CHAPITRE II
Paris à vol d'oiseau.
\ ue d'ensemble des trois villes et des ponts qui les relient.
Les trois villes : l'ile de la Cité; l'Université (la rive gauche); la Ville proprement dite (rive droite). — Les Ponts : Le l'ont- Neuf ; le pont aux Changeurs ; le pont Saint-Michel ; le pont Notre-Dame; le Petit-Pont; le pont de l'Hôtel-Dieu ou pont Saint-Charles. Leurs descriptions.
Les trois villes.
Après avoir examiné les abords de la grande ville, essayons de nous rendre compte de l'en.semble.
Du haut des tours de Xotre-Dame, Paris se présentait sous l'aspect d une ville fortifiée, comprenant trois tronçons.
A nos pieds, l'île de la Cité;
Sur la rive gauche, l'Université;
Sur la rive droite, la ^"ille, prc^prement dite.
L'enceinte de la rive gauche, partant du pont de la Tournelle, aboutissait à la tour de Xesle, qui se dressait sur l'emplacement du pavillon oriental du Palais actuel de l'Institut, après avoir englobé tl.'ms son parcours, la montagne Sainte-Ceneviève.
Cette enceinte constituée par les énormes remparts construits par Philippe-Auguste, tombant pour la plupart en ruine, était percée de neuf portes ma.ssives, savoir: les portes de la iViurnelle, Saint-\'ictor, .•^lint-Marceau, Saint-Jacques, Saint-Michel, Saint-Germain, de Hus.sy, Uauphine et de Xesle.
(Juant à l'enceinte de la rive droite, elle s'étendait depuis l'Arsenal juscju'à l'extrémité du jardin des Tuileries. Elle consistait en simples terrassements et était percée de dix portes, savoir: les portes Saint-Antoine, du Temple, Saint-Martin, Saint-Denis, de la Poissonnerie ou Montorgueil, Montmartre, Richelieu, Saint-Honoré et de la Conférence.
Il y avait, enfin, une dizième porte isolée qui était située sur K. quai devant la galerie du Louvre, un peu au-dessous du Pont-Rouge. C'était la porte Xeuve par laciuellle Henri IV avait fait son entrée k Paris: elle avait été construite pour servir de prolongement à l'enceinte de Charles V, dont Louis XIII avait reporté la limite jusqu'à la porte de la Conférence, première affirmation de la tendance de Paris à se développer dans la direction de l'Ouest.
Deux grandes voies parallèles courant du Nord au Sud, soudaient iiitinifincnt les trois tronçons, Ville, Cité, Université.
L'une, se dirigeant en droite ligne de la porte Saint-Martin à K. porte Saint-Jacques, traversait la rive droite sous les noms de rue Saint- Martin, rue des Arcis et rue de la Phmclie-Mibray (i); elle passait l'eau au Pont Notre-Dame, traversait la Cité sous le nom de rue de la Lanterne, et enfin, franchissait le Petit-Pont pour gagner la rive gauche, où elle prenait le nom de rue Saint-Jacques qu'elle conservait jusqu'à la porte du même nom, située à la hauteur de notre rue Soufflot actuelle.
La deuxième grande artère reliait directement la porte Saint- Denis à la porte Saint-Michel (angle de la rue Monsieur-le-Prince), après avoir également franchi deux fois la Seine au pont au Cliange et au pont Saint-Michel. Elle s'appelail rue Saint-Denis sur la rive droite, rue de la Barillerie dans la Cité et rue de la Harpe sur la rivegauche.
Ces deux grandes artères constituaient ce que l'on appelait alors la Croisée de Paris.
De même, dans la Ville comme dans l'Université, des voies transversales assuraient, mais d'une façon moins directe, la comnumicalion entre les quartiers de l'Est et de l'Ouest.
Ainsi, dans la Ville, la porte Saint-Antoine était reliée à la porte Saint-Honoré par les rues Saint-Antoine, de la Verrerie, des Lombards, de la Ferronnerie (2) et Saint-Honoré.
Dans l'Université, on devait, pour aller de la porte Saint-Victor à la porte de Bussy, suivre la rue Saint-\'ictor, la place Maubert, et les rues Galànde, Saint-Séverin et Saint-André-des-Arcs.
Négligeant forcément les détails, nous n'avons pas à parler ici des innombrables affluents de rues et de ruelles, toutes plus ou moins étroites et tortueuses, qui direi'temeni ou indirectement, venaient se déverser dans les principales artères de la circulation parisienne que nous avons indiquées à grands traits.
Les Ponts
Six ponts reliaient les trois villes.
Il y avait, en effet, en dehors des quatre ponts faisant partie de la Croisée de Paris, le pont au Change, le pont Saint-Michel, le pont Notre-Dame et le Petit-Pont, deux autres ijcmts, le pont de l'Hôtel- Dieu ou pont Saint-Charles, en amont sur la rive gauche, et, en aval, le Pont-Neut à cheval sur les deux rives.
Chacun de ces six ponts avait son caractère particulier, sa physionomie propre, en un mot ce qu'on pourrait appeler sa personnalité.
C'est ainsi, par exemple, que pour les quatre ponts de la Croisée de Paris, le banal parapet moderne était remplacé par une double rangée de maisons se faisant vis-à-vis. Le rez-de-chaussée était occupé par des boutiques de marchands, à enseignes variées, qui tran.sfor-
(i) On désignait sous ce nom la partie de la rue Saint-Martin comprise entre la Seine et l'avenue Victoria actuelle. C'était une abominable ruelle toujours fangeuse; dans ce quartier grouillaient des tueurs et égorgeurs, des tripiers, des vanniers et, brochant sur le tout, quehiues orfèvres.
(2) C'est tandis qu'il suivait ce parcours en sens inverse pour se rendre à l'Arsenal, que Henri IV rencontra rue de la Ferronnerie, le couteau de Ravaillac.
niaient la chaussée en de véritables rues animées par le mouvement incessant et pittoresque des passants et des acheteurs.
Nous allons maintenant passer en revue chacun des ponts de Paris, en commençant par le Pont-Neuf qui, en raison de son caractère véritablement monumental et décoratif, a mérité d'être appelé le roi des ponts parisiens.
Le Pont-Neuf
Elle est intéressante à plus d'un titre, l'histoire du Pont-Neuf.
Avant sa construction, les Parisiens de la rive droite, habitant les quartiers de l'Ouest, étaient obligés, pour gagner la rive gauciie, de faire un grand détour par le pont au Change et le pont Saint-Michel.
Les gens de pied avaient bien, il est vrai, la ressource de s'adresser soit aux bacs, soit aux barques de fortune qui s'étaient installées au bas des berges des Tuileries et du palais du Louvre; et, d'un autre côté, il faut bien reconnaître que la construction du Pont-Rouge av.iit amélioré en partie cette situation, mais ce pont n'était accessible ni aux véhicules, ni aux cavaliers. En somme, ce n'étaient là que des expédients incapables de satisfaire aux besoins d'une population qui s'accroissait sans cesse, tant autour des Tuileries, que dans le faubourg Saint-Germain, qui se développait constamment.
Force fut donc de reprendre un ancien projet de Charles V, dont nous parle M. Charles Normand (i), de construire entre les deux rives un pont s'appuyant sur la pointe de la Cité.
Ce projet, également médité par Henri H, ne fut définitivement entrepris que par son fils, Henri HL à la suite des pressantes remontrances formulées en IS77, P'T' '<" prévôt des marchands de la Ville de Paris, qui était alors Maître Nicolas Lhuillier, seigneur de Boullencoiirt et de Saint-Mesmin, membre du Conseil privé et Président de la Chambre des Comptes.
Les arguments invoqués par ce haut magistrat démontraient, en effet, la nécessité impérieuse de construire le nouveau pont pour soulager le pont Notre-Dame, qui était prêt à succomber sous la surcharge excessive que lui imposait son énorme trafic en « lourds charrois, cavaliers et gens de pied ». Deux de ses arches étaient déjà fortement i( offensées » et leur chute menaçante aurait pour conséquence d'obstruer complètement la navigation sur la Seine.
D'autre part, le pont « aux Changeurs » était lui même, très fatigué.
Tl n'y avait qu'à s'incliner devant de semblables considérations.
F')ès le 7 novembre de la même année, on institua ime Commission (2) chargée de prendre toutes les mesures nécessaires pour l'exécution immédiate des travaux dont les dépenses seraient supportées non par la V\\]e. mais par l'Etat.
Six mois après, le ^,^ mai 1^78, Henri TTT posait solennellement la première pierre du Pont-Neuf.
fil Dans son Itinéraire-Guide ,-irrhéologique de Paris.
[■3") Sous r.ancien régime, il était d'usage, ouand il s'agissait de grands travaux d'utilité^ publique, de nommer une Commission rhargée de « suivre » toutes les phases de l'opération, traiter avec les entrepreneurs régler les conditions des adjudications. surveiller l'exécution des marchés etc. en un mot de contrôler tout l'ensemble du travail.
Pendant toute la durée de la cérémonie, l'impudique monarque avait eu les yeux tout rouges de larmes ; il était inconsolable de la perte de ses deux chers << mignons », Quélus et Maugiron, tués en duel, et dont, par une singulière coïncidence, l'inhumation venait d'avoir lieu dans la matinée de ce même jour; c'est ce qui fit dire à un témoin que le nouveau pont devrait s'appeler le pont « des pleurs ».
Nous verrons, par la suite, que jamais prophétie ne fut plus fausse. Les plans du Pont-Neuf avaient été établis par le célèbre architecte Jean-Baptiste Androuet du Cerceau qui dirigea les premiers travaux.
Mais l'œuvre n'avançait pas au gré de l'impatience du roi. Cette impatience était telle que, d'après Edouard Fournier, par une rude journée d'hiver, alors que la Seine était couverte de glaçons, Henri III osa se risquer à franchir le fleuve, avec toute sa cour, sur une passerelle improvisée et liranlante, pour se rendre au couvent des Grands- Augustins où avait lieu la grande cérémonie d'investiture des chevaliers du nouvel Ordre du Saint-Rsprit. C'était le ^t décembre 157S.
Le ralentissement des travaux s'accentua de plus en plus, tant par suite du manque d'argent, qu'en raison de l'état trotiblé de ia situation politique. Pendant la Ligue, les échafaudages servirent même, à des bandes de vagabonds et de malandrins qui avaient trouvé le moven de s'improviser des crîtes d'un nouveau genre, au milieu de cette forêt de poutres abandonnées!
Enfin, ce ne fut qu'en t^qS, que les travaux purent être repris sur l'ordre de Henri TV; ils ne furent définitivement terminés qu'en
La construction du Pont-Neuf n'avait pas exigé moins de trente ans!
Sept ans après, le 2,'^ août 1614, le jeime roi Louis XIII procédait solennellement à la pose de la première pierre du socle de.stiné à supporter la statue équestre de Henri IV (t).
On ne construisît pas de maisons sur le Pont-Neuf pour ne pas masquer la rue du Louvre, mais on fit établir des demi-lunes pour y placer sur des piédestaux les statues <( des plus illustres de nos rois n qui auraient fait cortège h Henri IV.
Ce projet grandiose fut abandonné, et les demi-lunes furent louées '( au profit des grands valets de pied du roi », à toutes sortes de petits marchands, couteliers, merciers, vendeurs d'almanachs et definasquils», etc., qui v intallèrent des boutiques volantes, dressées et défaites chaque jour, que l'on remnlara, an dix-hnit'ème siècle, par d'é1é""antes boutiques en forme de pavillons. Derrière le Palais, un srrand tprrnin triangulaire, situé au bout du jardin du Bailliage, était resté disponible en face du terre-plein du Pont-Neuf. En 1603, ce terrain fut concédé par Henri IV, en toute propriété, au président Achille du Harlay, à charge'cle faire bâtir autour d'une place triangulaire, des maisons en briques, construites sur un modèle uniforme.
La nouvelle place, dont les travaux furent rapidement menés, reçut le nom de place Dauphine, en l'honneur du jeune Dauphin, depuis Louis XÎII : c'est notre place Dauphine actuelle.
(i) Cette première statue détruite en lyqa, fut remplacée sous la Restauration, en i8i8, par la statue actuelle, au moven d'une souscription nationale ouverte en 1815.
Quant au Pont-Neuf lui-même, après avoir longtemps résisté aux injures du temps, il dut subir une réfection presque totale en 1848.
Les abords du Pont-Neuf se trouvèrent complétés par le percement (.le la rue Daiiphine à travers le jardin du couvent des Cirands- Augustins, ce qui souleva les plus violentes protestations de la part des moines, protestations dont le fin Béarnais eut bien vite raison, (i) et enfin par la construction, en 1608. de cette curieuse pompe de la Samaritaine, (j) dont le joyeux carillon eut, comme nous le verrons (.lans l'un des chapitres suivants, tant de succès auprès du populaire.
Mentionnons, enfin, cette particularité que présentait le Pont- Neuf.
La chaussée, affectant la forme de dos d'âne, comme celle de la plupart des ponts de Paris, se divisait en trois voies. Celle du milieu, plus large que les deux autres dont elle était séparée par deux sortes de lianquettes à mi-hauteur d'homme, servait au passage des cavaliers et des véhicules de toutes formes, carrosses, chaises à porteurs, charrettes, etc. Les deux autres voies latérales étaient réservées aux piétons.
Pont aux Changeurs
Ce pont qui, comme nous l'avons vu, faisait partie de la grande Croisée de Paris, était chargé de maisons occupées par des ateliers d'orfèvres, lorsque, par une ordonnance de 1141, le roi Louis VII autorisa la corporation des changeurs à y établir des boutiques.
Trois siècles plus tard, ce ])rivilège concédé aux orfèvres et aux changeurs leur était confirmé par un acte de l'autorité royale.
Nous voyons, en effet, qu'cà l'occasion de la reconstruction du pont Notre-Dame par les soins et aux frais de la municipalité parisienne, le roi Charles VI reconnaît à la Ville, par lettres patentes du mois de juillet 1414, la propriété de ce pont et de toutes les maisons qm' y seront bâties, mais sous la condition expresse de l'entretenir en bon état et « Je n'y laisser demeurer ni changeurs, ni orfèvres, afin de ne pas nuire à ceux du grand pont spécialement affecté à ce genre de commerce (3).
Voilà donc les changeurs et les orfèvres bien et dûment investis du privilège exclusif d'installer leurs boutiques sur le pont au Change.
Nous n'entreprendrons pas de refaire ici l'histoire lamentable du pont aux Changeurs qui, semblable à celle des anciens ponts de Paris, se traduit par un nombre considérable de chutes et de ruptures provoquées par des crues subites de la Seine, par des débâcles de glaces, et même par des incendies.,
La fréquence de ces terribles accidents qui entraînaient naturelle- . ment la chute des maisons et provoquaient même parfois des inondations soit dans la Cité, soit sur les deux rives, provenait, le plus souvent, de l'obstacle que les moulins opposaient au cours normal de la Seine. Ces moulins qui appartenaient au chapître de Notre-Dame,
(j) Suivant son habitude, Henri IV manœuvra très habilement dans la circonstance. Il lui suffit de faire entrevoir au.x Augustins'les énormes profits qu'ils retireraient de la construction et de la vente des maisons de la rue Dauphine : « Ventre Saint-Gris ! mes Pères leur dit-i! les maisons que vous bâtirez sur la nouvelle rue vous rapporteront plus que le produit de vos choux ! »
(2^ Cette pompe de la Samaritaine était destinée à alimenter d'eau les châteaux du Louvre et des Tuileries. Sa dénomination officielle était a Château de la Samaritaine » et, à ce titre, elle était administrée par un Gouverneur nommé par le roi. Son inventeur, le mécanicien flamand Lintlaër, en fut le premier orouverneur."
Après des péripéties de toute sorte, la Samaritaine finit par être démolie en tSij
dî) Voir Arch. Xi« KK. 1008. f» 56 r".
obstruaient toutes les arches du pont, que les rhnnoines considéraient cimiine étant leur propriété, à l'exception, toutelois, de l'aiche i\u niilitni Cjui restait seule libre pour le ser\ice si considérable île la navigation sur la Seine, cl que, pour <e niniil, (m appelait Wirche iiuiriniî'rc.
Or, il ne faut pas oublier que ce service était j^Iacé sous la juridiction e\clusi\e ilu Prévôt des marchands, qui, comme rcj^résentant lie l'antique et puissante corporation des n Marchands de l'eau de la ville de Paris », exerçait à cet égard, un \ériiable mono|iole.
De Icà, des conflits incessants auxquels on avait cru mettre un terme en reportant les moulins un peu plus en aval, au-dessous de la tour lie l'Horloge, malgré les protestations des chanoines. Une passerelle en bois cju'on appela Pont-aux-Mcuniers, fut installée pour dessenir les moulins, et ouverte aux piétons au cours du seizième siècle ; malgré le peu de solidité du nouveau pont, on ne craignit pas d'y élever une rangée de maTsons qui furent emportées avec le pont lui-même par la terrible inondation du 22 décembre 1596. Le superbe pont Marchand (1) (|ui remplaça en 1609, le modeste pnnt aux Meuniers, n'eût pas une destinée moins tragique. Dans la nuit du 22 au 23 octobre 1621, il fut détruit avec ses soixante maisons à deux étages, par im incendie f7ui .consimia en même temps, et les combles de la tour de l'Horloge i\u P.'ilais, et le pont au Change, son voisin. On réussit bien à préserver le reste de la Tour, mais des deux ponts, il ne resta bientôt plus (|ue linéiques lignes de pieux à moitié calcinés, en tr;ivers de la rivière!
Nous n'avons pas besoin d'insister sur la panique qui se produisit, ni sur le terrifiant spectacle cjue présentait im si épouvantable sinistre (|ui laissa a]3rès lui tant de ruines et de morts.
Le pont Marchand ne fut yjas remplacé.
Commencé seidement en 1Ô39, la reconstruction du Pont au Change ne fut définitivement terminée qu'en 1647.
Le nouveau pont avait été bâti, cette fois, en pierre de taille assez solides pour sujiporter le poids d'une double rangée de maisons à t|uatre étages, dont les façades étaient également en pierre, et le derrière en maçonnerie. Chacune de ces rangées présentait une ligne <ontinue régulière, coupée d'avant-corps de distance en distance, avec un seul toit régnant sur toute la longueur.
Devenu ainsi le pont le plus large de Paris, le pont au Change ne manquait pas non plus d'élégance avec ses riches boutiques d'orfèvres et de changeurs qui attiraient beaucoup de curieux et d'acheteurs. Du côté du Grand Châtelet tm groupe triangulaire de maisons divisait le passage en deux branches : sur la façade de la maison formant la l^ointe du triangle, était appliqué sous un arc orné de deux pilastres et d'un fronton, un groupe de trois personnages principaux en bronze et de grandeur naturelle, représentant Louis Xî\'^ à l'âge de neuf ans, couronné par une Renommée et avant h ses côtés Louis XHI et Anne d'Autriche: au-dessous, une inscrintion ranpelant nue le pont commencé le 19 septembre 1639, avait été achevé le 2fi octobre 1647(2).
(i) T^e pont Mnrchanil avait reçu le nom de son conslriicleiir, Charles Marrhand. in])itaine des trois corps d'archers de la Ville de -Paris, qui, en i5qS, avait obtenu des lettres patentes pour le faire construire à ses frais.
C2") T. es maisons du PonI au Change furent supprimées en 17SS, en vertu de l'Kdit du mois de septembre 1 7S6 qui ordonnn la démolition de toutes les maisons construites sur tous les ponts de la Ville de Paris.
Quant au Pont du Change actuel, il date seulemeni de l'ann/e 1850 époqtie à lartuelle il a été entièrement reconstruit ; mais il est beaucotip moins large que son prédécesseur.
Pont Saint-Michel
La date de fondation du pont Saint-Michel est assez incertaine.
Tout tend à démontrer, cependant, qu'il fut réédifié en bois, par Charles V en 1387, et que vingt ans plus tard, en 1408, il fut emporté par une débâcle de la Seine.
Reconstruit immédiatement en pierre et surchargé de maisons, il s'effondra de nouveau avec ses maisons, battu par une violente crue du fleuve, qui se produisit dans la nuit du 10 décembre 1547.
Il fut remplacé par un nouveau pont de bois qui eut le même sort le 13 janvier 1616, le dégel et la débâcle emportèrent les charpentes et les maisons du côté d'amont, laissant isolée, au milieu du fleuve, toute la partie du pont et des maisons d'aval, dont l'écroulement se produisit six mois plus tard (juillet 1616).
Cette fois, ce fut une compagnie qui sollicita et obtint la concession de la reconstruction du pont. Rien ne fut négligé pour en assurer la solidité. Quatre arches en pierre soutenaient le nouvel édifice ; au-dessus de la pile du milieu était ime statut équestre de Saint-Michel, tandis que les deux autres piles étaient surmontées de statues placées dans des niches. Enfin, au-dessus du pont, s'élevaient trente-deux maisons construites sur un modèle uniforme et d'un bel effet architectural, si nous en jugeons par une gravure du temps.
Les enseignes placées au-dessus des boutiques, étaient assez variées. En voici quelques spécimens que nous avons relevés (i") :
Le Cerf- Volant, Jésus, La Croix de Jérusalem, L'Epée Royale, La Mort qui trompe, Le Mont-Saint-Michel, le Soleil, L'Esru de Bourbon L'Escharpe Blanche, Les 4 Eils Edmond (sic), T>a Rose Blanche, L'Image Sainf-Lnuis, La Cigogne, Le Marteau d'Or, La Chasse, La \'^ille de Rome, Le Chaneau Rouge, Le Cocq (sic) . Le Cheval Blanc, L'Escu de France, La Salamandre, Le Crocheteur, La Belle Noire, La Grosse Lance, Le Grand Esperon, Le Petit Homme, La Barbe Blanche, Le Chasteau de Bruxelles, Les 3 Suisses.
Après avoir survécu à l'édit de proscription de Louis XVI (1776), les maisons du pont Saint-Michel ne furent démolies qu'en 1809.
A partir de ce moment, il n'y eût plus de pont à maisons dans Paris.
Pont Notre-Dame
Nous avons hâte de parler de l'ancien pont Notre-Dame qui, à partir de l'époque de sa reconstruction, au début du seizième siècle, mérita d'obtenir les honneurs de la grande célébrité.
Il avait remplacé un pont de bois qui, inauguré en 1432, s'était lamentablement écroulé avec ses soixante maisons, dans la matinée du 25 octobre 1499.
La municipalité parisienne ayant été rendue pécuniairement responsable de cet effroyable désastre dû à un défaut d'entretien et à des faits de concussion, on avait procédé à l'élection d'une nouvelle municipalité qui s'était immédiatement préoccupée de la reconstruction du nouveau pont Notre-Dame.
La Commission nommée à cet effet, décida que ce nouveau pont serait reconstruit en pierre.
(i) Arch. N'« K. cart. 1028, pièce N» 4.
D'après les registres des délibérations de la ville de Paris, la surintendance des travaux fut confiée à Jean de Doyac, maître des œuvres et expert-juré de la \'ille de Paris, et à Colin de la Chesnave, maître des œuvres de la \'il!e de Rouen. Quant au dominicain de Vérone, fra Giocondo, à qui certains auteurs mal informés crurent devoir attribuer le mérite exclusif de l'œuvre, il ne figure sur lesdits registres des délibérations, que comme « Contrôleur de la pierre » (i); la part de mérite qui lui revient se trouve ainsi réduite à celle de simple collaborateur.
La pose de la première pierre eut lieu le 28 mars 1500; en juillet 1507, on acheva le gros œuvre, et ce ne fut qu'en 1312 que la construction des soixante-huit maisons fut terminée.
Quand le nouveau pont Notre-Dame apparut aux regards, il sou leva une explosion unanime d'enthousiasme et d'admiration, t.- nt l'œuvre fut jugée parfaite. C'est, d'ailleurs, ce que constatait une inscription gravée sur l'une des piles, et qui se terminait par ces mots: <i Pour la joye du parachèvement de si grand et magnifique œuvre, fut crié Noël et grand joye démenée avecques trompettes et clairons, qui sonnèrent par long espace de temps ».
C'est qu'il était en effet, admirablement proportionné et agréable à voir avec ses six belles arches, ses becs triangulaires servant d'ornement h chaque pile, et ses soixante-huit maisons en brique et pierre, « toutes d'une mesure et mesme artifice, chacune contenant cellier ou cave, ouvroir, galerie derrière, cuisine, deux chambres et grenier », suivant le témoignage du libraire parisien, Gilles Corrozet.
D'après Taillot, les maisons des quatre aneles étaient ornées des statues de Saint Louis, Henri TV, Louis XTTT et T>ouis XTV.
Au-dessus de la porte des maisons du pont Notre-Dame, on avait placé en lettres dorées sur fond rouge ou bleu, un numéro formé de chiffres romains : les numéros étaient divisés en deux séries, les numéros pairs d'un côté, les numéros impairs de l'autre.
Il est regrettable que cette première tentative de numérotage soit restée isolée et qu'elle n'ait pas déridé les Parisiens h renoncer h la coutume traditionnelle de désigner les maisons par leur enseigne.
Fcoutons encore le témoignage d'admiration d'un contemporain qui visita Paris au commencement du seizième siècle :
<( En cette anne mil VC et XIT fut a'-hevis le nont Notre-Dame, et fut ledit pont la plus belle pièce d'œuvre que je vis oncques, et oroys qu'il n'y ait point de pareil pont au monde, sy biaulx ne sy riche Rt a sur ledit pont xviij maisons, et chacime maison sa boutique; lesquelles maisons avec les boutiques sont faictes sy très fort sem- • blables et pareilles, tant en grandeur comme en largeur, qu'il n'y a rien à dire. Et à une chacune n'iaison une escripture sur son huis, faicte en or et en asur, là où est escript le nombre de ycelle maison : c'est assavoir en comptant une. ii, iii, jusques à Ixviij. Et sont, lesdites maisons mizes h prix, c'e.st assavoir que quiconque en veut avoir, il faut qu'il tourne surté (qu'il s'engaee) de la tenir IX ans durant et paier, une chacune dcsdites années, XX escusd'or de luaige (loyer) pour an » (2).
(i) Voir k ce propos, dans U rnllertion des mémoires de l.i Société de l'Histoire de Paris et de l'île de France (année 187g. -T. 6- p. 24 à 53) le savant travail publié par M. R. de La?teyrie, sous ce titre : (i Voyage à Paris de Thomas Coryate, en 1608 traduit et annoté nar Robert de Lasteyrie ».
(2') Chroninue de Philippe de VigneuUes.
A. Franklin: Variétés parisiennes, 1 vol. in/12 Paris igoi, p. 48 et suiv.
Enfin, à partir de ce moment, le Pont au Change par lequel passaient précédemmenl les grantls cortèges royaux comme pour l'entrée solennelle des souverains et pour les cérémonies de Notre-Dame, fut abandonné pour le "nouveau pont qui, beaucoup plus élégant et coquet, se prêtait mieux en même temps, au déploiement de la pompe royale et aux décorations ingénieuses et allégoriques par lesquelles se manifestait le goût délicat et affiné de la Renaissance.
A la fin du dix-huitième siècle, les maisons furent démolies, et le vieux pont Notre-Dame disparut lui-même, sous le second Empire, pour faire place à son banal successeur actuel.
Le Petit-Pont
Le Pelit-Pont servait de prolongement au pont Notre-Dame et à la rue de -la Eanterne, en la Cité, pour c()inimii(|ucr par-dessus le petit bras de la Seine, avec la rue Saint-Jacques qui était la voie la plus importante de la rive gauche.
Une énorme tour se dressait à son extrémité et servait de passage l)our gagner la rive gauche.
C'était le petit Châtelet, construit en 877 par Charles le Chauve |)()ur servir de défense à l'île de la Cité. Ea forteresse presque entièrement rebâtie sous Charles V, au quatorzième siècle, par le célèbre prévôt de Paris, Hugues Aubriot (i), fut d'abord affectée au logement des prévôts, et servit aussi de prison.
Nous n'essayerons pas de retracer les péripéties du Petit Pont à travers sa longue histoire où nous le voyons construit tantôt en bois, tantôt en pierre.
Au quinzième siècle, il était déjcà chargé de maisons dont M. Ad. Berty <i retrouvé les enseignes, parmi lesquelles nous nous bornerons à citer les suivantes :
Le Bras d'Or, Les Quatre Vents, Le Croissant, La Licorne, L'Empereur, La Corne du Cerf, La Fleur de Lys, L'Hercule, etc..
Ces maisons furent reconstruites au siècle suivant (1552), sur un modèle uniforme.
Le pont de l'Hôtel-Dieu ou pont Saint-Charles
En amont du Petit-Pont, l'administration de l'Hôtel-Dieu avait fait construire un pont,^ entièrement couvert d'une galerie vitrée. Cette galerie débouchait directement dans l'une des salles de l'Hôtel-Dieu, la salle Saint-Charles.
De là, le nom de Pont de l'Hôtel-Dieu ou pont Saint-Charles, qui fut donné au nouveau pont.
Le Pont ail Double
Enfin, plus tard, l'Hôtel- Dieu se trouvant trop à l'étroit dans ses bâtiments, imagina d'édifier une nouvelle salle, la salle Saint-
(i) Rappelons qu'Hugues Aubriot qui avait peu de sympathie pour la gent écolière, avait aménagé à l'intention des étudiants, dans le Petit Châtelet, deux cachots auxquels il donna par dérision, les noms des deux [[uartiers les plus fréquentés |>ar les étudiants, ie clos Bruneau et la rue du Foin. — Tv't^niversité se vengea en faisant condamner le prévôt « à être en ]^ oubliette, au -paitt cl à î^eau. comme accusé et com'ait7Cu d^hèrésie et autres crimes (13S1)). Il parvint à s'échapper l'année suivante. (Voir de Guillermy dans son itinéraire arcliéologique de l^aris, p. 29)
Côme, sur un nouveau pont bâti entre le palais de l'Archevêché et la rue de la Bûcherie située dans le quartier de la place Maubert.
L ne partie du pont fut laissée libre pour le passage des piétons, moyennant un péage d'un double tournois, ou deux deniers.
C'est ce qui fit donner à ce pont le nom de Pont-au-Double.
Nous allons maintenant passer à la description des trois villes, en commençant par la Cité.