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CHAPITRE Vï l'industrie

I. Période de renaissance et d'expansion (an VlII-an XIII). — II. Expositions industrielles. — III. Inventions nouvelles et encouragements donnés par Napoléon. — IV. Les crises de l'industrie parisienne et les secours gouvernementaux (1806-1813).

Le Paris de l'ancien régime, avec ses six cent mille habitants et sa ceinture de villages agricoles, ne pouvait se comparer à l'immense agglomération industrielle qui s'est formée dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Il s'y était pourtant fondé, surtout dans les faubourg.s Saint-Antoine et vSaint-Marceau, beaucoup de petits ateliers, et même un certain nombre de grandes fabriques ou manufactures (l'emploi de ce mot était alors plus généralisé qu'aujourd'hui). En dispersant ou en ruinant la clientèle, en détournant la population ouvrière vers des préoccupations ou des manifestations politiques, en multipliant les enrôlements volontaires ou obligatoires, les événements de la Révolution avaient eu sur l'industrie parisienne une influence désastreuse. D'après un tableau dressé par le préfet Frochot, le

nombre des ouvriers des fabriques importantes était tombé de 7053 en 1791 à 1722 en 1901 (1).

Après Brumaire, et avant même la conclusion de la paix, une brusque reprise des affaires correspondit, à Paris comme dans les autres villes manufacturières, au retour de la sécurité et à la renaissance de certaines habitudes de luxe. Ainsi que l'a écrit une élégante de ce temps-là, « lorsque, dans un hiver, il y avait huit mille, dix mille bals dans Paris, cinq ou six mille dîners, il suivait tout naturellement de cette manière de vivre que les marchands de soieries avaient vendu un million d'aunes de satin ou de florence, du crêpe et du tulle en proportion, que les cordonniers faisaient des souliers (2)... » Si les tentatives échouèrent, qui avaient pour but de ramener dans le costume masculin les broderies et autres coûteuses élégances du temps passé (3), la toilette des femmes devint ou redevint aussi compliquée que dispendieuse. De plus, certaines industries, comme celle de l'ameublement, prirent une remarquable activité par suite du développement du luxe, par suite aussi de l'engouement qui proscrivait les meubles Louis XV ou Louis XVI pour rechercher exclusivement les modèles soi-disant renouvelés de l'antique (4).

En même temps que les ateliers d'ébénisterie se multiphaient dans le faubourg Saint-Antoine, il s'établissait dans plusieurs quartiers de Paris des industries nou-

(1) Mùnioire au conseiller d'Ktat Lacuée : ÂF. IV, 1012.

(2) Duchesse h'Aurantés, Mémoires, t. III, p. 402-403.

(3) Cf. cotte austère constatation d'un inj^éniour statisticien : « L'av6nomenl du dix-neuvioino siècle, au lomloinain du Dirootoire. a marqué pour riiomuio l'ahandoii de la ])arur(% qui est restée lu monopole exclusif de la fcuuue. » (Alfred I'icard, le Bilan d'un sii'cle, t. IV, p. 407.)

(4) On a citi' souvent cette enseigne caractéristique d'un ébéniste : « Ici l'un fait dos meubles antiques dans lo goût le plus inodcrnu. > {iliidem, t. I, p. 249).

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