EXTRAIT DES REGISTRES DE LA PAROISSE
Saint-Roch, à Paris
L'an mil sept cent cinquante-sept, le six février, a été baptisée par moi, prêtre docteur en théologie de la Faculté de Paris, de la maison et société royale de Navarre, vicaire de cette paroisse, soussigné, Louise-Julie, née ce jour, fille de père inconnu et de Marie-Louise Quenon de La Ghanterie, rue de l'Echelle, en cette paroisse.
Le parrain, Pierre Mayer, secrétaire du cabinet des médailles du roi, demeurant rue Saint- Honoré, paroisse Saint-Eustache ; la marraine Louise-Julie Frossart, fille majeure, demeurant rue Jean-Saint -Denis, paroisse Saint-Germain- FAuxerrois, qui ont signé à la minute.
Gollationné à Foriginal par moi, prêtre soussigné, déteuteur desdits registres, le douze février mil sept cent cinquante-sept.
Lourdet.
Demoiselle La Croix 86 chanteuse des chœurs à l'Opéra,
1750, 23 janvier.
La demoiselle La Croix, chanteuse des chœurs à l'Opéra, demeure rue du Chantre, chez un marchand de vin, vis-à-vis l'hôtel deFEsprit.
Elle est de Paris, âgée de vingt-et-un à vingtdeux ans, petite, brune, les yeux noirs, point jolie ; a seulement la voix belle.
Depuis environ quinze mois qu'elle est à l'Opéra, elle n'a eu aucune aventure intéressante. Elle connaissait auparavant un nommé Raffron qui était abbé et musicien à Notre-Dame, avec qui elle vit encore aujourd'hui. Ce Raffron est un homme de cinq pieds quatre pouces, âgé d'environ vingtquatre ans, maigre, extrêmement laid. Le chapitre s'étant aperçu de son libertinage le congédia. Il entra deux mois après à l'Opéra où il chante dans les chœurs. Il n'a pas autant de voix que de musique. C'est lui qui, à ce qu'on prétend, a donné, le premier, le goût du chant et de la ga-
lanterie à la petite La Croix qui, alors, travaillait chez les couturières. Elle est actuellement enceinte de six à sept mois, et à cette occasion on lui a permis de ne pas venir à TOpéra, jusqu'à ce qu'elle soit débarrassée.
1750, 19 février.
La demoiselle La Croix dont il a été parlé dans la feuille du 23 janvier dernier et qu'on ne croyait grosse que de six à sept mois, est accouchée, le 30 du dit mois de janvier, d'un garçon qu'elle fait élever.
1754, 6 mai.
La demoiselle La Croix, chanteuse des chœurs à l'Opéra, est grosse de trois à quatre mois des œuvres de ce même Alexandre, premier laquais du duc d'Aumont dont il a déjà été parlé. Plusieurs doutent qu'ils soient mariés canoniquement*.
La demoiselle La Motte 87 de la Comédie-Française
L'abbé Prévôt a conté au chevalier de X..., le 7 du dit mois, chez Mme du Bouage où ils soupaient :
Que M1,ede la Motte, de la Comédie-Française, était si friande de jeunes gens qu'elle avait débauché avec des petits pâtés et des friandises deux jeunes pages de l'hôtel de Gonti, qu'elle les avait mis sur les dents et que le prince, qui en avait été informé, leur avait fait défense de retourner chez elle.
Demoiselle La Neuville 88 danseuse au magasin de l'Opéra
1755, 18 juin.
La demoiselle La Neuville, danseuse au magasin de l'Opéra, dont il s'agit ici, n'est point la demoiselle La Neuville dont nous avons donné la feuille le 15 mai dernier. Celle-là s'appelle Thérèse Taillefer de la Grillière et est entretenue par M. Choart des Brosses, conseiller au Parlement, au lieu que celle dont nous entendons parler ici s'appelle Geneviève Châtelain. Elle est née à Villiers-le-Bel, village à quatre lieues de Paris, fille du nommé Châtelain, barbier de profession, cidevant garde-chasse de M. le comte de Gharolais. Cet homme, qui n'a guère que quarante-cinq ans, s'étant remarié en secondes noces,il y a quelques, années, safille, mécontente des procédés de sa bellemère, s'en vint à Paris en assez mauvais ordre, mais encore intacte. 11 y a d'ici là environ un an. On n'a pu démêler par quelle voie, n'ayant aucune) connaissance dans Paris, elle est tombée d'abord
dans les filets de M. Le Normand, fermier général. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il la logea en chambre garnie, rue de la Magdeleine-Saint-Honoré et quoique (à ce qu'elle assure) il ait eu ses premières faveurs, il ne la garda pourtant que trois semaines. Si on veut Fen croire, il n'y eut qu'une obstination pure et simple de sa part à ne vouloir point congédier une femme de chambre qu'elle avait qui lui fit perdre cette conquête, et dans ce cas, il faudrait convenir que le motif était bien léger ; mais on a su depuis que cet attachement prenait sa source dans une autre cause. Cette chambrière, plus expérimentée que sa maîtresse, avait trouvé le secret de doubler le produit en lui faisant faire des parties en ville. Cette docilité déplut à M. Le Normand. Il fit notifier à la demoiselle La Neuville qu'elle pouvait librement se donner carrière, et il n'est plus retourné chez elle.
Depuis ce moment, les affaires ont toujours été assez mal et ses conquêtes multipliées ne lui ont jamais valu une affaire réglée. Elle danse depuis six mois au magasin de l'Opéra. Elle a même déjà paru dans les ballets à la Comédie-Française, mais elle n'y a pas été revue. Elle continue d'aller au magasin pour se fortifier dans ce genre. M. de Persennat, capitaine au régiment d'Henrichemont- Cavalerie, actuellement en garnison à Saint-Mihiel, dans le duché de Bar, est le seul amant qui lui soit resté fidèle. Il demeure ordinairement à Paris, rue du Croissant, près Saint-Joseph. De-
puis quinze jours ou trois semaines, il est parti pour se rendre à son régiment ; néanmoins, il pourvoit tout doucement à ce qui lui est nécessaire : la Providence fait le reste.
La demoiselle La Neuville est petite, bien faite, brune, les yeux assez beaux, le visage rond, âgée de seize à dix-sept ans. Elle demeure rue des Boucheries-Saint-Germain, chez Guillot, à l'hôtel de Hambourg, en chambre garnie, où elle a pour 40 livres de loyer par mois. Son père qui est un paresseux et qui ne veut rien faire, vient assez volontiers deux fois par semaine, la mettre à contribution, et lorsqu'elle est récalcitrante, ce qui n'arrive qu'autant qu'elle est brouillée avec la finance, il la maltraite et la menace de la faire enfermer.
1757, 14 janvier.
Le comte de Bentheim paraît jusques ici fort content de la conduite de la demoiselle La Neuville, danseuse à la Comédie-Française, sa nouvelle maîtresse, puisqu'à l'occasion des étrennes, il vient de lui donner pour environ 3.000 livres de vaisselle d'argent.
Demoiselle Lannois 89 danseuse à l' Opéra-comique
1753, 9 avril.
Depuis quelques semaines, la demoiselle Lannois arrange les affaires du sieur de la Molaire, mousquetaire gris, jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans, qui s'est pris de belle passion pour elle, et l'on tient qu'il s'endette considérablement. Il y a quelques jours qu'il a vendu sa montre et d'autres effets pour fournir aux frais du ménage.
Note: Elle doit 500 livres à la nommée Fanchon, sa domestique, originaire de Champagne. Elle Ta même quittée et elle a dit à Lenoir qu'elle entrait au service d'une autre demoiselle, mariée à un peintre, rue du Haut-Moulin ; mais elle n'a pas voulu lui dire son nom.
1753, 18 décembre.
Pendant ce dernier voyage que M. Taaff a été obligé de faire en Angleterre et duquel il n'est
pas encore de retour, depuis près de quatre mois qu'il est parti, on tient que la belle demoiselle Lannoy s'est consolée et se console encore de son absence avec M. Moreau, avocat du roi au Ghâtelet. Effectivement il n'est point de semaine qu'il ne lui rende trois ou quatre visites. Il laisse son carrosse à Fécart et vient à pied chez elle.
Lors du séjour qu'elle a fait à son château de Vaux, hameau situé à huit lieues de Paris, près de l'Isle Adam, qu'elle a acheté 35.000 livres de M. Masson de Maison Rouge, M. Moreau a plusieurs fois été lui faire compagnie. Un seul point embarrassait la demoiselle Lannoy sur le prochain retour de M. Taaff dont le valet de chambre de confiance est ici depuis quelques jours, c'était l'indiscrétion de sa femme de chambre et de son laquais. Elle a, dit-on, inutilement sollicité M. Moreau d'ensevelir ce secret, en faisant renfermer ces deux misérables. Il n'a jamais voulu se prêter a un expédient aussi inique et quoiqu'ils eussent pourtant déjà tenus quelques propos, ils en ont été quittes pour être congédiés.
On ne dit point ce que M. Moreau donne à la demoiselle Lannoy, mais l'on assure qu'elle en tire tout le parti que l'on peut en tirer.
Le sieur Lannoy, son beau-père, a totalement quitté M. de Gensin l'aîné, au service duquel il était depuis nombre d'années et demeure chez elle. Il est comme le surintendant de sa maison qui est toujours montée sur un ton des plus brillants.
Demoiselle Lany 90 danseuse seule à V Opéra,
1751, 22 septembre.
La demoiselle Lany, danseuse à l'Opéra,demeure rue Fromenteau, à la Gerbe d'Or, chez un marchand de vin, au second, sur la rue, vis-à-vis la place du Vieux-Louvre.
Elle est sœur de Lany, maître des ballets de l'Opéra. On la dit née à Paris, dans le canton de la place Maubert, âgée de vingt-deux à vingt-trois ans, petite, brune, les yeux noirs et effrontés, point jolie. Elle a une autre sœur cadette qui demeure avec son frère. Elle n'est point à l'Opéra, et n'a même aucun talent pour y aspirer.
Depuis quatre à cinq mois, la demoiselle Lany dont il s'agit ici, est entretenue par milord Hottington, jeune homme d'environ vingt-quatre ans, d'une jolie figure, puissamment riche et d'une des premières familles d'Angleterre, demeurant ici rue des Petits-Augustins, chez Olivier, tenant l'hôtel de Luxembourg garni.
On assure qu'il lui a donné en débutant 20.000 livres comptant. Quoique la somme paraisse un peu forte, le fait est qu'il dépense beaucoup avec elle et qu'elle commence à arranger ses affaires. Jusqu'à présent, on Ta rarement vu aller chez elle. Leurs entrevues se font plus ordinairement à Pantin, dans une petite maison appartenant à la dame Marcan, bourgeoise de Paris, qui s'y est cependant réservé son logement. Le jardinier est aux gages du milord.
Cette maison est située à l'entrée de Pantin, au bout de la rue qui conduit aux Prés Saint-Gervais,la dernière porte cochère à gauche. La partie occupée par le milord est louée 200 livres par mois, toute meublée. Il y tient un cuisinier à demeure, et en quelque façon, lui-même y fait sa principale habitation, car il est plus souvent à Pantin qu'à Paris, de même que la demoiselle Lany qui n'y vient que pour remplir ses devoirs à POpéra.
Le bruit a couru mal à propos, il y a quelques jours, qu'elle aurait fait une fausse couche puisqu'elle est actuellement grosse au moins de quatre mois. 11 est heureux pour elle que le milord croye en dépit delà médisance qu'elle est enceinte de ses œuvres, car de la façon dont il paraît être attaché à la mère, il y a tout lieu de croire qu'il aura soin de Penfant.
On ne sait pas trop sur quel fondement le sieur Lany est brouillé avec sa sœur, et qu'il ne veut plus la voir, si ce n'est, à ce qu'on dit, par une
fausse délicatesse, comme si elle en était à son début de galanterie, pendant qu'on est instruit qu'avant celui-ci, elle a eu le fils de milord Hervès, qui Ta quittée pour aller demeurer rue de Condé, près le Luxembourg, chez un nommé Leblanc, où il prenait ses plaisirs de plain pied, et à bien moins de frais. Pour l'intelligence de ceci, il est bon d'observer que ce Leblanc a deux filles dont une extrêmement jolie, qu'il prostitue pour attirer le chalant chez lui ; ce qui lui réussit assez bien, car ordinairement, il loge des étrangers du premier ordre sans cependant jusqu'à présent avoir pu s'engager à se conformer aux règlements de police au sujet des chambres garnies.
La mère Lany, moins scrupuleuse que son fils, demeure avec sa fille.
1752, 2 mars.
Dans la rue Basse, à Passy, est une maison sans numéro dont la principale porte tend sur le grand chemin du côté de la rivière de Seine, passé les nouvelles eaux minérales, appartenant au nommé Rollin, marchand de fer, quai de la Mégisserie.
Cette maison, qui a un assez beau jardin, est louée depuis environ quinze jours ou trois semaines par milord Huntington pour la demoiselle Lany, sa maîtresse, moyennant 1.000 livres par an. Elle est en partie meublée. Par cet arrangement, il n'est plus question de celle de Pantin.
On croit, dans le canton, que la demoiselle Lany
qui n'attend que le moment d'accoucher, viendra y faire ses couches ; d'autres pensent qu'elle les fera à Paris, rue Fromenteau où elle demeure, visà-vis la place du Vieux-Louvre, et qu'ensuite elle ira prendre l'air à Passy.
La nourrice de l'enfant qui doit naître est déjà retenue ; c'est une nommée Do, femme d'un orfèvre du Marché-Neuf qui en sera chargée à raison de 40 livres par mois, deux pots-au-feu par semaine et quatre voies de bois tous les trois mois. Si par l'événement c'est un garçon, il y aura de grandes réjouissances; mais de façon ou d'autre, M. le comte d'Albemarle, ambassadeur d'Angleterre, doit être le parrain. On ignore encore quelle sera la marraine.
1752, 16 mars.
La demoiselle Lany, danseuse à l'Opéra, est accouchée samedi dernier, 11 de ce mois, rue Fromenteau, vers les six heures, et après un long travail, d'un garçon qui a été baptisé le lendemain à Saint-Germain-de-FAuxerrois sous le nom de M. Huntington qui s'en est dit le père et qui était présent.
Le parrain a été M. le comte d'Albemarle, ambassadeur d'Angleterre.
Et la marraine, la demoiselle Lany, sœur aînée de l'accouchée, laquelle a eu en présent de la part de M. d'Albemarle, une bague et des boucles d'oreille estimées environ 100 louis. Elle
n'est point jolie, et n'a aucun talent. C'est elle qui fait la dépense de la maison. L'enfant est nourri par la nommée Do dont le mari travaille à la Monnaie,demeurant au Marché-Neuf . Elle a, ainsi qu'il a déjà été dit, par mois, 40 livres et une voie de bois et deux pots-au-feu par semaine. La nourrice, la sage-femme, le laquais, la cuisinière : tout s'est ressenti de cet heureux événement. La première a eu 10 louis, la sage-femme 6, et les deux domestiques, chacun 4.
On prétend que M. Huntington est disposé à légitimer cet enfant et à l'appeler à sa succession en cas qu'il vive.
1752, 25 septembre.
La demoiselle Lany, danseuse à l'Opéra, est veuve ; milord Huntington, son amant, est parti mardi dernier, 19 de ce mois, pour retourner en Angleterre, et il n'est point du tout fait mention de son retour en France. On prétend qu'avant son départ il a fait les choses galamment en assurant des rentes à la mère et à l'enfant qui est provenu de leurs amours, mais on n'en connaît point encore l'objet. Depuis ce moment, la demoiselle Lany n'a pas paru à l'Opéra.
1752, 5 octobre.
Depuis la feuille du 25 septembre dernier donnée au sujet de la demoiselle Lany, on a appris que milord Huntington, son amant, Ta laissée, en
partant, grosse de trois mois ; qu'il lui a promis de revenir sous trois ans et qu'il lui a fait, sur sa tête et celle de l'enfant né et à naître, 4.000 livres de rente viagère.
On veut absolument que milord Hylde ait quitté la demoiselle Roux, connue sous le nom de Cénie, et que ce ne soit point une feinte, mais que comme cette fille, à laquelle il a fait 3.000 livres de rente placées chez M. le duc d'Orléans, craint autant le ressentiment de sa mère que sa dissipation, elle ne veut point rentrer avec elle et se tient cachée dans quelque communauté.
Pour appuyer cette anecdote, on assure que le milord pourchasse maintenant la demoiselle Lany, veuve de milord Huntington, mais qu'il n'y a encore rien d'arrangé entre eux.
1753, 14 avril.
La demoiselle Lany, qui, lors du départ de milord Huntington, se trouvait grosse d'environ trois mois, ainsi qu'il a été dit dans la feuille du 5 octobre dernier, est accouchée le 6 de ce mois, d'un garçon qui a été baptisé le lendemain à Saint-Germain-de-i'Auxerrois sa paroisse. La marraine a encore été la sœur de la demoiselle Lany, mais on n'a pu savoir quel a été le parrain.
L'enfant a été mis en nourrice auprès de l'arsenal. Elle en donne 40 livres par mois.
RAPPORTS PE police 339
1753, 2 mai.
Dans la feuille du 14 avril dernier, il a été dit que la demoiselle Lany était accouchée de son second enfant, le 7 du même mois ; mais on n'avait pu se procurer l'extrait baptistaire non plus que celui du premier, par les difficultés que Ton fait particulièrement à Saint-Germain-de-PAuxerrois de ne les délivrer qu'à la mère ou à la sage-femme qui Fa accouchée. Néanmoins, avec un peu d'adresse nous sommes parvenu à les avoir tous deux et nous les joignons ici:
EXTRAIT DES REGISTRES DES BAPTÊMES DE i/ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE
de Saint-Germain-l' Aaxerrois à Paris.
Du dimanche douzième mai mil sept cent cinquante-deux, fut baptisé Charles, fils de Charles Neumarck, écuyer et de Magdeleine Lany, sa femme, rue Fromenteau. Le parrain : Jacques Dawkins, écuyer; la marraine : Louise Lany, fille majeure. L'enfant est né hier et ont signé excepté le père qui est absent : Signé Louise Lany, Jacques Dawkins ; Bruinant, vicaire. Délivré par moi, soussigné, prêtre, docteur de Sorbonne, curé de ladite église, le deux mai mil sept cent einquante-trois.
Rausnay.