IV
fois sa messe finie, sortir à la dérobée par la porte de la sacristie (1). Par contre, la paroisse où il y eut le plus de démonstrations de vraie piété populaire fut peut-être Sainte-Marguerite, au faubourg Saint-Antoine : le pape y distribua la communion à une centaine d'hommes, en tête desquels s'avançaient f les six administrateurs de la paroisse, tous gros négociants »; les femmes s'agenouillèrent ensuite à la Sainte-Table au nombre de plus d'un millier, si bien que Pie VII fatigué dut se faire suppléer. — Dans le môme ordre d'idées, il faut noter l'extraordinaire empressement de la foule à faire bénir des rosaires par le pape; dans cette ville indévote, l'industrie des marchands de chapelets devint soudain fabuleusement lucrative : on citait tel d'entre eux qui en vendait cent douzaines par jour, tel autre qui dans le courant du seul mois de janvier 1805 avait réalisé 40,000 francs de bénéfices nets (2).
Au faubourg Saint- Germain, il y eut un mouvement de réserve et même de réprobation dans les milieux qui gardaient le culte de la légitimité : à défaut des doléances de Joseph de Maistre, qui étaient alors inédites, on se communiquait en cachette les épigrammes des journaux anglais; comme les rébus faisaient fureur, des jeunes gens colportaient une gravure du couronnement agr^entée d'un fruit qui avait la prétention d'être une pistache (Pie se tache) (3). Mais la partie la plus nombreuse et la plus sérieuse de l'ancienne société, sans se contenter de blâmer ces facéties, vint en foule à Saint-
(1) RiNiERi, Napoleone e Pio VII, 1. 1, p. 136.
(2) Rbiset, Souvenirs, t. I, p. 156.
(3) Bulletin de police du 22 frimaire (13 décembre 1804) : AF. IV,