‹ Paris sous Napoleon (volume 2)Chapitre 29 sur 54 · RÉORGANISATION DE · texte numérisé non relu

RÉORGANISATION DE

par des fripons (1). » Dix jours plus tard, dans sa correspondance avec son frère Joseph, il comparait la naïveté de Marbois à celle du cardinal de Rohan dans l'aifaire du Collier, « avec cette différence qu'ici il ne s'agissait pas de moins que 90 millions (2) ». On sait qu'il devait, dès 1808, rendre délicatement justice à la probité du ministre disgracié, en le mettant à la tête de la Cour des comptes.

Séance tenante, ou plutôt quelques minutes après la levée du conseil, Napoléon fit rappeler Mollien, lui intima l'ordre de prêter serment dans la soirée comme ministre du Trésor, et écarta avec une désobligeante brusquerie quelques velléités de défense (3).

Après la remise à flot des finances nationales, qui accapara les premiers soins du nouveau ministre et de son maître, une réorganisation de la Banque s'imposait. Il était fâcheux sans doute que le statut fondamental en fût si fréquemment modifié : mais par son acuité, par les inquiétudes suscitées et les souffrances provoquées, la crise récente avait accrédité l'idée qu'une réforme était nécessaire. Quelques économistes persistaient à soutenir qu'il fallait rendre la Banque plus indépendante du gouvernement : Dupont de iNemours défendait cette théorie dans une brochure publiée plus ou moins sous le couvert de la chambre de commerce de Paris, dont il était secrétaire, brochure saisie par ordre supérieur. L'avis dominant était au contraire qu'on devait à la fois renforcer les ressources de la Banque et resserrer la

(1) 27 janvier 1806 : Corre&pondance, 9709.

(2) 7 février : Ibidem, 9773.

(3) « Vous ne me persuaderez pas que vous ne voulez pas être ministre; on ne refuse pas un ministère. » (Mollien, Mémoires, t. I, p. 437).

tutelle de l'État. Quant aux de'tails d'exécution, les propositions affluaient. Talleyrand, qui, comme nous l'avons rappelé, se targuait d'une vieille compétence en ces matières, Talleyrand, tout absorbé qu'il fût alors par les accords diplomatiques consécutifs à la campagne d'Austerlitz^ n'avait point attendu le retour de l'empereur à Paris pour lui soumettre un plan de remaniement de la Banque, fondé sur une importante augmentation du capital. Avec sa belle audace, il se réclamait d'avance de « l'assentiment de tous les véritables hommes d'affaires de Paris » , et déclarait par contre que l'opposition viendrait « de tous les faiseurs ou intrigants d'affaires qui abondent à Paris (1) ».

Est-il besoin de dire que Napoléon ne s'en remit point à son ministre des relations extérieures du soin de réformer la Banque de France ? Il n'en chargea même pas son nouveau ministre du Trésor, qu'il savait médiocrement disposé en faveur de cette institution. MoUien d'ailleurs avait eu la franchise ou l'habileté de prendre les devants, en demandant que la surveillance de la Banque cessât de faire partie des attributions de son département ministériel (2) .

Cette fois encore, ce fut le directeur général des ponts et chaussées, Cretet, dont la souple et variée compétence fut mise à contribution. L'empereur lui commanda un projet, qui fut présenté au souverain le 25 mars 1800 (3) et mis dès le lendemain en délibération au conseil d'Ktal, sur le rapport de Defermon. Le privilège d'émission des billets était prorogé de vingt-cinq ans au delà du premier

(1) 11 janvier 1806 : Bertrand, Lettres inédites de Talleyrand à Napoléon, p. â32-S33 (ce docunicut n'est que la lettre d'envoi, et D6n lo plan proprement dit).

(i) MoLLiuN, Mémoires, t. I, p. l>0o.

(g) AF. IV, 1071.

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