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PIE VII A PARIS

Louis XIV d'avoir laissé jouer en sa nouveauté (1)^ mais que lui-même ne pouvait songer à interdire, les représentations en étaient une incomparable occasion de manifester contre « l'hypocrisie » . En vain Geoffroy écrivait : c Aujourd'hui on donne souvent le Tartufe pour prévenir le retour du fanatisme religieux : c'est la précaution inutile. Ce qui doit rassurer les philosophes^ c'est que le métier de faux dévot ne vaut plus rien (2). » Les philosophes s'obstinaient à ne point vouloir être rassurés, et à acclamer la pièce de Molière, comme si chaque représentation avait vengé une injure récente ou détourné un péril imminent.

Cette émotion factice alla pourtant en s'atténuant. Quand le pape était interné à Savone, les cardinaux fidèles disséminés dans des sous-préfectures, les prêtres en grand nombre détenus dans des prisons d'État^ il devenait fort difficile de déclamer contre la tyrannie sacerdotale. Le sceptique Hoffmann exagérait sans doute^ quand il disait en 1812 : « L'irréligion est non seulement un vice, mais un ridicule aujourd'hui, et dans aucun temps peut-être on n'a moins parlé ou écrit en faveur de l'impiété (3). » Il n'en est pas moins vrai que la fin de l'époque napoléonienne coïncide avec une période de discrédit pour les déclamations et les manifestations antireligieuses.

Lors du séjour de Pie VII à Paris, l'attitudo de la population étonna agréablement le pontife, qui croyait la

(1) Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, t. II, p. 128.

(2) Journal des Débals, 17 nivôse an XII (feuilleton).

(3) Journal de VEmpire, 31 août 1812.

in DISPOSITIONS RELIGIEUSES DES PAHISIËNS

France et surtout sa capitale en proie à l'athéisme (1). Il faut sans doute faire la part de la curiosité, de l'engouement, de l'orgueil aussi, dans cet empressement à saluer le premier pape qu'on eût vu sur les bords de la Seine; en outre, les personnages officiels avaient reçu la consigne de se montrer respectueux, et ils savaient que le maître était impitoyable aux manques de docilité. Cet épisode du voyage de Pie VII n'en jette pas moins quelque jour sur les véritables dispositions des Parisiens à regard de la religion.

Avant mime que la venue du pape ne fût officiellement décidée, avant que le cardinal de Belloy n'ordonnât des prières pour l'heureux succès de son voyage (2), les éléments hostiles manifestèrent des inquiétudes, soigneusement recueillies et grossies par la police. Les protestants perdaient le sens de la réalité, au point de redouter « le rétablissement des couvents et des dtmes et surtout le retour du despotisme théocratique (3). » On annonçait gravement tantôt que le clergé allait profiter de la présence du Souverain Pontife pour « tâcher de reconquérir quelques-unes de ses anciennes prérogatives (4), » tantôt que le catholicisme allait être proclamé « religion dominante (5) • . On sait assez ce qu'il advint de ces sombres pronostics : les réclamations de Pie VII, infiniment modérées, furent presque toutes écartées ou éludées. A Paris en particulier, le sacre

(1) « On voyait que son pied, quoique baisé par beaucoup de monde, ne reposait pas avec une entière confiance sur ce sol. » (De Pradt, les Quatre Concordats, t. II, p. 910).

(2) Le mandement de l'archevêque fut notamment publié dans le Journal des Débats du 8 brumaire an XIII.

(3) Rapport du préfet de police, 27 fructidor an XII : F. 7,

(I) Rapport du môme, 10 vendémiaire an XllI : F. 7, 3833. (5) Rapport du même, 6 frimaire an XIII : Ibidem,

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