‹ Paris sous NapoléonChapitre 9 sur 53 · JEAN-BAPTISTE DE BELLOY · texte numérisé non relu

JEAN-BAPTISTE DE BELLOY

de Belloy, le fit disparaître avant la crise violente de la politique religieuse^ et le dispensa de prendre parti entre les deux pouvoirs entrés en conflit. 11 put^ sans manquer à ses devoirs essentiels, continuer à prodiguer à Napoléon des louanges dont l'hyperbole nous effarouche ou nous amuse aujourd'hui, mais qui ne détonaient point dans l'ensemble de la littérature épiscopale d'il y a cent ans (i).

Dans ses mandements^ la partie proprement religieuse, celle qui était plus particulièrement son œuvre, était inspirée, non sans à-propos ni sans onction, des prédications de l'Évangile; on y retrouvait cette mansuétude apostolique qui^ à Marseille, avait triomphé de dissensions invétérées. Au lendemain de la crise révolutionnaire, qui avait laissé après elle tant de désastres et de rancunes, il y avait une vraie noblesse à résumer ainsi l'enseignement du Christ : < La religion que nous professons est une religion d'amour, de concorde et de charité. Elle ne permet de se souvenir du mal que pour rendre le bien (2). »

Les commentaires consacrés aux grands événements politiques comportent plus de réserves : mais il convient d'ajouter immédiatement que le prélat et son

(1) Il convient d'ailleurs, tout en critiquant la servilité du langage de l'épiscopat napoléonien, de tenir compte de cette remarque de l'un de ses membres : « Quelque chose qu'ait dit le clergé moderne, aucun de ses discours n'est descendu aussi bas que les épîtres dédicatoires de Corneille et de Boileau, et quelles qu'aient été les phrases de mauvais goût et de mauvais sens qui soient échappées & des membres du clergé, ce n'est point à un ecclOsiastique, mais à un préfet gentilhomme qu'appartient ce mot, qui est sûrement le nec plui ultra du sot bel esprit flatteur : Dieu fit Bonaparte et ie reposa! » (De Pradt, lei Quatre Coneordatiy t. II, p. 280.)

(2) Lettre pastorale poiu* la Fête-Dieu de 1802 : Journal det Débats, 3 messidor an X«

entourage ecclésiastique n'en avaient point l'exclusive responsabilité. Lorsqu'il s'était agi pour Belioy de lancer un premier mandement, antidaté du jour de Pâques 1802, Bonaparte avait demandé communication du manuscrit et l'avait renvoyé à Portails avec une critique détaillée, curieux mélange d'infatuation, de préjugés vulgaires et d'observations judicieuses énoncées en un style volontairement cavalier : « Ce mandement, » déclarait-il de prime abord, c ne me paraît pas d'un style assez élevé ni assez correct pour Paris. Les mots latins sont trop répétés dans la première page et ne disent rien. » Il reprochait au prélat de s'être étendu sur le bienfait de la paix religieuse, quand il eût fallu insister sur l'œuvre réparatrice d'un gouvernement fort; sans s'embarrasser des scrupules d'une fausse modestie, le chef de l'État se déclarait mal satisfait des éloges qui lui étaient décernés à lui-même : « Le Premier Consul doit être nommé en termes plus élevés et surtout moins trivials : ce doit être à la manière de Bossuet, dans VHistoire universelle, et non à celle d'un discours improvisé dans une assemblée politique. > En revanche, le maître réclamait la suppression des compliments accordés au cardinal-légat : f L'archevêque de Paris, dès sa naissance (sic), doit prendre le caractère de fierté qui doit lui convenir. » Il ne fallait point non plus s'attarder au souvenir importun de Pie VI, mais célébrer seulement Pie VII, en sa qualité de pape régnant. La conclusion mérite d'être intégralement reproduite : c Comme j'attache une grande importance à ce que le mandement de l'archevêque de Paris soit comme il doit être, je ne crois pas que celui-ci remplisse le but. Faites-moi connaître celui que vous avez rédigé ou fait rédiger. 11 faut qu'il soit tel^ que les philosophes et les gens du monde soient obligés de convenir qu'il est bien fait, et qu'il est l'expression de la

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