CHAPITRE IV
La Rive gauche
Le Favs laiin au XI l' siècle; Abélard. - l'niversité de Paris. — Les Grandes Abbayes de la Rive gauche: abbayes Sainte-Geneviève, Saint- Victor, Saint-Germains des Prés. — Commanderie de Saint-Jean de Latran. — Eglises et couvents. — Les rues de la Rive gauche. —-Les Caubourgs de la Rive gauche.
Le Pays Lalin au xii' siècle. — AbcUtrd. (i)
Tournons-nous, maintenant, du côté de la Rive gauche, et saluons avec respect cette montagne Sainte-Geneviève, glorieux témoin du premier geste ciui a permis à la grande cité parisienne.de prendre hardiment la tête de l'enseignement européen, à une époque où toutes les autres nations étaient encore plongées dans les ténèbres de l'ignorance.
Ce grand événement mérite qu'on s'y arrête, en rai.son des souvenirs qu'il évocjue.
Depuis l'époque de Charlemagne, l'instruction de la jeunesse était uniquement confiée aux écoles épiscopales qui se tenaient au Cloître Notre-Dame, et qui étaient qualifiées, les unes d'écoles élémentaires, les autres d'écoles sublimes.
Ce dernier titre était un peu ambitieux, car les matières enseignées dans ces écoles, se bornaient, en réalité, à de vaines controverses sur des cjuestions qui, comme le rationalisme et le nominalisme, par exemple, n'étaient pas de nature à répondre aux aspirations d'une jeunesse frémissante et avide de s'instruire, pour pouvoir vivre enfin de la vie libre et indépendante de l'esprit.
Tout-à-coup, au début du tlouzième siècle, un coup de tonnerre éclate et va donner corps à ces légitimes aspirations.
L'n homme de génie était brusquement intervenu au milieu de ces sottes querelles, et avait imposé silence aux rhéteurs, en apportant, dans le débat, un élément nouveau et tout-à-fait imprévu.
Cet homme s'appelait Abélard.
Servi par une merveilleuse éloquence, il n'avait pas craint d'attaquer face a face, et de confondre le plus célèbre maître en scolastique du temps, Guillaume de Champeaux, archidiacre de Notre- Dame, surnommé la Colonne des Docteurs, dont il avait été, lui-même, le disciple préféré.
11 lui avait suffi d'opposer aux arguments de son redoutable contradicteur, la puissance supérieure de la raison, et de démontrer, dans un langage vibrant et de la façon la plus lumineuse, que l'art de l'argumentation, c'est-à-dire la logiciue, permettait de pénétrer toutes les questions, même les questions sacrées!...
La thèse soutenue par Abélard ne tendait à rien moins qu'à faire prévaloir le principe de la libre discussion, ou du libre examen,
(i) AbeilarJ, Abail.irJ, AKlarJ.
à rencontre des représentants de l'idée dogmatique, dont le) plus éminent était alors l'illustre Saint-Bernard, qui, d'après la parole d'un contemporain, « faisait sous la bure, la police des trônes et des sanctuaires ! »
Fanatisés par cette parole hardie, les étudiants s'étaient empressés d'abandonner les écoles de Notre-Dame, pour suivre leur nouveau maître sur la montagne Sainte-Geneviève.
Leur nombre ne tarda pas à devenir prodigieux, car la parole d'Abélard avait eu un immense retentissement, même au-delà de nos frontières.
De toutes les parties de l'Europe, on vient étudier à Paris que Thomas de Cantorbéry avait proclamée <c Mère de la philosophie et de la science ». Un poète contemporain, Jean de Hauteville, va encore plus loin dans l'expression de son enthousiasme. « Paris, dit-il en vers latins, est une autre région du soleil, riche en or et en hommes; elle résume, à elle seule, la poésie de la Grèce et de Rome, et l'esprit de l'Attique. Elle est la rose du monde et le baume de l'univers. »
Malgré toute son énergie, Abélard avait succombé à la tâche. Après avoir subi les plus odieusels persécutions et des mfortunes imméritées rjiie nous n'avons pas h rappeler ici, cet homme illustre qui avait jeté tant d'éclat sur l'enseignement parisien, était mort obscurément, victime du fanatisme religieux, dans la cellule de l'abbaye de Cluny où l'abbé Pierre le Vénérable avait bien voulu lui offrir un asile (1142).
Depuis qu'à la suite d'Abélard, les étudiants avaient émigré sur la rive gauche, les écoles d'instruction élémentaire étaient seules' restées sous la dépendance immédiate de l'Eglise, représentée par l'Evêque. Les maîtres et maîtresses qui, dans chacjue paroisse, étaient chargés de distribuer cet enseignement, dépendaient d'un fonctionnaire de la cathédrale, qui s'appelait « le chantre de Notre-Dame ».
Quant aux autres Ecoles d'enseignement secondaire et supérieur, elles étaient, toutes, concentrées sur la rive gauche; les unes étaient restées autour de l'abbaye Sainte-Geneviève ou à la célèbre abbaye Saint-Victor; mais la majeure partie était établie rue des Ecoles ou des Escholiers, que la malignité populaire débaptisa, pour lui subsister le norn de rue de Fouarre (i).
Dans toutes ces Ecoles, les cours étaient professés dans une langue qui avait cessé d'être parlée sur la terre, « en latin », d'où le nom de « Pays Latin » donné à toute cette contrée de la rive gauche, comprise dans l'enceinte élevée par Philippe-Auguste.
Le lecteur pourrait peut-être penser que nous nous sommes un peu trop longuement étendu sur l'état de l'enseignement parisien
(i) D'après M. Lucien Lambeau, le nom de Fouarre, qui fut donné plus tard k cette rue « n'est qu'une naïve fantaisie du populaire qui, comme cela arrive plus d'une fois au moyen-âge, baptisa, lui-même, la plupart de ses rues.
Le mot « Fouarre »veut dire, en eflfet, dans l'ancien langage, paille ou fourrage ; or, le sol des nouvelles écoles installées là, était jonché de bottes de paille qui servaient (le siège aux escholiers et que, au bout de plusieurs jours de service, on balayait purement et simplement sur la chaussée. Si bien que les passants embarrassés dans cette paille, dans r^efojiarre qui obstruait la rue, ne la désignaient pas autrement.
(Voir le Rapport présenté par M. Lucien Lambeau, devant la Commission du Vieux Paris, dans la séance du 12 Décembre rgoi, et inséré dans le Recueil des Procès-verbaux de cette Coinmission — année 1901 — pages 181, 184).
au douzième siècle, mais cette étude rétrospective nous a paru nécessaire pour bien montrer combien était justifiée cette flatteuse appellation de u Cariath Scphcr » (Ville des Lettres), sous laquelle on désignait la \'ille de Paris, avant même la fondation de la célèbre
Université parisienne
L'Univcrsilé de Paris
Philippe-Auguste, se rendant compte de la gloire cjui rejaillissait sur sa capitale, où accouraient tant d'étrangers pour suivre les cours professés dans ses écoles, résolut de donner à l'Enseignement une complète autonomie, et d'en faire une corporation indépendante sous l'unique autorité du Recteur ou Chef de la nouvelle Compagnie qui prit le nom d'I^niversité.
C'est ce que nous voyons par le diplôme signé par ce monarque en l'an 1200, et c]ui concédait au Recteur des privilèges réellement exorbitants pour l'époque.
Non seulement, le recteur ne pouvait être soumis « pour aucun forfait », à la justice rovale, et ne pouvait, pas plus que les autres membres de l'Université, contribuer aux charges de l'Etat, mais encore, il donnait les pouvoirs aux prédicateurs; sa signature intervenait dans les actes publics et même dans les traités ; dans les cérémonies publiques, il prétendait avoir le pas après les princes du sang. Son habit de cérémonie comportait une soutane violette, un-- ceinture de la même couleur avec des glands d'or, une épitoge fourrée d'hermine, et une escarcelle ou bourse à l'antique.
Comme le dit le président ETénauIt pour expliquer ces privilèges, (( la science semblait un tel prodige dans ces temps d'ignorance, que l'on crovait ne pouvoir trop faire pour un corps qui en était dépositaire ! »
Des privilèges, non moins exorbitants, furent concédés par Philippe-.'\uguste aux maîtres et écoliers qui étaient placés sous la responsabilité et sauvegarde des bourgeois de Paris. Tout agresseur des (( suppôts de l'Université devait être livré, à l'instant même, à la justice rovale. Il était, en outre, expressément stipulé qu'aucun membre de l'Université ne devrait jamais être jugé par les tribunaux laïques. Enfin, tous les prévots'de'Paris devaient, à leur rentrée en charge, jurer de faire observer ces privilèges et les observer euxmêmes.
Aussi, pouvons-nous dire avec Chateaubriand (Etudes historiques), (( qu'une véritable république, ayant ses tribunaux, ses coutumes et ses libertés, s'était établie pour les enfants, au centre même de la monarchie de leurs pères !» °
A son tour, la papauté accorda ses privilèges à l'Université par le statut de 1216, dû au légat Pierre de Courson. Enfin, sous Saint- Louis, le chapelain du roi, Robert de Sorbon, construisit la Sorbonne, pour y recevoir les étudiants en théologie trop pauvres pour trouver ailleurs un asile. C'est dans cette pauvre maison de Sorbonne qu'étaient professés les cours de théologie dont les oracles avaient alors tant de puissance. La perfection de cet enseignement fera dire plus tard à un moine du quatorzième siècle, Jean de Jaudun : (( Dan? la très paisible rue nommée de Sorbonne, comme aussi dans nombre de maisons religieuses, on peut admirer des pères vénérables, des
seigneurs et, pour ainsi dire, des satrapes célestes et divins, parvenus heureusement au faîte de la perfection humaine, qui élucident solennellement les textes sacrés » (i).
La Faculté des Lettres, de beaucoup la plus importante de l'Université, continua pendant plusieurs siècles, à avoir son siège dans les écoles de la rue du Fouarre où l'on enseignait les sept arts libéraux, ciïvisé en deux degrés :
1° Le Trivium, comprenant la grammaire, la rhétorique et la dialectique, formant la base de l'enseignement;
2° Le Quadrivium, constituant l'enseignement supérieur, et embrassant l'arithméticiue, la géométrie, l'astronomie et la musique.
Quant à la Faculté de Décret ou de Droit canon, ce fut seulement à partir de l'année 1675, qu'on commença à y professer le Droit romain et le Droit civil. Elle abandonna vers la même époque, son ancien local de la rue Saint-Jean-de-Beauvais, au-dessus de la Commanderie de Saint-Jean de Latran, pour aller occuper les bâtiments du collège ÎSainte-Barbe.
linfin, la Faculté de Médecine n'avait au mo} en-âge, qu'uno importance très relative, car on ne connaissait alors que des remèdes empiriques. Aussi, était-elle restée longtemps errante (2).
Ce fut seulement en 1367, qu'elle finit par se fixer dans une maison du quartier de la place Maubert, située rue de la Bûcherie, à l'angle de la rue des Rats. Cette maison appartenait précédemment aux Chartreux (3).
Collèges. — Parlons maintenant de ces nombreux collèges de l'Université que nous voyons groupés en rangs serrés autour de la vieille Sorbonne, leur doyenne, depuis le sommet de la montagne Sainte-Geneviève jusqu'à la Seine, et depuis l'abbaye Saint-Victor jusqu'à la rue de la Harpe.
Disons, d'abord, que le cardinal de Richelieu avait cherché à rendre à l'antique institution, son ancien lustre en s'en déclarant proviseur et en faisant reconstruire, par son architecte Jacques Lemercier, les bâtiments élevés par Robert de Sorbon, en même temps que la vieille église de la Sorbonne destinée à recevoir sa sépulture dans un magnifique mausolée en marbre, qui sera érigé en 1694 par Girardon, d'après les dessins de Lebrun.
Tous ces autres collèges dont nous venons de parler remontaient à l'époque du moyen-âge.
Quelques-uns ont des maîtres et des cours suivis.
Quant aux autres, ce n'étaient, en réalité, que des asiles qui avaient été fondés, à diverses époques, par des évêques, des ecclésiastifjues zélés, des laïques généreux,^ et oîi les différents diocèses de France pouvaient envoyer leurs clercs les plus studieux et les plus capables de suivre avec fruit les cours professés dans les grandes écoles.
Il y avait, en outre, des collèges étrangers pour les étudiants
(i) Jean de Jaudun: Traité ries Louanges de Paris.
(2) A un moment donné, les membres de la docte Faculté avaient pris l'habitude de se réunir autour du bénitier du Notre-Dame.
(3) Cette vieille maison de la rue de la Biicherie existe encore aujourd'hui. Elle avait été louée en igo6 par la Ville de Paris, à l'Association Générale des Etudiants pour y établir le siège de sa corporation ; mais ce projet, d'abord abandonné, vient d'être repris.
attirés d'Angleterre, d'Italie, des pays d'Allemegne et d'ailleurs, par la renommée de l'Université.
Mais il nous faut insister sur tes collèges du moyen-âge que leurs fondateurs avaient dotés de revenus extrêmement minimes. Ils se composaient d'un principal et de quelques maîtres écrasant sous leur férule une douzaine de pauvres écoliers qui, n'ayant pour subsister que quelques sous par semaine, étaient obligés de mendier leur pain dans les rues, ou de se vouer à (jneliiue avilissante besogne dans les églises ou chez les particuliers.
Le prototype de ces collèges, qui ont tant excité la verve railleuse du moyen-âge, était assurément ce collège Montaigu qui, d'après l'expression pittoresque de Théophile Gautier, était u une sorte de bagne érudit, de geôle pédantesque, ou des cuistres bourreaux vous appliquaient la science comme on applique la torture !>.. » (i).
Dans cet étrange collège, les écoliers étaient sinon nourris, du moins censés nourris, comme le lecteur va pouvoir en juger. Il avait été fondé par le cardinal de Laon, Pierre de Montaigu qui institua, par son testament du 7 novembre 138S, six bourses pour les écoliers étudiants en droit canon et en théologie: à cette libéralité, vint s'ajouter dans la suite, celle d'un autre cardinal de la même maison de Montaigu.
Un siècle plus tard, les bâtiments tombaient en ruine, au moment où nous vovons Jean Standonc, maître-ès-arts et théologien, élu principal du collège, en 14S,:;.
C'est de lui que parle maître Grognet dans ces vers:
J'ai vu Standon qui les poures fonda
A Montaigu et les reccommanda
Qui, chaque jour, prient pour les trépassez
Et pour nous tous, quand nous serons passés (2).
Les nouveaux règlements institués par Jean Standonc étaient extrêmement sévères. Nous y voyons notamment, que l'abstinence était de rigueur. Qu'on en juge par cet aperçu : ce Les prêtres seuls auront l'usage du vin, mais en petite quantité, et mélangé d'eau, c'est-à-dire une pinte partagée en trois, où il y aura un quart d'eau. »
Voici, maintenant, pour les écoliers:
(( Chacun aura, pour entrée, la trentième partie d'une livre de beurre, ou des pommes cuites, ou des pruneaux, suivie d'une soupe aux légumes sans graisse, avec un demi-hareng ou un œuf à chaque écolier, et un hareng entier, ou deux œufs à chaque théologien, ce qui sera suivi d'un peu de fromage.
« On gardera la vie quadragésim île, et l'on jeûnera tous les vendredis. »
On reconnaîtra que la frugalité ne pouvait guère être poussée plus loin ! Mais parmi les successeurs de Jean Standonc, il se rencontra un certain Tempête qui mérita les honneurs de la grande célébrité par la façon brutale dont il distribuait les étrivières aux écoliers, ce qui a fait dire à Rabelais : <( Tempeste fut un grand fouetteur d'esciioliers
(i) Théophile Gautier, clans la Préface de l'ouvrage d'Edouart Fournier « Paris démoli. »
(Voir Récollection des merveilleuses choses et nouvelles advenues au noble royaume de France, depuis l'an de grâce 1480.
Voir aussi Edouard Fournier: o Paris démoli », Introduction. — Edition Auguste Aubry. — Paris 1855, p. XLVI.
(2) Ajoutons que ces vers de Grngnet faisaient allusion aux praliciues religieuses turnes nui étaient prévues par le règlement intérieur du collège.
au collège de Montaigu ; si pour foueUer pauvres petits enfants, escholiers innocents, les pédagogues sont damnés, il est, sur mon honneur, en la roue d'Ixion, louettant le chien courtaut qui l'esbranle. »
Ces pauvres élèves étaient vêtus de misérables hardes, avec une cape de grosse bure, ce qui les faisait appeler les k Capettes de Montaigu » (i), nom sous lequel le collège, lui-même, était encore désigné au dix-septième siècle. Rappelons que le collège iVlontaigu avait compté, parmi ses élèves lirasme et Calvin.
Nous ne fatiguerons pas le lecteur par l'énumération monotone de tous les autre collèges qui foisonnaient sur les flancs de la montagne Sainte-Ceneviève.
Bornons-nous à citer les principaux, comme, par exemple, le ■ collège Fortet, rue des Sept-\ oies (2), cjui fut le bureau de la Ligue, le collège de Navarre qui, réuni à celui de Boncourt, était destiné a devenir, à la fin du dix-huitième siècle, l'Ecole Polytechnique; rue de la llarpe, nous trouvons les collèges de Narbonne, de Bayeux, de Séez, et le célèbre collège d'Harcourt, dont une partie a servi d'emplacement au lycée Saint-Louis. Nous pourrions mentionner aussi ceux de Cluny, de Beauvais, d'Autun, de Lisieux, de Reims, etc.
Près de la Sorbonne, nous voyons encore le fameux collège des Jésuites qui, à partir de 1682, échangera son nom de collège de Clermont contre celui de collège Louis le Grand, témoignage de flatterie envers le Grand Roi.
Les nouvelles méthodes d'enseignement adoptées jsar les Jésuites, qui avaient conquis la faveur de Louis XIV attiraient, dans leurs établissements, une quantité considérable; d'élèves, tandis que les collèges de l'Université, persistant dans leurs errements surannés, n'avaient modifié ni leurs programmes, ni leurs doctrines, étaient de plus en plus délaissés, malgré les efforts du Recteur qui prétendait conserver le monopole de l'Enseignement et le régenter à sa guise.
C'est ainsi que la vieille Université qui avait déjà gravement compromis sa dignité en prenant une part active aux troubles de la Ligue, et qui, plus récemment, avait maladroitement sollicité l'indulgence de la Cour en faveur du grand agitateur de la Fronde, le Cardinal de Retz, avait définitivement perdu toute autorité et tout prestige et s'était aliéné tous les esprits. Aussi, tombée dans le ridicule, était-elle devenue le point de xnire des satiriques qui, comme Claude Le Petit, lui décochaient ces traits mordants :
a Quelle estrange Encyclopédie De gueux à ceinturons pendans !
Que de cuistres et de Pédans !
Que de Rossignols d'Aicadie !
Que de Grimaux espoussetez !
Que de Philosophes crottez !
Que de discours à teste verte !
Je croy qu'en despit du Destin, La borbonne a couché ouverte:
Tous les Asnes parlent latin ! s
(1) La Bibliothèque Sainle-Geneviève s'élève aujourd'hui sur l'emplacement de l'amien collège de Montaigu.
{2) Dans la cour de l'immeuble occupant le n° 21, rue Valette, anciennement rue des Sept-Voiss, on peut voir encore aujourd'hui, h travers la palissade qui sépare celte cour de la place du Panthéon, une vieille tour carrée recouverte d'un atïreux badigeon et courcnnée par un toit en forme de champignon. C'est la tour d'escalier de l'ancien collège Fortet.
L'Université n'avait certes pas reconquis son prestige à la fin du règne de Louis XIV, si nous nous en rapportons au témoignage de l'académicien Duclos qui se plaint dans ses Mémoires, que l'on continue à enseigner avec d'aussi mauvaises méthodes, le latin, le grec et la philosophie scolastique. Duclos nous dit qu'après avoir commencé ses études dans une institution de Charonne, il était venu sui\re les cours de philosophie au collège d'Ilarcourt.
(i Le proviseur du collège d'Harcourt, continue Duclos, était le fameux Dagoumer, le plus terrible argumentateur de l'Université et qui donnait le ton aux écoles. C'est lui que Lesage à peint, dans Gil ïilas, sous le nom du licencié Guyomar » (i).
Or, le portrait peint par Lesage, est loin d'être flatteur. Le voici :
La patrouille vient de trouver étendus par terre, au milieu de la nuit, deux hommes que l'on croit avoir été assassinés.
(( Messieurs, dit l'un des archers, je reconnais ce gros viviint. Eh ! c'est le seigneur licencié Guyomar, recteur de notre Université. Tel que vous le voyez, c'est un grand personnage, un génie supérieur. Il n'y a point de philosophe qu'il ne terrasse dans une dispute; il a un flux de bouche sans pareil. C'est dommage qu'il aime un peu trop le vin, le procès et la grisette. 11 revient de souper de chez son Isabelle, où, par malheur, son guide s'est enivré comme lui. Ils sont tombés l'un et l'autre dans le ruisseau. Avant que le bon licencié fût recteur, cela lui arrivait assez souvent. Les honneurs, comme vous voyez, ne changent pas toujours les mœurs. » (2).
Décidément, tout était vermoulu dans l'Université qui ne pouvait être régénérée que par l'infusion d'un sang nouveau ; et, pour nous servir de l'heureuse expression d'un auteur moderne, (( la vieille bâtisse aurait besoin d'être largement aérée. »
Collège de France. — Mais, en dehors et bien au-dessus de tous ces établissements d'instruction dont nous venons de parler, il en est un autre qui doit être mis hors de pair, parce cju'il a su maintenir toujours intacte sa réputation de science et d'intégrité par la haute valeur de ses maîtres et de son enseignement supérieur. C'est cet admirable Collège de France dont la fondation, déjà résolue par François V", n'avait pu être réalisée que par Louis XIII. Depuis lors, sa gloire n'a cessé de grandir, et, comme on dit dans la langue du Palais : « c'est justice. »
Les Grandes Abbayes de la Rive Qauclie
Au milieu de tous ces collèges, nous voyons aussi sur la rive gauche, une quantité considérable de fondations religieuses, à la tête desquelles se placent tout d'abord, trois grandes abbayes, dont l'une élevée au sommet de l'ancien mont Lucotitius, domine les deux autres. C'est l'ancienne et vénérable abbaye Sainte-Geneviève qui couronne les deux abbayes se faisant pendant à droite et à gauche des deux versants, en dehors de l'enceinte, et à égale proximité de la Seine, les abbayes Saint-Victor et Saint-Germain-des-Prés.
Ces trois abbaves méritent de retenir notre attention.
(i) Mémoires de Duclos de Lescure (F. Didot), p. 14.
(2) Lesage. — Gil Blas. — Ed. Garnier. — Liv. IV. -- Cliap. VI, p. 231
Abbaye Sai>itc-CtCiH'vièvc. — La fondation de cette abbave nous reporte aux temps les plus reculés de la Gaule mérovingienne.
Ecoutons, en effet, M. de Guilhermy, qui nous dit, dans son Itinéraire archéologique de Paris (i) : » Après avoir dispersé dans les plaines de V'ouillé, l'armée des \\'isigots, et soumis toute la Gaule méridionale à l'empire des Francs, le roi Clovis voulut fonder à Paris, comme un monument de sa victoire, la basilique des saints apôtres Pierre et Paul, sur le sommet de la montagne au pied de lac^uelle s'élevait le Palais des Thermes » (2).
Après la mort de Clovis, sa veuve, la reine Clotilde, fit terminer l'édifice 011 elle fit inhumer les restes de son époux. Klle y reçut, ellemême, la sépulture, non loin du tombeau de Sainte Geneviève, patronne et protectrice de Paris.
Les miracles attribués par la croyance populaire à la patronne de Paris, firent substituer, quelques siècles plus tard, le nom de sainte Geneviève à celui de Saint Pierre et Saint Paul c^ue portait auparavant la basilique fondée par Clovis.
Primitivement assuré par les moines, le service de la basilique avait été, à partir de la fin du neuvième siècle, confié à des chanoines séculiers. Mais, au douzième siècle, des chanoines réguliers de l'ordre de Saint-Augustin, sortis eux-mêmes de Saint-\'ictor, avaient été placés à la tête de la grande abbaye dont l'importance n'avait cessé de grandir en raison de la vénération dont le tombeau de Sainte-Geneviève continuait à être l'objet.
On peut aisément se rendre compte de l'effet grandiose ciue produisait dans le panorama de Paris, cet immense monastère dont la haute et belle tour surmontant le chœur de l'église abbatiale, se dressait au sommet de la montagne! (3).
Abbaye Saint-Victor. — Si (elle ne peut s'enorgueillir d'une origine aussi ancienne, elle a eu cependant ses moments de splendeur, cette abbaye Saint-Victor cjiie nous voyons se dresser en dehors du rempart de Philippe-Auguste, non loin de la grosse tour carrée de la 'i'ournelle qui garde l'entrée de la Seine sur la rive gauche.
Fondée par Louis le Gros, au commencement du douzième siècle, elle n'avait pas tardé à devenir célèbre, aussi bien par le mérite et la science de ses religieux que par la haute valeur des cours professés dans ses écoles; d'où sont sortis tant de théologiens, de philosophes et de commentateurs justement appréciés.
On remarquait, dans son église, dans ses chapelles, dans son réfectoire, une suite incomparable de vitraux permettant de suivre les progrès et la décadence de l'art de la peinture sur verre depuis le treizième siècle jusqu'au dix-septième siècle.
En dehors de son riche trésor, l'abbaye Saint-Victor possédait aussi, comme Sainte-Geneviève, une des plus importantes bibliothèques du royaume, où figuraient notamment des œuvres des premiers imprimeurs du quinzième siècle, Pierre SchœfFer, Conrad et
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(2) Nous croyons devoir rappeler à ce propos, qu'après avoir successivement vaincu, à la tête (Je ses cinq mille Francs, Svagrius, Chef des légions romaines, à Soissons (486), et les Aîamans, à Tolbiac (496), Clovis s'était converti au catholicisme. 11 avait ensuite battu les Burgondes à Dijon (500), et les Wisigots à Vouillé (507) et c'est ainsi qu'il s'était rendu maître de toute la Gaule.
(3) La tour que l'on voit encore rue Clovis, et l'aile occidentale du lycée Henri IV, voilà les seuls vestiges qui ont subsisté jusqu'à nos jours, de la vieille abbaye Sainte- Geneviève remplacée par le Panthéon.
Jean Faust, qui étaient conservées avec un soin jaloux (i). Cette bibliothèque était ouverte plusieurs jours par semaine, aux travailleurs et aux savants.
Abbaye de Saint-Gcrmain-des-Près. — Elle a certes, grande allure, soit comme monastère, soit comme seigneurie, cette vénérable abba3'e Saint-Germain-des-Prés, dont la masse imposante s'élève à l'entrée du nouveau faubourg Saint-Germain, sans cesse grandissant.
Le porche de l'église est dominé par une grosse tour cjuadrangulaire surmontée d'une haute flèche.
Deux autres toiirs un peu moins hautes, sont placées dans les angles du chœur et du transept, ce qui avait fait donner à l'édifice le nom rf' église aux trois clochers.
Que de merveilles architecturales représentant les plus beaux spécimens des époques du Moyen-Age et de la Renaissance, sont renfermées dans cet immense enclos circonscrit par les rues du Coulombier (2), de l'Kchaudé, Sainte-Marguerite et Saint-Benoît !
C'est, d'abord, cet admirable réfectoire, bijou divinement serti par l'illustre architecte de la Sainte-Chapelle, Pierre de Montereau, puis cette délicieuse chapelle de la Vierge, autre chef-d'oeuvre du même artiste.
Mentionnons encore, le dortoir monumental, le grand et le petit cloître, le palais abbatial dû à la munificence du Cardinal de Bourbon (1586), et si agréable à l'œil avec son architecture en briques et pierres, la géole de l'abbaye, (3) flanquée de ses quatre tourelles, et, à côté, la petite tour ronde, coiffée de son cône de plomb, représentant le pilori de l'abbé, vieille connaissance des écoliers turbulents, en dépit de leurs privilèges séculaires.
Et cela, sans parler des vastes jardins ser\'ant de cadre à toute cette belle floraison d'édifices !
Elle avait eu à subir bien des assauts, la vieille abbaye Saint- Germain-des-Prés, depuis sa fondation au commencement du sixième siècle, par le roi Childebert i", fils de Clovis, qui y avait reçu la sépulture, de même, d'ailleurs, que les autres rois et princes de la dynastie mérovingienne.
Les édifices élevés par Childebert et par ses successeurs, au milieu d'immenses prairies concédées à l'abbaye par la charte de fondation, auraient été maintes fois pillés, dévastés et incendiés pendant les terribles mvasions normandes.
Les Normands repoussés, on avait dû se prémunir contre de nouvelles invasions, en construisant des coirrtTnes crénelées, des tours, des portes fortifiées, et en creusant autour de la nouvelle enceinte, de larges fossés alimentés par une dérivation de la Seine que l'on appelait « la Noue » ou (( Petite Seine » (4).
Mais tout ce formidable appareil de défense devait^ servir à
(i) De tout ce qui constituait autrefois l'abbaye Saint-Victor, il ne reste plus rien aujourd'hui riu'un nom de rue !
La halle aux vins a remplacé les anciens bâtiments conventuels, détruits entièrement pendant la période révolutionnaire.
(2) La rue du Coulombier s'appelle aujourd'hui la rue Jacob.
(3) C'est dans cette prison qu'eurent lieu les massacres des prisonniers, en septembre 1792. Elle a été démolie en 1854.
(4) La rue Bonaparte occupe aujourd'hui l'emplacement de l'ancien « Chemin de la Noure » longeant le canal du même nom, qui séparait le i Petit pré aux Clercs » du Grand Pré aux Clercs, s'étendant lui-même, depuis l'abbaye jusqu'à l'Esplanade des Invalides actuelle.
protéger l'abbaye non contre l'invasion étrangère, mais bien contre un ennemi du dedans, tout voisin et très entreprenant.
C'était la gent écolière qui, sans tenir compte des défenses des Abbés, s'était abattue comme une bande de moineaux pillards, sur le Pré-aux-Clercs qu'elle traitait en pays conquis. Toute cette jeunesse, à l'humeur exubérante et batailleuse, se répandait en galante compagnie, sur ces champs d'herbe drue, coupés d'oseraies et de saulaies sur les berges, s'ébroussait en faisant mille folies, fréquentait les guinguettes et les tavernes des environs, et ne se gênait nullement pour pêcher, en dépit des violentes protestations des sergents de r abbaye, les poissons des moines dans le canal de la Noue, pas plus d'ailleurs, que pour se montrer irrévérencieuse à l'égard des bourgeois, et surtout des bourgeoises, rencontrés au cours de ces équipées.
De là, des conflits perpétuels et parfois sanglants, auxquels se trouvaient mêlés l'abbé défendant sa propriété et ses sergents, le prévôt protégeant le bourgeois, et, brochant sur le tout, le Recteur qui, en vertu des privilèges séculaires de l'Université, donnait systématiquement raison à ses écoliers dont la personne était inviolable, ce qui ne les empêchait pas d'exiger, en outre, de solennelles réparatioris s'ils avaient été molestés !
(-"ette lutte épique, qui s'était prolongée pendant toute l'époque du moyen-âge, n'avait pris fin que lorsque, à -partir de la fin du seizième siècle, les terrains du Petit-Pré-aux-Clercs avaient été mis en vente et s'étaient rapidement couverts d'édifices et de jardins, au grand dépit des Ecoliers.
Puis le Grand-Pré-aux-Clercs avait été morcelé à son tour. Mais l'abbaye Saint-Germain avait attendu, par prudence, l'apaisement des luttes religieuses et des troubles de la Ligue, pour démolir ses remparts et combler ses fossés (i).
Commanderie de Saint-Jean de Latran.
Après les trois grandes Abbayes, nous devons, pour observer l'ordre de préséance, dire quelques mots de la Commanderie de St- Jean de Latran dont le vaste enclos occupe, au-dessous du collège de France et de la Sorbonne, l'espace circonscrit entre les rues Saint- Jacques, des Noyers, Saint-Jean de Beauvais, et la place de Cambrai.
Cette Commanderie avait été fondée à une époque antérieure au douzième siècle, par l'ordre religieux et militaire de Saint-Jean de Jérusalem, qui, deux siècles plus tard, s'était, en outre, enrichi de l'importante Commanderie du Temple, après le brutal coup de force de Philippe-le-Bel.
Ses bâtiments principaux comprennent un donjon massif à quatre étages, paraissant remonter à l'époque de Philippe-Auguste, la grange aux dîmes, curieuse construction du treizième siècle, le logis du Commandeur, l'église et le cloître.
(i) CeUe mesure de prudence s'explique aisément. D'après M. Franklin, les écoliers s'attaquèrent, en 1557 et en 1558, aux maisons élevées sur le Petit Pré aux Clercs et en brûlèrent même trois, pour protester contre leur construction. Ils allèrent jusqu'à saccager les jardins de l'abbaye.
D'autre part, les huguenots habitant la rue des Marais (actuellement rue Visconti), avaient pris l'habitude de se réunir au Pré aux Clercs pour chanter publinuement leurs psaumes (d'où le nom de petite Genève oui fut donné à ce quartier), ils causaient ainsi autant de désordre f;ue les écoliers.
En dehors de son revenu annuel de douze mille livres, le Commandeur percevait, en outre, les loyers d'une foule de maisons construites dans l'enclos et louées chèrement à des artisans attirés par le privilège de pouvoir travailler librement dans ce lieu d'exemption, sans être astreints aux règlements gênants et onéreux des corporations de métiers (i).
Eglises cl Couvents.
Nous ne nous attarderons pas à décrire toutes les églises de la rive gauche, qui s'étaient élevées à l'ombre des trois grandes abbayes. Bornons-nous à quelques indications sommaires.
Rue Galande, en face de l'Hôtel-Dieu, nous voyons la vieille église de Saint-Julien-le-Pauvre, dans laquelle Dante avait pris, diton, l'habitude de venir faire ses dévotions, tandis qu'il suivait les cours professés aux écoles de la rue du Fouarre, par le célèbre Sigier de Brabant dont il parle dans son k Paradis ».
Non loin de là, au bas de la rue Saint-Jacques, l'église Saint- Séverin dresse son pittoresque clocher dont la flèche en ardoises est surmontée d'un coquet lanternon. Tout à côté de l'église, est le charnier sur les murs duquel on lisait autrefois, d'après de vieilles chroniques, de terrifiantes sentences, comme celle-ci, par exemple:
Tous ces morts ont vécu ; toi qui vis tu mourras !
Là-bas, au-delà de la rue de la Harpe, l'on aperçoit le portail gothique de l'église Saint-André-des-Arcs, coiffé de sa jolie tour; cette église est située au coin de la rue du même nom, et de la rue Hautefeuille.
Encore dans la rue Saint-Jacques, au coin de la rue des Noyers, est une autre petite église du cjuatorzième siècle, dédiée au grand saint breton, Saint-Yves, patron des avocats, et fondée par une confrérie d'avocats, de procureurs et de marchands. De nombreux sacs de procédure, accrochés aux murs en guise d'ex-voto, attestaient la reconnaissance des plaideurs qui étaient venus remercier ainsi le saint de leur avoir fait gagner leurs procès!
C'est à un sentiment analogue de reconnaissance envers Saint- Martin, patron des personnes en voyage, qu'obéissaient les voyageurs qui, à leur retour, venaient clouer les fers de leur monture contre le portail de l'église Saint-Séverin, dans l'intérieur de laquelle était une image très vénérée de Saint-Martin.
Un peu au-dessus de Saint-Yves, nous trouvons l'ancienne église Saint-Benoît, dite la (( bien tournée ». D'abord élevée sur les ruines d'un temple dédié à Bacchus, elle regardait l'occident et non l'orient, contrairement au rite chrétien; cette anomalie avait été rectifiée vers le quatorzième siècle. A partir de cette époque, le sanctuaire avait reçu le surnom de <( Bétournc » (Bene versus).
Avant de disparaître .sous la pioche des démolisseurs, la vieille église était destinée à subir les plus étranges métamorphoses. D'abord
(i) Il ne reste plus aujourd'hui le moindre vestige de l'antio.ue Commanderie dont les bâtiments ont été démolis sous le second empire. Le donjon, resté le dernier, a clé, malgré les plus pressantes démarches faites pour sa conservation, impitoyablement livré aux démolisseurs le dimanche 12 novembre 1854, pour faire place au passage de la rue des Ecoles, Un mois après, l'ueuvrc de destruction était accomnlie. (Voir Guilhcrmy).
transformée en magasin de grains, elle devait finir en théâtre de basétage !
Terminons cette rapide énumération par la belle église de la Sorbonne qui renferme la sépulture du grand Cardinal, et enfin, par la coquette église Saint-Ktienne-du-Wont contiguë à l'abbaye Sainte- Geneviève. Fondée au treizième siècle, elle avait été reconstruite sous Louis Xiri dans un style à la fois varié et charmant, qui a fait dire à M. de Guilhermy : u Irrégulière et capricieuse dans sa stucture, mais pleine de coquetterie et de mouvement, l'église de Saint-Etienne-du- Mont a l'heureux privilège de charmer les yeux et de séduire les esprits de tous ceux qui préfèrent la variété à la monotomie, la grâce à la correction » (i).
Passons aux Couvents.
Au débouché du Pont-\euf, nous trouvons d'abord à l'angle du quai et de la rue Dauphine, le vaste couvent des Grands Angustins, moines d'humeur peu endurante, qui, en 1658, avaient soutenu un siège en règle contre les archers de la Ville chargés par arrêt du Parlement, de rétablir l'ordre dans le couvent divisé par une question d'élection. Force était restée à la loi, après un assaut suivi de morts et de blessés du côté des Augustins (2).
Ce spectacle, assurément peu banal, avait attiré les Parisiens sur le Pont-Neuf, et le bon Lafontaine, lui-même, disait en s'y rendant : « Je vais voir tuer des Augustins »!
Un peu plus haut, près de la porte Saint-Germain, sont installés les Cordeliers qui avaient pris une part si ardente aux luttes de la Ligue et qui étaient toujours aussi batailleurs (3) !
Continuons, et nous trouvons encore les Jacobins qui, tout pelotonnés contre la vieille muraille de Philippe-Auguste, occupent tout l'espace compris entre les portes Saint-Michel et Saint-Jacques.
Dans la rue Saint-Jacques, à côté du vieux palais des Thermes et du somptueux Hôtel de Cluny, résidence du Nonce, nous voyons l'ancien monastère des Mathurins, remontant au treizième siècle.
Là-bas, du côté de la Tournelle, se dresse l'important établissement des Bernardins, moitié collège, moitié couvent, fondé en 1244 par Etienne de Lexington et dont l'église commencée ou quatorzième siècle et jamais terminée, passait cependant, pour un monument d'une rare élégance. L'administration de sa riche bibliothèque était soumise à des règlements très sévères. On y lit, notamment : Que personne, quelles que soient ses fonctions, son état ou son grade, n'ose emporter, sous aucun prétexte, pour lui ou pour un autre, dans le collège ou ailleurs, un livre de la bibliothèque: il s'exposerait aux peines les plus rigoureuses. Nous interdisons le vin au proviseur et au sous-prieur tant qu'un livre sera absent de la bibliothèque, sans raison valable. Celui qui aura égaré, volé ou détruit un volume de la bibliothèque sera cité devant le conseil et les châtiments les plus sévères lui seront appliqués. »
Revenant sur nos pas, nous voyons encore au-dessus de la place
(i) F. de Guilhermy. — Itinéraire archéologique de Paris, p. 189.
(2) C'est à ce siège o.ue Boileau faisait allusion dans le « Lutrin ». ( J'aurai pu jusqu'ici brouiller tous les Chapitres,
Diviser Cordeliers, Carmes et Célestins ! J'aurai fait soutenir un siège aux Augustins »...
(3) Rappelons que c'est sur l'emplacement du Couvent des Cordeliers que furent édifiés plus tard les bâtiments de la Faculté de Médecine actuelle.
Maubert, entre les rues des Noyers et de la Montagne Sainte-Geneviève, et contigu aux collèges de Laon et de Presles, le très important couvent des Grands Carmes, entouré de son immense jardin. A l'église qui renferme le tombeau du premier historiographe de Paris, Gilles Corrozet, est adossé un très beau cloître du quatorzième siècle.
Ces moines, originaires du Mont-Carmel d'où ils avaient été amenés par Saint-Louis, étaient installés dans leur local actuel depuis l'époque de Philippe le Bel. Mais ils avaient précédemment occupé, sur la rive droite, un autre couvent entre les Célestins et un monastère de béguines qui s'appela, plus tard l'Ave Maria.
Un voisinage aussi rapproché avait paru suspect aux poètes du moyen-âge qui, dans leurs fabliaux, raillaient volontiers les moines et tout particulièrement les Carmes dont la réputation de bons vivants passait uéjà pour être bien assise.
De là, ces vers, pimentés de sel gaulois, dans lesquels le poète Rutebœuf donnait libre cours à sa verve satirique :
Les Barrés (i) sont près des Béguines Neuf ving en ont; à lor voisines Ne lor faut que passer la porte !
On voit, en résumé, que la majeure partie du territoire de la rive gauche était occupée par les collèges et les établissements religieux (abbayes, commanderie, églises, couvents et monastères).
Les Rues de la Rive Gauche
Elles étaient très animées toutes ces rues, si étroites, de la rive gauche, avec cette population d'écoliers et de moines. Mais l'activité se portait principalement sur les rues Saint-Jacques et de la Harpe au débouché du Petit-Pont et du pont Saint-Michel.
Au bas de la rue Saint-Jacques, autour de l'église Saint-Séverin, pullulaient les hôteliers, les taverniers, les rôtisseurs, dont les établissements étaient fréquentés par les étudiants.
Plus haut, en remontant les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, étaient installés les imprimeurs et les libraires qui attiraient un nombre considérable de curieux, d'érudits et de savants.
Déjà, vers le treizième siècle, l'art calligraphique avait cessé d'être le monopole des monastères. Il s'était formé, alors, une corporation de copistes, dénommés également libraires. On en comptait 24 en 1293 et 29 en 1323: ils avaient sous leur dépendance et, en quelque sorte, à leur service, un certain nombre de parcheminiers, de relieurs et d'enlumineurs, disséminés en divers endroits fixes, et que l'on désignait sous le nom de « Clercs libraires jurés de l'Université .»
La corporation des libraires était, en effet, avant même la découverte de l'imprimerie, placée sous la juridiction absolue de l'Université, qui l'avait soumise à des règlements très sévères, comme on peut en juger par cette Ordonnance de 1324: <( On n'admettra que des
(i) Ce nom de Barres avait été donné aux Grands Carmes par le peuple de Paris, parce que leur manteau était rayé de bandes alternativement blanches et noires. C'était aussi une façon de les distinguer des Carmes déchaussés installés rue de Vaugirard, comme nous allons le voir. Rappelons, à ce propos, que, de cet établissement des Grands Carmes, il ne reste plus rien aujourd'hui. Un marché a été élevé sur son emplacement.
gens de bonne vie et mœurs, suffisamment instruits et préalalalement agréés par l'Université. Le libraire établi ne pourra prendre de clerc à son service qu'après que ce clerc aura juré devant l'Liniversité, d'exercer sa profession selon les ordonnances. Le libraire doit donner à l'Université la liste des Ouvrages qu'il vend; il ne peut refuser de louer un manuscrit à quiconque veut en faire une copie, movennant l'indemnité fixée par l'Liniversité. Il est défendu de louer des livres non corrigés, et les écoliers qui trouveraient un exemplaire incorrect sont invités à le éférer publiquement au recteur, afin que le libraire qui l'a loué soit puni, et qu'on fasse corriger ces exemplaires par des scholares (savants)... » Rappelons, enfin, que les libraires étaient tenus de se loger dans le quartier de l'L'niversité.
La sévérité de ces règlements redoubla encore après l'introduction de l'imprimerie en France à la fin du quinzième siècle, et surtout pendant la période si agitée des guerres de religion.
Sur la proposition du prieur de la Sorbonne, l'Allemand Jean Heynlin, l'un des liommes les plus savants de son temps, et de Guillaume Fichet, docteur en théologie, célèbre par son éloquence, Louis XI fit le meilleur accueil à L'iric Gering, de Constance, venu avec ses associés Michel Friburger, de Colmar, et Martin Crantz, pour s'établir imprimeurs à Paris. Au mois de Février 1475, il leur accorda des lettres de " naturalité pour l'exercice de leur art et métier de faire les livres de plusieurs manières d'écriture, en moule et autrement, et de les vendre en notre royaume ».
L'atelier de Géring fut installé dans les bâtiments de la Sorbonne la première œuvre qui sortit de ses presses, choisie par la Sorbonne, fut les <( Epîtres » de Gasparin de Bergame. A la fin des Epîtres, on trouvait une pièce célébrant, en vers latins, la gloire de Paris : (( Protectrice des Muses, royale cité, qui répand la lumière des sciences dans tout l'univers, comme le soleil l'éclairé de ses rayons, reçois ce nouvel art d'écrire, invention presque divine que l'Allemagne vit naître et qui t'appartient de droit! »
De ces presses installées derrière la Sorbonne, à l'angle de la rue Saint-Jacques, près de la rue du Cimetière Saint-Benoît, sous l'enseigne du Soleil d'Or, sortirent ensuite, tous ces précieux incunables, SI recherchés par les bibliophiles!
Non loin de là, rue Saint-Jean-de-Latran, était installée, à l'enseigne de l'Arbre Sec, la famille des Gourmont qui resta fidèle à l'art de la typographie, pendant presque tout le seizième siècle.
C'est encore dans ce coin de Paris, que l'imprimerie acquit sa plus grande gloire, avec la très-illustre famille des Estienne qui se succédèrent de père^ en fils depuis le début du seizième siècle jusqu'au milieu du dix-septième siècle. En 1650, nous dit Sauvai, on voyait encore, dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais, sculptée en pierre audessus de la porte, l'enseigne k A l'Olivier, » glorieux et pacifique blason que les Estienne avaient pris pour devise.
Mais, en dehors des libraires, il y avait aussi, au dix-septième siècle, de célèbres boutiques de marchands d'estampes et de gravures, dans les mêmes parages.
Edouard Fournier nous parle, notamment, de la fameuse boutiqu3 de Madame Chartres, dite l'Angloisc, installée rue Saint-Jacques, à l'enseigne des Piliers d'Hercule, et reprise plus tard par Mariette, d'abord avec la même enseigne, puis avec l'enseigne « A la Victoire »,
A la même époque, Florent le Comte avait sa boutique proche
la fontaine Saint-Benoît, " au Chiffre royal, » et Audran tout près. « aux Filiers d'Or » (i).
Disons encore que c'est autour du cloître Saint-Benoît, que se tenaient les marchands de gravures séditieuses destinées à commémorer le souvenir d'événements marquants, mais sur lesquels la police avait intérêt à jeter un voile discret. Aussi ces boutiques étaient-elles l'objet d'une surveillance toute spéciale.
Nous devons rappeler, ici, que Colbert s'attacha h attirer à Faris les graveurs les plus habiles des Pays-Bas, et que Louis XIV se déclara le protecteur de ce bel art. Aussi, ce monarque s'opposa-t T. à ce que les graveurs fussent amoindris et réduits à devenir un simple corps de métier. L'n arrêt du Conseil du 26 Mai 1660, consacra ce principe et ordonna que la gravure continuerait de jouir « de tous les privilèges attribués aux autres arts libéraux, et ne serait assujettie à aucune entrave. »
Cette haute et précieuse marque de bienveillance surexcita le zèle des graveurs tant au burin cju'à l'eau-forte ; aussi l'art de la gravure atteignit-il rapidement un niveau très-élevé, et la production s'accrut en proportion. Ainsi s'explique le développement ciue prirent les maisons de vente d'estampes et de gravures, qui s'établirent principalement dans la rue Saint-Jacques.
Bien d'autres souvenirs se rattachent à ce quartier.
C'est, par exemple, cette auberge de la rue des Poirées, en face du collège de Clermont, dans laquelle Pascal avait écrit ses célèbres (I Provmciales », avant d'aller habiter et mourir rue Neuve-Saint- Htienne.
Tout à côté, est la vieille rue des Maçons-Sorbonne dans laquelle Corneille viendra plus tard, à l'âge dé soixante-treize ans, cacher l'extrême misère à laquelle il se trouvera réduit, malgré tout son génie.
C'est encore dans cette même rue des Maçons, qu'après avoir successivement habité l'Hôtel des Ursins, puis une maison de la rue Saint-André-des-Arcs, Racine achètera, en 1686, une bonne e; confortable demeure patriarcale dans laquelle il composera, sur les instantes et flatteuses prières de Madame de Maintenon, ses deux derniers chefs-d'œuvre, Esther en 1689 et Athalie en 1691, avant d'aller mourir en 1699, dans une maison de la rue des Marais-Saint- Germain (actuellement rue Visconti).
Les Faubourgs de la Rive Gauche
Si nous franchissons la vieille enceinte de Philippe-Auguste, nous allons voir que toute une ville nouvelle s'est créée dans les faubourgs de la rive gauche.
Là-bas, tout à côté de l'abbaye Saint-Victor, nous trouvons l'Hôpital de la Pitié, fondé en 1612 par Marie de Médicis, et, en face de la Pitié, le Jardin des Plantes ouvert au public depuis l'année
Plus loin, c'est le marché aux chevaux, voisin de l'Hôpital de la Salpêtrière, dont la chapelle couverte en dôme, a été construite par LibéralBruant ou par Louis Levau.
Le faubourg Saint-Marceau, tout voisin, est traversé par la
(0 Voir Edouard Fournier: Paris démoli. — Introduction, p. XLIII. Edition Aubry 1855.
longue et étroife rue Mouffetard, toujours populeuse et mouvementée. Dans tout ce quartier, on trouve des couvents et des églises. Nous nous bornerons à mentionner les églises Saint-Médard et Saint- Marcel, et enfin l'Hôpital Scipion, situé à l'angle des rues du Fer-à- Moulin et de la Barre.
Poursuivons encore la rue Mouffetard qui se termine à la <( Vieille porte Saint-Marcel », et nous nous trouvons en face de la Manufacture des Gobelins, que la Bièvre sépare du vaste monastère des Cordelières.
Au-delà de la Vieille porte Saint-Marcel, le chemin de Villejuif court à travers champs. Ce paysage est égayé par d'assez nombreux moulins dont les ailes tournent au bout du chemin.
Passons au faubourg Saint-Jacques qui s'étend de la porte Saint- Jacques à l'abbaye de Port-Royal.
Cette longue voie est entièrement bordée à droite et à gauche, d'établissements religieux se faisant vis-à-vis, et tous entourés d'immenses jardin, savoir:
Les Filles de la Visitation, en face des Feuillants des Saints- Anges ;
Les Ursulines, en face de l'église Saint-Magloire et des Pères de l'Oratoire,
L'abbaye du Val-de-Grâce, en face de l'église Notre-Dame-des- Champs et des dames Carmélites ;
Le couvent des Capucins en face de l'abbayt de Port-Royal.
Tous ces monastères, des Feuillants, des Pères de l'Oratoire, des Carmélites et de Port-Royal occupent, eux-mêmes, tout l'espace compris entre la rue du faubourg Saint-Jacques et la rue d'Enfer, prolongement de la rue de la Harpe, à partir de la porte Saint-Michel.
La rue d'Enfer longe, sur sa droite, le jardin du Luxembourg, et ensuite l'immense enclos occupé par les Pères Chartreux, en vertu d'une donation remontant au roi Saint-Louis (1257), et comprenant le vieux manoir royal de Vauvert, aujourd'hui bien délabré.
C'est à l'extrémité de cet enclos, que Colbert élèvera plus tard, l'Observatoire (1667-1672).
Remontons, maintenant, jusqu'à la porte Saint-Michel oîi commence la rue de Vaugirard qui va rejoindre les rues de Sèvres et du Cherche-Mfdi.
En suivant la rue de Vaugirard, nous trouvons à gauche, le superbe palais du Luxembourg, et à droite, l'Hôtel de Condé (i), serré entre la rue Neuve-Saint-Lambert et l'enceinte, puis entre les rues de Tournon et Garance, l'Hôtel des Ambassadeurs extraordinaire^ et l'Hôtel de Ventadour, puis encore l'Hôtel de Sourdéac, et, au-dessous, l'église Saint-Sulpice non terminée.
Tout à côté, dans la rue Féron, est le séminaire Saint-Sulpice. Entre la rue du Pot-de-Fer et la rue Cassette, nous voyons encore le couvent des Bernardines de Sainte-Cécile, et le « Noviciat des Jésuites », voismant avec les <( Carmes déchaussés » qui occupent une immense étendue de terrain le long de la rue de Vaugirard, depuis la rue Cassette jusqu'à la rue du Regard.
Au-dessous, tout ce quartier Saint-Sulpice jusqu'à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés est entièrement bâti. Remarquons, ,notam-
(i) Le Théâtre de l'Odéon a été construit sur l'emplacement de l'ancien Hôtel de Condé.
ment, à côté de la rue du Four, conduisant au four banal, les importants bâtiments de la Foire Saint-Germain, propriété de l'abbaye, et s'étendant jusqu'à l'église Saint-Sulpice.
Nous aurons l'occasion de revenir, dans l'un des chapitres qui suivront, sur cette bruyante foire Saint-Germain, lieu de plaisirs plutôt profanes, très fréquentée par des gens de toute condition.
Occupons-nous, maintenant, du développement du faubourg Saint-Germain, dans la direction de l'Ouest.
C'est d'abord, à partir du carrefour de la Croix-Rouge, la rue de Grenelle qui ouvre la marche vers la plaine de Grenelle.
Plus haut, à l'angle de la rue Taranne et de la rue des Saints- Pères, commence la rue Saint-Dominique qui suit une Direction parallèle à la rue de Grenelle.
C'est le long de ces deux rues, de Grenelle et Saint-Dominique, que s'élèveront, plus tard, de grands et beaux hôtels aristocratiques dans lesquels la vieille noblesse, formant une caste à part, vivra étroitement renfermée.
Dans la rue des Saints-Pères dont nous venons de parler, nous trouvons l'Hôpital de la Charité, fondé en 1607 par la reine Marie de Médicis.
En continuant la rue des Saints-Pères jusqu'au quai Malaquais, nous voyons à gauche, les trois rues de Sorbonne (aujourd'hui rue de l'Université), de Verneuil et de Bourbon (aujourd'hui rue de Lille), constituées sur l'emplacement des trois grandes allées de l'ancien parc de la reme Marguerite de Valois (la reine Margot), femme divorcée de Henri rV.
En 1606, la reine Margot avait acheté en face du Louvre, d'immenses terrains provenant du Petit et du Grand pré aux Clercs, et s'étendant depuis la rue de Seine jusqu'à la rue du Bac. Puis, elle s'était fait construire un hôtel dont l'entrée était située au bas de la ri^ de Seine, au retour d'équerre placé en face de la rue de Mazarine (alors appelée rue des Fossés-Saint-Germain, parce qu'elle longeait les fossés de la vieille enceinte). La façade se composait de trois gros pavillons reliés entre eux par des bâtiments qui s'étendaient jusqu'au quai Malaquais (dit alors quai de la reine Marguerite). Un dôme à lanterne était placé au-dessus du pavillon central.
A l'intérieur, était un premier parterre s'étendant à gauche, jusqu'à la rue des Marais Saint-Germain (aujourd'hui rue Visconti), et séparé par un mur, d'un autre jardin plus grand dans lequel la reine avait installé des moines dits » petits Augustins » : une chapelle ronde avec dôme et lanterne, servit d'abord de chœur de l'église des Petits Augustins; elle était destinée à devenir plus tard, le dôme de l'Ecole des Beaux-Arts.
Au-delà, était un parc considérable s'étendant, comme nous l'avons dit, jusqu'à la rue du Bac, et qui, après la mort de la reine, était devenu la promenade favorite des Parisiens, en attendant d'être converti en rues.
Après le morcellement du parc en 1615, les petits Augustins avaient conservé leur couvent, et plus tard les Pères Théatins, moines italiens, protégés p,ar le Cardinal Mazarin, étaient venus s'installer, le long du quai Malaquais, entre la rue de Beaune et la rue des Saints-Pères.
Enfin la rive gauche n'aura réellement pris son aspect définitif
sous Louis XIV. qu'après la démolition des vieux remparts de Philippe Auguste, et la construction de l'Hôtel Royal des Invalides, fondé le 12 Mars 1670, par Louis XIV; du Pont Royal construit en 1686; du Collège des Quatre Nations, inauguré en 1688, et élevé sur les ruines du vieux logis de Xesles ; et enfin, d'un boulevard planté d'arbres, s'étendant, d'une part, depuis l'enclos des Chartreux jusqu'à la Seine en amont, et, d'autre part, du quai d'Orsay audessous du Pont Royal, jusqu'à la rencontre du boulevard des Invalides. (ETdit de 1704).
ALtis tandis que la rive droite bénéficiera de transformations appréciables, avec la construction des superbes places de Vendôme et des \ ictoires, notamment, la rive gauche continuera à n'avoir d'autre place publique que la banale place Maubert, et des rues étroites et tortueuses, ce qui, un siècle plus tard, provoquera ces plaintes légitmics de Voltaire:
« Je suis toujours fâché de voir le faubourg Saint-Germain sans aucune place publique, des rues si mal alignées, des marchés dans les rues, des maisons sans eau, et même des fontaines qui en manquent ; et quelles fontaines de village!... J'espère que dans cinq ou six cents ans, tout cela sera changé!...» (i)