‹ Paris sous Napoleon (volume 2)Chapitre 10 sur 54 · LE LENDEMAIN DE BRUMAIRE · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DE BRUMAIRE

corps de métiers le pullulement de « cette nombreuse race de petits marchands qui n'ont ni probité, ni honneur, ni scrupule, et qui, ayant payé le droit de patetite, s'imaginent avoir le droit d'escroquerie (1) ». Des propos analogues se multiplièrent après Brumaire. Plus d'un commerçant, après avoir profité du régime de liberté, souhaitait maintenant d'(?tre protégé contre des concurrents éventuels, et se sentant assez riche pour acquitter les droits de maîtrise, soupirait après le rétabhssement des jurandes (2). Le préfet de police Dubois était tout acquis à la soi-disant réforme : non qu'il professât le culte des institutions d'ancien régime; mais insatiable d'autorité, toute réglementation nouvelle lui était une occasion bénie d'étendre ses attributions (3;; il rcîvait de soumettre l'ensemble des professions commerciales au régime qu'il avait réussi à imposer aux boulangers (4) et aux bouchers (5). Sa tactique consistait à persuader au Premier Consul que l'accord était complet sur ce point entre tous les commerçants sérieux, entre toutes les personnes tant soit peu compétentes. Tantôt, affectant de considérer la question comme résolue en principe, il disait qu'on ne discutait plus que sur des points de détail, comme l'admission de droit des anciens maîtres d'avant la Révolution (G); tantôt, comme la décision tardait, il affirmait que les brasseurs d'affaires sans scrupules

(1) Nouveau Paris, t. V, p. 242.

(2) Levasseur, Histoire des classes ouvrière$ de 1789 à 1870, 2» édit., t. I, p. 343-344.

(3) Le l""' août 1806, sous prétexte do réglementer les écoles de natation, il instituait quatre prud'hommes nageurs, devant lesquels les maîtres-nageurs devaient faire leurs preuves d'habileté!

(4) Paris sous Napoléon, t. V, p. 170 et s.

(5) Ibidem, t. V, p. 297-299.

(6) Raiiport du 21 thermidor an IX (9 août 1801) : Aulard, Paris sous le Consulat, t. H, p. 4a7.

étaient seuls hostiles (1), que les négociants se'rieux étaient au contraire unanimes à considérer la mesure « comme propre à détruire les agioteurs et raviver le commerce (2) »; une autre fois, localisant ses insinuations, il représentait « la majeure partie des orfèvres de Paris » comme désireux d'être groupés en une corporation fermée, dont l'établissement faciliterait le contrôle fiscal des matières d'or et d'argent (3).

Dubois exagérait à coup sûr quand il parlait de majorité : mais la tendance dont il se faisait l'écho existait bien dans l'esprit de quelques commerçants. Elle se fit jour jusqu'à la chambre de commerce, lors de la crise qui suivit la rupture de la paix d'Amiens. Gomme on délibérait des moyens de prévenir la multiplicité des faillites, un membre, dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous, dénonça l'invasion des professions commerciales par des hommes aussi dépourvus de connaissances techniques que de formation traditionnelle : « La plupart de ces inconnus, dont la patente légalise la témérité, admis sans examen, allranchis de toute surveillance, usurpateurs du titre de négociants ou de manufacturiers, ne s'exposent pas seulement à une ruine presque certaine : ils nuisent encore au commerce et au progrès des arts. » Gomme l'abus était imputable à la suppression des jurandes, pour en avoir raison il fallait revenir à l'ancien état de choses. De très vives protestations s'élevèrent, fondées aussi bien sur le principe de la liberté du commerce que sur les inconvé-

(1) Rapport du 1" frimaire an X (22 novembre 1801) : Ai LAni», Paris fiiut le (lonsulnl, l II, p. 615.

(2) Flapport du 20 vendémiaire an XI (12 octobre 1802) : F7. 38;J1.

(3) Rapport du 2 nivôse an XI (23 dOccmbre 1802) : Aui.ahd, Part» tons l,-Co,t<iihit, I III, p. S04.

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