‹ Paris sous Napoleon (volume 4)Chapitre 8 sur 46 · ÉCLAIRAGE, COSTUMES · texte numérisé non relu

ÉCLAIRAGE, COSTUMES

théâtres. La vieille tradition, d'après laquelle le rideau se levait à six heures précises, devenait difficilement conciliable, au début du dix-neuvième siècle, avec la tendance qui reculait de plus en plus tard dans la soirée le diner, fixé jadis à midi ou à deux heures (1). « Le dîner », pouvait-on écrire, « est aujourd'hui le plus grand ennemi du spectacle (2). » Avant même la création de la préfecture de police, dans les premières semaines de l'année 1800, le Bureau Central se voyait obligé de tolérer le lever de la toile après six heures, mais il continuait à exiger que le spectacle fût terminé « à neuf heures et demie pour les grands théâtres et à neuf heures précises pour les autres », en indiquant (déjà!) qu'il serait facile de gagner du temps en abrégeant les entr' actes (S). Onze ans après, au début de 4811, c'était partout qu^on ne commençait plus qu'à sept heures, sauf aux Variétés, qui demeuraient fidèles à six heures, et au populaire Ambigu, qui convoquait à cinq heures son public d'amateurs de mélodrames; le spectacle se terminait alors, avec l'acquiescement de la police, à dix heures et demie au plus tard (4).

Au Théâtre-Français comme ailleurs, les bougies et les quinquets s'éidiient substitués aux classiques chandelles. Naturellement impossible à modérer au cours de la représentation, l'éclairage était brillant, trop brillant même dans la salle, car malgré les feux de la rampe, la scène demeurait dans une pénombre préjudiciable à l'illu-

. (1) Paris sous Napoléon, t. III, p. 207-209.

(2) Hexrion, Questions parisiennes, p. 51.

(3) Rapport d'ensemble sur le mois de pluviôse am VIII : Aulard, Paris sous le Consulat, t. I, p. 161.

.(4) Rapport du préfet de police, !•' janvier IQll : F7, 3835.

sion théâtrale (1). Quelques gens de goût étaient seuls à protester contre cette disposition vicieuse, qui flattait la badauderie des spectateurs, la coquetterie des spectatrices, et qui ne devait être en partie corrigée que dans les dernières années du dix-neuvième siècle, grâce à l'emploi du gaz et surtout de l'électricité.

Dans la tragédie, la réforme du costume, inaugurée sous Louis XV par Lekain et Mlle Clairon, était chose à peu près accomplie, grâce à l'influence du peintre David et aux efforts persévérants de ïalma. Par une rencontre piquante, le dernier réfractaire fut le propre beau-père du grand tragédien, le vieux Vanhove, mort en 1803. C'était lui qui ne comprenait pas qu'on l'empêchât d'exhiber sa tabatière dans le rôle de Louis XIII du Montmorency de Carrion-Nisas ; lui encore qui s'indignait de ne pas trouver de poches à son costume de Burrhus, et qui ripostait superbement aux explications du costumier : « Est-ce que les Romains ne se mouchaient pas? ou bien prétendez-vous qu'ils se mouchaient avec les doigts (2)? » — Il va d'ailleurs sans dire que le costume antique n'avait alors au théâtre ni la variété ni la minutieuse et érudite exactitude qu'il emprunte aujourd'hui aux révélations de l'archéologie : de nos modernes reconstitutions, on ignorait le mot et la chose. Le même casque, inspiré du tableau des Satines, coiffait indiffé-

(1) PujouLX, Parts à la fin du dix-huitième siècle, p. 128-129.

(2) De Manne, la Troupe de Talma, p. 32-33. Le poète Arnault affirme avoir vu à Vanhove en 1791 « certaine cuirasse entre autres, dans laquelle il jouait indifféremment Mithridate, Agamemnon et le vieil Horace, cuirasse de velours vert, à quatre poils, enrichie d'écaillés d'or et d'un trophée composé de canons, de tambours, de fusils groupés avec un goût exquis, et dans laquelle il s'était ménagé deux poches, l'une pour son mouchoir et l'autre pour sa tabatière. » {Souvenirs d un sexayénaire, t. I, p. 273-27V)

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