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EXTRAIT DES REGISTRES DE LA PAROISSE DE

Saint-Roch, à Paris, Pan 1752.

Le cinq juillet a été baptisée, par moi, vicaire soussigné, Marie- Antoine, née ce jour de père et mère inconnus de cette paroisse, rue Clos-Georgeau . Le parrain: Louis Lemière, le père, bourgeois de Paris, demeurant même rue et même paroisse.

La marraine : Marie Laville, épouse de Jacques Bertheaume, aussi bourgeois de Paris, de la paroisse Saint-Germain TAuxerrois, rue Saint-Honoré, présentée par Mme Frévin, maîtresse sagefemme, rue et paroisse Saint-Germain-FAuxerrois qui a dit ne savoir signer. Lemière, Laville, Leblanc, vicaire. Collationné par moi, prêtre dépositaire des dits registres, ce 11 juillet 1752.

Leynia.

1752, 25 septembre.

[Ordre de Berryer à Meusnier d'avertir le nommé Lemière et sa femme de venir le trouver à son

hôtel.]

1752, 27 septembre.

Note : à porter aux Petites Maisons.

Depuis que la demoiselle Lemière est relevée de ses couches, c'est-à-dire vers la fin du mois de juillet dernier, elle a quitté la maison paternelle pour se livrer entièrement aux volontés du Duc de Grammont, qui la tient comme en chartre privée dans une petite maison qu'il a à loyer au Calvaire, pour la séquestrer aux remontrances de ses père et mère, lesquels sont alarmés de cet attachement frivole, qui ne peut la conduire à rien et de ce que, par les conseils du Duc, elle a quitté la musique du roi et le Concert spirituel et de ce qu'elle veut aussi remercier à l'Opéra, si fait n'est.

Les propos que Lemière et sa femme ont pu tenir, dans le public, sur le compte du Duc de Grammont et les pratiques secrètes qu'ils ont mises en œuvre pour ramener leur fille à la maison et à la raison ont enfin inquiété le Duc qui a porté contre eux des plaintes au magistrat, ensuite au ministre, sous le prétexte, dit-il dans ses lettres, que Lemière est capable d'exécuter les menaces qu'il fait de l'assassiner et d'empoisonner sa fille, pourquoi il demande qu'on les relègue l'un et l'autre à Caen d'où ils sont originaires.

[Ils disent avoir en cela suivi le conseil de M. le Prévôt des Marchands qui désirait que l'Académie royale de musique ne perdît pas un aussi bon sujet que leur fille.]

Sans vouloir décider ici la question, on est tenté de croire que ces allégations ont été imaginées par le Duc qui s'est flatté que, cédant à ses instances et sans entrer dans Fexamen des faits, le magistrat dépositaire de l'autorité allait par égards accabler deux malheureux auxquels on ne peut imputer d'autre crime que d'avoir plus de pénétration que n'en a leur fille sur la valeur intrinsèque des promesses vagues que lui fait le Duc de Grammont, lequel n'a pas encore d'apparence soit en rentes, soit en nippes, soit en bijoux, pendant que, lorsqu'elle était en couches, il a fait plusieurs présents à la demoiselle Pélissier. chez laquelle il allait passer ce temps de vacance. Cette circonstance vint à la connaissance du père et de la mère qui ne la laissèrent pas ignorer à leur fille, et elle se trouva effectivement rapportée à l'article de la demoiselle Pélissier dans la feuille que nous avons donnée à son sujet sous la date du 26 juillet 1752. Mais tout cela n'a pu faire revenir la demoiselle Lemière qui est folle du Duc de Grammont. Elle a fait plus ; elle a écrit des lettres impertinentes à son père et à sa mère, où elle les menace, non seulement d'un abandon total s'ils ne lui rendent ses meubles, mais encore de les y faire contraindre par le crédit du Duc, de façon à les faire repentir du refus qu'ils lui font, au lieu que s'ils satisfont à sa demande, elle leur assure 1.200 livres de pension. Avec quoi ? répond le père,puisqu'elle-même n'a pas le premier sol et qu'au premier jour, c'est-à-

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dire quand la fantaisie du Duc sera passée, elle sera trop heureuse de rentrer à la maison. D'ailleurs, il dit avoir entre ses mains des oppositions de la part des créanciers de sa fille pour des dettes qui lui sont personnelles, qu'elle a contractées pendant ses couches, lesquelles devraient naturellement être supportées par le Duc qui ne parle du tout point d'y faire honneur.

H53, 30 avril.

Hier dimanche, 29 avril, M. le Duc de Grammont a mené la demoiselle Lemière chez Mlle Bourbonnais, rue Fromenteau. Il y a dîné en assez mauvaise compagnie, car elle était composée des sieurs Bérard, Thoual, Donadieu, Lebreton, cidevant perruquier et de deux autres polissons de même espèce. Sur la fin du repas, qui a été vineux, ils ont fait un tel tapage que la demoiselle Dupont (à présent Decamp) logée vis-à-vis, en a été très scandalisée.

1753, 6 août.

Samedi dernier, 4 de ce mois, le Duc de Grammont est parti pour son château de la Motte, près d'Orléans, et a emmené avec lui la demoiselle Lemière qui, à ce que Ton croit, n'est plus sur l'Etat de l'Opéra. Pour mettre un peu d'ordre dans ses affaires il se propose de rester là deux ou trois ans. On prétend que la demoiselle Bour-

bonnais doit incessamment les y aller joindre, et avec une actrice de province et un certain nombre de musiciens M. de Grammont compte mettre sur pied une espèce d'opéra.

1756,8 octobre

La demoiselle Lemière qui, depuis quatre ans qu'elle était avec le duc de Grammont, soupirait au moins depuis trois ans après sa liberté, s'est enfin déterminée à le quitter. Dimanche, 26 septembre, sous le prétexte d'aller à la messe avec une demoiselle Marin, aussi chanteuse à la musique du Duc, elies ont été se retrancher rue Troussevache, chez une espèce de chirurgien nommé Hutte. De là, elles ont donné de leurs nouvelles à Levasseur, inspecteur de FOpéra, qui en a fait part sur-le-champ à M. le Prévôt des Marchands. Les talents supérieurs qu'on admet à la demoiselle Lemière, seule, dit-on, en état de remplacer MUo Fel qui, d'ailleurs, pour se faire valoir ou autrement, demande depuis longtemps à se retirer, a fait saisir l'occasion avec empressement, en sorte que la demoiselle Lemière a été d'autant mieux accueillie que depuis plus d'un an on a fait plusieurs tentatives inutiles pour la débaucher d'avec le Duc et cela par les obstacles qu'on a toujours rencontrés pour pouvoir s'aboucher avec elle. Elle doit donc débuter incessamment.

Par la même occasion et en considération de ce que la demoiselle Marin a dirigé la marche de la demoiselle Lemière, elle a été agréée pour chanter dans les chœurs, mais on doute qu'elle s'y soutienne par la médiocrité de ses talents et la noirceur de son caractère. Néanmoins, comme on tient ces anecdotes du duc de Grammont, et qu'il a raison d'être piqué contre cette fille, il se pourrait bien qu'il eût donné des nuances un peu fortes au portrait qu'il en a fait.

Après bien des perquisitions de la part du Duc, il a enfin, quatre jours après, découvert l'asyle de ces deux fugitives, mais assez infructueusement puisque la demoiselle Lemière a toujours constamment refusé de lui parler jusqu'à ce qu'elle ait été inscrite sur les registres de l'Opéra.

Alors, par la médiation de Levasseur, ils ont eu une entrevue ensemble. Le Duc, dit-on, ne voulait que l'humilier, car quoiqu'il lui eût fait dire par voie indirecte, qu'il ne s'opposait pas à ce qu'elle rentrât à l'Opéra, si c'était son intention, pourvu qu'ils fussent toujours amis et qu'elle continuât de venir à sa musique, dès qu'il a eu la certitude qu'elle était sous la sauvegarde du roi et qu'elle lui a fait l'offre d'aller chez lui autant que les devoirs de son état remplis pouvaient le lui permettre, il lui a répliqué vivement qu'il la remerciait de son offre et qu'il n'était du tout point embarrassé de trouver un sujet capable de la remplacer.

Huit jours avant l'évasion de la demoiselle Lemière, le duc de Grammont lui avait fait uni

présent d'une quarantaine de louis en une tabatière d'or et une paire de ciseaux aussi garnis en or.

Elle a eu de lui deux ou trois enfants dont on ignore le sort. Quant à la fortune qu'elle y a faite, on assure que le tout se réduit à 1.200 livres de rente qu'elle dit à tous égards avoir bien gagnés, car il la battait souvent. De ses dernières couches, il lui reste une incommodité à une jambe.

Note: Pour ne pas grossir l'état de frais de régie de l'Opéra par l'admission de la demoiselle Lemière, on parle d'accorder la pension à La Tour, haute-contre, qui la demande depuis longtemps en sorte que quand elle serait portée à 1.500 livres il en résulterait encore un bon de plus de 4.000 livres puisque cet acteur retire de l'Opéra au moins 2.000 écus par an, tant en appointements qu'en gratifications.

1756, 3 décembre.

La demoiselle Lemière a paru pour la première fois sur le théâtre de l'Opéra depuis qu'elle y est rentrée, le mardi 23 novembre dernier, et a débuté par uoe ariette à la fin de l'Opéra. Elle a été fort applaudie.

On ne lui connaît encore aucun bienfaiteur. M. de Grammont lui rend visite de temps en temps, mais on ne croit pas qu'elle ait envie de se rembarquer avec lui.

Elle demeure rue Saint-Honoré, chez Laporfce,

parfumeur, au second, dans l'appartement qu'a ci-devant occupé la demoiselle La Ghanterie.

1756, 31 décembre.

Quelque fondée qu'ait été la demoiselle Lemière à faire divorce avec le duc de Grammont qui la faisait mourir de faim et de désagrément, on croit néanmoins qu'elle ne se serait pas déterminée à le quitter si lestement pour entrer simplement à TOpéra si elle n'avait eu un motif plus déterminant, lequel transpire aujourd'hui, malgré le mystère qu'elle en fait à tout le monde. C'est qu'elle est amoureuse depuis longtemps du sieur Lebeaux, musicien du Duc, ou pour mieux dire, ils sont amoureux l'un de Fautre ; mais peut-être cette belle passion aura-t-elle le sort de toutes celles de ce genre, c'est-à-dire qu'elle expirera avec le sacrement, car il est question de mariage et la cérémonie, dit-on, n'est différée que jusqu'à l'époque de la réception du sieur Lebeaux à l'Opéra, où il postule pour entrer en qualité de chanteur. On le dit âgé d'une trentaine d'années, assez bien de figure. II y a deux mois qu'elle a aussi quitté le duc de Grammont. Elle ne demeure pas chez La Porte, mais à côté, vis-à-vis le café de Dupuis, au second, même maison que la demoiselle Carton.

La demoiselle Liotard 9" rue Saint-Honoré.

1753, 10 septembre.

La demoiselle Liotard, chanteuse des chœurs à l'Opéra, a pris l'habit pour la première fois vendredi dernier, 6 de ce mois, dans les Fêtes de Polymnie.

Elle est de la grande taille, fort bien faite, maigre, très peu de gorge, de l'esprit encore moins ; cheveux blonds, assez blanche, le visage rond, de petits yeux qui ne disent rien, la bouche assez bien, mais de vilaines dents, âgée de vingt-trois à vingt-quatre ans ; elle n'en accuse cependant que dix-neuf.

Son père, nommé Macqueron, marchand mercier, enclos de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, rue Cardinal, vis-à-vis le bailliage, attenant le puits ; après être demeuré veuf pendant huit à neuf années, s'est remarié depuis environ deux mois. 11 a épousé une femme de chambre déjà âgée qui lui a apporté 2.000 livres d'argent comptant et 400 livres de rente viagère sur la tête d'elle.

C'est à l'occasion de ce mariage, dit la demoi-

selle Macqueron, qu'elle a été forcée de quitter la maison paternelle. On sait, au contraire, que c'est sa mauvaise conduite qui a mis son père dans la nécessité de se remarier puisqu'il lui destinait son établissement, et qu'il ne s'est déterminé à prendre le parti opposé qu'après avoir infructueusement tenté toutes sortes de voies pour la ramener à son devoir. En effet, à peine avait-elle quinze à seize ans qu'elle servait de plastron à tous les domestiques du prince de Clermont, et une femme, nommée Reyne, mariée aujourd'hui au Suisse de Mme la comtesse de Saint- Pierre, rue du Bac, près le Séminaire étranger, lui faisait faire des parties dans sa chambre. Cette femme occupait alors les entresols dans la même maison de Macqueron, où elle faisait un petit débit de tabac. Son père, néanmoins, la corrigeait souvent, même à coups de bâton, mais le penchant au libertinage l'emporta toujours sur le châtiment, si bien qu'elle prit le parti, il y a environ un an, de s'évader et ce ne fut qu'après plus de trois semaines de recherches que le père l'a retrouvée et la ramena à la maison où il la tint enfermée sous la clef pendant quinze jours, au pain et à l'eau. Quant au dessert, il le lui servait avec un nerf de bœuf.

Cette retraite cependant fut suivie d'une conversion apparente. On dit apparente par ce qu'au fond le goût de la demoiselle Macqueron était toujours le même et que lorsqu'elle trouvait l'occasion de se dédommager de la contrainte dans laquelle elle était obligée de vivre vis-à-vis de son

père, elle en profitait volontiers, sans trop s^at tacher au choix. Les précautions qu'elle prenait pour cacher son jeu n'étant pas cependant si secrètes qu'elles ne transpirassent jusqu'aux oreilles de son père qui n'y connaissait plus de remède, il se détermina enfin à se remarier et sa fille, prévoyant bien que ses affaires ne feraient qu'empirer sous une belle-mère, prit le parti de quitter encore une fois la maison, ce qu'elle fit le 12 janvier dernier; mais cette fois-là, crainte de Forage, elle s'est tenue cachée jusqu'au moment où elle a été agréée à l'Opéra.

On ne lui connaît quant à présent aucun entreteneur de mise. Un certain La Villardière, demeurant rue du Sépulchre, près de la Croix-Rouge, vieux garçon, d'une figure assez ingrate, quoiqu'il ne manque pas d'esprit, la fait vivoter, en attendant, chez une marchande de modes,rue Saint- Honoré, près la Croix du Trahoir, où il paye sa pension, jusqu'à ce que quelque âme bienfaisante lui donne des meubles.

Le sieur de la Villardière fait les affaires de différentes maisons, notamment celles de M. le Procureur général.

La demoiselle Liotard, ci-devant chanteuse des chœurs, connue présentement sous le nom d'Edmée, a débuté le mardi, 16 de ce mois, avec assez de succès, par un rôle de Bergère dans le quatrième acte des Talents lyriques.

Il y a trois ans, lorsqu'elle parut pour la première fois à l'Opéra, qu'elle était incertaine du genre qu'elle adopterait, soit de la danse ou du chant, elle s'en est tenue à ce dernier et quoiqu'elle n'ait pas beaucoup de voix on la lui trouve néanmoins très passable. Elle ne sera appointée qu'à Pâques prochain.

On ne lui connaît encore d'autre bienfaiteur que le sieur de la Villardière dont il a déjà été fait mention dans la feuille du 10 septembre 1753, qui l'entretient fort bien, car on lui compte plus de quarante robes plus belles les unes que les autres.

Il vient tout récemment de lui faire présent d'une paire de boutons d'oreille qu'on estime un millier d'écus et on a peine à comprendre comment il peut suffire à toutes ces dépenses.

Il est vrai qu'elle fait de temps en temps des soupers en ville avec la demoiselle Valentin.

1757, 7 janvier.

La demoiselle Liotard dite Edmée ou Macqueron, qui est son nom de famille, est entretenue depuis sept à huit mois par M. le marquis de Vassé, maréchal de camp, qui vient de lui donner 50 louis pour ses étrennes et duquelelle a eu depuis l'époque que nous venons de dire, plus de 15.000 livres, en sorte qu'elle paraît aujourd'hui fort étoffée. Elle demeure rue des Vieilles-Etuves et est toujours greluchonnée par le sieur de la Villardière.

La Demoiselt e Le Tourneur 1o° chanteuse à l'Opéra, rue Saint-Nicaise <

1750, 8 juin.

La demoiselle Le Tourneur, chanteuse à l'Opéra, est âgée de vingt-six à vingt-sept ans, grande et puissante, assez bien faite, brune, les yeux noirs, le visage plein.

Elle a été pendant quelque temps servante de Chassé, premier acteur de l'Opéra, qui lui a appris ou fait apprendre la musique et Fa ensuite fait entrer dans les chœurs, il y a de cela trois à quatre ans. Elle vit et demeure avec lui rue Saint- Nicaise,même maison du chevalier de Lussan, et n'en avait point d'autre que Chassé.

1750, 24 octobre.

Dans la feuille du 8 juin dernier, il est dit que la demoiselle Le Tourneur, de servante qu'elle était chez Chassé, acteur de l'Opéra, était devenue sa maîtresse ; mais on ignorait alors son origine et comment Chassé en a fait la connaissance.

La demoiselle Le Tourneur est de la province de Bourgogne. Arrivant de son pays, elle entra sur le pied de cuisinière chez le sieur de Marine, agent de change, rue Pavée, au Marais, où Chassé fréquentait. Elle quitta cette maison pour entrer chez la demoiselle Petit, de l'Opéra, avant sa révocation ; mais comme c'était un arrangement de convention elle vint peu de temps après demeu^ rer chez Chassé qui avait déjà eu, selon toutes les apparences, quelques entrevues avec elle, puisqu'elle accoucha chez lui au bout de six mois. Quelques-uns rapportent à ce sujet que le fils de M. de Marine, jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, avait au moins fait une oreille à cet enfant, et que Chassé l'ayant une fois surpris chez lui avec la demoiselle Le Tourneur, il fut trouver de Marine, le père, où il fit mille extravagances en lui disant que son fils avait séduit sa cuisinière, qu'elle était enceinte de ses faits, qu'il lui ferait apporter l'enfant, et qu'enfin, si son fils remettait jamais les pieds dans sa maison, il se couperait la gorge avec lui. On ajoute que M. de Marine lui répondit en plaisantant : « Eh! mon ami, ne savez-vous pas qu'à notre âge on est fait pour payer et ces jeunes gens pour danser. » Chassé se retira mal satisfait de cette réponse ; néanmoins il a gardé l'enfant et a vécu depuis en parfaite intelligence avec la demoiselle Le Tourneur au moyen de ce qu'elle n'a plus revu le petit de Marine.

Demoiselle Lhéritier, 1o1 actrice de l'Opéra, rue Neuve-des-Petits-Champs.

1751, 28 septembre.

Mardi dernier, 24, la demoiselle Lhéritier, nouvelle actrice de l'Opéra, débuta pour la première fois sur ce théâtre, dans les Fêtes de Tkalie et n'eut qu'un succès très médiocre.

On prétend qu'elle vient de Rouen, où elle a exercé son talent. C'est une femme d'environ trentecinq ans, de moyenne taille, brune, le nez camus, l'air fané , beaucoup d'embonpoint, assez mal faite . On la dit veuve depuis un an. Elle était ci-devant marchande à Lyon.

Pour le présent on ignore ses aventures ; il y sera suppléé dans la suite.

1754, 11 décembre.

La demoiselle Lhéritier est fille d'un courrier de Rome, nommé Lhéritier. Cet homme avait les bras extrêmement courts et Ton rapporte que les mains lui sortaient presque des coudes. Elle est née à

Lyon où elle a été mariée au sieur Boucharla, marchand de vin de cette ville.

La bonne intelligence ne régna pas longtemps dans le ménage. Boucharla, pour couper court aux galanteries de sa chaste épouse, fut obligé de la faire renfermer dans la maison de force à Lyon, d'où elle n'en est sortie qu'il y a deux ans et demi. Ses cheveux, qui ne sont pas à beaucoup près de longueur suffisante pour se coiffer dans le goût d'aujourd'hui, lui rappellent encore ridée de cette aventure.

Par le crédit du nommé Cochet, plus connu sous le nom de Noël, courrier de Lyon à Paris, M. de Rochebaron, commandant de Lyon, lui accorda sa liberté. Ce courrier l'entretint là-bas pendant près d'un an. Ensuite il l'amena à Paris. Elle a demeuré successivement rue Saint-Thomas-du- Louvre, chez un rôtisseur de la rue Saint-Honoré vis-à-vis le Grand Conseil, chez un plumassier, où Noël a continué de la voir et de l'aider en proportion de ses facultés.

Le goût qu'elle avait pour la musique la détermina à prendre un maître et dans l'espace d'une année et demie, qui est à peu près le temps qu'elle est à Paris, il la mit en état de débuter à l'Opéra, dans les Fêtes de Thalie le 24 septembre dernier, Noël, pour sa part, a beaucoup contribué aux dépenses que cette étude a exigées, car, jusqu'à son installation à l'Opéra, on ne lui a connu aucun autre bienfaiteur que ce courrier. Mais depuis cette époque, qu'elle demeure rue Neuve-des-Pe-

Rapports de poLicë 39?

tits-Champs, au second d'une maison à porte cochère, à côté de celle où demeurait M. de Boulongue, intendant des finances, Noël n'y vient que peu ou point. Le poste est maintenant occupé par deux ou trois messieurs qui viennent alternativement lui rendre leurs hommages. Le marquis de Souvré est le plus assidu et passe pour l'entreteneur. Un certain M. de Montlouis que l'on dit maître d'hôtel de la reine est le greluchon. On ignore quel est le troisième.

La demoiselle Lhéritier a, de son mariage, une fille âgée de six ans environ, qui est avec le père.

Elle a encore trois frères et une sœur. L'un de ses frères est marchand à Lyon ; un autre Test à Tours. Le troisième court la province et fait le métier d'empirique ou de charlatan. Il a séjourné longtemps à Versailles sous le titre de Médecin Turc et l'on assure qu'il y a fait des cures admirables par la vertu de ses topiques.

Quant à la sœur, elle a épousé un baladin qui fait des tours d'adresse et de force. Il a paru, il y a quelques années, à la foire de Saint-Germain, sous le nom de Grand Florentin.

La demoiselle Lhéritier n'a guère que trente ans, Imais elle en paraît davantage. Elle est d'une taille ordinaire, brune, camuse, l'air fané et, sans un |peu trop d'embonpoint, elle serait bien faite.

Son mobilier est encore très succinct et tout Ison domestique consiste en une servante d'assez mince encolure.

Demoiselle Beauvoisin, dite lully

On a entendu dire hier à la Comédie à M. de Villepinte qu'il était amoureux de la demoiselle Lully, jeune actrice qui vient de débuter sur le théâtre de la Comédie-Française et qu'il lui donnerait bien vingt-cinq louis pour coucher avec elle. Le sieur Ribou, acteur, paraît ne pas être mal vu de cette demoiselle.

La demoiselle Lyonnais

loi

danseuse à l'Opéra, rue de Beauvais, près le Vieux-Louvre

1748, 18 novembre.

La demoiselle Lyonnais, danseuse à l'Opéra, née à Strasbourg, en Alsace, demeure rue de Beauvais. Elle est assez grande, bien faite, brune, un peu marquée de la petite vérole, âgée d'environ vingt-six à vingt-sept ans. Son père recevait les billets à la Comédie et au Concert de Strasbourg.

Il y a onze à douze ans qu'elle est entretenue à Strasbourg par un officier d'artillerie.

Vers ce même temps elle est venue à Paris avec sa mère et un frère ; ce dernier demeure encore avec elle.

Elle est entretenue depuis plusieurs années par M. le comte de Vintimille, colonel du régiment de cavalerie de son nom. Il demeure rue Saint- André-des-Arts, chez Nogaret, baigneur.

Il est veuf. Il a de son mariage un fils dont le roi prend soin. C'est lui qui fournit à toutes les dépenses de la maison ainsi qu'aux gages d'une femme de chambre, d'une cuisinière et d'un la-

quais. Il va tous les jours chez la demoiselle Lyonnais et y mange fort souvent.

Il y a couché la nuit du 17 au 18 de ce mois en sortant du bal de l'Opéra. Gomme la mère de la demoiselle Lyonnais n'avait pas eu beaucoup d'éducation, qu'elle s'enivrait volontiers et qu'elle mettait souvent le désaccord dans la maison de la fille, le comte de Vintimille lui fit une pension de 600 livres et lui enjoignit de retourner à Strasbourg. Elle y est morte depuis peu.

Il n'y a pas d'apparence que la demoiselle Lyonnais ait d'autre connaissance que celle de M» de Vintimille ; la précaution qu'il a de placer et de payer lui-même les domestiques qui la servent n'est pas une des moindres raisons de la fidélité de sa maîtresse.

Elle est dans ses meubles et occupe la meilleure partie de la maison où elle est actuellement.

1749, 3 mai.

11 a été dit que la demoiselle Lyonnais était âgée d'environ vingt-six à vingt-sept ans et qu'elle était à Paris depuis onze à douze ans.

J'ai appris depuis, par des gens qui ont vu son extrait de baptême, qu'elle n'a que vingt-deux à vingt-trois ans ; qu'elle a été mariée à un nommé Guérardy, dont le père était chef d'une troupe de comédiens qui jouaient à Francfort, dans le temps de l'élection de l'empereur Charles VIL Que sur le récit que l'on fit alors à M. le maréchal de Belle-

Isle des talents de la demoiselle Lyonnais, il la fît venir de Strasbourg à Francfort ; sa mère l'y accompagna et, comptant faire la fortune de sa fille, elle la mena avec Guérardy fils, contre l'inclination de la demoiselle Lyonnais, qui n'a jamais aimé Guérardy. Ce mariage a depuis été déclaré nul au conseil souverain d'Alsace parle crédit de M. de Klinglin, prêteur royal de Strasbourg, qui s'intéressait pour la demoiselle Lyonnais. On croit même qu'il en est le père. Guérardy a passé à Londres où il est actuellement et la demoiselle Lyonnais est venue à Paris en 1743, où elle a fait la conquête de M. le comte de Vintimille.

Le sieur Lyonnais, son frère, demeure avec elle et doit, à ce qu'on dit, remplacer Dupré, premier danseur de l'Opéra, qui se retire.

1749, 16 juin.

Le sieur Favier, haute-contre dans les chœurs de FOpéra,est Fami de la demoiselle Lyonnais et Fadjoint de M. le comte de Vintimille.

C'est un jeune homme de vingt-cinq à vingt-six ans, taille de cinq pieds un à deux pouces, beau garçon, bien fait et toujours mis magnifiquement. Il n'a cependant que 600 livres de gages à FOpéra où il n'est considéré que comme un sujet bien médiocre.

Il est journellement chez la demoiselle Lyonnais et y prend presque tous ses repas. Pour écarter les soupçons que pouvait avoir le comte de

Vintimille, il passe chez elle pour son maître de musique. Il n'est cependant pas lui-même, à ce que Ton dit, trop étayé de ses principes.

Il y a environ quatre à cinq mois que Favier s'est battu contre un quidam dont on n'a pu savoir le nom. On croit que le motif intéressait la demoiselle Lyonnais qui a été extrêmement alarmée du péril qu'avait couru son amant qui fut dangereusement blessé et qui a été près de trois mois sans aller à l'Opéra. Il est présentement parfaitement rétabli, grâce aux soins et aux secours que la demoiselle Lyonnais lai a procurés.

On croit Favier originaire de Paris et cependant on ne connaît point sa famille, ce qui, joint au secret qu'il garde à ce sujet, fait soupçonner qu'il est bâtard de quelque seigneur. C'est au moins le jugement qu'en portent la plupart de ses confrères.

1750, 7 février.

Ce Favier eut une prise très vive, dimanche dernier, avec Francœur, qui le menaça pour son peu d'exactitude et de subordination de le faire mettre en prison. Favier demanda son congé qui lui fut accordé, moyennant qu'il ferait les six mois à dater de ce jour, aux termes de son engagement.

La perte ne sera pas grande. Favier n'est qu'un médiocre sieur qui n'a que l'impertinence qui prend sa source principalement dans les secours

qu'il tire de la demoiselle Lyonnais, sans lesquels il lui serait impossible de subsister, au moins sur le ton qu'il le prend, puisqu'il n'a que 600 livres d'appointements de FOpéra.

Sa loge a déjà été donnée à la demoiselle Labatte, nouvelle danseuse, cy-devant à la Comédie de Marseille.

1750, 18 avril.

Le sieur Guérardy, mari de la Lyonnais, danseuse à FOpéra, est ici dans le dessein de rentrer avec elle et de maintenir la validité de son mariage, quoique ayant été déclaré nul au Conseil souverain d'Alsace par le crédit de M. Klinglin.

Comme le comte de Vintimille ne veut assurer, à ce que l'on dit, aucun bien foncier à la Lyonnais, dans la crainte que Guérardy rentre quelque jour avec elle, ce dernier qui est ici, pressé par le besoin, et d'ailleurs détesté par sa femme, veut au moins tirer parti de la conjoncture. On assure que le comte lui offre déjà 1.000 écus pour qu'il se prête de bonne grâce à cette cassation et que cette somme est déposée chez un notaire.

1750, 30 mai.

On assure que la demoiselle Lyonnais est enceinte et que le comte de Vintimille est d'assez bonne foi pour s'imaginer qu'il en est l'auteur. Celles qui croient s'y connaître mieux que lui at-

tribuent tout l'honneur de cet événement, s'il est vrai, au sieur Favier, son substitut. On veut que la demoiselle Lyonnais se soit déjà trouvée dans le même cas, mais qu'elle s'en soit tirée par une fausse couche forcée, au moyen des drogues que Favier lui fit prendre dans le temps.

D'ailleurs, plusieurs affirment que M. de Vintimille est inhabile à la génération. Entre celles qui soutiennent cette opinion avec le plus de fermeté, la demoiselle Agathe de Marbourg paraît être la mieux instruite et en état de décider la question en connaissance de cause.

On pourrait cependant objecter qu'il reste au comte de Vintimille un enfant de son mariage, mais des personnes qui se disent instruites opposent à cet argument que Pépouse du comte était déjà enceinte lorsqu'il l'a épousée et que ce n'est pas sans raison que le Roi prend soin de cet enfant.

1750, 17 août.

Il demeure pour constant que, cette fois-ci, la demoiselle Lyonnais est enceinte et fort peu éloignée du terme de son accouchement. Depuis environ six semaines, elle est à Passy, dans une petite maison que Favier, qui est son homme de confiance, lui a fait louer, autant pour lui que pour elle ; car la femme et les enfants de Favier y sont continuellement et l'on est bien informé que c'est la Lyonnais qui soutient toute cette fa-

mille, aux dépens de M. de Vintimille qui va presque tous les jours à Passy faire compagnie à la Lyonnais. Elle a obtenu un congé de l'Opéra et il n'y a pas d'apparence qu'elle danse avant que d'être débarrassée.

1750, 13 novembre.

La demoiselle Lyonnais est accouchée à Paris, le 30 du mois dernier, dune fille; M. de Vintimille a passé les deux nuits suivantes auprès de la malade, dans un fauteuil, sans vouloir se déshabiller. C'est la petite fille de Favier, greluchon de la Lyonnais, qni a tenu l'enfant sur les fonts de baptême avec l'intendant de M. de Vintimille.

1751, 25 mai.

Le bruit se répand que depuis environ un mois, la demoiselle Lyonnais est brouillée avec M. de Vintimille. Le fait est qu'un nommé Arnoul qu'il avait placé auprès d'elle a été congédié dès le lendemain, que depuis ce temps, ce domestique ne cesse de rôder aux environs de la maison et qu'il ne se presse pas d'entrer dans une autre condition. On infère de là qu'il est posté et payé par M. de Vintimille pour lui rendre compte de toutes les démarches de la Lyonnais, car il n'en est pas aussi détaché qu'il voudrait le faire entendre, et l'on pense qu'il serait fort étourdi s'il apprenait qu'elle en a un autre. Il n'en sait ce-

pendant encore rien et, suivant les apparences, cela n'arrivera pas puisque M. de Vintimille était encore hier chez elle sur les six heures du soir ; au moins a-t-on vu son équipage et sa livrée à la porte.

Depuis le 30 octobre dernier que la demoiselle Lyonnais est accouchée, elle n'a point encore dansé à l'Opéra; des gens mal intentionnés veulent qu'elle soit encore grosse des œuvres de Favier et que ce soit là ce qui a occasionné la mauvaise humeur d'elle et de Vintimille ; d'autres assurent que le véritable motif roule sur ce que Ton a rapporté à la Lyonnais que le Comte avait fait ou fait faire des propositions à la demoiselle Beaumenars qui auraient été rejetées.

M. de Vintimille demeure présentement rue de Richelieu, proche de Mlle Le Duc.

1751,2 avril.

La réconciliation de la demoiselle Lyonnais avec M. de Vintimille n'est pas encore une chose bien décidée. Quoiqu'on l'ait encore vu aller chez elle, lundi dernier 29 mars, Favier est plus que jamais impatronisé dans cette maison où, pour soustraire le peu de meubles qu'il lui restera aux poursuites de ses créanciers, elle a consenti qu'il les mît en séquestre. La femme de Favier et ses enfants, au moyen de cet arrangement, logent présentement en chambre garnie. Quant à lui, il couche plus volontiers chez la demoiselle Lyonnais qu'avec sa femme.

Elle quitte son appartement de la rue de Beauvais pour en prendre un à meilleur compte, rue de la Croix-des-Petits-Ghamps, dans le bâtiment neuf au second, vis-à-vis de la rue de Bouloi. On y porte déjà des meubles. Elle a été fort incommodée, à la suite de ses couches, d'un lait répandu.

1752, 10 janvier.

On assure que la demoiselle Lyonnais s'est enfin guérie de la belle passion qu'elle conservait depuis si longtemps pour Favier et qu'elle ne le voit plus ; mais qu'en échange elle vit avec le nommé Bureau, haut-bois à l'Opéra.

Ce Bureau est un grand garçon, assez bien bâti, qui a épousé la demoiselle Brillant, aujourd'hui actrice de la Comédie-Française, anciennement à FOpéra Comique et depuis, dans la troupe du Maréchal de Saxe. Elle a appartenu pendant près de deux ans à M. le Maréchal de Lowendahl, qui l'a quittée pour prendre la demoiselle Auguste.

On veut que la désunion d'entre elle et son mari provienne de ce qu'elle ne lui garde point la foi conjugale, comme si une personne de son état y était obligée et de ce que Bureau Fa surprise une seule fois en flagrant délit avec un abbé dont on n'a pu savoir le nom.

Quant à la demoiselle Lyonnais, elle a toujours sa petite maison de Passy près celle de M. Chantepie, commandant la brigade distribuée dans ce lieu. On ne sait trop comment elle peut, avec deux

mille livres qu'elle a de l'Opéra, fournir à toutes ces dépenses, car on ne lui connaît aucun entreteneur depuis que M.de Vintimille l'a quittée pour s'attacher à la Bellenot l'aînée et on ne peut pas supposer qu'elle ait rien économisé dans le bon temps, car ce Favier lui a toujours été extrêmement à charge.

1752, 9 février.

La demoiselle Lyonnais, danseuse, vient de signifier à MM. les directeurs de l'Opéra qu'elle entendait finir ses six mois, suivant l'usage, après quoi elle se retirerait.

On assure qu'elle a un engagement pour passer en Prusse où on lui offre 12.000 livres par an au lieu qu'elle n'a ici que 2.000, et point d'entreteneur, ce qui ne peut absolument subvenir à sa dépense et à celle de Favier, car malgré tout ce que Ton a dit à leur sujet, on soutient qu'elle l'aime encore et qu'ils pourraient bien aller ensemble en Prusse. Favier a déjà plusieurs fois demandé son congé, mais on le lui a toujours refusé.

1754, 18 avril.

La demoiselle Lyonnais fait toujours chambrée avec Favier ; comme ses compagnes disent, elle s'amuse toujours à la moutarde. Cependant l'on assure que dans les derniers jours du mois précédent, elle a fait une partie à la passade avec un étranger, à Ghaillot ou à Saint-Cloud, qui lui

a valu 100 louis d'un coup de filet. Il n'a pas été possible d'en savoir davantage. Le Prince de Salm-Kirbourg,Chevalier de l'Aigle blanc, demeurant rue de Bourbon, faubourg Saint-Germain, va chez elle fort souvent et sans l'entretenir lui fait du bien. C'est un homme de quarante-quatre à quarante-cinq ans, marié à une fille du Prince de Horn, de laquelle il a trois enfants, deux filles et un garçon. Ce dernier est aux Jésuites de la rue Saint-Jacques.

Ce Prince de Salm a un frère abbé, bossu,demeurant rue d'Enfer.

1754, 4 octobre.

La demoiselle Lyonnais a fait, depuis quinze jours,la conquête de M. le comte de Sochy, seigneur Polonais, logé depuis le 25 septembre dernier, rue du Colombier, à l'hôtel de Luynes. 11 demeurait auparavant rue du Four, à l'hôtel de Carignan.

Ses honoraires sont réglés à 500 livres par mois, payées d'avance, suivant l'ordonnance. Il ne vient chez elle que trois à quatre fois par semaine, toujours le soir, et n'y couche point. Les choses pourront subsister sur ce pied, tant qu'il n'aura pas connaissance du substitut, car Favier continue de brocher sur le tout. Il est encore convalescent de l'opération qu'on vient de lui faire de la fistule par le moyen des caustiques.

1755, 14 août,

A l'occasion de la fête de demain, que la demoiselle Lyonnais, danseuse de FOpéra, prend pour la sienne, on doit tirer ce soir un très beau feu d'artifice à sa petite maison de Chaillot. Presque tous les musiciens de Forchestre de FOpéra doivent s'y trouver. Il y aura ensuite un souper et grand vin. C'est le sieur Favierqui est Fordonnateur et qui fait les frais de cette fête.

Vers faits au sujet de FOpéra de Zoroastre (paroles de M. de Gahuzac, musique de M. Rameau, 1747) sur la demoiselle Lyonnais, danseuse, qui fait dans cette pièce le rôle de la Haine.

Charmante Lyonnais, dans le triste séjour Où l'art d'Abramane l t'entraîne, Tu fais de vains efforts pour inspirer la haine ;

Tes yeux n'impriment que l'amour.

En monstres tels que toi si le Ténare abonde

Tout va changer dans l'univers,

Et Ton verra bientôt le monde

Chercher les cieux dans les enfers.

Envoi à la Demoiselle

L'épigramme pourra te paraître imparfaite,

Ce n'est pas mon esprit c'est mon cœur qui l'a faite.

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