotion populaire.
Le prévôt de Paris était le chef de la justice ordinaire de la Ville, Prévôté et Vicomte de Paris, dont le siège était au Châtelet. Aussi, était-ce en son nom qu'étaient rendus tous les jugements prononcés par cette juridiction, et qu'étaient aussi, intitulés tous les actes rédigés par les notaires.
C'était en son hôtel que se tenait l'assemblée de la Noblesse de la Prévôté de Paris pour l'arrière-ban, et c'était lui aussi, qui avait le droit de commander à l'armée.
La juridiction du Châtelet comprenait:
Un lieutenant civil ;
Un lieutenant criminel;
L'n procureur du roi.
Mais ces trois charges avaient été modifiées en 1677 Par Louis XIV, lors de la création de la charge de Lieutenant général de la Police, dont furent pourvus successivement Nicolas de la Reynie, Marc Voyer d'^A.rgenson, et plus tard M. de Machault, conseiller d'Etat.
En dehors de ces quatre charges modifiées par Louis XIV, le nouveau Châtelet était composé ainsi :
Deux Fieutenants particuliers ;
Cinquante-sept conseillers, dont un d'épée créé en i6gl ;
Quatre avocats du roi ;
Huit substituts ;
l'n greffier en chef ;
Plusieurs autres greffiers; ^
L^n premier huissier audiencier;
Plusieurs autres ;
Unjugeauditeur pour les afïajresde cinquante livreset au-dessous;
Un greffier ;
Quarante-huit commissaires ;
Cent treize notaires ;
Deux cent trente-cincj Procureurs ;
Trois cent quatre-vingts huissiers à cheval;
Deux cent quarante huissiers à verge ;
Cent vingt-huit huissiers priseurs.
Les habits de cérémonie des Officiers du Châtelet étaient pour les Chefs, la robe écarlate, et pour les Conseillers, la robe noire.
Avant l'année 1674, il y. avait, dans la Ville de Paris, comme résidus du régime féodal, un grand nombre d'anciennes seigneuries avant chacune leurs officiers pour rendre la justice. Comme nous le dit M. Fernand Bournon, la Justice du Châtelet eut, de très bonne heure, à sa tête, un Prévôt qui s'appela toujours le Prévôt de Paris, dont les ciiarges et les prérogatives ne cessèrent de s'accroître jusqu'au règne de Louis XIV qui, 'en 1674, réunit au Châtelet toutes les anciennes justices seigneuriales de la Ville.
Déjà, au quatorzième siècle, le Prévôt s'était adjoint un Lieutenant civil, et plus tard un Lieutenant criminel ; dans un intérêt fiscal, ces deux fonctions se trouvèrent converties en offices et absorbèrent même entièrement celles de prévôt lorsque, en 1677, I^ouis XIV se décida à créer le nouvel office de Lieutenant général de la Police.
Le Prévôt de Paris n'occupa plus dès lors, cju'une situation honorifique consistant à marcher h la tête de la noblesse et k occuper une place éminente dans les cérémonies publiques.
M. Fernand Bournon nous dit encore que la juridiction du Grand Châtelet réunissait à peu près aux attributions de la Préfecture de Police, la compétence des tribunaux de première instance, et, en partie, du Tribunal de commerce et de la chambre des notaires.
Les prisons du Châtelet ne recevaient que des prisonniers de droit commun, tant inculpés que condamnés, les prisons de la Bastille étant destinées à recevoir les coupables de marque et les prisonniers d'Etat.
Le Prévôt des Marchands et l'Hôtel de Ville
Quant à la haute administration de la Ville de Paris proprement dite, elle comprenait :
Le Prévôt des Marchands ;
(Quatre échevins élus tous les deux ans, parmi les bourgeois de Paris ;
Vingt-quatre conseillers prudhommes;
Un procureur du roi;
L'n greffier;
Un receveur de la Ville de Paris.
L'importance de la Ville, capitale du Royaume, résidence des rois depuis de longs siècles, siège des principaux tribunaux du Royainne, qui se distinguait, en outre, des autres villes de France par l'activité de son commerce, la magnificence de ses monuments et le nombre considérauie de ses habitants, donnait un singulier prestige à ceux qui étaient chargés de son administration si complexe.
C'est ce que la Monarchie avait été la première à reconnaître de tout temps, en accordant à ces hauts magistrats des privilèges spéciaux.
Ainsi, les Rois Charles V (Lettres patentes de 1371), Charles VI .(Lettres patentes de 1390 et 1411), Henri III (1577), et Louis XIV, lui-même, par Lettres-patentes du mois de juin 1636, avaient attribué au Prévôt des Marchands et aux Echevins de la Ville de Paris, le privilège de la noblesse, sous le titre de chevalier et le droit de posséd.^r noblement tous fiefs et arrière-fiefs, y compris le droit de manteau,
armes timbrées et autres prérogatives appartenant au dit titre de chevalier, transmissible à leur descendance.
C'était certes un très important personnage que M. le Prévôt des Marchands de la Ville de Paris, qui jouissait de privilèges distincts, en raison de la dualité d'attributions qui lui étaient dévolues, l'unft comme représentant de la corporation des marchands de l'eau, et la seconde comme chef de la communauté parisienne dont il était la plus haute expression à l'Hôtel de Ville, en tant que chargé du pouvoir municipal.
i( Porté à cette dignité populaire par le suffrage des plus riches habitants, nous dit Le Roux de Lincy, (i) ce bourgeois avait entre les mains, avec l'administration des revenus de la ville, qui depuis le XII- siècle, devinrent toujours de plus en plus considérables, celles des principales denrées nécessaires à la vie; la propriété des remparts et des portes; l'inspection des rues, des quais, des ponts, des eaux et fontaines, de tout ce qui assure le repos et la prospérité d'une grande capitale. Le Prévôt des Marchands avait encore la perception de la taille, des octrois et autres impôts passagers; enfin, depuis le XVL siècle, il prenait part à l'administration des hôpitaux et hospices, et le soulagement des pauvres était confié à sa surveillance immédiate. Comment le chef d'une compagnie de marchands, faisant le commerce par eau sur la Seine, fut-il élevé en moins d'un siècle à ce degré d'importance dans le gouvernement civil de Paris? C'est là un fait historique que les documents nombreux parvenus jusqu'à nous n'éclaircissent pas entièrement, mais dont ils attestent la certitude. »
C'est dans un acte du mois d'avril 1263 (transaction intervenu5 entre les confrères de Notre-Dame et ceux de la Marchandise), qu'il est, pour la première fois, question du titre de prévôt des Marchands de Paris attribué à Evreux de Valenciennes.
Dans le plus ancien des registres du Parlement, aussi bien que dans le Livre des Métiers d'Etienne Boileau, rédigés l'un et l'autre entre les années 125S et 1300, ce magistrat est alternativement désigné sous les noms de Prévôt des Marchands, Prévôt de la Confrérie aux Marchands, Prévôt des Marchands de l'eau et même, une fois, en 1272, Maître des Echevins de Paris.
Ce fut surtout à partir du règne de Philippe-le-Bel (1285-1314), c{ue nous voyons les fonctions du Prévôt des Marchands dépasser les bornes du rôle de Magistrat civil dans lequel elles étaient restées jusqu'alors cantonnées.
C'est ainsi qu'en 1299, nous voyons le roi s'adresser au Prévôt des Marchands pour obtenir un nouveau subside lui permettant de marcher contre le comte de Flandre.
En 13 14, le blé vienfil à manquer, c'est encore à lui qu'on a recours pour veiller à l'approvisionnement, en même temps qu'à la bonne fabrication du pain. Plus tard, dans les troubles politiques, lors de la révolte des Maillotins en 1382, lors de la lutte des Armagnacs et des Bourguignons, en 1413, et enfin lors du massacre de la Saint- Barthélemy, aussi bien que pendant la Ligue et pendant la Fronde, c'est encore le Prévôt des Marchands, les écïïevins, les quarteniers, cinquanteniers et dixainiers, que nous trouvons toujours au premier rang, comme pour prouver le parti puissant C|ue des mains habiles pouvaient tirer des fonctions mimicipales.
(i) Le Roux de Lincy : Hist. de l'Hôtel de Ville de Paris. Chap. III, p. 152.
Rien d'étonnant, dès lors, à ce que tout bourgeois de Paris mis en vedette soit par sa situation de fortune, soit par sa notoriété personnelle, se mît sur les rangs pour obtenir une fonction qui donnait tant d'autorité et de prestige à son heureux détenteur.
C'est ce qui explique la sévère impartialité que l'on remarque dans les Ordonnances rédigées en 1415 relativement h l'élection des fonctions municipales, (Prévôt des Marchands, échevins, conseillers, quarteniers, cinquanteniers et dixainiers) dont les titulaires pouvaient continuer à rester en fonctions trois fois de suite, si les suffrages se portaient de nouveau sur eux.
II est à remarquer tjue c'est seulement, depuis l'organisation municipale de 141 1, que l'obligation d'être né à Paris a toujours été exigée pour exercer les charges de Prévôt des Marchands, et de l'Echevinage.
Louis XI attacha une importance particulière à ne jamais laisser la charge de Prévôt des Marchands tomber entre les mains d'un bourgeois cjui ne fût pas entièrement fa\t)rable à ses intérêts et à sa politique.
Ainsi, le 16 août 1464, à la veille de la déclaration de la Guerre du Bien Public, nous le voyons détacher son lieutenant, Charles de Melun, auprès de ses bons amis les bourgeois, pour leur recommandei de contmuer dans cette charge, maître Henry de Livres, ce qui fut fait, renouvelé même deux ans plus tard, — et continué quatre fois de suite jusqu'à la mort de Louis XL
Rappelons, d'ailleurs, les règles qui présidaient à l'élection des membres de la municipalité parisienne, (Prévôt des Marchands, les échevins, les conseillers, les C|uarteniers, cinquanteniers et dixainiers) élection cjtii était ordinairement fixée au lendemain de la Notre-l^ame. d'Août.
<( (Juelcjues jours aupara\-ant, nous dit Le Roux de Lincy, (i) le Prévôt des iVLirchands et les échevins sous leurs ordres enjoignaient aux cjuarteniers de réunir les cincjuanteniers et dixainiers, avec six bourgeois notables du cjuartier. Ces électeurs désignaient parmi eux quatre personnes au bulletin secret, et les noms de ces quatre élus étaient remis par chacjue quartenier au Prévôt des Marchands. Ce dernier choisissait, avec l'aide des échevins et des vingt-quatre conseillers, deux de ces élus; puis le Prévôt des Marchands, les échevins, les conseillers de ville, les quarteniers et les bourgeois élus, composant un nombre total de soixante-dix-sept personnes, procédaient à la nomination du nouveau magistrat, après avoir prêté le serment d'agir dans l'intérêt de l'Etat et de la municipalité. L'élection était faite au bulletin secret que recevaient quatre scrutateurs choisis dans l'assemblée.
Depuis 1415, l'un de ces scrutateurs, choisi, parmi les quarteniers, tenait le ctiapeau mi-partie rouge et tanné, (2) dans lequel chaciue électeur déposait son bulletin. Un second scrutateur comptait ces bulletins, et en taisait la liste; puis ces bulletins, soigneusement enfermés, étaient portés par tous les électeurs, au roi, en son absence, à son lieutenant, ou bien encore à la cour du Parlement. Le roi, ou celui qui le représentait, ouvrait le scrutin et en proclamait le résidtat. Il est probable que cette obligation fut impcjsée en 141 1 au corps municipal et qu'elle avait pour but de lui rappeler cju'il tenait son rétablissement de la munihcence royale.
(i) Le Roux de Liney : Hist. de l'Hôtel de \'ille (l"' partie, p. 15+).
(2) Tanné signifie couleur d'un brun jaunâtre, à peu près semblable i celle du ton.
Quant à Louis XI, il ne, se faisait aucun scrupule de changer l'élection du prévôt ou des échevins quand cette élection ne lui convenait pas. Le Roux de Lincy en cite plusieurs exemples se référant aux années 1475 et 1481.
La prépondérance de l'autorité ro3'ale dans l'élection du Prévôt des Marchands va, d'ailleurs en s'accentuant au fur et à mesure que cette autorité augmente. Souvent, même, le roi ou son ministre favori ou l'un de ses proches, écrivait au corps des électeurs pour recommander à leur choix un candidat dévoué à leur cause.
Sous l'administration de Catherine de Médicis, l'ancien mode d'élection du prévôt des Marchands et des échevins fut aba'ndonné et laissé au bon plaisir du roi.
Des lettres-patentes de Charles IX, du 14 juillet 1564, prescrivent d'établir dorénavant, en nombre double, la liste des candidats aux élections de Prévôt des Marchands, échevins, jurats, consuls, etc. pour toutes les municipalités de France, et que cette liste en double serait apportée au roi, afin de lui permettre de choisir ses candidats à sa convenance.
A partir de l'année 1570, les bourgeois de Paris composant le corps de ville, se considérant comme les plus fermes soutiens de l'église catholique, apostolique et romaine, repoussèrent violemment toutes les innovations et reprirent facilement l'exercice de leurs anciens usages électoraux.
On le vit bien pendant la Ligue, oij le Prévôt des Marchands, les échevins, les quarteniers retrouvèrent leur ancienne prépondérance dans les attaires politiques.
Même après la rentrée de Henri IV, il ne fut pas possible de chasser du corps municipal tous les anciens ligueurs. Ce fut à propos des scènes tumultueuses qui eurent lieu pendant la Fronde pour l'élection du Prévôt des Marchands, Broussel, que se termina le rôle politique du Prévôt des Marchands.
A partir du règne de Louis XIV, le Prévôt est réduit au rôle d'officier civil, et soumis, d'une façon absolue, à l'autorité du monarque régnant. Les libertés municipales n'existent plus désormais: il n'y a plus cjne le bon plaisir du roi.
Parmi les Prévôts des Marchands qui ont exercé tour à tour, cette magistrature antique et populaire, Le Roux de Lincy cite notamment Ltienne Marcel (1358), Garnier de Saint-Yon (1422), Lachapelle- Marteau (1588), Pierre Broussel (1650), qui ont marqué leur passage à r Hôtel de Ville pendant les époques de troubles politiques, et un certain nombre d'autres qui ont laissé une renommée plus pacifique et plus durable.
Tels sont, par exemple, Etienne Barbette qui, au XIIP siècle, ouvrit plusieurs rues dont l'une porte encore aujourd'hui son nom, Jehan Arrode cjui ouvrit et fit paver à ses frais deux nouvelles voies de communication ; Jehan Popin, qui vers 1293, fit établir le premier abreuvoir existant à Paris; Guillaume Bourdon auquel on doit la rue des Bourdonnais; le brave Jean Gentien qui se fit tuer à la. bataille de Mons-en-Puelle (1304), en même temps que son frère placé avec lui, à côté du Roi pour le défendre ; Jean Jouvenel des L'rsins qui joua un rôle remarquable sous Charles VI, en exerçant par intérim la charge de Prévôt des Marchands, momentanément supprimée pendant les troubles.
Ln 141 1, l'élection populaire restaurée remit la Prévôté des Mar-
chands aux mains de Pierre Gentien descendant d'une illustre famille renommée par son dévouement héroïque, mais qui abandonna sa charge en 1437, et fut remplacé par Michel Lallier qui venait de chasser les Anglais de Paris.
A partir de la seconde moitié du XV° siècle, commence une nouvelle ère. Ce sont des Prévôts des Marchands choisis parmi les représentants des cours souveraines qui jettent sur cette charge, une illustration de plus en plus brillante et durable, avec Jean Baillet, conseiller du Parlement, Jean Bureau (1452), trésorier de France, Drcux- Budé, Nicolas V^iole, correcteur des Comptes, le premier de cette famille de parlementaires, qui a fait dire: « Le Parlement n'a jamais dansé sans Viole d. Puis, en 1338, c'est Augustin de Thou, le premii-r de cette grande famille; en 1558, c'est son fils, notaire et secrétaire du roi, conseiller au Parlement; en 1580, c'est Jacques Auguste de Thou, le remarquable auteur de sa grande histoire écrite en latin.
Avec le XVII" siècle, viennent une série de Prévôts encore fameux, qui se sont attachés à embellir Paris, comme François Miron dont une rue porte le nom et dont la statue figure sur notre nouvel Hôtel de Ville ; Claude Le Peltier (1675); Henri de Fourcy, mainteou pendant six années ( 1 684-1 692) ;Jérôme Bignon (1708-1716); Turgot, père du Ministre (1732-1740), etc.
Le corps de ville était composé d'officiers de toute nature qui, sous l'autorité immédiate du Prévôt, prenaient part à l'administration si complexe du gouvernement municipal de Paris.
On peut les diviser en trois classes :
1° Ceux qui siégeaient à l'Hôtel de Ville et partageaient avec le Prévôt la direction des affaires.
C'étaient d'abord les quatre échevins entre lesquels étaient réparties les atiaires dont le Prévôt ne pouvait s'occuper en raison de la multiplicité de ses fonctions. Ainsi, dans les affaires de simple police ou de contravention aux privilèges de la marchandise, deux échevins et quelquefois même un seul remplaçaient le Prévôt.
En outre, à chacun des échevins était confié le soin d'une ou de plusieurs branches de l'administration qu'il dirigeait dans tous leurs détails et dont il rendait compte, soit au Prévôt luimême, soit au Conseil de Ville assemblé. Ainsi, en 1306, Etienne Barbette réglait, en qualité d'échevin-voyer de Paris, hi manière donl serait acquitté le payement du loyer des maisons. De même, le soin des eaux et fontaines de la Ville. Un autre s'occupait de l'entretien des fortifications et du pavé. Comme chacun d'eux pouvait être réélu à l'expiration de son mandat, il parvenait à acquérir dans sa partie, une longue expérience qui lui permettait de rendre les plus utiles services à la Ville.
Le partage que faisaient entre eux les échevins de la puissance publicjue, leur donnait beaucoup d'autorité, surtout pendant les périodes troublées, comme pendant la Ligue, tandis que le Prévôt fidèle aux intérêts du roi, était incarcéré.
Il y avait, en outre, à côté des quatre échevins élus pour deux ans par moitié, le 16 Août de chaque année parmi les bourgeois et les commerçants les plus considérables de la Ville, vingt-quatre conseillers de Ville dont l'établissement régulier est constaté par la sentence du mois de juillet 1296, ainsi conçue:
« 11 fut accordé cjue l'on élirait vingt-cjuatre prud'hommes de 'Paris, qui, sur le mandement du Prévôt des Marchands et des échevins
seront tenus de se rendre au Parloir; ils donneront leurs conseils et se rendront, avec les Prévôts des Marchands et les échevins devant la cour du roi, ou ailleurs, dans Paris, ou en dehors, pour les affaires de la Ville, et à ses dépens. Ils prêteront le serment de ne jamais s'y refuser, à moins qu'ils n'aient une excuse valable. »
Le Prévôt des Marchands, les échevins, les conseillers de Ville, formaient un tribunal Cjui rendait tous les jours des sentences, non seulement en matière de droit civil, mais encore en matière commerciale. Mais elles devaient être écrites, ce qui donna lieu à la charge de clerc du Parloir aux Bourgeois. Cette charge fut désignée sous le titre de Clerc du Parloir ou de la Marchandise, ou bien encore Clerc des Prévôt et échevins, Clerc des borjois. Ce fonctionnaire, qui avait voix délibérative, était encore chargé de la conservation des archives et du mouvement des deniers de la Ville.
Quant aux cliarges de procureur du Roi et de procureur de la Ville, elles étaient depuis l'année 1536, mêlées ensemble et confiées à une seule et même personne, qui se trouvait ainsi chargée de défendre à la fois les intérêts du roi et ceux de la Ville. En 1.^62, on créa une charge d'avocat et conseil de la Ville, et bientôt après ce titre fut conféré à quatre avocats.
En dehors du bureau de ville composé, sous la présidence du Prévôt des Marchands, des quatre échevins et des vingt-quatre conseillers prud'liommes, le Prévôt était encore assisté d'agents extérieurs chargés de le renseigner sur les intérêts locaux de chaque cjuartier. C'étaient d'abord les quarteniers Cjui, ayant sous leurs ordres des cinquanteniers et des dixainiers (commandant soit à cinquante ou à dix hommes), constituaient avec eux l'assemblée du cjuartier, que venaient compléter, en outre, dans certaines circonstances, un certain nombre de notables bourgeois du quartier.
Mais ces cinquanteniers et dixainiers n'étaient, en somme, que des agents subalternes, de simples agents d'exécution, car leur rôle se bornait à transmettre aux habitants les ordres qu'ils recevaient du quartenier qui était leur véritable chef.
Ce nom de cjuarteniers venait évidemment de la charge qu'ils occupaient à la tête de chacun de leurs quartiers respectivement. Ils n'étaient primitivement que quatre, alors que Paris ne comprenait encore que quatre quartiers (Cité, Saint-Jacques-la-Boucherie, la Verrerie, la Grève); ils durent être, plus tard, portés à huit, quand la nouvelle enceinte de Philippe-Auguste embrassa huit quartiers dont quatre nouveaux (Saint-Opportune, Saint-Germain-l'Auxerrois, Place Maubert, Saint-André-des-Arts), puis à seize, à la suite de la création de huit nouveaux quartiers par Charles V (Saint-Antoine, Saint-Gervais, Saint-Avoye, Saint -Martin, Saint-Denis, les Halles, Saint-Eustache, Saint-Honoré).
Mais, plus tard, Louis XIII et Louis XIV eurent beau augmenter le nombre des quartiers, les quarteniers refusèrent, avec persistance, d'accroître leur nombre qui resta, toujours fixé à seize.
Ainsi, lorsqu'en 1702, Paris fut divisé en vingt quartiers, les quarteniers préférèrent racheter les quatre nouveaux offices pour se maintenir au nombre de seize.
A l'origine, les fonctions de quartenier étaient plus militaires que civiles; elles consistaient à être les capitaines des bourgeois de leur cjuartier qui étaient alors armés pour la défense de la Ville.
En temps de paix, ils devaient user de leur influence personnelle
pour maintenir l'ordre. Leur mission spéciale était, d'ailleurs, de tenir note de tous les bourgeois habitant le quartier, et aussi des étrangers de passage. De là, ces visites fréquentes qu'ils élïectuaient dans les hôtelleries et dans les chambres « locantes ».
Aussi, était-ce aux quarteniers que s'adressait toujours directement le Prévôt des Marchands toutes les fois qu'il était nécessaire de calmer ou d'exciter l'émotion populaire.
Mais, en 1663, le rôle militaire et politique des quarteniers se troine considérablement restreint, car le soin de maintenir l'ordre public est ' uniquement dévolu au roi, à la force militaire et aux juges.
Les obligations des officiers subalternes, nous dit M. Picot, se réduisent à ce qu'en cas de guerre, les clefs des portes, habituellement conservées par le quartenier, doivent être remises aux cinquanteniers et aux dixainiers qui devaient les porter solennellement et les rapporter de même, en se faisant accompagner par une escorte.
Dispensés du guet en temps de paix, ces officiers étaient^f n temps de guerre, soumis au service de la garde des portes.
En cas d'émotion populaire, ils étaient tenus de veiller à ce qu'il ne se constituât aucune assemblée générale ou particulière, ni aucim attroupement de gens de guerre tendant à sédition, auquel cas il y avait lieu de dresser des procès-verbaux a transmettre au Prévôt des Marchands et aux échevins.
(( Ils prendront garde, lit-on encore dans le règlement, que les rues soient bien garnies de chaisnes de fer, avec leurs rouets et autres fermetures nécessaires pour les soutenir, et les feront tendre dans les désordres, tumulte et séditions sur les ordres du Prévôt des Marchanos et échevins, ou des quarteniers ».
Tenir une liste exacte des officiers de la milice bourgeoise afin qu'en cas de mort, l'Hôtel de Ville fut prévenu par le quartenier et procédât au remplacement.
C'est à ce rôle secondaire de servir de simple trait-d'union entre les bourgeois et l'Hôtel de Ville, que se trouvèrent réduites les fonctions des quarteniers, si importantes au début. Et encore, ces fonctions vont-elles en déclinant de plus en plus, en même temps, d'ailleurs, que celles du Prévôt des Marchands et des échevins qui ne sont plus que l'ombre de ce ce qu'elles étaient a l'origine, au fur et à mesure du développepient du pouvoir absolu de l'autorité royale.
C'est à tel point que dans les derniers temps, le Prévôt des Marchands n'avait la police et n'exerçait plus d'autorité sur aucun des marchands de la ville.
Singulière contradiction, ajoute tristement AL Picot, entre le titre et la réalité qui explique la chute subite et irrémédiable de ces institutions qui se survivaient à elles-mêmes avec l'apparence d'une ijolidité aussi factice que leur influence, (i)
Le Corps de Ville dans les Cérémonies solennelles
Le Corps de Ville avait sa place marquée dans toutes les cérémonies solennelles, suivant les règles fixées par l'étiquette. Il étalait, dans ces circonstances, un luxe et une magnificence en rapport avec le grana rôle qu'il jouait dans la cité.
Voici comment il était représenté:
(i) M. Georges Picot dans sa savante élude sur le Rôle des Quarteniers, Cinquanteniers, Dixainiers, dans l'ancienne Administration municipale, insérée dans le Bulletin des Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France (année 1S75. T. I, pp. 132-166).
— lS2 —
En tête, le Colonel des Archers de la Ville, les guidons et le Lieutenant, suivis de trois cents archers de la Ville portant la casaque bleue à galons d'argent sur lacjuelle étaient brodées les armes de Paris.
Fuis venaient les huissiers en robe de drap mi-parties, avec la nef d'argent dorée sur l'épaule, précédant le greffier vêtu d'une robe mi-parties à manches pendantes de velours rouge et tanné.
i£ntin, le Prévôt des Marchands en robe de palais mi-partie de velours rouge et tanné par dessus, une soutane de satin rouge cramoisi avec boutons, ceinture et cordon d'or; il était coififé d'une toque de velours.
A la suite du Prévôt marchaient d'abord les quatre échevins, puis les vingt-quatre conseillers, le procureur du roi, le greffier, le receveur de la Ville en robe, les quarteniers en robe de satin tanné, et accompagnés de notables bourgeois de leur quartier en habit noir, les cinquanteniers et dixainiers, portant l'épée au côté, vêtus de robes de damas et taiïetas et pardessus, d'un manteau à manches de drap, avec parements de féraudine ou poil de soie, les gardes des six corps de métiers avec leurs costumes corporatifs qui se difl'érenciaient par la couleur.
L'n peloton d'archers fermait la marche de cet important cortège.
Fêtes thnnccs à l'Hôtel de Ville Feu de la Saint-] eau sur la place de Grève
De brillantes fêtes cjue la Cour honorait de sa présence, étaient données partois par les Membres de la Ville, notamment à l'occasion du Feu de la Saint-Jean qui était allumé chaque année sur la Place de Grève et qui attirait une grande tjuantité de parisiens, particulièrement avides de ce spectacle.
C'est amsi que le jour de la fête de la Saint-Jean 164S, de grandes fêtes furent données par le bureau de la Ville de Paris à la reine régente, Anne d'Autriche et au jeune roi Louis XIV, qui, suivant l'usage traditionnel, avaient été invités à assister, du balcon de l'Hôtel de Ville, au feu de joie donné sur la place de Grève.
Leurs Majestés, assistées du Cardinal Mazarin, de Monsieur, frère du roi, des princesses de Condé, arrivèrent en carrosse, après avoir traversé les rangs des trois cents archers de la Ville formant la haie.
lillcs furent reçues sur la place de Grève, au son des tambours, trompettes et haut-bois, par le Gouverneur de la \"ille, le Prévôt des Marchands, les quatre Echevins, le Procureur du roi, le Greffier et le Receveur de la Ville, qui les conduisirent dans la Grande Salle.
Du haut du balcon, le roi et la reine assistèrent au spectacle du populaire accouru sur la place de Grève et s'empressant autour des fontaines dans lesquelles on avait fait verser deux muids de vin.
Ensuite une superbe collation leur fut servie; elle fut trouvée organisée avec le meilleur goût et la chère y fut jugée excellente. Elle se composait de trois bassines renfermant le contenu de sept douzaines de boîtes de confitures, puis toutes sortes de pâtisseries, 'massepins, biscuits, etc., toutes les variétés de fruits de la saison, deux grands pâtés de saumon, un autre saumon au court bouillon, deux grands carreaux, deux grandes carpes et quantité de ragoûts.
L'n grand rocher d'où s'échappait une fontaine jaillissante, et d'où on vit sortir tme volée de petits oiseaux, émerveillait leurs
Majestés qui ne furent pas moins cntliousiasmées de voir les deux bouts de la table ornés d'un oranger et d'un citronnier portant des lleurs naturelles..
Le roi et la reine, avec leur cortège, «.lescen dirent sur la place pour jeter des dragées au populaire, et le feu d'artitlce se termina sans accident.
Le 5 septembre 1649, le roi et la reine régente assistèrent à une fête non moins briHante, flonnée par le Corps de \'ille, à l'occiision de l'anniversaire de la naissance du roi.
Deux jours après, par lettres-patentes datées du 7 septembre, Louis \1\' ordonnait que pour indemniser les membres du bureau de la \'ille des dépenses personnelles qu'ils s'étaient imposé'cs à cette occasion (robes de velours, habits de soie et équipages, réception à l'Hôtel de Ville, bal, feu de joie et collation), une somme totale de 3.400 livres serait ordonnancée, à raison de 1.200 livres au profit du Prévôt, et de 600 livres pour chacun des personnages suivants: quatre échevins, le procureur, le greffier, et le Receveur de la \'ille.
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PARIS SOUS LOUIS .\l\