‹ Paris sous Napoleon (volume 2)Chapitre 8 sur 54 · LK LENDEMAIN DE BRUMAIRE · texte numérisé non relu

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de biens, grâce à un savant dosage de menaces et de supplications à l'e'gard des créanciers, un commerçant embarrassé recourait à la faillite comme à un moyen de s'alléger de son passif tout en mettant ses bénéfices à l'abri. Certain habitant de Bruxelles, qui avait la naïveté de s'intituler « créancier de cinq banqueroutiers de Paris », écrivait en 1800 à Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur : « On ne voit autre chose aujourd'hui que des banqueroutiers à leur aise, et leurs créanciers ruinés ou dans la gt^ne. On voit à Paris, sous les yeux du gouvernement, des banqueroutiers courir, en cabriolet à leur chiilre, chez leurs créanciers pour leur faire souscrire des accords faits par des créanciers factices ou séduits (4). »

Le Directoire avait essayé d'endiguer le mal en rétablissant (par la loi du 15 germinal an VI) la contrainte par corps en matière commerciale, abolie par la Convention. 11 apparut bien vite, comme on devait le constater jusqu'à la défmitive suppression de cette institution, que les vrais commerçants constituaient une infime minorité parmi les prisonniers pour dettes, par rapport aux petites gens ou aux fils de famille que la détresse, l'insouciance, parfois une générosité aveugle, parfois aussi les manœuvres des usuriers avaient amenés à souscrire des lettres de change, (juelque intéressés que fussent les signataires, il n'y a pas lieu de tenir pour entièrement controuvée ni de restreindre à une période particulière cette allégation formulée en 1811 par les prisonniers de Sainte-Pélagie : t Dans le nombre des détenus pour dettes prétendues commerciales, il en est plus des trois quarts qui n'ont jamais exercé le com-

(1) Lettre signée D., 18 ventôse an VIII (9 mars 1800) : F12,

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merce. Ce sont en géne'ral des amis imprudents qui ont endossé ou souscrit des effets de commerce, ou des hommes malaise's (sic) qui sont tombe's dans les lacs de l'usure. Il y a maintenant, dans la maison d'arrêt de Sainte-Pélagie, plusieurs porteurs de charbon, porteurs d'eau, perruquiers, serruriers, boulangers, jardiniers, charretiers, cultivateurs, militaires, artistes, rentiers et employés, et à peine sur cent vingt prisonniers en compte-t-on douze qui sont véritablement commerçants (1). »

Un autre effet de l'improbité commerciale consistait à adultérer les marchandises ou bien à en amoindrir la qualité. Mais, en ce qui concerne du moins les étoiles d'habillement et d'ameublement, il faut convenir que le goût et presque les exigences des consommateurs étaient ici d'accord avec le manque de scrupules des vendeurs. En plein régime napoléonien, un manufacturier dénonçait déjà ces modes frivoles et gaspilleuses, ce décri des marchandises « inusables », que les moralistes ou les économistes du vingtième siècle représentent volontiers comme une déplorable nouveauté : « Nous avons l'expérience, » précisait-il, « que de bonnes étoffes ne sont passées de mode que parce qu'elles duraient trop longtemps. — Les belles et bonnes ratines, les bons draps double broche ne sont plus demandés. — Les beaux et bons velours de coton ont été abandonnés par les consommateurs aisés aux gens de travail (2). «

Dans cette crise générale du commerce parisien, les circonstances avaient pourtant suscité certaines nouvelles formes de négoce, appelées à une fortune plus ou

(1) Mériioiro aux membres du conseil de commerce, 27 décembre 1811 : K12. «.(71.

(2) Méiiioin) do Décretot au conseil général des fabriques et manufaclures, 18 février 1811 : K12, 194.

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