VACANCE DU SIÈGE ARCHIÉPISCOPAL NOMINATION DU CARDINAL FESCH
I. Mort du cardinal de Belloy ; les vicaires capitulaires. — II. Nomination du cardinal Pesch ; son caractère ; pourquoi il ne prend pas possession. — III. La restauration du palais archiépiscopal. — IV. L'administration des vicaires capitulaires. — V« L'opposition religieuse et les premières mesures de rigueur. — VI. Le séminaire; disgrâce de Tabbô Emery.
Napoléon, en veine d'amabilité, avait un jour prédît au cardinal de Belloy qu'il mourrait centenaire. Peu s'en fallut que le robuste vieillard ne réalisât ce gracieux pronostic. Sans fatigue physique apparente, il s'acquittait exactement des devoirs officiels comme des « fonctions » religieuses auxquels l'obligeait sa charge. Une seule fois, pour le Te Deum de Pultusk, pris d'une indisposition dans la nuit précédente, il accepta d'être suppléé à Notre-Dame par Caprara (4).
Au milieu du mois de mai 4808, bien près d'accomplir sa quatre-vingt-dix-neuvième année, l'archevêque fut
(1) Portails à Napoléon, 26 janvier 1807 : AF. IV, 1046.
atteint d'une congestion pulmonaire. En homme qui n'avait jamais été' malade, il se sentit d'emblée perdu, et demanda les derniers sacrements, que le doyen des vicaires généraux, Lejeas, lui administra le 22 en présence de tout le chapitre. Malgré l'oppression qui ne lui laissait point de répit, malgré un âge si avancé, cet organisme exceptionnellement sain résista encore pendant une vingtaine de jours; les idées ne se troublèrent que deux heures avant la fm. Les bulletins du docteur Portai témoignaient d'une véritable stupéfaction, qui se reflète un peu naïvement dans ce billet de l'abbé Émery : « Notre bon cardinal est enfin mort ce matin à deux heures et demie (4). » Plus pompeusement et avec autant de vérité, le ministre des cultes. Bigot de Préameneu, écrivait à Napoléon : « Il a cessé de respirer comme la lumière s'éteint, lorsque l'huile finit dç se consumer (2).- »
L'empereur était alors à Bayonne. Il fut peut-être touché de ce qu'on lui manda du respectueux intérêt que la population parisienne avait pris à l'agonie de son archevêque (3) ; il pensa surtout qu'en ce vieillard timide et empressé, il perdait un prélat selon son cœur, dont l'attitude ne saurait être trop proposée en exemple à Tépiscopat et au clergé. « Vous veillerez, » répondit-il à son ministre, t à ce que le cardinal de Belloy soit enterré avec la plus grande solennité, et que, dans l'éloge funèbre qui sera prononcé à cette occasion, on appuie sur les vertus qu'a déployées ce prélat, la conciliation, la charité et l'amour de la paix (4). » Quatre jours plus tard
(1) A Bausset, 10 juin 1808 : Papiers Emery.
(2) 10 juin 1808 : AF. IV, 1046.
(3) De PnADT, les Quatre Concordais, t. II, p. 248.
(4) A Bigot de Prcuincncu, 15 juin 1808 : Correspondance, 14094.
MORT DU CARDINAL DE BELLOT i85
(19 juin), un décret manifesta publiquement les mêmes sentiments; l'empereur prescrivait que Belloy fût inhumé dans la cathédrale et qu'un monument lui fût érigé : f Voidant, > disaient les considérants, «... donner une preuve de la reconnaissance que nous conservons des services qu'il nous a rendus et du cas particulier que nous faisons des vertus dont ce respectable prélat a donné exemple... »
Conformément aux volontés impériales, les obsèques se firent avec une grande solennité, le 25 juin, quinze jours seulement après le décès. Dans l'intervalle, le corps embaumé et revêtu des ornements pontificaux fut exposé sur un lit de parade, devant lequel l'affïuence ne cessa point d'être considérable (4). A la cérémonie, l'oraison funèbre fut prononcée par le vicaire général Jalabert; contrairement à ce qui se pratique d'ordinaire pour les évoques, il n'y eut qu'une seule absoute, donnée par le cardinal Maury.
L'article 36 des Organiques, qui ne devait être abrogé que par le décret du 28 février 1810, attribuait, en cas de vacance des sièges épiscopaux, l'administration provisoire au métropolitain, et à son défaut au plus ancien des évêques sufîragants de la province. Mais en 1808, ce texte était déjà tombé en désuétude. Sans aucune opposition de la part du pouvoir civil, le chapitre se réunit le jour même de la mort de l'archevêque (10 juin), et conformément aux règles canoniques, il désigna cinq vicaires capitulaires. Lejeas, d'Astros, Jalabert et Émery, vicaires généraux du cardinal, furent élus à l'unanimité; la majorité leur adjoignit un vétéran du sacerdoce et du
(1) Une estampe, encore assez répandue aujourd'hui, représentait la chapelle ardente installée à Tarchevêché.
chapitre, SynchoUe d'Espinasse (4). Le cardinal Fesch s'entremit pour leur faire obtenir les mêmes pouvoirs extraordinaires que le Saint-Siège avait accordes à Belloy; Pie VII accéda à la demande, mais en y mettant pour condition que les règles posées par le concile de Trente pour l'élection capitulaire eussent été strictement observées (2).
La longue agonie du cardinal de Belloy n'avait pas encore pris fin, que le public se préoccupait du choix de son successeur. Un des noms le plus souvent prononcés était celui de Primat, l'ancien év-éque constitutionnel de Lyon, qui avait déjà été en 1802 le candidat de Talleyrand au siège concordataire de Paris, et qu'on avait alors pourvu de l'archevêché de Toulouse. Fesch s'autorisa de sa parenté et de sa charge de grand-aumônier pour mander à l'empereur que les milieux orthodoxes s'alarmaient de l'élévation éventuelle d'un constitutionnel à un poste aussi en vue. La réponse ne se fit point attendre de Bayonne; elle prit la forme d'une très sèche leçon de politique et de théologie : c II me semble qu'il n'y a plus de constitutionnels, et que, selon les principes de l'Église, on ne doit plus se souvenir d'un péché qui est pardonné (3). » Mais Fesch n'en était pointa une
(1) DociMnenU inédite.
(2) « ... Modo hi vicarii capitulares electi sint secundum legem concilii tridentini, sess. II, t. de reform., cap. 16, quoniam in hos tantum justa ac légitima potestas, sede vacante, transfertnr. » (Ibidem.)
(3) 16 juin 1808 : Correspondance, 14106.
rebuffade près; il revint presque immédiatement à la charge, en homme qui croit accomplir un devoir de son office et qui d'ailleurs sait bien qu'en dernière analyse il sera tenu compte de ses avis. Pour ruiner plus sûrement la candidature de Primat, il la plaça sous le patronage compromettant de Fouché. et rappela à son neveu, alors très entiché d'aristocratie dans l'Église comme dans les emplois civils, l'humble extraction de l'archevêque de Toulouse. Ce qui concernait Primat était d'ailleurs noyé dans un flot d'on-dit relatifs à d'autres candidatures : « Aujourd'hui on parle beaucoup, et on voudrait deviner le choix de Votre Majesté. Les uns prétendent que pour se donner le temps de trouver un sujet convenable. Elle choisira ou le cardinal Caprara ou M. de Juigné, ancien archevêque de Paris : l'un et l'autre, vu leurs infirmités, ne siégeraient que peu de temps. Les autres pensent qu'ËUe choisira entre les cardinaux Bayanne, Maury et Cambacérès. L'évéque de Nantes (4) est porté par beaucoup de monde. L'archevêque de Toulouse a été longtemps sur le tapis, à cause, disait-on, de la protection du ministre de la police dont il a été confrère dans la congrégation de l'Oratoire, mais on a fini par lui donner l'exclusion parce qu'il est fils d'un perruquier de Lyon. Enfin la généralité s'arrête finalement sur M. de Barrai, archevêque de Tours (2). »
Au commencement d'août, les journaux se risquèrent en effet à annoncer que Barrai allait être nommé, sinon archevêque, du moins administrateur du diocèse, mais la nouvelle était controuvée. En vain, le 45 août, lende-
(4) Duvoisin.
(2) Si juin 1808 : AF. IV, 4016. Quoî qu*en ait dit M. Frédéric Masson {Napoléon et $a famille, %. IV, p. 418), cette lettre ne me semble pas prouver qu'alors Fesch ambitiomiÀt Tarcheyéché de Paris.
main du retour du voyage du sud-ouest, le vicaire capitulaire Lejeas dit-il en présentant une députation du clergé de Paris : «... Il ^spère que Votre Majesté ne laissera pas longtemps veuve la première Église de son empire. » Napoléon, qui était revenu pour préparer l'entrevue d'Erfûrt et l'expédition d'Espagne, avait d'autres soucis en tète que de nommer un archevêque de Paris.
Cet ajournement prolongé fit surgir de nouvelles candidatures, une entre autres que l'intéressé paraît javoir été à peu près seul à prendre au sérieux. Dominique de Pradt, évèque de Poitiers et aumônier de l'empereur, avait été en cette dernière qualité du voyage de Rayonne : sa verve intarissable avait amusé Napoléon, qui le 42 mai 4808 l'avait promu à l'archevêché de Malines, vacant par la retraite volontaire de Roquelaure. Peu pressé d'aller affronter l'austérité et la piété flamandes, de Pradt estima que Paris serait mieux approprié à ses goûts et plus digne de son génie; avec son assurance ordinaire, il annonça sa prochaine nomination d'un tel ton de certitude, que le bon abbé Émery en était ébranlé et inquiété (4).
C'est seulement après son retour d'Espagne, le 34 janvier 4809, que Napoléon signa la nomination tant attendue : le désir d'avoir un cardinal sur le siège de Paris, la préoccupation de supprimer les occasions de conflit entre l'archevêque et le grand -aumônier, par -dessus tout sans doute la confiance systématique et presque incorrigible qu'il s'obstinait à accorder aux membres de sa famille, tout cela le détermina à faire choix de son oncle Fesch. Sa décision une fois arrêtée, il tint la main^
(1) « Point encore d'archevêque de Paris. Je sais seulement que révoque de Poitiers compte l'être; j'ai va une lettre d'un de ses grdnds- vicaires à qui il "propose de le suivre. » (A Bausset, 26 août 1808 : Papiers Emery).
pour compenser un long ajournement préalable, à ce qu'elle fût publiée sans délai (i).
La figure et la carrière de Joseph Fesch comptent au nombre de celles que les pamphlétaires et les panégyristes ont le plus dénaturées (2). Sans entrer dans des développements dont ce n'est point ici la place, il faut pourtant indiquer que fixé à Paris depuis plus de deux ans, propriétaire d'un hôtel à la Chaussée-d'Antin, Fesch était encore, dans l'été de 4802, profondément inconnu dans la société parisienne et dans le monde ecclésiastique en particulier. Son nom ne figurait sur aucune des listes épiscopales dressées après la signature du Concordat (3); à la cérémonie de Pâques 1802, il ne fut nullement question de lui (4). Ce fut seulement trois grands mois plus tard (10 thermidor an X-29 juillet 1802), que le Premier Consul, de plus en plus converti aux idées et aux traditions monarchiques, se décida à attri-
(1) « L'empereur désire que la nomination du cardinal Fesch à l'archevêché de Paris soit annoncée demain dans le Moniteur. » (Note jointe à la minute du décret de nomination : AF. IV, plaq. 2598).
(2) Les pamphlets ne valent point l'honneur d'être nommés : quant aux panégyriques, citons seulement les deux gros volumes de l'abbé Lyonnet, mort lui-même archevêque d'Albi : les fleurs d'une rhétorique bien fanée y alternent avec des assertions dépourvues de toute critique ; mais on est désarmé par Tévidente candeur de l'auteur, qui d'ailleurs a eu communication des papiers de Fesch et qui reproduit un certain nombre de pièces intéressantes. (Me sera-t-il permis d'ajouter que Mgr Lyonnet, que j'ai entrevu dans ma petite enfance, a laissé à ses nombreux amis le souvenir d'un excellent homme, un peu naïf? Ses ambitions épiscopales, longtemps inassouvies, étaient sous Louis-Philippe la fable des habitants de Lyon).
(3) La table du l'ccueil de M. Boulay de la Meurthc est instructive à cet égard.
(4) L'abbé Lyonnet n'en affirme pas moins qu'il assistait à cette cérémonie en costume d*évéque nommé. {Le cardinal Fesch, t. I, p.lOl.) ....
buer Farchevêché de Lyon, demeuré vacant, au jeune demi-frère de sa mère. Pour des raisons inconnues, cette nomination tardive ne fut point immédiatement divulguée; le surlendemain, Émery adressait à son correspondant de prédilection ces lignes signiflcatives : t Ce qui est très certain et que le public ignore encore, c'est que l'oncle maternel de Bonaparte, qu'on appelle Fech ou Felche, est nommé décidément à Lyon (1). »
Le supérieur de Saint-Sulpice n'allait point tarder à savoir exactement le nom du nouvel archevêque de Lyon, ni à nouer d'intimes relations avec la personne même du prélat. Celui-ci eut la bonne pensée de se préparer à son sacre par une longue et sérieuse retraite, afin de méditer sur les devoirs qu'il avait méconnus et sur ceux qui allaient lui incomber : il s'enferma, il se cacha même pendant un mois dans une maison écartée du faubourg Saint-Jacques, dont Émery fut à peu près seul à connaître l'existence et le chemin (2). Sous cette pieuse et pénétrante influence, il prit des résolutions qui ne se démentirent point : si les défauts de l'homme subsistèrent, souvent déplaisants ou ridicules, la vie du prêtre fut désormais irréprochable.
Quant à un passé qui à distance nous semble singulièrement embarrassant, il n'en fut pour ainsi dire point question, grâce à la profonde obscurité qui pour les Français enveloppait alors les choses de Corse, grâce aussi à la systématique et inépuisable indulgence dont presque tout le monde usait en ce lendemain de bouleversement, à charge de réciprocité. On
(1) A Bausset, 31 juillet 1802 : Papier i Emery. (Il est superflu de faire remarquer que celte lettre ruine la légende qui place au début du Consulat la conversion de Fesch et ses conférences avec Emery. [Lyonnet, le Cardinal Feseh, 1. 1, p. 80-84].)
(2) Vie de M, Emery, t. II, p. 74-75.
ignora positivement que Fesch, archidiacre d'Ajaccio, avait été à la Révolution vicaire épiscopal de Tévéque constitutionnel, et avait marqué dans la plus violente des factions qui se disputaient l'île natale. On oublia délibérément la série d'avatars dont l'historien de la famille napoléonienne a fait l'impitoyable énumération, < ses passages dans les administrations, son emploi d'inspecteur des charrois, ses séjours à Paris quand Bonaparte était général en chef de l'armée de l'intérieur, ses spéculations de genres divers en Italie, ses acquisitions de biens d'Église, ses brocantages de tableaux sacrés, cette fortune si rapidement gagnée que, en moins de trois années, il s'est trouvé le plus riche propriétaire terrien d'Ajaccio, le possesseur, à Paris, d'un hôtel de fermiers généraux et d'une galerie réputée par toute l'Europe (i). >
Solennellement sacré à Notre-Dame par le cardinal Car praraen cette fête de l'Assomption de 4802 qui préludait déjà aux Quinze Août impériaux (2), Fesch, malgré les exhortations de son neveu, attendit jusqu'en décembre pour se rendre à Lyon. Bientôt cardinal, ambassadeur à Rome, grand-aumônier de l'Empire, les prétextes, les raisons même ne lui avaient pas manqué pour se dispenser du devoir strict de la résidence; mais de loin comme de près, avec plus de zèle que de discernement, il avait toujours pris souci des intérêts spirituels de ses diocésains. La confiance ou l'indifférence de Napoléon lui abandonnait aussi, en commun avec Madame Mère, le patronage de la parenté et de la clientèle corses.
En effet, ce fils d'un mercenaire bâlois établi et marié à Ajaccio n'avait que le nom d'helvétique : son carac-
(1) Frédéric Masson, Napoléon et $a famille, t. III, p. 205.
(2) Paru sous Napoléon, t. III, p. 6-7.
tère trahissait exclusivement l'hérédité maternelle et réducation insulaire. Sans parler de l'assurance imperturhable au milieu des grandeurs les plus imprévues, qui était un trait distinctif des Bonaparte, il avait la violence méridionale sans la souplesse italienne, l'entêtement montagnard, l'avidité à quémander des subsides sans l'art de se faire honneur de ses gros revenus (1). Rome entière s'était égayée de ses démêlés avec l'écrivain de génie et le très quinteux gentilhomme que Fontanes lui avait fait adjoindre comme secrétaire d'ambassade; une fois débarrassé de Chateaubriand, le diplomate improvisé s'était laissé aller à des scènes d'emportement avec le cardinal secrétaire d'État, presque même avec le Saint-Père; certain jour, le personnel subalterne du Quirinal avait eu la stupeur de surprendre sur les lèvres de ce prince de l'Église une nexclamatioo qui sentait son ancien commissaire aux vivres de l'armée d'Italie (2).
Malgré ces^aves défauts, l'attitude ecclésiastique de Fesch, très correcte dès le début de son épiscopat, devint édifiante à son retour d'Italie, au printemps de 1806. Est-il vrai que parti gallican, ou plutôt indifférent en ces matières, il rapporta de Rome des idées ultramontaines (3), et qu'il les exagéra pour complaire au faubourg Saint-Germain, qui lui prodiguait les flatteries par
(1) Dans diverses pages du Napoléon et sa familley M. Frédéric Masson a fait Taddition des énormes traitements et gratifications alloués à Fesch; avec cela, une lettre curieuse à son grand- vicaire et homme de confiance Jauffret le montre dès le 15 décembre 1805 talonné par ses créanciers. (Lyonnet, le Cardinal Fesch, t. II, p. 319, note.)
(2) Comme il remontait en voiture après une vive discussion avec Consalvi, et que son decano di portiera lui demandait^ selon l'usage, à quelle adresse il fallait le conduire, Fesch cria furieux : « A casa del diavolol » (Artaud, Vie de Pie VII, t. I, p. 486).
(3) Frédéric Masson, Napoléon et sa famille, t. III, p. 363-364.
esprit d'opposition (i)? Sa très relative indépendance doit être plutôt attribuée à de sincères et personnels scioipules de conscience. Ce prélat, ce prince si vain de ses titres et dignités avait à l'occasion des accents de véritable humilité chrétienne (2). A Lyon, le jeudi saint de 4807^ il faisait dîner à sa table les douze enfants pauvres auxquels il avait lavé les pieds dans sa cathédrale (3). A la tin de 1806, appelé à donner la consécration à trois nouveaux évêques, il se mettait pendant huit jours en retraite avec eux au séminaire d'Issy, cequi^ selon le témoignage autorisé d'Émery, ne s'était, même avant la Révolution, € jamais vu » (4). Aux repas de cérémonie de l'hôtel de la Chaussée-d'Antin, même en présence d'invités laïques, on lisait au début un chapitre de l'Écriture et à la fin le Martyrojoge (5). Quelques prélats courtisans, quelques cardinaux italiens, souriaient peut-être de cette ardeur de néophyte (6); mais le sentiment des bons prêtres se reflétait plutôt dans une appréciation toute confidentielle du supérieur de Saint-Sulpice : « Il gagne beaucoup à être connu. Il a vraiment l'esprit ecclésiastique; et je regarde comme un grand bonheur pour l'Église de France que l'empereur ayant un oncle dans le clergé, cet oncle se trouve rempli de zèle pour la religion et pour l'Église (7) . »
(i) De Pradt, les Quatre Concordats, t. II. p. 252.
(2) Cf. une lettre (non datée) à Fournier, Tévôque de Montpellier : Ltonnbt, le Cardinal Feseh, t. I, p. xxxiii.
(3) Ibidem, t. II. p. 77.
(4) « Nous avons tous été touchés, émerveillés. » (A d'Aviau, 14 décembre 1806 : Ibidem, t. II, p. 38.)
(5) « Il y avait longtemps que ces saintes pratiques de l'ancien épiscopat étaient généralement tombées en désuétude. » (Ibidem).
(6) « Les cardinaux et les évéques s'amusent beaucoup des lectures pieuses et des longues prières dont Son Altesse assaisonne les dîners auxquels Elle les invite. » (Bulletin de police du 18 juin 1808 : AF. IV, 1503.)
(7) Emery à Bausset, 27 septembre 1806 : Papiers Emery.