‹ Paris sous Napoleon (volume 3)Chapitre 7 sur 23 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

L'affluence fut telle à la seconde audition, le vendredi saint, que la recette dépassa 8 000 francs et qu'il fallut rembourser nombre de personnes faute de pouvoir les placer (1). La Décade elle-même applaudit à cette barbare compilation.

Un grand attrait des concerts spirituels et des oratorios était l'espoir d'y entendre le célèbre virtuose Garât, qui n'avait jamais consenti à chanter des rôles proprement dits, et qui, professeur au Conservatoire, neveu d'un sénateur, paraissait même de plus en plus rarement dans les concerts publics (2). Ce fut un événement quïl daignât en 1800 chanter quelques mesures dans une cérémonie funèbre dédiée par le Conservatoire à la mémoire de Piccini : quoique sa voix eût perdu en éclat et en étendue, l'effet fut encore prodigieux sur l'assistance (3). Garât se borna bientôt aux réunions mondaines, où il déconcertait ses plus déterminés admirateurs par l'excentricité de sa mise, par la fatuité de ses propos (4), sauf à déchaîner à nouveau l'enthousiasme quand il cessait de parler pour se remettre à chanter.

D'autres concerts, très soignés, très suivis, mais où l'attention de la plupart des auditeurs laissait sans doute

(1) Rapport du préfet de police, 19 germinal an XI (9 avril i803) : AuLAni), Pari» tous le Consulat, t. III, p. 831.

(2) Sous le Consulat, il figura encore do temps t\ autre sur rafflche des concerts donnas ù la salle Feydeau, puis i-uo do Clôry {cf. un feuilleton de GeolTrov dans le Journal des Débnls du Ifl pluviôse an IX, cl RmciiAnnT, Vn hiver à Paris sous le Contulal,\) :m).

(3) CARTiL-ni.AZK, l'Académie imph-iale de musique, t H, p. 82 (CaHtil-Bluie retrace ici un souvenir personnel).

(i) La durlicHSo d'Abrant^s prùtt-nd que coiiune on rappelait un Jour devant (inrnt certain duo qu(< Mari<>-Antoinelle lui avait fait riionnetir de chanliT avec lui, il reprit: « Oli t ouit... pauvro princeHRol... comino elle chantait l'auxl » {Salont de Paris, t. IV, P M )

à désirer, étaient ceux de la cour impériale, grands concerts dans la salle des Maréchaux, aux Tuileries, petits concerts dans les appartements de l'impératrice. Napoléon, qui goûtait fort la musique, la musique vocale surtout (1), avait eu soin d'attacher à sa chambre comme à sa chapelle (2) les musiciens et les chanteurs les plus réputés non seulement de Paris, mais de l'Europe (3). Les artistes de l'Opéra étaient largement représentés dans cette élite.

(1) Frrdéric Masson, Napoléon chez lui, p. 225.

(2) Ibidem, p. 239-240.

(3) C'e.st ainsi qu'après les avoir entendus à Dresde, il faisait engager par Talleyrand, agissant en sa qualité do grand-chambellan, non seulement le ténor Brizzi pour les représentations italiennes du théûlre de la cour, mais le compositeur Paër et sa femme. Entre Talloyrand et le ménage Paër, il fut signé à Varsovie, le 14 juillet 4807, une véritable convention, revêtue de l'approbation autograpiie de Napoléon (AF. IV, plaq. 1570). Le mari devenait « compositeur de la musique de la chambre de Sa Majesté », aux appointements annuels de 28 000 francs, et la femme « première chanteuse de la chambre de Sa Majesté », avec 30 000 francs; Paër s'engageait « pour toute la durée de sa vie », et sa femme seulement pour une période de douze ans, à l'expiration de laquelle elle devait jouir d'une pension viagère de 12 000 francs. Castil-BIaze, qui a reproduit la partie du traité relative à, Paor {l'Opéra Italien, p. 304), prétend que pour triompher des hésitations du ménage, Talleyrand eut l'idée de promettre d'être parrain de l'enfant dont Mme Paër était alors enceinte mais l'évêque défroqué multiplia les prétextes pour reculer une cérémonie à laquelle il se souciait peu de figurer, et le jeune Maurice Paër n'aurait été baptisé qu'à dix ans sonnés {Ibidem p. 311).

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