‹ Paris sous Napoleon (volume 4)Chapitre 11 sur 46 · RECETTES · texte numérisé non relu

RECETTES

gagner d'environ cent mille francs (1). Quand il eut connaissance de ces chiffres, le Premier Consul indigné prit un arrêté pour amorcer tout au moins la réforme, en commençant par les grands fonctionnaires bénéficiaires de loges : * A compter du 1" vendémiaire an XI, le prix des loges, par quelques personnes qu'elles soient occupées, sera versé dans la caisse du théâtre (2). » Le chef de l'État donna l'exemple, en payant scrupuleusement sa loge (3). De leur côté, les comédiens reçurent l'invitation de restreindre la distribution aux particuliers des billets gratuits : réduits de moitié en septembre 1802 (4), ces billets furent totalement supprimés en principe au mois de mars 1804, mais une imprudente galanterie en fit subsister quelques-uns pour « les dames (5) », et l'abus reparut par cette fissure.

Napoléon eût souhaité de réaliser ce que nous appelons le théâtre ou les représentations « populaires » : devant le Conseil d'État, il exprimait le regret que le Théâtre-Français n'abaissât point le dimanche à vingt sous les places du parterre, « afin que le peuple pût en jouir (6) » . Mais d'autre part, il considérait comme un gaspillage la profusion des billets de faveur, qui ne profitaient pas au vrai peuple. A tort ou à raison, il se persuadait que les bénéficiaires de ces billets étaient le plus souvent responsables des tumultes qui de temps à autre éclataient dans le parterre. C'est ce qu'il écrivait à

(i) ROBDKRBR, Œuvres, t. ni, p. 414-413.

(t) Arrêté du 13 messidor an X : Laugier, Documentt hittoriques sur la Comédie-Française, p. 66.

(3) En 1806, la cassette impériale versait à cet effet 3 000 francs par trimestre (Maze-Sencier, les Fournisseurs de Napoléon, p. 115).

(4) AuLARD, Paris sous le Consulat, t. III, p. 238.

(5) Ibidem, t. IV, p. 716.

(fi) 18 avril 1806 : Pelet de la Loière, Opinions de Napoléon, p. 289.

Fouché, pendant un séjour à Fontainebleau en octobre 1807, en spe'cifiant : « Mon intention est que l'usage de la distribution de ces billets cesse entièrement au 1" novembre (1). » En effet, l'article 26 du de'cret du !•' novembre 1807 (le décret qui créait un surintendant des spectacles et réglait à nouveau l'administration des grands théâtres) supprimait expressément « toutes les réserves de loges, entrées de faveur ou de bienveillance, billets gratis et facilités semblables. . . , sauf les entrées personnelles des auteurs » . Si complète que semblât l'énumération, le mal se perpétua cette fois encore, car en 1811 un chroniqueur montrait les meilleures places de l'orchestre et de l'amphithéâtre livrées « aux billets donnés, aux femmes de chambre des actrices » ; il est vrai qu'il en accusait un caprice de la mode, grâce à laquelle « les balcons, d'où l'on ne voit les acteurs et les décorations que de profil, sont tout à la fois les places les plus incommodes, les plus distinguées et les plus chères (2) ».

Le droit des pauvres, ou prélèvement sur les recettes brutes au profit des hospices (3), datait sous sa forme moderne de la loi du 7 frimaire an V; la perception en fut d'abord autorisée d'année en année, puis le décret du 9 décembre 1809 lui donna une durée indéfinie. La taxe, fixée à dix pour cent dans les théâtres proprement dits, était directement perçue par les agents du fermier ou régisseur intéressé avec lequel le conseil des hospices avait traité : après avoir payé le prix de leurs places, les spectateurs devaient se présenter à un second guichet pour acquitter le droit des pauvres (4).

(1) 27 octobre 1807 : Correspondance, d3303.

(2) De Jouv, VHermite de la Chanssée-d'Antin, t. I, p. 114.

(3) Cf. Paris sous Napoléon, t. V, p. 33-34.

(4) Maxime du Camp, Paris, ses organes..., t. IV, p. 82.

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