‹ Paris sous Napoleon (volume 2)Chapitre 31 sur 54 · VI · texte numérisé non relu

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l'impression que ce quasi -abandon du projet ait été dû à son influence. Ce qui est positif, c'est qu'il s'attachait à dénigrer l'étroitesse d'ide'es du conseil de régence presque autant qu'à exalter les vues grandioses de son maître : « Depuis quatre ans, dans mes rapports avec la régence de la Banque de France, qui n'ont pu être que confidentiels, je n'ai pas négligé une seule occasion de lui représenter la mesquinerie de son système. Votre Majesté la conduira successivement à des résultats dignes de son règne; sa destinée est de tout agrandir. Mais ce sera un grand efîort, môme pour sa toute-puissance, d'élever toutes les pensées jusqu'aux siennes (1)... Je dois au gouverneur la justice de dire qu'il est également pénétré de ses devoirs propres et de ceux de la Banque, que la majeure partie de la régence pense comme lui : quant à ceux qui hésitent, je ne peux leur supposer d'autre motif que le désir vague de se faire remarquer par une prétendue circonspection, dont ils supposent que le public leur saura gré, mais il n'y a ni intention, ni moyen d'opposition ou même d'objection de leur part (2)... C'est une espèce de république assez difficile à gouverner qu'une association d'hommes qui croit exercer une profession inconnue, qui ne se croit comptable à personne quand elle ne rend compte qu'à des actionnaires et qui, même sans en abuser, attache beaucoup de prix à cette indépendance... Les lumières viennent de Votre Majesté, elles sont nécessaires, car il y a bien des aveugles à éclairer, du moins bien des vues courtes à étendre (3)... » Ces extraits, qu'il serait aisé de multiplier, ne peuvent en vérité passer pour des formules de protocole ou pour des précautions ora-

(1)7 mai 1810 : AF. IV, 1071.

(2) 8 juin 1810 : Ihùltm.

(3) 3 juillet 1810 : Ibidem,

toires, destinées à encadrer des remontrances ou des objections : le ton est bien celui de l'admiration et de la soumission sans réserves. Napoléon avait profité de la grande audience du dimanche 2 septembre 1810, à Saint -Cloud, pour endoctriner quelques régents de la Jianque : le lendemain, Mollien affirmait qu'au dire de ces derniers, l'empereur avait approfondi plus qu'eux-mêmes les questions d'escompte les plus ardues (1).

Ce qui sans doute, beaucoup plus efficacement que les hypothétiques représentations de Mollien, contribua à enrayer les projets de Napoléon sur lextension de la Banque hors de la capitale, ce fut la crise du commerce parisien dans les derniers mois de 1810, crise qui suffit amplement à absorber les soins et les ressources de la Banque. Celle-ci fut encore en butte à certaines accusations : on lui reprocha notamment d'avoir aggravé le désarroi en n'escomptant pendant un certain temps que le papier au-dessous de soixantedix jours (2), ou encore d'avoir fait preuve, dans l'admission du papier, d'une sévérité exagérée, qui avait contribué à discréditer et à ruiner certaines maisons (3). Cette fois Mollien prit sa défense (4) : il exposait à Napoléon que la Banque était largement venue au secours du commerce parisien, qu'elle s'était départie de son rigorisme habituel (5), tout en demeurant assez prudente ou assez heureuse pour n'avoir en soufl'rance qu'un efl'et de trois mille francs, sur plus de quatre cents

(1) A Napoléon, 3 septembre 1810 : Ibidem.

(2) Bulletin de police du 13 décembre 1810 : AF. IV, 1512.

(3) Ce grief est formulé par l'un des régents, Vital-Roux, dans un mémoire manuscrit daté du 7 mai 1811 (AF. IV, 1060).

(4) Cf. notamment sa lettre à Napoléon du 26 novembre 1810 : AF. IV, 1088.

(5) Au même, 22 décembre 1810 : Ibidem.

millions d'escompte consentis au cours de la crise (i). Le ralentissement des attaires, qui suivit naturellement la secousse de 1840, eut pour résultat de restreindre le nombre des ell'ets en circulation et de faire affluer le numéraire dans les caisses de la Banque, numéraire condamné, selon l'expression d'un régent, à une « oisiveté stérile » (2). Pour employer ce capital, et aussi pour déférer à de pressantes instances, qui ressemblaient à des ordres, la Banque acheta des rentes et escompta en grande quantité le papier du Trésor (obligations des receveurs-généraux, des Droits-réunis, etc.) : ce devait être pour elle la source de graves difficultés en 1814 (3).

(1) A Napoléon, 24 janvier 18H : AF. IV, 1089 a.

(V) Mémoire de Vital-Roux, 7 mai dSH : AF. IV, 1060.

(3) CouuTois, Histoire f/e.s Banques, p. 126 et s.

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