‹ Paris sous NapoléonChapitre 14 sur 53 · IV · texte numérisé non relu

IV

inspiré par les sulpiciens (1). L'allégation ne résiste pas à l'examen des listes du personnel : dans presque toutes les paroisses, dans celles même dont le curé avait bravé l'exil ou la prison plutôt que de jurer, il y avait des assermentés au nombre des vicaires.

Tant que le culte catholique avait été proscrit ou simplement toléré, le clergé avait véeu au jour le jour, comme en pays démission, sans beaucoup se préoccuper de ses intérêts matériels. Du moment où l'exercice de la religion fut officiellement reconnu, les questions de casuel reprirent leur importance, pour les vicaires surtout, qui ne recevaient point de traitement de l'État et qui étaient rémunérés sur le produit des oblations. Dubois, très prompt à recueillir tous les bruits défavorables au clergé, affirmait avec insistance que dans beaucoup de paroisses les vicaires se plaignaient du manque de générosité des curés à leur égard (2). Ce n'est qu'au bout d'un certain temps qu'intervint un règlement général et uniforme.

La diversité d'origine et les dissentiments passés étaient des inconvénients dont on pouvait triompher à force de discipline et d'esprit de conciliation. Un autre danger moins immédiat était plus redoutable pour le clergé concordataire, composé de prêtres âgés ou déjà mûrs, parmi lesquels se comptaient ceux qui n'avaient point dépassé quarante ans, à savoir : la difficulté du

(1) Rapport du préfet de police, 23 floréal an X (13 mai 1802) : AuLARD^ Paris sous le Consulat^ t. III, p. 51.

(^) Rapports du môme, 2 thermidor an X et 17 brumaire an Xll : F. 7, 3830 et 3832.

recrutement, t C'est là, c écrivait un royaliste irréconciliable, > c'est là véritablement son côté faible^ c'est par là qu'il périra, et avant qu'il se soit écoulé seulement dix années, cette vérité sera palpable pour tout le monde (1) . > La Révolution, qui avait suscité quelques apôtres, avait tari la généralité des vocations ecclésiastiques : la majorité des séminaristes de 1790 avaient embrassé des carrières civiles ou même militaires; dans les fanxilles les plus chrétiennes, les enfants avaient grandi en dehors de ces habitudes de piété régulière, de ces pompes extérieures du culte, qui disposent à la vie sacerdotale tant de jeunes âmes plus ferventes qu'héroïques ; les parents, de leur côté, devaient hésiter à favoriser une détermination que la crise récente et l'état actuel des esprits révélaient si entourée de périls, si aléatoire tout au moins au point de vue des avantages temporels.

La mort en effet ne tarda point à éclaircir les rangs d'un clergé soit vieilli, soit usé prématurément par les émotions et les épreuves. Pour combler les vides, on fut forcé plus d'une fois d'appeler ou d'accueillir des prêtres originaires de diocèses dans lesquels les besoins étaient moins urgents ou le personnel plus nombreux. Ces admissions, provoquées par la nécessité, furent-elles toujours précédées d'une enquête suffisamment approfondie? Il est permis d'en douter (2).

Le recrutement normal, par l'ordination de sujets nés ou tout au moins formés dans le diocèse, était préférable à tous égards. Aussi la réorganisation du sémi-

(1) Remagle, Relations secrètes des agents de Louis XVIII , p. 443.

(2) Cf. les exemples allégués dans une lettre de Le Goz, archevêque de Besançon, au cardinal Maury, du 24 octobre 1813 : Le Goz, Correspondance, t. II, p. 377-379.

naire fut-elle une des premières questions qui se posa. Une tradition aussi ancienne que la compagnie de Saint- Sulpice faisait du supérieur général de cet institut le supérieur du séminaire de Paris. Dès l'accalmie de 1800, Émery avait groupé quelques jeunes gens rue Saint- Jacques, dans une maison qui était à l'enseigne de la Vache noire : pour reprendre autant que possible les usages de jadis, Pancemont l'avait prié de venir le dimanche avec ses élèves aux offices de l'église des Carmes^ qui tenait lieu d'édifice paroissial aux catholiques de Saint-Sulpice (4).

Après le Concordat^ l'archevêque, se faisant l'interprète d'un désir général dans les milieux ecclésiastiques, demanda au gouvernement de remettre à sa disposition le vieux séminaire Saint-Sulpice, affecté depuis la Révotion au logement des veuves de militaires morts pour la patrie. On expulsa bien ce bruyant et encombrant personnel, mais pour raser d'urgence les bâtiments (2). Le très plausible motif mis en avant fut la convenance de dégager la façade de Servandoni et de créer une grande place devant l'église : mais le chef de l'État, dans l'esprit de qui une sincère estime pour la personne et le caractère d'Émery s'alliait à des préventions déjà alors très vives contre sa congrégation (3), trouva sans doute l'occasion bonne pour tenter d'évincer les sulpiciens^ pour effacer au moins les souvenirs attachés à l'ancien

(1) Hamel, Histoire de Véglise Saint-Sulpice, p. 261-262. (En effet, d'après une coutume qui remontait à Olier et qui était encore suivie À l'automne de 1906, les séminaristes assistaient et participaient, les dimanciies et jours de fôte, aux offices paroissiaux de Saint-Sulpice.)

(2) Paris sous Napoléon, t. II, p. 142-143.

(3) 11 écrivait brutalement à Fescli, le 20 brumaire an XI (11 novembre 1802) : « Méfiez-vous beaucoup des sulpiciens, je vous le répète : ces hommes ne sont attachés ni à l'Etat, ni à la religion; ce sont des intrigants. » (Correspondance, 6420.)

séminaire Saint-Sulpice. La même raison de proximité de l'église fît probablement écarter l'attribution au séminaire de l'ancienne Maison des Orphelines de la rue du Vieux-Colombier, qui depuis lors a servi de maisonmère aux Filles de la Charité, puis de caserne aux sapeurs-pompiers. Après avoir songé à l'abbaye de Sainte-Geneviève et même à la maison des jésuites de la rue Saint- Antoine (lycées actuels Henri Quatre et Charlemagne)^ le gouvernement s'arrêta à l'ancien collège des Grassins, rue des Amandiers (notre rue de l'École-Polytechnique) : un rapport de Chaptal exposa que ce local, muni d'une chapelle et d'une grande cour, serait très aisément adapté au séminaire (4), et un arrêté consulaire le mit à la disposition de l'archevêque (2 ventôse an XI-21 février 1803).

Comment Émery et Belloy eurent-ils le crédit d'éluder l'exécution de cet acte de l'autorité? Ce qui est de fait, c'est que le séminaire ne s'installa jamais au collège des Grassins, et ne quitta pas le voisinage de Saint-Sulpice. A la rentrée de 1803, on se logea provisoirement rue Notre-Dame-des-Champs, vers l'emplacement actuel de la rue Vavin, dans un bâtiment si exigu que pour les cérémonies de quelque importance il fallait recourir à l'hospitalité des voisins (2). Cependant Émery faisait acheter par un prête-nom et acquérait pour son compte personnel quelques mois plus tard (3) l'ancien couvent

(1) 29 pluviôse an XI (18 février 1803) : AF. IV, plaq. 487.

(2) « Nous avons fait le jour de la Présentation la rénovation des promesses cléricales entre les mains de M. le cardinal de Belloy. Notre local ne permettant pas les évolutions nécessaires à la cérémonie et l'admission des étrangers, nous avons emprunté la galerie de l'hôtel Fleur y, ci-devant la galerie de l'abbé Terray [le fort peu dévot ministre de Louis XV]. Vous comprenez, Monseignem% que nous avons employé la veille force eau bénite. » (Emery à Bausset, 23 novembre 1803 : Papiers Emery.)

(3) C'est le 27 ventôse au XIII (18 mars 1806) qu'Emery acquit

des Sœurs de la Doctrine chrétienne^ rue du Pot- de-Fer (Bonaparte), en face la rue Honoré-Chevalier, c'est-à-dire sur remplacement du jardin du séminaire bâti sous la Restauration et désaffecté en 4906. Les préparatifs d'aménagement se firent à la hâte dans l'automne de 1804, avec le concours de quelques personnes dévouées, entre autres la jeune Sœur Rosalie, filleule du supérieur : la rentrée eut lieu le 40 octobre (4). Le gouvernement approuva, il ferma tout au moins les yeux, jusqu'en 4840.

La maison ne tarda point à être pleine, c'est-à-dire à réunir plus d'une centaine d'élèves (2), mais comme Portails l'expliquait à l'empereur en appuyant l'exemption militaire du jeune Feutrier (le futur évêque de Beauvais et ministre de Charles X), l'immense majorité des séminaristes appartenaient à d'autres diocèses, où ils devaient retourner après leurs études théologiques; sur quarante-neuf jeunes gens groupés dès l'été de 4805, deux seulement étaient appelés à exercer le ministère sacerdotal à Paris (3).

Pour remédier à la disette croissante de prêtres, on abrégeait un peu, surtout quand on avait affaire à des vocations évidemment mûries, les délais canoniques entre les degrés préliminaires du sacerdoce : ainsi le jeune Liautard, entré au séminaire âgé de vingt-huit ans en octobre 4802, recevait la tonsure et les ordres mineurs en juillet 4803, le sous-diaconat en septembre, le dia-

officiellement l'immeuble d'im sieur Garvoisin, pour le prix de 100,000 francs. (Rapport de l'architecte Garrez à Bigot de Prôameneu, 6 juiUet 1810 : AF. IV, plaq. 3530.)

(1) Vie de M. Emery, t. II. p. 109-114.

(2) Ibidem, t. II, p. 140.

(3) Portails à Napoléon, 11 fructidor an XIII (29 août 1805) ■ AF« IV, 1048.

conat en mai 4804 et la prêtrise en décembre suivant (4). On s'efforçait surtout de préparer un avenir meilleur, en revenant aux pratiques des temps normaux, et en suscitant des vocations parmi les adolescents bien disposés. Le meilleur moyen eût été de rétablir à Paris un petit séminaire, comme il s'en rouvrait dans plusieurs diocèses, et comme Portalis en proclamait la nécessité dès 4806 en termes trop absolus, trop dédaigneux surtout (2). A défaut d'un tel établissement, qui pour des motifs inexpliqués ne fut créé qu'à la fin du régime, sous l'administration de Maury, il y eut de méritoires efforts individuels : un prêtre habitué de Saint-Merry, Hubault de Malmaison, qui devait être plus tard curé de Saint-Louis-en-l'Ile, se distingua notamment par le zèle judicieux avec lequel il discernait les enfants bien doués, leur donnant tout à la fois un commencement d'instruction classique et de formation religieuse (3). On tâchait aussi, avec le consentement des évoques respectifs, de recruter, dans les diocèces où les vocations surabondaient, des sujets disposés à se préparer au ministère parisien; c'est ainsi qu'après les vacances de 4808, Frayssinous présenta au séminaire un de ses compatriotes du Rouergue, un adolescent de quinze ans qui s'appelait

(1) LiAUTÀRD, Mémoires, t. I, p. 45.

(2) « n serait impossible que des enfants qui auraient reçu une éducation briUante dans les collèges ou dans les lycées eussent le désir d'embrasser une carrière qui n'offre aucune ressource à Tambition. On ne trouve de jeunes clercs que dans les classes les plus pauvres de la société... » (Rapport à Napoléon, 12 août 4806 : Portalis, Discours, rapports et travatix inédits sur le Concordat, p. 355.)

(3) CoLLioNON, Histoire de la paroisse de Saint-Louis-en-VIlef p. 141-145. (Cet auteur qualifie l'abbé Hubault de vicaire à Saint- Merry, mais le curé de la paroisse, Fabrègues, le traite formellement, dans une supplique à l'empereur, de « simple prêtre habitué. » [14 septembre 1811 : F. 7, 6568].)

Denis Affre (4) : les condisciples du futur archevêque de Paris le plaisantèrent sur sa petite taille, et le grave Émery se permit de lui dire : « Vous auriez dû amener votre nourrice (2) ! »

La formation intellectuelle et morale, dans le séminaire de la rue du Pot-de-Fer, fut conforme aux traditions plus que séculaires de la compagnie de Saint-Sulpice. Dans les sphères officielles comme dans le monde ecclésiastique, on sentait alors plus impérieusement le besoin de relever les ruines que celui de renouveler les programmes. En rapportant au Tribunat la loi qui devait régler l'institution des séminaires métropohtains (3)^ le politicien-poète Garrion-Nisas ne trouvait à recommander aux prêtres du nouveau régime que la réserve et la mansuétude : * Dans les circonstances où nous nous trouvons, des ministres indiscrets risqueraient de rejeter l'homme naturellement religieux dans les bras de la philosophie humaine, qui répond si imparfaitement au cri de son cœur. Lévites, vous êtes maintenant auprès du voyageur blessé, vous ne souffrirez pas que ce soit le Samaritain qui verse le baume sur ses blessures (4)1 » Si le rigorisme janséniste ou simplement gallican était encore, comme nous le verrons, à la base de la direction spirituelle, Émery et ses collègues n'avaient pas besoin des conseils de Carrion-Nisas pour détourner leurs élèves des vivacités de langage ou de plume. Le respect de l'autorité établie, conformément au véritable et constant enseignement de TEglise, était

(1) HtîNRioN, Vie de M. Frayssinous, t. 1, p. 61. (2.) Crlice, Vie de D. A. Affre, p. 13-14.

(3) ComiDc nous le rappellerons. un peu plus loin, cette création ne fut point réalisée.

(4) Rapport du 21 ventôse an XII (12 mars 1804).

également en honneur chez les sulpiciens; après une inspection inopinée rue du Pot-de-Fer, Portalis écrivait à son maître : t Je puis attester à Votre Majesté que dans ma visite au séminaire, j'ai été édifié du bon esprit qui y règne. J'ai d'abord causé avec les directeurs et professeurs, et ensuite avec les séminaristes. J'ai fait tomber la conversation sur tous les objets d'instruction qui peuvent intéresser le gouvernement et l'État, et je me suis aperçu qu'on y professait les principes qui doivent garantir les devoirs et la fidélité des sujets de Votre Majesté (1). >

Si l'on écourtait parfois, sous l'empire de la nécessité, les délais normaux entre l'entrée au séminaire et la définitive ordination sacerdotale, on n'en mettait que plus d'insistance à rappeler aux séminaristes la gravité de la détermination qu'ils allaient prendre, la sévérité de la vie qu'il leur faudrait mener. L'un de ceux précisément qui devaient le plus abréger leur stage préliminaire écrivait, sous l'impression des premières exhortations reçues : t Je deviens ou du moins je tâche de devenir moins amoureux de mes aises, moins, moins, moins {sic) tout ce que j'étais auparavant et que je n'aurais pas dû être... (D s'agit) d'un état le plus difficile et le plus terrible de tous, où il faut mépriser richesse, plaisir, considération; où la plus grande science est nécessaire, et où la vertu est plus nécessaire que la science (2). »

Entre autres anciennes coutumes, Émery reprit celle de former les séminaristes à la prédication en leur confiant les catéchismes faits aux enfants de la paroisse Saint-Sulpice. Parmi les jeunes directeurs ou chefs de ces catéchismes pendant la période de 1803 à 1814, il y eut

(1) 11 fructidor an Xill (29 août 1805) : AF. IV, 1043.

(2) Liautard à' un ami, 13 octobre 1802 : Liautard, Mémoires^ t. I, p. 42-43, note.

des hommes appelés à marquer dans le clergé de la Restauration, comme le plus jeune des Sambucy, Quelen, Feutrier, Forbin-Janson, etc. (1).

Même avec un nombre restreint de professeurs et d'élèves, même en tenant compte du méritoire désintéressement des sulpiciens, qui ne réclamaient ni loyer pour les bâtiments, ni émoluments personnels, le séminaire constituait pour le budget archiépiscopal une charge onéreuse. La grande majorité des élèves appartenaient à des familles peu aisées : en moyenne, un dixième seulement d'entre eux payaient la modeste pension de 500 francs, et deux autres dixièmes acquittaient péniblement la moitié de la pension; le reste était hors d'état de verser la moindre contribution (2). Un peu contre le gré d'Émery, à qui cette innovation ne plaisait guère, Fesch assura au séminaire une subvention déguisée, en prenant parmi les élèves les clercs de la chapelle impériale (3). De son côté, Belloy fonda en 1806 une caisse diocésaine, qui par un touchant rapprochement était destinée tout à la fois à l'éducation des futurs prêtres et au soulagement des invalides du sacerdoce : cette caisse devait être alimentée par des souscriptions, par des legs et par une quête annuelle, faite dans les églises le quatrième dimanche de l'Avent (4).

(1) Histoire des catéchismes de Saint-SulpicCt p. 146-198.

(2) Rapport de Bigot de Préameneu à Napoléon, septembre ou octobre 1812 : AF. IV, plaq. 6576.

(3) « Savez-vous que les clercs de la chapelle sont pris dans lé séminaire et que les appointements seront versés dans la caisse de Téconomet C'est M. le Grand- Aumônier qui a imaginé cela : voilà bien des singularités! » (Emery à Bausset, 3 mars 1805 : Papiers Emery).

(4) Journaux. Qn n'usa point immédiatement p. Paris des dispositions du décret du 13 thermidor an XIII, qui autorisait les évoques à prélever en faveur des prêtres âgés ou infirmes le

KECftUTEMENT DU CLERGÉ 89

Mais tout cela était encore insuffisant. Napoléon, mis au courant de la situation, manifesta d'abord Tintention de venir en aide à une soixantaine d'élèves, en leur distribuant annuellement 20,000 francs divisés en bourses et demi-bourses (4). Le décret du 30 septembre 1807 étendit et généralisa cette idée : à partir de 1808, il devait y avoir dans tous les séminaires diocésains des bourses et demi-bourses à la nomination de l'empereur; pour Paris, le nombre en était fixé à trente-quatre bourses et soixante-huit demi-bourses.

Une loi du 23 ventôse an XII avait décidé la création, près de chaque siège archiépiscopal, d'un séminaire métropolitain, sorte d'école supérieure de théologie où se perfectionnerait l'élite du jeune clergé : pour installer le séminaire métropolitain de Paris, l'empereur songea un instant à l'abbaye de Saint-Denis (2), où il n'était point question alors de loger les demoiselles de la Légion d'honneur. Mais cette institution des séminaires métropolitains, sans précédent dans les traditions du clergé français, ne devait point être réalisée : le décret du 17 mars 1808 lui substitua les facultés de théologie, qui ont survécu jusqu'en 1886 comme établissements officiels.

sixième du produit des chaises dans toutes les églises : c'est seulement sous l'administration de Maury qu'il fallut recourir à cette ressource, par une conséquence indirecte de l'exclusion des sulpiciens.

(1) Note à Portails fils, 9 septembre 1807 : Correspondance 13136.

(2) Ibidem.

La désignation des paroisses, des succursales surtout, s'était faite avec une certaine précipitation, sans que leur installation matérielle fût partout assurée. Si dans la banlieue, par une heureuse rencontre, aucune des anciennes églises paroissiales n'avait été aliénée, et sïl suffit d'un arrêté du préfet pour les mettre à la disposition de l'archevêque (1), la situation était très différente à Paris, où sur quarante-trois paroisses reconstituées, dix-huit édifices paroissiaux avaient été vendus Ou concédés à des particuliers (2). Belloy, désireux de conserver ou de relever des vocables consacrés par la piété de plusieurs générations, eut la prudence, dans son ordonnance de réorganisation, de protester de son respect pour les droits des possesseurs actuels, droits que le Concordat venait de consacrer (3). Moins scrupuleuse ou moins timorée, l'administration préiectorale provoqua, toutes les fois qu'elle put découvrir quelque vice de forme, des arrêtés de déchéance contre les acquéreurs. Là où le titre de possession parut indiscutable, la

(1) 15 prairial an X (3 juin 1802) : Grente, le Culte catholique à Paris, p. 192.

(2) Ibidem, p. 197.

(3) « Notre intention, en fixant les titres de ces différentes églises .., n'est pas de préjudicier en aucune manière aux titres temporels que pourraient avoir les propriétaires actuels de plusieurs d'entre elles, dont les droits sont reconnus incommutables par l'Eglise ;... et si Tétat présent d'une ou plusieurs de ces" églises ne permet pas la célébration des divins offices, nous nous réservons de transférer momentanément, du consentcinciit du gouvernement, et de concert avec le citoyen préfet, dans une autre église du même arrondissement, l'exercice du culte... »

ÉDIFICES PAROISSIAUX 6i

ville prit les édifices à bail, sauf à les racheter successivement dans la période de 1807 à 1811 (1).

Un propriétaire au moins paraît s'être refusé même à une location, et avoir par son obstination empêché la création d'une paroisse. L'ordonnance de Belloy érigeait au nombre des succursales de Saint-Merry, dans le VU" arrondissement, le Petit Saint- Antoine^ ancienne église de l'ordre de Malte, située au coin de la rue Saint- Antoine et de la rue du Roi-de-Sicile. Cet édifice était devenu un magasin à sel : faute d'un autre local convenable dans le quartier, la paroisse n'eut jamais d'existence, et le curé désigné, Fabrègues, demeura vicaire à Saint-Merry jusqu'au jour prochain où il fut promu curé surplace (2).

Une opposition plus inattendue ûit celle de la Mère de Soyecourt. Sans la consulter, l'archevêque avait érigé en succursale de Saint-Sulpice l'église des Carmes de la rue de Vaugirard, et nommé desservant l'un des collaborateurs de Pancemont, l'abbé de Sambucy. Mme de Soyecourt, propriétaire de l'église comme du couvent, avait volontiers donné l'hospitalité au clergé insermenté de Saint-Sulpice exilé de son église : une fois celle-ci rendue au culte orthodoxe, elle désira rester aux Carmes seule avec ses religieuses, sans le gênant et bruyant voisinage d'une paroisse. En femme d'affaires consommée qu'elle était, elle alla montrer son contrat d'acquisition à Portails, fit agir auprès de l'archevêque, et obtint enfin au bout de quelques semaines que la succursale fût supprimée (3).

(1) Des Cilleuls, Histoire de l'administration parisienne, t. I, p. 389-390.

(2) Grente, le Culte catholique à Paris, p. 324.

(3) Vie de la R. M. Thérèse-Camille de Soyecourt, p. 172. (Ce récit

Citons enfin, comme ayant eu une existence éphémère, la succursale de la Conceptian, dépendant de Saint- Roch, et située sur remplacement actuel de la rue Duphot. Si l'église servit quelque temps au clergé de la Madeleine (1), la paroisse ne connut pour ainsi dire point d'autonomie, et le curé désigné ne tarda point à redevenir premier vicaire de la Madeleine^»

D'autres noms figurent dans l'ordonnance constitutive de Belloy, qui ne se retrouvaient plus au début du vingtième siècle sur la liste des paroisses parisiennes, soit qu'il s'agisse de circonscriptions supprimées dans l'intervalle, soit plutôt qu'une translation matérielle ait coïncidé avec un changement de vocable. En 1809, la démolition de l'église Saint-Benoît entraîna la disparition de la paroisse, sans qu'on ait donné suite au projet de lui assigner pour centre l'église de la Sorbonne (2). Vers la même époque, la succursale des Filles Saint-Thomas, installée dans la nef de l'ancien couvent, fut, à cause de la construction de la Bourse, non point transférée, mais réunie purement et simplement, avec fusion des deux clergés, à celle des Petits- Pères, qui venait de recevoir le nom de Notre-Damedes-Victoires. L'église du monastère de l'Abbaye-aux- Bois, rue de Sèvres, malgré ses proportions exiguës, servit de centre jusqu'en 1857 à une paroisse en partie fort aristocratique (3).

Une succursale avait été créée dans le troisième arron-

gaze, ainsi qu'il convient, la résistance de la supérieure à un acte de l'autorité archiépiscopale.)

(1) La Madeleine était pourtant la cure primaire du premier arrondissement, et la Conception une succursale du deuxième.

(2) Journal de V Empire, 16 octobre 4807.

(3) Cette église, réduite ou rendue à l'usage de chapelle de couvent» vient d'être démolie à l'automne de 1906.

dissemeat sous le titre de Saint-Lazare : dans la pensée de rarcbev^ue^ elle devait avoir pour siège la chapelle de l'ancienne maison des lazaristes, au faubourg Saint- Denis, mais ce local, alors converti en magasin de subûstances, fut inopinément et obstinément refusé. On loua à la hâte un hangar rue Bleue, pendant qu'on cons* truisait rue Montholon une église qui, en l'honneur du fondateur des lazaristes, reçut le nom de Saint-Vincentde-Paul (le monument actuel date de Louis-Philippe) (i;. — La succursale des Minimes perdit bientôt, elle aussi, son emplacement primitif et son nom, car la belle église des Minimes du Marais (un chef-d'œuvre de Mansart) ne tarda point à être emportée par une opération de voirie; après s'être provisoirement abrité dans une salle du couvent demeuré debout (la caserne de gendarmerie actuelle), le culte émigradans la chapelle des religieuses du Saint-Sacrement, rue de Turenne : d'où le nom nouveau de Saint-Denis-du-Saint-Sacremeut, qu'a gardé l'église construite de 1826 à 1835 (2). — Sainte-Valère, érigée également dans une chapelle de couvent, au coin de la rue de Grenelle et du quinconce des Invalides, devait vers le milieu du siècle être remplacée par l'église néo-gothique de Sainte-Glotilde. — La succursale dite des Missions-Étrangères demeura plus longtemps encore installée dans la chapelle de la rue du Bac, puisque l'église Saint-François-Xavier n'a été inaugurée qu'au début de la troisième République (3).

(1) L. Lazare, Bibliothèque municipale, 1. 1, p. 119.

(2) Grente, le Culte catholique à Parié, p. 341-345.

(3) Il était décidé en principe, à la fin de TEmpire, que l'église Saint-Germain-l'Auxerrois serait rasée pour permettre l'établissement d'une vaste place et d'une rue aboutissant à la Bastille (Paris 80ut Napoléon, t. II, p. 139-141); on devait lui substituer l'église monumentale Saint-Napoléon, qui aurait été construite entre le Louvre et les Tuileries.

Dans certaines paroisses, comme « Saint-Louis des cidevant jésuites » (Saint-Paul-Saint-Louis) (1), ou Saint- Gennain-des-Prés (2), l'organisation du culte fut retardée de quelques semaines ou quelques mois par la nécessité de remettre en état une église aménagée pour des usages profanes, et souvent dégradée. A Saint-Leu, le culte fut même interrompu plus d'une année (1803-4804), par suite de difficultés avec le propriétaire de Timmeuble. A Sainte-Elisabeth, une chapelle provisoire fut organisée dans Tenclos du Temple, et c'est en 1809 seulement que l'église cessa de servir de magasin à farines (3). Aux Petits-Pères, jusqu'en 1809 également, le curé n'eut à sa disposition que la sacristie, tandis que l'église était alfectée à la Bourse (4) : aussi les offices religieux étaient-ils réduits au minimum, et en grande partie transférés aux Filles Saint-Thomas bien avant la réunion officielle (5).

La paroisse primaire du premier arrondissement, celle qui avait dans sa circonscription le palais du chef de l'État, fut aussi, par une singulière rencontre, celle qui eut le plus de peine à trouver un abri matériel. Son titre était la Madeleine : or, l'ancienne église de ce nom était vouée à une prochaine démolition, et la construction du nouvel édifice était interrompue depuis le début de la Révolution. L'église à coupole du couvent de l'Assomption, assignée au culte paroissial, était encombrée

(1) Grbnte, le Culte catholique à Paris, p. 346.

(2) Journal des Débats^ 18 messidor an X.

(3) Grente, le Culte catholique à Paris, p. 315-316.

(4) DuMAX, le Pèlerin à Notre'Dame-des-VietoireSy p. 23-25.

(5) En 1813, dans un intérêt de convenance et de conservation, l'architecte Fontaine déclarait désirable l'érection en succursale» des églises de la Sorbonne et du Val-de-Grâce. (Rapport sur les édifices publics de Paris, présenté à l'empereur le 24 décembre 1813 : Archives de M. Alfred Foulon.)

des décors du Théâtre-Français : en attendant que ce matériel fut transporté dans une autre église, celle de l'Oratoire, on s'installa provisoirement et incommodément de l'autre côté de la rue Saint-Honoré, dans la chapelle de la Conception. Le local de l'Assomption enfin débarrassé, un arrêté soumis subrepticement à la signature de Bonaparte l'affecta à Thospice de la garde consulaire; mais Portalis, informé après coup, se fit le très énergique interprète des doléances du clergé : t Depuis plus d'un an que vous avez nommé curé le citoyen Costaz, il est sans église, sans domicile, sans fonctions (1). » En représentant que cet état de choses était particulièrement choquant pour la paroisse des Tuileries, il obtint (29 vendémiaire an XII-22 octobre 1803), la signature d'un nouvel arrêté, qui annulait le précédent et attribuait au clergé de la Madeleine l'église de l'Assomption, avec le chœur des religieuses. Réduite à une rotonde, cette église était manifestement de proportions trop restreintes pour le service paroissial d'un quartier élégant et déjà populeux. Dès 1808, on parlait d'y adjoindre « une nef spacieuse en forme de basilique » (2); en 1813, malgré l'édification du Temple de la Gloire sur les plans de Vignon, il était entendu qu'on chercherait un emplacement dans le quartier pour bâtir une église définitive (3) ; le statu guo se prolongea pourtant jusqu'en 1843, date à laquelle le monument de Vignon fut enfin achevé avec des modifications et consacré au culte catholique (4).

(1) Rapport du 28 vendémiaire an XII (21 octobre 1803) : AF. IV, plaq. 604.

(2) Lbgrand et Landon, Description de Pariê^ t. I, p. 82.

(3) « La paroisse du premier arrondissement est maintenant établie dans l'église du couvent des religieuses de l'Assomption, en attendant que celle de la Madeleine soit bâtie. » (Rapport précité de Fontaine, 24 décembre 1813 : Archives de M. Alfred Foulon).

(4) Pour être complet, il faudrait mentionner aussi Notre-Dame-

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Les églises paroissiales, celles mêmes où Texercice du culte avait été rétabli un certain temps avant le Concordat, portaient toutes des traces de la crise de vandalisme qui avait coïncidé avec la Terreur. Les moins délabrées demeuraient dépouillées des statues, des tableaux^ des ornements dont les avait successivement enrichies jadis la piété de plusieurs générations.

Si les vases sacrés avaient presque tous disparu, vendus pour le compte de l'État ou brocantés par les pillards^ si la majeure portion de l'orfèvrerie de bronze avait été fondue, les statues, plus encombrantes et de moindre valeur intrinsèque, avaient en partie échappé à la destruction. Un précurseur de l'archéologie moderne, Alexandre Lenoir, en avait sauvé un grand nombre en les revendiquant, dans un intérêt historique et artistique^ pour le Mtisée des monuments français, installé par lui dans l'ancien couvent des Petits-Augustins (1).

Pour remédier à la nudité des églises, qui était un sujet d'affliction pour les chrétiens et de scandale pour tous les hommes de goût, le moyen le plus simple et le plus économique consistait à leur rendre une partie des objets d'art déposés aux Petits-Augustins : c'est le parti que préconisait le clergé et auquel s'arrêta le gouvernement. Lenoir opposa la résistance désespérée du collectionneur qui se voit arracher les trésors patiemment groupés (2) : il eut une altercation homérique^ dans

de-Lorette; cet ancien titre d'une paroisse constitutionnelle du quartier fut attaché en 1802 à la chapelle dite jadis de Saint- Jean-Porte-Latine, au faubourg Montmartre; l'église actuelle ne fut achevée qu'en 1836. (Grbnte, le Culte catholique à Paru, p. 261-262.)

(1) Nous parlerons ailleurs de ce musée, qui, malgré ses imperfections et ses lacunes, contribua au réveil des études historiques et prépara indirectement l'avènement du romantisme.

(2) Sous le titre d'Archives du mutée des Monuments français.

toute l'acception du terme, avec le sculpteur Deseine, officiellement chargé de rechercher au musée les objets propres à la décoration de Notre-Dame (1); quand il fut convaincu qu'il fallait céder, il s'exécuta le plus maussadement du monde^ écrivant par exemple au curé de Saint-Sulpice qu'il lui faisait remettre des statues « considérées comme inutiles au musée (2) ». Sur l'autorisation ou l'ordre du ministère de l'intérieur^ les restitutions ne s'en succédèrent pas moins dans l'été et l'automne de 1802, ou plutôt les attributions. Moins encore par mauvaise grâce que par défaut de scrupule artistique, Alexandre Lenoir et ses collaborateurs se préoccupaient assez peu de remettre en place propre les statues qui avaient été soustraites aux différentes églises : ils considéraient le musée des Monuments français comme un vaste dépôt, comme une sorte de gardemeubles de sculpture religieuse, où ils étaient libres de puiser à leur gré pour répartir les largesses gouvernementales. Non contents de distribuer à l'aveuglette les objets provenant d'églises détruites ou définitivement condamnées, ils firent de cette méthode des applications particulièrement déconcertantes : c'est ainsi que sur quatre statues mises à la disposition du curé de Saint- Germain-des-Prés, une seule avait appartenu à l'église du temps des bénédictins; les autres venaient respectivement de Notre-Dame, des Jésuites de la rue Saint- Antoine et des Minimes, trois églises concordataires (3)f Le procédé, qui révolte nos habitudes d'esprit, n'était

l'archéologue Courajod avait entrepris la très intéressante publication du journal et de la correspondance de Lenoir.

(1) Chaptal à Lenoir, 19 thermidor an X, et réponse de Lenoir, 22 thermidor : Archives... , t. II, p. xii-xiv.

(2) 5 fructidor an X : Ibidem, t. II, p. xv.

(3) Ibidem, t. I, p. 167-471 et 173-177.

point d'ailleurs pour choquer les contemporains, et dans ce musée même qu'il avait aménagé avec tant de sollicitude, Lenoir s'était permis d'aussi étranges amalgames. Un peu plus tard, à son ministre du trésor, qui proposait correctement de renvoyer à Tournai quatorze vases d'argent pris lors de la conquête dans la cathédrale de cette ville. Napoléon intimait l'ordre d'en faire don à Notre-Dame de Paris (1).

En effet, les générosités du chef de l'Etat ne se limitèrent pas à la difficile période des débuts. Au plus fort des préoccupations que lui donnait la conspiration de Georges, il demandait à Portails « un état de ce qui peut être nécessaire aux différentes églises de Paris, jusqu'à la concurrence de 50,000 francs (2). » En 4811, revenant au système des distributions d'objets d'art, il décida qu'à l'exception des « chefs-d'œuvre » , les tableaux religieux du Louvre seraient répartis entre les « grandes » églises de la capitale (3) : par application de ce principe, cent huit tableaux échurent aux principales églises de Paris (4).

C'est surtout Notre-Dame, l'église de la cérémonie de Pâques 1802, du sacre de 1804 et du baptême de 1811, qui fut l'objet des largesses consulaires et impériales. Il faut dire que les besoins en 1802 y étaient plus considé-

(1) 17 prairial an XII (6 juin 1804) : Correspondance, 7802.

(2) 5 ventôse an XII (25 février 1804) : Ibidem, 7565.

(3) En rendant compte de cette décision et en en préparant l'exécution, Montalivet osait marquer une discrète désapprobation : « Les fabriques en général ont très peu de soin des tableaux qui ornent les églises. De cent cinquante tableaux qui leur ont été distribués [surtout en province] il y a quatre ans par le ministre des cultes, plusieurs, par suite de cette incurie, sont menacés d'une ruine totale. » (Rapport du 13 février 1811 : AF. IV, plaq. 4087.)

(4) Décret du 15 février 1811 : Ibidem,

rables encore qu'ailleurs, et que rimmensité de Péglise faisait ressortir l'étendue des dépradations. Si l'architecture gothique demeurait en butte à un discrédit à peu près général, et si certains visiteurs pouvaient sans scandale nianifester leur préférence pour la façade de Saint- Sulpice (1), la multiplicité des souvenirs attachés à la vieille cathédrale attirait bon nombre d'étrangers. Voici la désolante impression qu'en rapportait l'un d'entre eux, près de quatre mois après la promulgation du Concordat : « Par derrière (le chœur) on voit les restes de plusieurs chapelles qui ont été détruites par les violences révolutionnaires. Les confessionnaux et les plus belles sépultures ont complètement disparu, et les tombes sont encore béantes. Bref, il n'y a à voir que des murailles dénudées et les traces des plus épouvantables sacrilèges (2). »

Le gouvernement fit de son mieux, dans un temps où réquilibre budgétaire était encore mal assuré, pour remédier à cette détresse. En même temps qu'une première remise en état était ordonnée, on restituait à l'église son indispensable dépendance, la sacristie, dont la Révolution avait fait une annexe de l'Hôtel-Dieu, en murant la porte de communication avec l'abside (3) . Le chef de l'État avait l'attention d'informer personnellement l'archevêque, dans les termes les plus gracieux, qu'on allait reconstituer dans la mesure du possible l'en-

(1) KoTZEBUB, Souvenirs de Parit, t. II, p. 124.

(2) Lettre du colonel Thornton, 16 août 1802 : Revue britannique, 1894, t. II, p. 16r.

(3) Portalis au ministre de l'intérieur, 10 lloréal an X (30 avril 1802) : F. 15, H, Seine, 1863. Il s'agit de la sacristie néo-grecque bâtie par Soufllot à la fin du dix-huitième siècle. Deux ans plus tard, on mit encore à, la disposition du clergé de la cathédrale la chapelle dite des Enfants trouvés, occupée par la pharmacie centrale des hôpitaux. (Fontaine et Percier à Portalis, 18 fructidor an XII (5 septembre 1804) : F. 15, II, Seine, 1874 a.)

semble décoratif dispersé pendant la crise (1). En effet, le sculpteur Deseine, investi de cette mission, fit revenir du Musée des monuments français ce qui subsistait de la Pieta de Goustou, de Versailles et d'autres dépôts une partie des tableaux jadis appendus dans le cbœur et la nef (2). Après le sacre, le ministre de l'intérieur donna ordre de remettre au chanoine d'Astros, pour la cathédrale, un carton contenant les célèbres t reliques de la Passion » ; lors de la désaffectation de la Sainte-Chapelle en 4792, elles avaient émigré à Saint-Denis, puis au cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale, ce qui en avait assuré la préservation. Au lendemain d'Austerlitz enfin, Napoléon, en rappelant que cette bataille avait coïncidé avec le premier anniversaire de son couronnement, annonçait à Belloy l'envoi de quarante-cinq drapeaux autrichiens et russes (3). C'était la reprise d'une tradition d'ancien régime, celle qui avait valu au maréchal de Luxembourg son surnom le plus populaire (4).

A la veille du couronnement, un journaliste affirmait que, par une préoccupation alors assez inattendue, les architectes cherchaient « à effacer les injures du temps, sans nuire au style de cet édifice gothique » (5). La réalité répondit mal à ces excellentes intentions : « ... Le chœur de Notre-Dame, » écrivait Portalis quatorze mois

(4) 9 messidor an X (28 juin 1802) : Correspondance, 6148.

(2) Cf. le manuscrit du sonneur Gilbert, publié dans la Semaine religieuie de Paris du 17 février 1900, avec des notes de M. le chanoine Pisanl. La remise en place des tableaux se prolongea jusqu'en 1807 (Journal de VEmpire, 4 août 1807); la plupart d'entre eux ont repris le chemin des musées lors de la restauration de l'église par Lassus et VioUet-le-Duc.

(3) 20 frimaire an XIV (11 décembre 1805) : Correspondance,

(4) Marquis de Séqur, le Tapissier de Notre-Dame, p. 401-402 et 511-513.

(5) Journal des Débats, 20 fructidor an XII.

après la solennité^ « a été dégradé par suite des constructions temporaires élevées pour la cérémonie du sacre. Le jubé a été abattu et n'a point été remplacé par une grille. Plusieurs panneaux de la boiserie ont été enlevés et laissent à nu une partie des murs; on a brisé une grande quantité de vitraux pour suspendre les lustres... (1). » Au moment même du sacre^ l'empereur avait promis aux chanoines « d'affecter une somme de 150,000 francs aux réparations et embellissement de la métropole (2) » : en exécutio/i un peu tardive de cet engagement, un devis fut dressé, et approuvé le 28 août 1806 (3). En 1809, sur les indications de Tempereur, on éleva sur l'ancien emplacement du jubé deux estrades en marbre avec une grille très riche, dont le dessin fort peu gothique fut fourni par Percier et Fontaine (4).

La munificence impériale s'étendit jusqu'à la niattnse de Notre-Dame, institution destinée à former et à grouper les enfants de chœur. Un premier décret avait pour cette destination mis à la disposition de l'archevêque une maison attenant au Petit-Pont de l'Hôtel-Dieu et détenue jusque-là par l'administration des hospices (5) : mais un interminable conflit s'éleva entre les deux ministres de l'intérieur et des cultes au sujet de certaine allée plantée, que l'un déclarait indispensable à la promenade des convalescents de l'Hôtel-Dieu, et que l'autre voulait réserver à la maîtrise ou à l'archevêché (6). De guerre lasse,

(1) Portails à Napoléon, 12 février 1806 : AF. lY, 942.

(2) Le même au même, 27 août 1806 : AF. lY, plaq. 1444. (8) Ibidem,

(4) Gilbert, De$eription historique de la boêilique métropolitaine de Paris, p. 20-22.

(5) 27 octobre 1807 : AF. lY, plaq. 1505.

(6) Le prudent Cambacérès, tout en donnant plutôt raison au

après plus de deux ans de contestations, on conclut un accord d'après lequel la maison et Tallée litigieuse seraient abandonnées à l'hôpital tandis qu'on construirait un bâtiment neuf pour la maîtrise sur des terrains vacants dépendant de l'archevêché (1). — Avant même que cette maîtrise fût définitivement installée^ le gouvernement avait pourvu à son entretien. Le conseil général, dûment stylé, lui allouait annuellement 12,000 francs, et comme cette somme se trouva insuffisante, l'empereur y ajouta à partir de 1807 un supplément de 3,000 francs pris sur les fonds du ministère des cultes (2).

Par une survivance des vieux usages, les églises, même paroissiales, abritaient de temps à autre des cérémonies toutes profanes. C'est ainsi que le lycée Charlemagne^ établi dans l'ancienne maison professe des jésuites, rue Saint- Antoine, empruntait en 1813 encore pour sa distribution des prix l'église voisine, Saint-Paul Saint-Louis (3).

Pendant la période révolutionnaire et avant la publication du Concordat, l'administration temporelle des

ministre des cultes, concluait : « J'ai fait ce que j*ai pu pour concilier les deux ministres; n'y ayant point réussi. Sa Majesté voudra bien prononcer. » (Ibidem.)

(1) Rapport de Bigot de Préameneu. 7 décembre 1808, et décret du 30 janvier 1809 : AF. IV, plaq. 2597.

(2) Rapport de Portails, 29 avril 1807, et décret du 31 mai 1807, daté de Finkenstein : AF. IV, plaq. 1759.

(3) Journaux. On a vu qu'en 1806 au moins la distribution des prix du concours général eut lieu dans l'église Sainte-Geneviève» récemment rendue au culte. (Paris sous Napoléon, t. III, p. 382).

paroisses, réduite à fort peu de chose, ne fut point réglée partout de façon uniforme. Dans certains quartiers, le curé ou « chef du culte », seul en évidence, centralisait tous les pouvoirs comme toutes les responsasabilités. Ailleurs, des laïques de bonne volonté, en nombre variable, constituaient le corps des « administrateurs », qui étaient chargés des quelques rapports indispensables avec le pouvoir civil et qui, en apparence, parfois même en réalité, nommaient et salariaient les membres du clergé. On vivait alors d'expédients, et là nécessité était plus urgente de faire face aux difficultés tant bien que mal, à l'aide de solutions locales, que d'établir une parfaite unité d'action extérieure.

Le Concordat était muet sur cette question, et l'article 76 des Organiques ne l'abordait qu'en termes très vagues, annonçant une réglementation future sans l'édicter ; « Il sera établi des fabriques pour veiller à l'entretien et à la conservation des temples, à l'administration des aumônes. »

Comme, après la crise d'anarchie qui venait de sévir, le besoin d'autorité se faisait impérieusement sentir dans l'Église comme dans l'État, les nouveaux curés et desservants profitèrent du silence des textes officiels pour s'approprier l'exclusive direction du temporel et pour laisser dans l'inaction les administrateurs de la veille, là même où ceux-ci avaient engagé leur responsabilité pécuniaire pour l'exécution de travaux en cours. Froissés dans leur amour-propre^ parfois alarmés pour leurs intérêts^ plusieurs administrateurs portèrent leurs doléances à Portails : le conseiller d'État écrivit à l'archevêque qu'en attendant « les dispositions que le gouvernement prépare pour l'établissement des fabriques, ordonné par ledit article 76 », le mieux était d'inviter

les curés à respecter le statu quo et surtout à ménager les droits acquis (1).

L'année suivante, il se produisit dans les dispositions gouvernementales une sorte de revirement, bien contraire à la tendance générale. Portalis fit valoir qu'en pareille matière l'unité sur toute l'étendue du territoire français n'était ni conforme aux précédents, ni pratique, ni désirable : le mieux serait donc de laisser les évêques libres de faire, chacun pour son diocèse, un règlement dont l'exécution devrait d'ailleurs être'subordonnée à la sanction du chef de l'État. Bonaparte signa un arrêté de principe approuvant cette façon de procéder (9, floréal an XI-29 avril 1803) (2).

En conséquence, Belloy publia trois mois plus tard (2 thermidor an XI-21 juillet 1803) une ordonnance qui, coordonnant et mettant au point les anciens usages des paroisses parisiennes, créait des conseils de fabrique. Outre le curé, ces conseils comprenaient dans chaque paroisse six laïques, pris parmi les fonctionnaires ou les plus imposés, et nommés pour la première fois par l'archevêque de concert avec le préfet. Le président élu et trois administrateurs formaient le bureau des marguilliersj spécialement chargé de l'administration. En souvenir des orages de la période précédente, il était expressément stipulé que les fabriciens n'étaient point les représentants des paroissiens, et n'avaient pas qualité pour faire des pétitions en leur nom (3). En somme, c'étaient à peu de chose près les dispositions que le gouvernement, revenu après la mort de Portalis à des

(1) 30 floréal an X (20 mai 1802) : Grente, le CuUe catholique à Parti, p. 193-194.

(2) Portalis, Discours, rapports et travaux inédits sur le Concordat, p. 390.

(3) Grkntb, le Culte catholique à Paris, p. 195-196.

idées de réglementation uniforme, devait généraliser dans le décret organique du 30 décembre 1809.

Au moment où le cardinal édictait son ordonnance, le Premier Consul parcourait triomphalement la Belgique. Désireux d'augmenter sa popularité dans des provinces demeurées très croyantes, il accorda la restitution, qu'on lui demandait instamment^ des biens d'église non aliénés : mais comme il était urgent d'assurer Tadministration de ces biens^ et que Portails ne l'avait point accompagné à Bruxelles, il signa sur le rapport du ministre de l'intérieur, Chaptal, un arrêté confiant la gestion à < trois marguilliers que nommera le préfet sur une liste double présentée par le maire ou le curé desservant » (7 thermidor an XI-26 juillet 4803). Cette décision, qui provoqua de sérieux conflits dans certains diocèses, demeura sans application à Paris, où le préfet Frochot, d'accord avec Portails, considéra qu'il ne s'agissait que d'une « institution accidentelle et provisoire qui devait cesser à mesure que les fabriques proprement dites seraient organisées (4). »

Le choix des fabriciens ou marguilliers (on ne faisait guère dans le langage courant la distinction des membres du conseil et du bureau), leur installation dans le traditionnel banc de V œuvre ^ donnèrent à jaser, non seulement dans les réunions de dévotes, comme on pouvait s'y attendre, mais dans les cercles de jacobins irréconciliables, qui crièrent une fois de plus à la résurrection de l'ancien régime (2). Les curés s'attachèrent d'ailleurs à faire désigner, dans les deux catégories indiquées par

(1) PoRTALis, Diteoun, rapport* et travaux inéditt tur le Concordat, p. 398.

(2) Rapport du préfet de police, 24 frimaire an XII (16 novembre 1803) : F. 7, 3832.

rordonnaiice archiépiscopale, les noms les plus représentatifs : à Saint-Sulpice, par exemple, les deux sénateurs Lemercier et Herwyn, un juge au tribunal de cassation et le président Séguier; à Saint-Thomas-d'Aquin, le maire de l'arrondissement et Mathieu de «Montmorency (i); à TAbbaye-au-Bois, Bacciochi (l'insignifiant mari de la très influente Élisa), un Golbert-Maulevrier, un Nicolaï et un Brancas (2). Certains curés de la rive droite firent appel à de plus grands personnages encore : le ministre secrétaire d'État Maret, marguillier de la Madeleine, tint à accompagner ses collègues du conseil de fabrique lors de la présentation à Pie VII, qui lui en sut le plus grand gré (3); lorsque Murât, maréchal, prince et gouverneur de Paris, se fut installé à l'hôtel Thélusson, on fit revivre pour lui à Notre-Dame-de- Lorette le vieux titre de marguillier d'honneur (4); il rendit en cette qualité le pain bénit le jour de Pâques 1805, et alla en personne à l'offrande, escorté de ses aides de camp (5).

Ces fabriciens très décoratifs furent-ils des administrateurs modèles? Il est permis de supposer que, par un sentiment mêlé d'insouciance et de déférente courtoisie, ils s'abstinrent de contrôler bien strictement les fantaisies architecturales et ornementales auxquelles dans

(1) Journal des Débats^ 14 frimaire an XII.

(2) Ibidem, 22 frimaire.

(3) Ibidem, 17 nivôse an XIII.

(4) Portalis se trompait donc en fait quand il écrivait, très judicieusement d'ailleurs, dans un rapport de juillet 1806 : « On n'a point rétabli les marguilliers d'honneur... Le principal objet était d'assurer de bons administrateurs aux fabriques, et pour cela de ne point dégoûter les hommes qui travaillent, en leur laissant toutes les charges et en concédant les honneurs à ceux qui ne travaillent pas. » {Discours, rapports et travaux inédits sur le Con, cordât, p. 404.)

(5) Journal des Débats, 28 germinal an XIII.

tous les temps et en tout pays s'est complu le clergé. Près d'un an après Torganisation première des conseils de fabrique, un arrêté de Frochot statuait que les travaux des églises ne pourraient désormais être effectués que sur l'ordre du préfet de la Seine, après avis de l'architecte de la ville; un journal très sympathique à la cause religieuse expliquait ainsi la décision préfectorale : « Ce sont les travaux de mauvais goût, inconvenants et dispendieux, entrepris dans les églises Saint-Merry, Saint-Gervais, Saint-Eustache et Saint-Germain-des-Prés, qui ont provoqué cet arrêté (1). » La mesure fut d'ailleurs à peu près illusoire, comme en témoignaient en 1813 les doléances de l'architecte Fontaine : « La piété des paroissiens, le zèle des nouveaux curés et les bienfaits du gouvernement ont concouru à faire disparaître, depuis fl802), dans chaque édifice la trace de [s] dégradations qu'ils avaient éprouvées. Quelques églises sont aujourd'hui en meilleur état qu'elles n'étaient avant...; mais les améliorations faites jusqu'ici ou à faire, conçues presque toutes par les curés dans chaque paroisse, sont moins les produits du bon goût et de la raison que ceux du zèle et de l'amour aveugle que chacun d'eux porte à la paroisse dont il est le chef. — Il serait nécessaire que l'administration seule autorisât dans les églises tous les embellissements ou les améliorations dont elles sont susceptibles (2). »

(1) Journal des Débats, 8 fructidor an XII.

(2) Rapport sur les édifices publics de Paris, décembre 1813 : Archives de M. Alfred Foulon.

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