CHAPITRE IV
I. Fondation de la Banque de France. — H. Piriode de libre concurrence. — 111. Etablissement du monopole (an XI). — IV. Crise de 1805-1806. — V. Réorganisation de 1806. — VI. La Banque de France après 1806.
Bonaparte tenait à « faire quelque chose » pour les capitalistes et commerçants parisiens, qui, exaspére's par les extorsions fiscales du Directoire, avaient appelé de leurs vœux etpeut-ôtre commandite le coup d'État (2). D'autre part, il avait éprouvé combien le défaut de crédit même privé pouvait être préjudiciable au gou-
(1) On n'a point eu la prétention de retracer ici l'histoire complète et détaillée de la Banque de France pendant la période napoléonienne. Cette histoire ne pourrait .s'écrire qu'à l'aide des archives de la rue de la Vrillière, qu'une consigne rigoureuse ferme aux investigation.s des profanes (la bonne volonté personnelle de M. Georges l'allain, chez qui le gouverneur de la Banque se double d'un historien et d'un fervent zélateur des recherches historiques, n'est point parvenue à m'en procurer l'accès). Mon plan ne comportait d'ailleurs l'étude des origines de la Banque que dans ses rapports avec le commerce parisien et avec l'ensemble de la population parisienne.
(2) Vaniial, Avéïievient de Bonaparte, t. I, p. 283.
vernement. Après avoir eu l'humiliation, sinon de solliciter le concours et de subir le refus d'Ouvrard, comme celui-ci s'en est vante', du moins d'accepter les subsides du fournisseur Gollot, Bonaparte, encore Consul provisoire, avait dès le 3 frimaire (24 novembre 1 799) convoqué au Luxembourg avec une certaine solennité une vingtaine de gros banquiers et négociants; dans une chaleureuse et adroite harangue, il avait fait appel à leur intérêt autant qu'à leur patriotisme; Mallet avait en leur nom prodigué de généreuses protestations d'acquiescement, et tous avaient signé l'engagement de souscrire un emprunt de douze millions. Mais le premier enthousiasme une fois tombé, et l'heure venue de tenir les promesses, c'est tout au plus» si ces magnats de la place de Paris, favorablement disposés pour la politique consulaire, avaient pu apporter le quart de la somme promise, c'est-à-dire trois millions (1).
Quand le gouvernement fut définitivement constitué, cette question de raffermissement du crédit sollicita promptement l'attention du Premier Consul. Il sonda ou fit sonder l'opinion de plusieurs des principaux intéressés; il s'en entretint (''gaiement avec quelques-uns des collaborateurs qui avaient sa confiance, et notamment avec le conseiller d'Ktat Cretet. Ce personnage, qui était au courant des affaires commerciales pour s'en être personnellement occupé, et qui avait élargi ses connaissances pratiques par un séjour en Amérique (2), joignait à la compétence professionnelle une remarquable faculté d'adaptation : en quelques années, il devait passer, partout égal à sa tâche, de la négociation du
(i) Stoiirm, Finance» du Consulat, p. 54-58.
(2) Mollicn, mal disposé pour Crotot, a écrit qu'il lui avait iriani|uê •• l'otudo dos i'uits et du monde » {Mniioires, t. I, p. 2.'U>, note) : c'est exactement lo contruim do la vérité.