NAPOLEON KT LH COMMERCE
ranimer une de nos manufactures les plus intéressantes et que nous possédons exclusivement, et de donner du pain à un si grand nombre de familles franraises, est l)ien faite en eil'et pour mettre à la mode les batistes (i). »
Dès l'été de 1800^ le préfet de police constatait non seulement que la vogue des étofles anglaises persistait, mais qu'il devenait impossible d'en opérer la saisie à Paris : à peine introduites en France par contrebande, des manufacturiers peu .scrupuleux les démarquaient, à moins qu^en Angleterre même elles n'eussent été frauduleusement munies de chefs français. Après avoir désigné nommément quelques commerçants ou industriels plus que suspects de participer à ce trafic, Dubois ajoutait sur un ton découragé : « Les choses en sont à cet égard à un point tel qu'on a la certitude que depuis cinq mois on a vendu à Paris pour plus de trois millions de nankin et de basin véritablement anglais et qui cependant n'étaient pas saisissables (2). » Un peu plus tard, le préfet affolé rapportait, sans le prendre tout à fait à son compte, un bruit d'après lequel la Banque de France aurait trempé dans l'alTaire; ce qui était plus sérieux, c'était cette constatation dépitée : « Rien au monde de plus difficile, et on ne saurait trop le répéter, que la saisie des marchandises anglaises, lorsque cependant Paris en regorge, que partout on les étale et que tout le monde en porte (3). » Une autre fois, il mettait en cause l'intégrité des tribunaux, qui systématique-
(1) Aux deux autres Consuls, 21 pluviôse an IX (10 février 1801) : Correspondance, o361.
(2) Rapport du 8 thermidor an VIII (27 juillet 1800) : Ailard, Paris sous le Consulat, t. I, p. 549-550.
(3) Rapport du 4 vendémiaire an IX (26 septembre 1800) : Ibidem, t. I, p. 671.
ment annulaient les saisies et acquittaient les inculpés (1). On conçoit l'impression que ces doléances, ces dénonciations incessantes devaient produire sur un esprit prévenu comme celui de Bonaparte.
Entre les différentes catégories de négociants, Napoléon se défiait particulièrement des banquiers, ces < marchands d'argent », comme il les appelait. L'étalage quelque peu tapageur de leur luxe, l'étendue de leurs relations internationales, leur prétention de traiter avec le gouvernement de puissance à puissance, tout en eux était fait pour éveiller ses susceptibilités et froisser son amour-propre. Il leur en voulut toujours d'ailleurs des conditions usuraires auxquelles il avait dû souscrire, au lendemain de Brumaire, pour procurer quelques ressources au Trésor complètement mis à sec par le Directoire (2). Préventions et rancunes lui inspirèrent souvent, soit dans des conversations privées, soit mc^me en séance du Conseil d'État, des sorties exaspérées contre la « faction des banquiers (3) » . A quelques exceptions près, dont la plus marquante et la plus singulière porta sur un étranger d'origine, Perregaux, il s'abstint de faire participer les banquiers aux nominations importantes, aux distinctions honorifiques dont il n'était pourtant point avare (4).
Si Napoléon portait aux banquiers une médiocre sympathie, il ne se cachait pas de mépriser et de détester les fournisseurs, c'est-à-dire ces commerçants doublés de spéculateurs qui s'engageaient par traité à
(1) Rapport du 16 mcsBidor an IX (5 juille 0) : Aulard, Parts «OUI le Contulal, t. II, p. 388.
(2) Mk.neval, Méinoiros, t. II, p. 8-6.
(3) I'klkt bB i.A liOZi^iiB, Opinions de Napoléon, p. 260-201,
(4) Cf. Krédt rie Ma.hhon, Jadit. I. I, p 245-252.