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RESTAURATION DU PALAIS ARCHIÉPISCOPAL SOS

D'autant qu'induits en tentation par les allures fastueuses du prélat, les entrepreneurs ne se privaient point de majorer scandaleusement leurs mémoires (!)• Mais aux timides observations de Bigot de Préameneu, Fesch ripostait avec la superbe assurance d'un homme dont la dignité hiérarchique passait de beaucoup celle des ministres^ et qui faisait d'ailleurs une concession en s'exilant de la Ghaussée-d'Antin : « Pour moi, je déclare que le séjour de l'archevêché n'est pas assez agréable pour moi pour que je m'y rende sans qu'on me procure une habitation convenable, décente et pourvue de commodités indispensables (2;. »

Si l'empereur tarda près d'un an à endiguer ce flot de dépenses, c'est que l'idée le hantait déjà d'installer au palais archiépiscopal de Paris un hôte plus que princier. En septembre 1809, à Schœnbrun, il ne parlait encore que d'établir le pape « aux environs » de la capitale (3); au printemps suivant, en développant son plan à Metternich, il rappelait avec autant de complaisance que d'exagération « plusieurs millions consacrés à l'agrandissement, à l'embellissement, à l'ameublement du palais archiépiscopal (4) » . Mais quand la venue de Pie VU fut différée, quand avec cela il devint probable que Fesch, obstiné à ne pas abdiquer le siège de Lyon, renoncerait plutôt à Paris, une note sèche et brève coupa court aux

(1) C'est une suggestive histoire que celle de certain vidangeur dont le mémoire dut être réduit de quatorze cent soixante-seize (1,476) francs À cent vingt-sept {iil)\ Poyet écrivait gravement à ce sujet : « Vous pouvez être persuadé, Monseigneur, que d'après ime telle entreprise, je n'emploierai jamais un vidangeur aussi infidèle. » (A Bigot de Préameneu, 15 juin 1809 : Ibidem.)

(2) 9 mai 1809 : Ibidem.

(3) A Fouché, 15 septembre 1809 : Correspondance, 15820.

(4) Note pour Metternich (1810) : Metternich, Mémoires, t. II, p. 341.

plans de restauration grandiose (4). Les travaux pourtant n'étaient ni finis, ni surtout payés : la question devait se présenter à nouveau pendant l'administration de Maury.

Le doyen des vicaires capitulaires, Lejeas, fut, par le crédit sans doute de son neveu Maret, pourvu le 9 février 1809 de Févêché de Liège, vacant par la mort du titulaire. Pour lui comme pour Fesch, comme pour tous les évoques nommés à cette époque, l'institution canonique fut différée par le refus ou la teneur insolite des bulles. Le gouvernement ne tenait point d'ailleurs à ce que Lejeas quittât précipitamment Paris, où, en qualité d'official métropolitain, il s'employa à la dissolution du mariage religieux avec Joséphine. Mais ce service une fois rendu, il reçut comme les autres évoques nommés la circulaire ministérielle (2) qui l'invitait à se rendre dans sa ville épiscopale et à se faire donner par le chapitre des pouvoirs d'administration. A Liège, où l'on n'avait jamais été gallican, où les sympathies ultramontaines se doublaient de persistantes préventions contre la domination .française, la docilité du chapitre n'était rien moins qu'assurée. Prudent et modéré de sa nature, Lejeas prit la précaution, avant de se mettre en route, de sonder les dispositions des chanoines ; il en reçut une lettre ouver-

(1) « ... Elle (Sa Majesté) ne juge pas convenable qu'on fasse à rarchevéché de nouvelles constructions qui ne sont pas d'une nécessité absolue. » (Maret à Bigot de Préameneu [autographe, et sans doute dictée], i2 juin 1810 : F. 19, 319.)

(2) 3 août 1810.

tement négative, et la transmit au ministre des cultes en s'excusant de surseoir : « D'après le contenu en cette réponse, vous concevez que je ne puis décemment me présenter à Liège, que je n'y jouirais d'aucune considération, que je n'y serais absolument rien, que je n'y pourrais pas même dire la messe sans une autorisation des vicaires généraux. Et si Votre Excellence allait prendre des mesures de rigueur qui par hasard les déterminassent à céder, je ne passerais dans l'esprit du peuple que je suis appelé à édifier et à conduire que pour un intrus; je serais montré au doigt, méprisé, personne ne m'obéirait, et les vues de Sa Majesté ne seraient aucunement remplies (1). » Mais les volontés impériales ne souffraient ni exception ni délai : le pauvre Lejeas dut se résigner à donner sa double démission de vicaire capitulaire et d'official (2), et à s'acheminer vers les rives de la Meuse. Le premier contact avec ses futurs diocésains fut moins épineux qu'on n'aurait pu le craindre : en mandant cette bonne nouvelle à Bigot de Préameneu, l'évêque nommé de Liège lui faisait sa cour aux dépens de Savary et surtout de son confrère de Pradt, qui pour consolider son autorité spirituelle en Brabant l'étayait du concours de la gendarmerie : « Votre caractère, Monseigneur, et le mien répugnent aux moyens de sévérité : je serais très fâché qu'on en usât dans mon diocèse comme dans celui de Malines (3). *

Avant même la nomination épiscopale de Lejeas, la prééminence de fait, parmi les vicaires capitulaires, appartenait au vice-doyen, d'Astros. Malgré sa jeunesse relative, l'ascendant de ses qualités morales et intellec-

(1) 4 septembre 1810 : F. 19, 1472.

(2) Cette double démission fut domiée par lui de vive voix à la séance du chapitre du 16 octobre.

(3) 31 octobre 1810 : F. 19, 1172.

tuelles, celui aussi de sa parenté avec la famUle Portalis, s'imposait à ses collègues. C'est lui qui, dès la fin de 1808, rédigeait à propos de la campagne impériale en Espagne un mandement très hardi pour Tépoque, où l'éloge de la gloire militaire n'était qu'une transition pour célébrer les bienfaits de la paix (1). C'est lui aussi qui était le plus souvent chargé de correspondre avec les autorités civiles (2).

Les vicaires capitulaires n'eurent point à intervenir dans la création de la Faculté de théologie, fondée en 1809 et presque entièrement composée d'anciens professeurs ou docteurs de Sorbonne (3). Ils n'eurent pas davantage à s'occuper, en tant qu'autorité collective, de la dissolution du mariage avec Joséphine. Ce sont les deux officialités, diocésaine et métropolitaine, qui bien à contre-cœur eurent à connaître de cette affaire, après que le comité ecclésiastique, composé de prélats courtisans (4), eût décidé, contrairement à l'usage suivi pour les mariages des souverains, que le Saint-Siè^e n'était point nécessairement compétent. Chargé tout d'abord de former le dossier du procès canonique et de styler les juges, Cambacérès effaroucha ces derniers par la forme cassante qu'il donna à ses arguments; il en eut conscience, et se substitua un avocat spécialiste, Guieu,

(1) « Nous avons assez vu d'exploits admirables; nous avons assez entendu raconter d'étonnants triomphes. Demandons au Seigneur qu'il nous rende la paix, source de tous les biens. » (Gaussettb, Vie du cardinal d*Astro8, p. 115-116.)

(2) Cf. sa lettre du 3 mai 1810 à Bigot de Préameneu, pour obtenir rétablissement d'armoires destinées à mettre en sûreté les insignes impériaux et les ornements donnés par Napoléon à la métropole. (F. 19, 318.)

(3) Le doyen était l'abbé Drèche; le chanoine Haillon, que nous retrouverons, était suppléant à la chaire d'éloquence sacrée.

(4) Fesch et Emery s'abstinrent de signer la décision.

secrétaire des commandements de Madame Mère. Il eût fallu plus que de l'héroïsme pour refuser l'annulation : mais les deux degrés de juridiction n'admirent point les mêmes motifs. L'ofïicial diocésain fonda sa sentence sur le défaut de formes régulières; Lejeas au contraire, à l'instigation de Maret, admit que le consentement de Napoléon n'avait pas été pleinement libre. L'allégation avait de quoi surprendre, à propos du plus omnipotent et du plus impérieux des autocrates; mais Napoléon et ses mandataires tenaient tout particulièrement à ce qu'elle fût admise (1). — Le rôle officiel des vicaires capitulaires fut aussi effacé dans le mariage religieux avec Marie-Louise, célébré au Louvre par le grand-aumônier. C'étaient eux au contraire qui, lors des cérémonies de Notre-Dame, recevaient les princes au bas de l'Église, invitaient le prélat chargé d'entonner le Te Deum, choisissaient même, d'accord avec le ministre des cultes, les prédicateurs pour les deux solennités du 15 août et du premier dimanche .de décembre. Ces discours, prononcés devant la cour et les autorités, consacrés à un sujet plus politique que religieux, attiraient nécessairement l'attention sur les orateurs. Si Boulogne, l'évêque de Troyes, devint suspect à cause du langage tenu à Notre-Dame en décembre i809, pour d'autres cette désiighation ouvrit l'accès des honneurs ecclésiastiques. De Pradt, bien revenu de son prudent silence à la Constituante, de Pradt, à qui sa faconde de causeur suggérait des prétentions oratoires, après s'être fait entendre à Saint-Roch le vendredi saint de 1809 (2), conçut Tam-

(1) Cf. d'Haussonville, V Eglise romaine et le Premier Empire, t. III, p. 227-246; Frédéric Masson, Joséphine répudiée, p. 8S-93; Ltonnbt, le Cardinal Fesch, t. II, p. 739-753 (note du promoteur diocésain Rudemare).

(2) Voici en quels termes un policier, peut-être ancien prédica-

bition, légitime après tout d'être chargé d'une harangue d'apparat à la métropole. Mais comme il était aussi dépourvu de tact que de modestie, il alla prendre Savary^ le ministre de la police, pour intermédiaire de sa requête et pour confident de ses peu flatteuses appréciations sur les prédicateurs désignés jusque-là : « Je connais tous les discours prononcés à Notre-Dame depuis l'établissement de ces solennités; il n'y en a pas un qui ne fasse rougir pour l'auteur et souffrir pour les spectateurs. » A cette condamnation collective^ s'opposait Téloge aussi péremptoire du langage que lui-même, dans la cathédrale d'Anvers, avait tenu au cours d'une cérémonie analogue : « J'ai du moins la certitude d'avoir présenté l'empereur sous des couleurs qu'on n'a pas encore employées, et d'avoir dit tout ce que l'on n'a pas dit, sans avoir rien dit de ce que l'on a dit... (1). »

En 1809, l'édification de la Bourse sur l'emplacement des Filles Saint-Thomas entraîna la définitive réunion des deux sucursales des Filles Saint-Thomas et des Petits-Pères et leur installation dans l'ancienne église des Petits-Pères, sous le vocable de Notre-Dame-des-Victoires. Les commerçants du quartier voulurent contribuer aux travaux de restauration et d'ornementation (2).

Appelés à nommer quelques curés, les vicaires capitulaires firent de très bons choix (3). Un seul ancien

leur lui aussi, analysait les impressions de Tauditoire : « On convient que la première partie, Tinstruction du procès, est faite avec habileté ; mais celle qui traite du supplice n'a pas paru assez pathétique. » (Bulletin de police du 31 mars 1809 : AF. IV, 1505.)

(1) A Savary, 16 octobre 1810 : F. 7, 6534. La lettre serait à. citer tout entière, car elle est un mémorable exemple des niaiseries où la fatuité peut entraîner im homme d'esprit.

(2) Journal de V Empire, 30 octobre 1810.

(3) Renseignements communiqués par M. le chanoine Pisani.

constitutionnel, rétracté d'ailleurs dès le début du Directoire, Lachy, fut appelé à Saint-Médard. A Saint- Vincent-de-Paul, on plaça un prêtre à qui son zèle avait coûté la liberté pendant la Terreur, Grignon; à Saint- Jacques du Haut-Pas, un ancien premier vicaire de la Madeleine avant la Révolution, Lelégard, qui avait émigré à Jersey; à Saint-Nicolas-du-Ghardonnet enfin, une des plus curieuses et des plus attachantes figures du clergé de ce temps, Philibert de Bruillard (1).

Sa naissance même était remarquable, sans avoir malheureusement rien de très original, car il était un des nombreux bâtards du roi Louis XV. Élevé soigneusement aux frais de ce prince, il n'eût tenu qu'à lui de mener l'existence facile d'un abbé bénéficier, mais il préféra s'associer à ses maîtres deSaint-Sulpice. Il demeura à Paris pendant la Révolution, ne cessa jamais d'exercer le ministère ecclésiastique, et fut un des sept aumôniers de Véchafavd qui au plus fort de la Terreur, sous des déguisements variés, se mêlaient à tour de rôle (2) à la foule qui suivait les charrettes et guettaient un regard des condamnés pour leur envoyer une furtive absolution. Depuis le rétablissement du culte, il s'était occupé des catéchismes de Saint-Sulpice, et avait assisté le P. Delpuits dans la direction de la naissante Congrégation. Plus tard, Quelen le transféra à la cure de Saint- Étienne-du-Mont, et Charles X à l'évêché de Grenoble, qu'il occupa plus d'un quart de siècle. Ce fils du Bien- Âimé vécut dans les pratiques de mortification, et institua le pèlerinage de pénitence de la Salette; il bénit en 1848 un arbre de la Liberté, fit les honneurs de sa cathédrale à Napoléon III, et termina à quatre-vingt-

(1) Il signait parfois Bruyarre,

(2) Le jour de service de Bruillard était le mercredi.

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