‹ Paris sous NapoléonChapitre 10 sur 53 · JEAN-BAPTISTE DE BELLOT · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE DE BELLOT

volonté de la nation. Les citations latines et le pathos évangélique doivent porter sur des choses saillantes et des préceptes éternels, qu'aucun honnête homme, quelle que soit son opinion, n'oserait nier (I). »

PortaUs^ l'homme courtois et affable par excellence, traduisit sans doute le message, et n'eut garde de le rendre textuellement au prélat. Mais ce précédent fut désormais suivi, et il devint de règle qu'en raison de la situation exceptionnelle de l'archevêque de Paris, ceux de ses mandements < dont l'objet n'était pas purement spirituel > fussent soumis i la censure préalable du chef de l'État, c qui indiquait les changements dont ils lui paraissaient susceptibles (2). > Le témoin très renseigné qui nous a transmis ces détails affirme, avec preuves à l'appui, que le maître biffa plus d'une fois des passages trop adulateurs : s'il voulait être loué, il entendait l'être avec mesure et dignité, < A la manière de Bossuet ^, comme il disait non sans candeur.

Parmi les tirades dithyrambiques qu'il laissa passer, beaucoup, surtout au début du régime, exprimaient avec emphase un sentiment de gratitude et d'attachement qui existait en réalité dans les milieux catholiques. Ainsi, lors du Consulat à vie et des solennités du 15 août en I80â et 1803 : c ... Nous vous y appelons pour former des vœux ardents pour la conservation des jours précieux de notre Premier Consul, pour que vous vous écriiez, en face du Saint des Saints, comme autrefois les Hébreux : YivaJt Sahnumf... Que la France reconnaissante proclame l'instrument de vos miracles le pacificateur de la terre, qu'elle le nomme Consul à vie (3), que toutes

(1) 3 floréal an X (23 avril iSOt) : Boulât dk la Mburthb, DoeununU tur le Conc&rdai, t. Y, p. 557-558.

(2) Jauvfebt, Mémoires hitiariquUr 1. 1, p. 242 et note.

(3) Un des. membres les plus respectables de l'épiscopat, Noé,

les voix publient sa gloire, nous applaudissons à ces transports; mais la religion nous inspire des sentiments plus sublimes, nous l'appellerons Thomme de Dieu; »

A la proclamation de TEmpire, Belloy osa mêler à ses adulations le souvenir de Henri IV et tirer de la cérémonie du sacre une leçon édifiante : < Le vicaire de Jésus-Christ en prêtant son ministère, Napoléon en le réclamant, nous prouvent que tout est grand lorsque la religion le commande, qu'il n'y a de grand que ce qu'elle consacre. » Aussi dut-il insérer, dans le mandement qui prescrivait un Te Deum final, une sorte d'anathème contre les royalistes obstinés : « ... Loin du Dieu qui veut qu'on rende à César ce qui est à César, ces hommes

inquiets et turbulents, qui , pour avoir un spécieux

prétexte de se plaindre de la puissance à laquelle la Providence les force d'obéir, afiectent de regretter celle dont elle a brisé le sceptre ! »

Quand la guerre continentale se fut rallumée, l'archevêque célébra les victoires napoléoniennes; mettant à profit la critique que Portails lui avait transmise en 1802, il saupoudra de citations de Bossuet l'analyse des bulletins de la Grande-Armée, et trouva un ingénieux prétexte pour s'excuser de faire entrer tant de stratégie dans une lettre pastorale : « Si nous vous avons entretenus de plans de campagne, de marches d'armées, de généraux prisonniers, c'est pour exciter votre reconnaissance envers le Seigneur notre Dieu, premier auteur de tous ces succès, et parce que le récit des œuvres du Seigneur est le plus bel hymne que l'on puisse chanter à sa gloire. •

ancien évoque de Lescar, devenu évêque de Troyes, disait dans son mandement sur le Consulat à vie : « Les sénatus-consultes, qui n'ont pu rendre le Premier Consul immortel, nous assurent du moins tous les instants de sa vie. »

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Le vieillard n'en était pas moins obligé de forcer son tempérament, et sans doute d'emprunter l'aide d'autrui, pour emboucher ainsi la trompette guerrière. On le retrouve mieux lui-même dans la harangue dont il salua Napoléon au seuil de Notre-Dame, en cette fête du 15 août 1807 qui marqua l'apogée sinon de la puissance impériale, du moins de l'enthousiasme et de la confiance populaires. Le petit discours où le cardinal de Belloy exprima avec chaleur le sentiment général fut son chant du cygne : « Sire, les vœux du clergé et de tous vos fidèles sujets sont remplis. Quels sentiments d'amour, de reconnaissance et de consolation nos cœurs n'éprouvent-ils pas en ce jour, en voyant Votre Majesté dans la première église de son Empire, dans laquelle Elle a reçu l'onction sainte des mains du successeur de saint Pierre, y porter le rameau d'olivier et donner à son peuple la paix, cette paix si chérie et depuis longtemps si désirée! Sire, plusieurs fois les voûtes de ce temple ont retenti des cris d'allégresse pour célébrer vos éclatantes victoires. Aujourd'hui Votre Majesté y vient Elle-même rendre des actions de grâces à l'Éter nel. Sire, nous unissons tous nos prières aux vôtres, en remerciant la divine Providence, et nous ne cesserons de la prier pour le bonheur de vos jours, de votre auguste famille et pour la prospérité de votre Empire. »

Napoléon avait résolu ce jour-là de parler en successeur des rois très chrétiens; sa réponse fut littéralement édifiante : t Monsieur l'archevêque, tout vient de Dieu. Il m'a donné de grandes victoires. Je viens dans la première métropole de mon Empire rendre grâce à la Providence de ses bienfaits, me recommander à vos prières et à celles du clergé. » A la sortie, le ton fut surtout gracieux : « Monsieur l'archevêque, assurez le clergé de

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