FONDATION
Concordat à la direction des ponts et chaussées, et du gouvernement de la Banque au ministère de Tintérieur. Gomme presque tous ceux qui avaient joué un rôle politique au cours de la Révolution, Cretet avait dans son passé une page regrettable : trop tard venu dans les assemblées et trop modéré de tempérament pour s'être associé aux actes de violence sanguinaire, il avait, au conseil des Anciens, apporté l'autorité de sa parole et de son suffrage à cet expédient désespéré que l'histoire appelle,, comme les contemporains indépendants, la banqueroute des deux tiers. Mais à lui ainsi qu'à bien d'autres, Brumaire avait révélé sa vraie vocation, et il se montrait maintenant le plus sage, le plus avisé des conseillers et des administrateurs.
Il y avait alors à Paris cinq ou six banques qui émettaient des billets, sous le régime de la liberté à peu près absolue : la plus importante était la Caisse des comptes courants, dont le crédit avait résisté deux ans auparavant à un vol colossal (1). Pour des raisons aussi bien politiques que techniques, il parut à Bonaparte et à ses interlocuteurs que le mieux était de développer cette banque, mais en la transformant et en lui donnant des attaches nettement gouvernementales. Le 28 nivôse an VIII (48 janvier 1800), les actionnaires gagnés votaient la dissolution de la Caisse des comptes courants, malgré la prospérité de l'affaire. Le même jour, par une coïncidence qui n'avait rien de fortuit^ le Consul signait deux arrêtés. Le premier mettait à la disposition du ministre des finances « la maison nationale dite de l'Oratoire et la ci-devant église qui en fait partie, rue Honoré..., pour servir à l'établissement de la Banque
(1) Courtois, Histoire det Banques en France (2* édition d'une Histoire de la Banque de France), p. 109.
de France ». Un bail devait être concédé pour une durée de 27 ans « aux régents de ladite Banque, au prix d'estimation qui sera réglé » . Le second arrêté spécifiait les rapports qui allaient intervenir entre le Trésor public et cette Banque de France dont le nom faisait ainsi à l'improviste son apparition dans l'histoire. La Banque devait recevoir en dépôt tous les fonds de la caisse d'amortissement. Sur les cautionnements obligatoirement versés par les receveurs généraux, la moitié était portée à la Banque en compte courant au crédit de la caisse d'amortissement; l'autre moitié serait convertie en actions de la Banque inscrites au nom de la caisse d'amortissement. Les obligations protestées de ces mêmes receveurs généraux, après visa de la caisse d'amortissement, devaient être remboursées par la Banque « jusqu'à concurrence tant des fonds qui auront été versés à titre d'actions que de ceux du crédit du compte-courant » ; en compensation, la Banque était pour le recouvrement définitif subrogée « à tous les droits de la nation », formule pompeuse, garantie alors médiocre.
On était encore si près du régime des assignats et de la grande banqueroute révolutionnaire, que ce programme d'étroite connexion entre l'Etat et une banque d'émission produisit dans le monde des alTaires une impression marquée de défiance. Les bureaux de Fouché l'indiquaient clairement le surlendemain de la signature des deux arn^tés, quand ils écrivaient à propos de la détresse fmancière : « On ne voit de ressource que dans l'existence d'une banque formée par une association de particuliers et hors de la dépendance du gouvernement. Les opérations de cette banque, en doublant le numéraire en circulation, faciliteraient toutes les ren-