CHAPITRE VII
I. Les commandes officielles. — II. David. — III. Cauova. IV. Les Salons périodiques.
Sans prétendre s'ériger en juge ni surtout en théoricien des choses de l'art, sans même multiplier les interventions directes (sauf en matière d'architecture), Napoléon avait à cœur de ne point négliger celte illustration pour son règne. Alors qu'il n'était encore que Consul à temps, il avait pris soin d'assurer un abri aux artistes délogés du Louvre : le Collège Mazarin ou des Quatre- Nations devait à cette occasion recevoir le nom de Palais des Beaux- Arts (1). Plus tard, quand l'Institut eut été installé aux Quatre-Nalions, l'empereur rêva, de donner aux arts et aux artistes une installation plus fastueuse; il songeait en 1808 à remplacement des Petits-Pères (Notre-Dame-des-Victoires), devenu vacant par le déplacement de la Bourse, et il gourmanduit l'indolence de ses auxiliaires : t II faut prendre un parti sans délai. On ne doit pas oublier que le Louvre était le palais des
(1) Arrêté consulaire du 19 vendémiaire an X.
Arts : que les artistes y trouvaient des ateliers et des magasins qui leur manquent et qu'il est indispensable de leur rendre, dans le moment surtout où il ne faut pas laisser se refroidir l'émulation qu'ils ont manifestée (1). » En 4811 encore, il décrétait qu'on s'occuperait dans l'année de la construction dune école des Beaux- Arts, devant contenir, à côté des salles de cours, « de beaux ateliers que Nous Nous réservons de distribuer comme récompenses aux principaux artistes, peintres et statuaires (2). » Enfin, un décret du 21 mars 1812, dont l'exécution fut entravée par les événements, statua que le futur palais des Arts s'élèverait à l'angle du quai d'Orsay et du Champ-de-Mars, à côté de ceux de l'Université et des Archives (3).
Heureusement pour les artistes, le gouvernement napoléonien avait moins tardé à leur donner du travail. En 1811, Denon, constatant que les commandes et les acquisitions de l'État constituaient « la principale richesse de l'exposition actuelle », proposait d'en publier la liste, ce qui ne pourrait t qu'être agréable à Sa Majesté et que faire connaître ù l'Europe la haute protection qu'Elle accorde aux arts (4) ». Ce systôme d'efficaces encouragements remontait à l'avonement du régime, ou tout au moins à la nomination de Denon, qui, sous le titre de directeur général des musées, n'était pus seulement « l'organisateur de tout ce qui touchait à lu décoration et à la somptuosité du notivel
(1) Nolo (llclt'o au consi'il d'adiiilnistniUoii, 2.'» oiloliitt l,so8 : Cnrrttpnndtiner, Hkit.
(i) Arllcio .SO (lu HcroncI elrcrol du 24 fôvrior 18H (non [tiihlio au hullrlin dft Loin): AK. IV, |>la(|. 4120.
(H) l'arii iomi Napoli'on, I. M, p. 1JI9.
(4) A Duiii. M janvinr iKli : 02, 844.
Empire (1) », mais un vrai surintendant ou ministre des beaux-arts. Quand il s'agissait d'un artiste dont la réputation d'homme de ge'nie était universellement établie, comme David ou Canova, Napoléon sans doute lui adressait directement des commandes, faisant bon marché des préventions ou des susceptibilités de son directeur des musées (2) : mais d'habitude, le maître prenait Denon pour intermédiaire, sinon pour guide, et s'en rapportait le plus souvent à ses indications.
Très jaloux de ce privilège, Denon criblait volontiers des traits de sa verve caustique quiconque s'avisait d'empiéter .sur ses attributions. Lors de la proclamation de lEmpire, Napoléon, en le chargeant de dessiner le sceau impérial et le costume officiel du souverain, lui enjoignit de prendre l'avis d'une commission du conseil d'État. Denon eut l'audace de répliquer : » Lorsque Votre Majesté nomme un conseiller d'État, Elle en fait sans doute un homme considérable, mais en faire un homme de goût, je vois que c'est là que fault (sic) sa toute-puissance. Vous m'avez ordonné de m'entendre avec les membres de la commission du conseil d'État pour le sceau et le costume de Votre Majesté. Comment s'entendre avec gens qui ne savent ce qu'ils veulent et qui ne s'entendent pas eux-mêmes I... Si Votre Majesté ne veut jamais apposer son sceau, si Elle ne veut pas être habillée ou si Elle veut l'être ridiculement, il n'y a qu'à attendre la décision delà commission (3). » Une autre fois, c'était à l'un des ministres les plus en faveur qu'il s'en prenait, à Clarke, qui s'était permis de recommander un projet de monument commémoratif de l'entrevue d'Erfurt :
(i) Frédéric Masso.x, Jadis et aujourd'hui, t. II, p. KO.
(2) Nous consacrons plus loin un article spécial aux travaux exécutos pour Paris par David et par Canova.
(3) 27 prairial an XII (16 juin 1804) : AF. IV, 1050.
t Quelque vive intention qu'ait pu avoir le ministre de la guerre de rencontrer celle de Votre Majesté, il était bien difficile qu'une personne qui n'a pu s'occuper sérieusement de cette partie de l'art eût eu des conceptions dont l'exécution pût être très heureuse, et le talent de l'ingénieur-géographe qu'il a mis en œuvre a si peu de rapport avec celui d'un architecte ou d'un sculpteur, qu'on n'a pas dû attendre de lui ce qui est si rare et si difficile à rencontrer (4). »
Ces dédains, que Denon ne prenait point la peine de dissimuler, étaient payés de retour. Les membres de l'Institut lui faisaient sentir qu'il n'avait pas officiellement rang de ministre, et se plaignaient de recevoir de lui une convocation pour le jugement d'un concours, au mépris des prérogatives de leur corps (2). Chaptal attendait la chute du régime pour assouvir sa rancune dans ses réminiscences posthumes : « Denon a voulu singer l'empereur dans tous ses travers, l'iein de luimême, de simple amateur il s'est placé au rang dos peintres et des architectes. II a voulu commander et diriger des hommes qui nétaicnt pas faits pour se plier à ses caprices, et il ne s'est entouré que d'une médiocrité servile d'après laquelle on jugera très mal do Télal de nos arts sous le règne de Napoléon (3). »
Un tel jugement n'est pas seulement outré, nuiis foncièrement injuste. Si le directeur dos musées se trouva souvent en conllit avec David, dont l'aspérité de caractère était légendaire, avec Fontaine, qui comme beaucoup d'architectes dédaignait de subordonner ses conceptions à des considérations d'utilité pratiiine, les procéd(^s do Denon A l'égurd de rimmonse majorité des artistes
(t) U avril lUUO : AK. IV, iOSO.
[i) (:iiHUi|)iigo> k Na|)(ik^on, iii juin 1807 : IbiUrm.
(3; .S(ji/i.<ii<«, |. 27.1.
furent bienveillants autant que courtois (1). Sans doute, il s'exprimait librement, comme c'était son droit d'honnête homme et son devoir de fonctionnaire, sur certaines prétentions déraisonnables; mais d'autre part il s'autorisait de son âge, de sa situation officielle, pour exercer sur les artistes une discrète et bienfaisante tutelle. Peu de temps après être entré en fonctions, il s'en expliquait avec le Premier Consul en termes qui lui faisaient honneur : « Il faut que vous sachiez, général, qu'un des vices de notre école, qui se distingue par son esprit, sa délicatesse et ses connaissances, est d'être plus raisonneuse que laborieuse, de n'avoir jamais assez pris de pratique pour seconder son imagination, et que la masse de nos peintres ressemble plutôt à un corps d'amateurs qu'à un corps d'artistes. Mais comme en dernière analyse c'est encore la plus belle et presque la seule école qui existe en Europe, il faut la prendre avec ses défauts et tâcher d'en tirer le plus grand parti possible pour la gloire de notre nation et de notre siècle (2). » Quant aux encouragements purement matériels, il racontait, vers la fin du régime, avec quel à-propos il les avait dispensés; telle lettre confidentielle à Champagny a la valeur d'un tableau de mœurs : « Le peuple artiste, Monseigneur, est peu connu. Sur les deux cents peintres et sculpteurs qui sont à Paris et qui font preuve de talent, douze au plus y vivent dans l'aisance, les autres travaillent au
(1) En noUGant à Gucrin l'exclusion du Louvre d'un de ses élèves, coupable d'une grossière incartade, il prenait soin d'ajouter : « 11 aurait dû puiser dans votre fréquentation un peu de cette aménité et de cette aimable douceur qui vous caractérisent et qui m'inspirent autant d'estime pour votre personne que d'admlralion pour vos talents. » (23 mai 1812 : Arcb. des mus. nat).
(2) 5 pluviôse an XI (2a janvier 1803) : Annales révolutionnaires, 1911, p. 271 (document publié par M. G. Vauthier).
viii. 24
jour le jour. Quand je suis dans le cas de confier un ouvrage à l'un de ces derniers, je suis souvent obligé de lui avancer, si c'est un peintre, l'argent pour se procurer le châssis et la toile qu'il doit couvrir ; si c'est un sculpteur, de quoi acheter les armatures pour monter son modèle. C'est en agissant paternellement avec eux que je les ai mis à même d'entreprendre ce que sans ce secours ils n'eussent pu faire, et que plusieurs, qui seraient peut-être morts de misère et ignore's, iouissent aujourd'hui d'une réputation méritée par de nombreux succès (i). »
Au début, les artistes montrèrent moins d'empressement que de déflance : ils se rappelaient « tout ce qui s'est passé pendant le temps des troubles, où l'on décrétait des monuments qui devaient être non payés, oubliés et môme proscrits quelques mois après (2) ». Mais cet état d'esprit ne tarda point à se modifier du tout au tout : à mesure que l'établissement napoléonien s'aflormissait, les commandes étaient plus désirées et surtout les prétentions allaient grandissant. « Les artistes en général, » écrivait Dcnon dès 1806, « établissent entre eux qu'un monument exécuté pour le gouvernement doit faire leur fortune, et ils ne veulent faire aucune diflérence entre le temps où on ne les payait pas et celui où Votre Majesté les paye d'avance (3). »
Un jour que le chef de l'IOtat le prenait pour arbitre d'une réclamation de cette sorte, Uenon répliquait encore, en sage et en homme d'esprit : < Rien n'est plu» diflicile que de prononcer sur le prix des produc-
(1)14 frvi-iur 1812 : 02.84.').
(2) F^fllro pi'<^«;itéo do Denoii lui Prcriiior (lotiKiil, S |)liivi('iso an XI (2S jauvlur 180:i) : Annalui rivolutiminnirti, 1011, p. 3tiU-301. (8) A Napulôun, 7 inar» 180G : AP. IV, 1050.
tions des arts. La réputation des artistes, le taux qu'ils ont mis à l'emploi de leur temps, la flatterie de ceux qui ne doivent pas les payer, les mauvais conseils toujours reçus par l'amour-propre, l'intérêt et l'envie naturelle de ne pas travailler, tout cela devrait toujours être prévu avant que les ouvrages fussent entrepris, afin que chacun sût à quoi s'en tenir lorsqu'ils sont terminés (1). » Le maître s'inspirait sans nul doute de ces réflexions de Denon quand il dictait pour son trésorier une note mi-grondeuse et mi-railleuse : t A M. Gros, pour le tableau de la Peste de Jaffa, ordonné par S. M. l'impératrice sans en avoir fixé le prix, ce qu'il ne faudrait jamais faire, la somme de 16 000 francs, qui ne satisfera pas l'amour-propre de cet artiste, attendu le prix désordonné du tableau de Phèdre par Guérin (2). »
Des peintres célèbres, de David ou de Gérard, dont il y aura lieu de mentionner plus loin les exigences, la contagion gagnait des artistes de moindre envergure, comme Isabey. Satisfait de sa célèbre gravure de la Parade du Carrousel, séduit aussi par ses talents et sa bonne grâce de courtisan, le Consul, après le voyage triomphal de 1803 en Normandie, lui avait commandé un dessin représentant sa visite à la manufacture des frères Sévène, à Rouen. Isabey exécuta et livra un dessin à la sépia, attendit deux ans, puis, enhardi par sa participation aux préparatifs du sacre, présenta une note s'élevant à mnyt mille francs. Denon, consulté comme d'habitude, rendit hommage à l'agrément de la composition, à la ressemblance des personnages, et reconnut que l'artiste avait en outre droit à un dédommagement pour
(1) A Bonaparte, 23 floréal an XI (13 mai 1803) : AF. IV, 1049.
(2) A Estève, 19 nivôse an XIII (9 janvier 1805) : Correspoii' dance, 8266.
ses voyages : » Mais lorsque Sa Majesté m'oblige de prononcer sur le prix de ce dessin, je dois dire que celui de 20 000 francs qu'en demande l'auteur est comparativement démesuré à toute autre espèce de travaux; qu'il n'y a point un dessin dans le monde qui ait coûté 20000 francs. Le plus beau dessin de Raphaël que possède le Musée n'a pas coûté 3 000 francs. L'année dernière, en vente publique, quatre grands et précieux cartons coloriés de Jules Romain n'ont pu monter à 22 000 francs que par une vente simulée. Ce serait un grand malheur pour les arts qu'il s'établît un pareil prix, parce que les particuliers et le gouvernement même ne pourraient plus les payer, et que les artistes, ne trouvant point à être employés, mourraient de faim devant l'estime que l'on aurait faite de leurs travaux (i). » La négociation se poursuivit encore durant dix-neuf mois, au bout desquels Isabey se résigna à accepter en tout et pour tout 6000 francs (2). Dans l'intervalle, Joséphine l'avait nommé » premier peintre de sa chambre, pour les présents (3) », et Napoléon € ordonnateur des réjouissances publiques et des fôtes particulières aux Tuileries (4) ». On lui payait 500 ou COO francs pièce, pour des t bottes » ou tabatières, des miniatures reproduisant l'effigie impériale, miniatures commandées par séries et dont l'exécution hiVtive laissait parfois à désirer au gré du maître (5). Néanmoins,
(1) A Pleurieu. 18 germinal an XIII (8 avril 1805) : 02, 840.
(2) Isabey h Denon, 12 novombro 1806 : Ibidem.
(8) JOHéphlne à Ixaboy, 5 brumaire an XIV (27 octobre 180{>) ; Mnao i)K Bahily-Callimaki, Uabey, p. 69.
(4) Ibidem.
(5) Kn commandant vingl-cirii] )>ortrall8 du l'oinpnroiir, Daru i^crivail A Isaboy on 1807 : • Jo m- dois pas vous laisser iKiioror (|iio Ha MajuBlt! n t'-li- fort iiK^conlonlodos doriiiors, et en n'i-sl iiu'A la rondllioii do renKafjomotit du miutix qiiojr suis Hnlorisi' lï vous cncbarKfir, (.Ma/.kSkn(:ii::ii, Iv» Fournisseurs </<• Ai/pn/i'oii, p. 186).
[sabey se prétendait à bout de ressources vers la fin de 4811; il conjurait l'empereur de le tirer d'embarras en achetant un dessin et deux miniatures pour le prix global de 17 000 francs : « Sire, ce bienfait serait d'autant plus heureux pour moi qu'il me mettrait à même de me livrer entièrement à l'émail, seul genre de peinture qui convienne à votre siècle (1). » Ce dernier trait est superbe de naïveté et de suffisance.
A l'occasion, Denon jugeait les productions des artistes contemporains avec le môme large et intelligent éclectisme dont il faisait preuve à l'égai'd des œuvres du passé. Il s'entendait avec le préfet Frochot pour encourager leur compatriote Prudhon, dont le genre s'écartait si sensiblement de l'esthétique soi-disant classique (2;. Alors qu'au Salon de 1804, les Pestiférés de JafJ'a étaient un objet de scandale pour les tenants de l'école de David, Uenon vanta résolument la toile de Gros, et prit soin d'expliquer à l'empereur comment elle se rattachait aux maîtres de la lagune : « Il y a pompe au milieu de la misère, vérité de costumes, toute l'ardeur et la transparence de l'air du climat, et une magie dans le clair-obscur qui met Gros à côté du Tintoret et de Paul Véronèse; enfin ce jeune artiste a montré par cet ouvrage une telle maturité dans son talent, que dès ce moment je pourrais laisser son tableau avec toutes les productions de l'école vénitienne, qu'il y figurerait avec avantage (3). » Chargé pour son compte de diriger les travaux de la colonne de la Grande-Armée ou colonne Vendôme, Denon s'ins-
(1) Sans date (fin 1811) : 02, 835.
(2) Louis Passy, Frochot, p. 525.
(3) A Napoléon, 2« complémentaire an XII (19 septembre 1804) : AF. IV, 1050.
pirait des bas-reliefs en spirale de la colonne Trajane, mais pour reproduire, avec les costumes modernes, des épisodes de la campagne d'Austerlitz; au lieu de donner pour soubassement au monument un bloc de granit, il entassait les trophées de victoires, casques, sabres, canons, au risque de se faire reprocher par les puristes d'imiter ainsi un « étalage de chaudronnier (i) ».
Le directeur des musées n'en subissait pas moins dans une large mesure la contagion des idées étroites, intransigeantes, qui prédominaient autour de lui. A la manufacture de Sèvres, il se félicitait de voir progressivement éliminer des modèles « tout ce qui tient au mauvais goût du siècle passé (2) » , c'est-à-dire les exquises compositions de la fin de l'ancien régime. Voué comme les contemporains, comme le chef de l'État tout le premier, au culte exclusif de l'esthétique romaine, il ne rêvait pas seulement, après la dépossession de Pie VII, de mettre en valeur, à Rome même, les monuments antiques trop longtemps négligés ou outragés (3); à Paris, il n'admettait en architecture que les pastiches pseudo-romains ou grecs, déclarant sérieusement que parmi les monuments du règne de LouLs XV, le seul tolérable était le portique du Panthéon, et parmi ceux du règne de Louis XVI, l'École de Médecine (4;. Pareil-
Ci) CuAi'TAL, Souoentrt, p. £72.
(2) Nolu \ Napoléon, sans dato ui signaluro, mais paraissant se ra|)p()rtcr ù 180» ou 1807 et Tîmancr do Denon : AK. IV, 1060.
(3) « J'iij rhoiinonr d«! vous proposer d'eudoro lo Capilole, U Cam|iO Vuccino, lu»^ jardins Farnèse ot d'oii fortnor, dans le centre! du Itorno niruto, lu piii.s iiiitiirnsu i'lioj)liiti S]d(Mididu jardin do l'univorH... Cu t)*>un lieu planté d'urhros cl iirroso dos oatu abondantes du mont l'idalin stiniil pour ainsi dire soiuù do souvonirs subliincH. « (Ha|)j>iirl du Uounn à Napoiôun, i£ë nuira 1811 : Arch. des mua. nat,).
(4) Not« à N«4>oitoa, 9 féviiar 1806 : AF. iV. lOKO. li faut dire que celt« aberration du goût était alors générale : on imprimait
LES C0MMANDE8 OFFICIELLES 375
lement, dans ses commandes de monuments ou de peintures décoratives, il cédait trop souvent à la superstition des sujets ou des allégories mythologiques. Pour commémorer l'entrevue d'Erfurt, il ne trouvait rien de mieux que de représenter Castor et Pollux sous les traits de Napoléon et d'Alexandre (1;. (juand il fut question, à la fin du règne^ de peindre aux Tuileries les plafonds du pavillon alTecté aux enfants de France, Denon choisit pour la salle à manger ïhducation de Jupiter dans l'île de Crète, et pour le salon la France recevant de Junon Lucine le roi de Rome (2). Pour le salon du grandmaréchal du palais, il avait d'abord pensé à adapter tout simplement un plafond de Paul Véronèse, récemment transporté du palais des Doges; comme Fontaine objectait que le sujet en était trop religieux (3), Denon s'avisa de commander à Guérin une scène allégorique : « Jai pensé. Monseigneur, » écrivait-il à Champagny, « qu'une des attributions de ce grand-ofûcier de la couronne étant de recevoir chez lui, au nom de l'empereur, les étrangers illustres qui ont eu l'honneur d'être présentés à Sa Majesté, on pouvait peindre au plafond du salon Mars ou Apollon recevant au nom du maitre des dieux les illustres de l'antiquité... » La liste hétéroclite de ces « illustres », où la mythologie et la légende
que le couvent des capucins de la GJiaussôe d'Antin, construit naguëres par Broogniart et transiormé ensuite par lui-même eu lycée (c'est notre lycée Condorcet) annonçait « une profonde connaissance de l'art, un génie facile » Legrand et Lardon, Description Je Parif, t. III, p. 53); l'architecte Foataiue méditait de remanier le Jardin des Plantes, trop désordonné à son goût et où comme il disait, « l'art a si peu fait pour la nature » (Rapport à Napoléon, 24 décembre 1813 : Archive* de M. Alfred Foulon).
(1) Denou à Napoléon, 6 juin 1809 : AF. IV, 1050.
(2) L'exécution du premier sujet était confiée à Boullenger de Boisfremont, et celle du second à Meynier (02, S37).
(3) Coslaz à Champagay, 5 juillet i%i'i : 02, 846.
coudoyaient l'histoire, comprenait Solon pour la législation, Ulysse pour la politique, Nestor pour « la sagesse dans les conseils », Triptolème pour l'agriculture, Inachus pour le commerce maritime, Achille pour la guerre, Homère pour la poésie, Xénophon pour l'histoire, Archimède pour les mathématiques, Apelle pour la peinture, Orphée pour la musique, Hippocrate enfin pour la médecine! « Le banquet serait servi par Iris et llébé ollrant des parfums et versant de l'ambroisie. Des génies dans les airs environnant le trône de Jupiter répandraient des fleurs sur les personnages illustres admis à cette table que Mars ou Apollon présiderait (1;... » L'architecte Fontaine, qui critiquait volontiers les conceptions de Denon, exprima des réserves, portant non point sur ce qu'un tel sujet avait de factice et de rebattu, mais sur « l'inconvenance de représenter un banquet dans un salon qui n'est point une salle à manger (2j ». En décembre 1813 encore, c'était d'accord avec le directeur des musées et sans doute à son instigation que Montulivet commandait à Gérard, pour la bibliothèque du Conservatoire, t la marche triomphale d'Apollon vainqueur du serpent Python » et « le chœur des muses chantant devant l'Olympe la gloire de Jupiter » (3).
11 faut pourtant reconnaître que Denon savait parlois se soustraire à la tyrannie du classicisme. Dans une lettre du printemps de 1805, lettre adressée à Napoléon, il osait railler un tableau composé selon les conventions traditionnelles : «... Une Minerve, des génies, le Temps, l'Immortalité, etc., etc., etc., une allégorie enfin, de ces ilattcries fades et nauséatiques (sic)
(1) Donon au niârue, 21 juillut 1813 : 02, 846. (t) Coitlaz u(i luémo, 1" Kupluinljru 1813 : Ibidem. (3j Munlalivol a haroUe. 14 dôcoiiil)ru 1813 : K17, 3.
réservées aux princes sans couleur, auxquels on prête des qualités banales et insignifiantes pour couvrir leur nullité physique de la pompe des vertus morales (1). » Un peu plus tard, à la suite d'une visite aux Gobelins, il précisait sa pensée : « Je crois que Votre Majesté se soucie également peu des histoires de Mardochée ou de don Quichotte. Je crois aussi, Sire, que le moment est arrivé de remonter le goût de cet établissement par des sujets historiques comme au moment de son institution, en n'y laissant plus rien travailler qui ne retrace les fastes de votre règne... La partie anecdotale (sic) de votre vie, Sire, peut fournir aux peintres nombre de tableaux. Jusqu'à présent on s'en est peu occupé (2). » L'invitation était d'autant plus opportune que, par suite du sot ostracisme que l'on sait, les tapisseries relat;int les hauts faits du règne de Louis XIV étaient jalousement exclues des résidences impériales (3).
C'est à partir de la campagne d'Austerlitz que l'usage s'introduisit de commander aux peintres la reproduction des victoires napoléoniennes, et aussi que Denon prit l'habitude de s'installer au quartier général avec un dessinateur, pour relever le croquis des principaux champs de bataille. Au printemps de 1809, à peine revenu d Espagne, il sollicitait l'autorisation de suivre la campagne qui allait s'ouvrir sur le Danube, en alléguant l'importance historique de cette collection de
(1) Denon à Napoléon, 18 germinal an XIII (8 avril 18(io) : ÂP. lY,
(2) Noie à Napoléon, sans date et anonyme (de la main d'un expéditionnaire), mais semblant se rapporter au début de 1806 et émaner de Denon : AF. IV, 1060.
(3J Daru à Denon, 21 mars 1809 : 02, 843.
dessins, l'utilité qu'elle présentait pour les commandes aux peintres et aux manufactures : t J'ose donc vous demander la permission, Sire, de me mettre en route dès que le premier coup de canon sera tire', et suivant la victoire, je joindrai bientôt Votre Majesté (1). » L'année suivante, en pleine période de paix, l'adroit courtisan répondait à Duroc : « Relativement à la demande que me fait Votre Excellence pour savoir quand cette entreprise sera finie, sans me comparer à Boileau et l'empereur à aucun autre monarque, je vous dirai comme ce poète :
Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire (2), »
Pour perpétuer le souvenir des épisodes de la seule guerre d'Austerlitz, l'administration commanda neuf grands tableaux, payés 12 000 francs pièce, et sept plus petits, à 6 000 francs. Sur le désir exprès de Napoléon, un délai d'exécution fut imparti, ni plus ni moins qu'en matière de travaux publics, et les toiles durent être pr(?tcs pour le 15 août 1808 : « Les artistes qui à cette époque et sans motifs plausibles n'auraient pas terminé leur ouvrage seraient considérés comme inhabiles aux travaux que le gouvernement pourrait ordonner dun-s la suite (3). » C'est à Gérard qu'échut le tableau capital de la série, celui qui représentait llapp venant rendre compte à l'empereur du foudroyant succès de la manœuvre finale d'Austerlitz. Faut-il croire que le peintre, amené par Fontaine à Saint-Gloud pour soumettre son esquisse au souverain, s'impatienta d'attendre, et remonta en voilure malgré les objurgations de sou compa-
(1}1S avriM80i( : AF. IV, 1050.
(i) lu nuvDiiii)!'!' 1810 : Arcli. dei mua. nat.
(S) Circulaire du Uonun aux artistes, 27 nttrs 1806 : Ibidem.
gnon épouvanté (1)? Ce trait de farouche indépendance est Men peu conforme au caractère conciliant du grand artiste, qui ne marchanda la déférence à aucun des gouvernements sous lesquels se déroula sa carrière. Ce qui est plus authentique, ce sont les conseils pratiques que Denon transmettait à Gérard : « En tout, mettez heaucoup de magnificence dans le costume des officiers qui entourent l'empereur, attendu que cela fait contraste avec la simplicité qu'il affecte, ce qui le fait tout à coup distinguer parmi eux (2). »
Pour commémorer la bataille d'Eylau, on revint au procédé du concours, contre lequel pourtant Denon s'était élevé (3). Malgré la brièveté du délai fixé, 24 concurrents présentèrent des esquisses, dont l'exposition attira un nombreux concours de visiteurs : mais la police se plaignait que le résultat politique de cette exhibition allât diamétralement à l'encontre des intentions du gouvernement : « Les artistes ont accumulé tous les genres de mutilation, les variétés d'une vaste boucherie, comme s'ils eussent à peindre précisément une scène d'horreur et de carnage, et à rendre la guerre exécrable (4). » La classe des beaux-arts de l'Institut prononça son jugement le 43 juin 1807 : sept voix sur neuf décernèrent le prix à Gros; il y eut en outre deux accessits et deux « encouragements » (5).
En 1808^ l'empereur ordonna que dans la galerie de Diane, aux Tuileries, une partie des tableaux anciens
(1) Corre«[H)ndance de François Géi-ard, p. 31 (ootioe par son élève de prédilecUon, Mlle Godel'roid).
(2) 2 novembre 1806 (de Berlin) : Lettres adressées au baron Gérard, t. 11, p. 31-32.
(3) G. Vautuieh, Denon et le goavernetnent de« arls {Annales révolutionnaires, 1911, p. 361).
(4) Bulletin de police du 25 mai 18e7 : AP. XV, 45W).
fussent remplacés par la représentation d'épisodes militaires tirés de sa propre histoire. Mais il prétendit régler le détail de certains sujets, sans s'embarrasser des exigences techniques. C'est ainsi qu'après avoir causé avec lui et presque sous sa dictée, Daru écrivait : « Quant au tableau de la reprise de Gènes, il faut prendre le moment où l'officier porteur de la convention de Marengo arrive, trouve le général MioUis dans la ville, les Anglais dans le port, les Autrichiens dans les forts, que (sic) les Anglais et les Autrichiens partent, et que les Français entrent (1). » En recevant communication de ce thème touffu et incohérent, Denon eut un haut-le-corps, mais il s'appliqua à enguirlander ses objections : » Le programme que vous me donnez par votre lettre, monsieur l'Intendant Général, est d'une difficulté extrême pour le réduire à l'unité d'action. Je vais pourtant faire en sorte qu'il soit exécutable, en prenant pour objet principal la sortie des Anglais de ce port et dans le fond l'arrivée du général Miollis à la tôte des Français (2). » Du reste, une sorte de fatalité sembla s'attacher à plusieurs d'entre ces tableaux militaires de la galerie de Diane. Quelques jours avant son second mariage. Napoléon s'avi-sa qu'il serait de bon goût d'éliminer au moins momentanément ceux qui rappelaient ses victoires sur l'armée autrichienne : Denon, à qui l'on réclamait « quatre tableaux de la même dimension, dont les sujets seraient agréables ou représenteraient des ftHes » , Denon se trouva pris de court, et dut se rabattre sur des tapisseries consacrées à l'histoire de Méléagre et à la mère des Gracques (3). Marie-Louise, une fois installée aux
(i) 1*' mam 1809 : 02. 848. (t) li inuri 1809 : Ibidem.
(3) Duroc ù. Uuru, 13 mare 1810; Donon à Daru, 16 mort : 02. 841.
Tuileries, manifesta une insurmontable répugnance en face des cadavres amoncelés dans la Révolte du Caire, de Girodet : il fallut enlever la toile dès 1810, puis engager l'artiste à en atténuer l'horreur (1). Napoléon lui-môme enfin témoigna son vif déplaisir de voir dans la galerie de Diane un tableau qui le montrait recevant devant Ratisbonne une légère blessure (2) : il avait omis cet épisode dans le premier Bulletin de l'armée d'Allemagne (3), et tenait à paraître officiellement invulnérable comme invincible.
Assuré de faire parla sa cour au maître, et désireux de perpétuer sa propre gloire, Berthier commanda lui aussi pour Grosbois une série de peintures, reproduisant les principales batailles auxquelles il avait assisté : » J'ai désiré, » lui écrivit Denon, « qu'elles fussent exposées au Salon, parce qu'elles sont très bien, et parce que l'acte de munificence de Votre Altesse de faire travailler les artistes est d'un excellent exemple pour les seigneurs de l'Empire (4). » Mais l'empressement des t seigneurs de l'Empire » fut généralement médiocre.
Dans le même ordre d'idées, le directeur des musées, pour « faire travailler les paysagistes, classe d'artistes qui se trouve rarement dans le cas de profiter des munificences de Sa Majesté », proposa à diverses reprises de commander pour Trianon « une suite de vues qui auraient représenté les bivouacs ou quartiers généraux de Sa Majesté en Afrique et en Europe » (5). Il suggéra de placer au rendez-vous de chasse du Butard, près de
(1) Note du 22 juillet 1813 : 02, 846.
(2) Duroc à Champagny, 10 décembre 1811 : 02, 844. (3)24 avril 1809 : Correspondance, loll2.
(4) 17 octobre 1810 : Arch. des mus. nat.
(5) Denon à Daru, 28 lévrier et 15 avril 1809, 27 juillet 1811 Oi, 843 et 844.
Vaucresson, les portraits de six des principaux cheiks égyptiens, ce qui aurait le double avantage d'intéresser les vieux compagnons d'armes de l'empereur et de ne point exposer ces médiocres peintures à de redoutables comparaisons (4).
Que Napoléon n'entendît point restreindre aux faits de guerre l'histoire picturale de son règne, les chefsd'œuvre de David suffiraient à le prouver; mais il prescrivit d'autres commandes portant sur des sujets non miliaires : « Sa Majesté, » écrivait Daru au début de 1810, t désire faire faire cette année deux grands tableaux. L'im représentera un banquet impérial, aux Tuileries, tel qu'il a eu lieu dans le mois de décembre. On y placera tous les souverains et princes étrangers qui sont venus à Paris cet hiver, même ceux qui n'y étaient pas alors, mais qui y ont été depuis, comme le prince Kugène, le prince primat et la princesse de liade. Le second tableau retracera la séance de famille du 15 décembre (la répudiation de Joséphine), cette scène étant représentée comme un acte de générosité et de dévouement (2). » L'empereur ratifia officiellement la commande, avec celle de douze tableaux sur la récente campagne d'Autriche et de diverses toiles à faire exécuter par des peintres italiens, en prenant soin de spécifier : « J'approuve tout cela, pourvu qu'on ne soit point obligé de les prendre, s'ils sont médiocres. Je veux que ces tableaux soient propres à honorer les arts, et noi» à les déshonorer (3). » Il semble bien qu'une fois la nouvelle impératrice installée aux Tuileries, on trouva inopportun do perpétuer le souvenir du divorce, môme
(I) Dflnon à Chnmpagny, 27 avril 1818 : Oi, 846. (t) A Donon, 19 jiinvior 1810 : ()2, 841.
(3) ApoKlillo en inm-K)' d'un nipporl do Daru, 21 janvier 1810 : Ibidem (ini^dilo).
en tant qu' « acte de générosité et de dévouement » (1). Quant au banquet des souverains, qui devait montrer Napoléon entouré de tous ses vassaux, Prudhon s'en chargea, et Denon en 1812 promettait que le tableau serait pr(H pour le Salon de 1814 (2) : il comptait sans l'écroulement du régime.
Les commandes officielles de portraits furent infiniment plus nombreuses et en somme plus rémunératrices pour les artistes que les tableaux de batailles ou d'histoire. Sous le Consulat déjà, les portraits du chef de l'État se multipliaient : après la proclamation de l'Empire, il était séant que l'effigie du souverain figurât à la place d'honneur dans les résidences impériales, chez les grands dignitaires, dans la mairie des villes importantes, et mi^me dans toutes les préfectures. Un certain nombre de peintres furent conviés à une tache flatteuse autant que décevante, car le modèle se montrait avare de séances, et de l'aveu général, malgré la régularité classique des traits, l'expression de la physionomie était si mobile qu'elle se dérobait au pinceau. Robert Lefèvre était peut-^tre celui qui avait le moins mal réussi à la fixer; nous en avons pour preuve, non seulement les effusions courtisanesques de Clément de Ris, questeur du Sénat, à propos du tableau peint pour cette assem-
(1) Le rapport de Daru (20 janvier : 02, 841), qui fixait pour chacun des deux tableaux un minimum de dimension do 20 pieds sur 12 et une rémuntTation de 20 000 francs, proposait de confier le banquet à Gérard ou à Regnault, la séance de famille à Prudhon; mais ce n'était qu'un projet, et, comme l'a écrit M. Frédéric Masson : « Du temps passera avant que le tableau soit commandé et pensera-t-on à le faire, quand David, dans la Dixtribution des Aigles, aura dû, pour calmer d'augustes susceptibilités, gratter et recouvrii* la figure de Joséphine? » {Joséphine répudiée,
(2) A. Champagny, 31 juillet 1812 : 02, 845.
blée (1), mais une appréciation de Denon, à qui le conseil municipal de Mons s'en était rapporté pour désigner Fauteur du portrait qu'il commandait : « Entre plusieurs artistes habiles de la capitale, mon choix tombera de préférence pour cet objet sur M. Robert Lefèvre, qui, selon moi, a le mieux saisi jusqu'à ce jour la ressemblance de S. M. l'empereur (2). »
Le portraitiste le plus réputé de l'époque fut naturellement admis lui aussi à reproduire l'effigie du souverain. Mais Gérard, chez qui le grand artiste et l'aimalile mondain se doublaient d'un avisé spéculateur, revendiqua une sorte de monopole des portraits de l'empereur, qui lui auraient été payés à un taux fort élevé et que ses élèves auraient exécutés au rabais. Denon dénonça le calcul avec une verve indignée : « Toutes les foisqu'il sera question d'apprécier le talentde M. Gérard, je le mettrai toujours en première ligne, et ce sera un des premiers que je proposerai pour être etnployé comme peintre d'histoire. Après cela, s'il veut agir comme entrepreneur, c'est-à-dire faire tous les portraits diplomatiques et tous ceux de présents de l'empereur, cette spéculation fort lucrative pour lui devient trop dispendieuse pour le gouvernement et trop sensible aux arts pour qu'administrativement je puisse m'y pnHcr. — On paye à tous les peintres 3 et 4 000 francs pour les portraits originaux en jtied; le mérite tle M. Gérard j)ent en faire j»ayer un de lui le doulde. Mais les copies qu'il fait laire dans ses ateliers pour i 500 francs ne peuvent être comptées au gouvernemoul pour (1000 francs,
(4) • il osl trcH rosiieinblanl, ot l'on y trouve, co (|ui (Hail Idcn didicllo à rendre, la forrc ot la gr/ico do .'«a pliysiunoniio, et eu roKi^rd p/mélrant qui déoùlu les profundourH du gùnio. » (A Daru, 17 août IHOG : Oi, 840).
(i) liunon ù du iiauro, 4 moi 181.H : Arcli. dus mus. nat.
et il n'est pas un bon artiste à Paris qui ne se trouve heureux de les faire pour 4 500 francs (1). »
Gérard se dédommagea avec le portrait de Joséphine, qui, fidèle à ses habitudes de nonchalant gaspillage, lui en fit la commande de vive voix, et fixa de même le prix à douze mille francs, sans prendre la peine de rien préciser par écrit (2). Après s'être débattus pendant quelques mois, Denon et Daru finirent par comprendre qu'il n'y avait qu'à faire honneur à la parole de la souveraine (3).
(1) A Daru (confidentielle), 26 février 1808 : Ibidem. Cette histoire transpira dans le public, mais fut plus tard étrangement déflgurie par la passion politique. Parmi les bons peintres de portraits do l'époque napoléonienne figurait Mme Benoist, née de la Ville le Roulx, femme d'un chef de division au ministère do l'intérieur. Sous la Restauration, quand Benoist, passé au parti ultra-royaliste, fut devenu membre de la majorité de la Chambre Introuvable, directeur des contributions indirectes, comte, ministre d'Etat (c'est de lui qu'est issue la famille Benoist d'Azy; cf. BAHANfE, Souvenirs, t. I, p. 382-387), on colportait dans Topposition libérale le racontar suivant : « Il a été longtemps chef de division au ministère do l'intérieur; sa femme, que Demoustier a illustrée sous le nom d'Emilie (dans les Leltres sur la mythologie, bien oubliées à présent), peignait assez proprement. Le mari fit arrêter en principe que le portrait do Napoléon serait envoyé à tous les préfets, et choisir de fait Mme Benoist pour faii-e et faire faire tous ces portraits. 11 n'y avait alors que cent trente profectures, do Rome à Hambourg; chaque portrait se payait 3 000 francs; l'entrepreneuse de toute cette portraiture en fit quelques-uns qu'elle donna à copier, moyennant i 000 francs, ce quiréduisail à 2 000tranc8 son bénético pour les tableaux auxquels elle ne toucha point. » {Nouveaux mthnoircs secrets pour servir à l'histoire de notre temps, p. 40. Ce ]iami)hlot anonyme de 1829 était l'œuvre de Mussel-i'athay, le père d'Alfred de Musset [cf. Maurice Dumoulin, tes Anci'lrcs d'Alfred de Miissel, p. 119-122]). On a reconnu l'ingénieux et perfide démarquement do l'anecdote relative aux ambitions de Gérard. En ce qui concerne le ménage Benoist, l'allégation parait bien une pure calomnie : les documents de l'intendance générale ne mentionnent qu'un seul portrait de Napoléon commandé à Mme Benoist dans l'année 1807, pour la préfecture de lu Sarlbc (02, 839); un autre figura au Salon de 1812.
(2) Gérard à Daru ou à Denon, 25 avril 1808 : 02, 843.
(3) Le paiement eut lieu le 13 janvier 1809 (02, 839).