COULISSIERS
les agioteurs et tous ceux qui se mêlent de vendre des effets nationaux sur les places et dans les rues, notamment au Perron et dans le jardin du Palais du Tribunal (1). » En rendant compte de cette exécution, le préfet annonçait que ces intermédiaires marrons avaient été menacés de prison en cas de récidive; mais l'appât du gain et la force de l'habitude prévalurent sur la crainte : « La plupart des marchés, » écrivait Mollien en 1803, « se font maintenant ailleurs qu'à la Bourse; les spéculateurs sont en quelque sorte en permanence de Bourse; à toute heure, au premier symptôme, ils se réunissent pour acheter ou pour vendre, et si c'est un désordre d'après les règlements, ce désordre est plus fort que les règlements (2i. » Stimulant la vigilance du préfet de police, la chambre syndicale lui adressait la liste nominative des intrus, en le priant « d'ordonner des mesures efficaces contre ces individus » (3). Le mode de répression le plus usité consistait à interdire l'entrée de la Bourse aux personnages reconnus comme marrons ; la chambre syndicale eût souhaité qu'on allât plus loin, et que sur une dénonciation signée d'un certain nombre d'agents de change, confirmée par le syndic et par les adjoints, les délinquants fussent l'objet de mesures plus énergiques, telles que l'éloignement de Paris pendant un certain laps de temps (4) ! La police impériale ne jugea jamais à propos de déférer à ce désir. Elle ne tenait même pas toujours la main à ce que l'exclusion de la Bourse fût régulièrement observée.
(1) Rapport du H thermidor an XI (30 juillet 1801) : Aulard, Paris sous le Consulat, t. II, p. 438.
(2) A Bonaparte, 26 floréal an XI (16 mai 1803) : AF. IV, 1073.
(3) Délibération du 22 vendémiaire an XI (14 octobre 1802) Ch. sijnd.
(4) Délibération du 22 brumaire an XIV (13 novembre 1805) : Ibidevi.
Consultée sur la réadmission d'un commis qui avait eu le tort de s'immiscer dans des transactions, la chambre syndicale accompagnait un avis personnellement indulgent de ce considérant plutôt amer : « ... D'autant plus que l'on remarque que plusieurs de ceux auxquels elle (la Bourse) avait été comme à lui défendue, sans ollrir en leur faveur les mêmes motifs, y viennent tous les jours, quoique rien n'ait annoncé que vous ayez fait lever la consigne à leur égard (1). î
En 1809, le bruit courut que des poursuites judiciaires allaient être intentées. La chambre syndicale s'employa à en préparer le succès : « ...L'on délibère sur cet objet important, et l'on arrête que l'on s'occupera de présenter au préfet de police une liste de tous ceux qui s'immiscent indûment dans nos fonctions, et que l'on invitera nos confrères qui suivent les changes à nous procurer les noms et adresses des marrons (2). » Les poursuites sans doute furent abandonnées ou ne produisirent qu'un médiocre résultat, car on en revint aux démarches auprès des autorités policières. Il a été dit plus haut que Savary, lors de son entrée au ministère, avait gracieusement accueilli la visite de la chambre; celle-ci ne tarda point à faire appel à sa bienveillance : « Monseigneur, nous pensons souvent à la bonté avec laquelle vous nous avez reçus et à l'intérêt que vous avez bien voulu nous témoigner. Nous aimons à nous entretenir de la reconnaissance que nous vous devons et de l'espérance que nous avons conçue qu'avec la protection de Votre Excellence, la volonté et les intentions du gouvernement seront enfin remplies, et que .bientôt nous jouirons avec sécurité et certitude d'un
(1) Au préfet do police, 19 décombro 1800 : 67». ,s//?u/.
(2) Déliburtition du 30 juin 1809 : Ibidem.