BAPTÊME DU ROI DE ROME
Le baptême du roi de Rome fut la grande solennité célébrée pendant Tadministration de Maury. Dès qu'il fut décidé que^ contre les précédents bourboniens, la cérémonie aurait lieu à Notre-Dame (1), le cardinal demanda et obtint des crédits importants pour la restauration et la décoration de la cathédrale. Il publia un mandement brillamment adulateur, où était adroitement pastichée cette manière de Bossuet si chère à Napoléon : «... Mais son règne sera toujours la leçon la plus instructive qu'on puisse donner à ce jeune prince. Plus il étudiera les merveilles d'une vie si extraordinaire, plus il se convaincra que, hors des livres saints, qui ne sont pas les annales des hommes, mais les fastes de la Providence, le nom de l'auteur de ses jours est le plus grand que le burin de la vérité puisse graver dans l'histoire (2). »
Malgré un tel étalage de zèle, la cérémonie fut pour l'amour-propre de Maury l'occasion d'une cruelle déconvenue. Du moment que le baptême se faisait dans sa cathédrale, il avait émis la prétention assez logique d'y présider, ou tout au moins d'en régler l'ordonnance Soit que Napoléon eût le désir assez inattendu de ménager le pape à la veille de l'ouverture du concile, soit plutôt qu^ Fesch ait invoqué les lois de l'étiquette, dont l'importance allait grandissant, Maury ne fut même pas
(1) Paris sous Napoléon, t. III, p. 40.
(2) PoujouLAT, le Cardinal Maury, p. 404.
admis à présenter l'eau bénite à l'entrée de l'église : tout se passa par les soins et sous la direction du cardinal grand-aumônier (1). C'est Fesch qui officia, Fesch aussi qui désigna les ecclésiastiques appelés à participer à la cérémonie, et par suite à recevoir d'importantes gratifications impériales (2); il y comprit l'état-major de la grande-aumônerie, Rauzan, Quelen, Gaston de Sambucy, Feutrier. Gomme Maury protestait que dans ces conditions sa dignité lui interdirait d'assister au baptême : € Eh bien, » riposta durement l'empereur, « n'y venez pas; nous pouvons bien nous passer de vous (3). » Le cardinal n'en fit pas moins acte de présence.
L'assistance, exclusivement composée de courtisans et de personnages officiels, ne manifesta quelque émotion que quand Napoléon prit son fils dans ses bras pour le lui présenter. Quant à la population parisienne, qui avait compté avec une anxiété sincère les coups de canon du 20 mars, et qui, le jour de Pâques, avait envahi les églises pour chanter à plein gosier le Domine salvum^ fac imperatorem (4), elle était le 9 juin retombée dans l'indifférence, et n'accorda qu'un regard distrait au passage du cortège.
Quelques jours auparavant, le 4 juin, le chapitre de Notre-Dame avait décidé de commémorer ce grand événement par la fondation d'un service annuel, qui serait célébré durant toute la vie du roi de Rome. La motion, dont le premier auteur nous demeure inconnu, était conçue en termes emphatiquement serviles; on est étonné notamment d'y trouver l'expression d' « Être suprême » , bien démodée depuis Robespierre et bien déplacée dans
(1) Frédéric Masson, Napoléon et son fils, p. 103-104.
(2) Mazb-Sencibr, les Fournisseurs de Napoléon, p. 352.
(3) Vie de M. Emery, t. II, p. 290-291.
(4) Rapport du préfet de police, 15 avril 1811 : F. 7, 3835.
un document ecclésiastique (1). Quant au service luimême^ les destinées en furent aussi courtes qu'orageuses : en 1812, le ministre des cultes, mécontent que cette cérémonie purement capitulaire, où les fonctionnaires n'étaient point invités, eût été annoncée dans les journaux, adressa à ce sujet une « forte » réprimande à Maury (2); en 1814, sans attendre le retour d'un anniversaire désormais gênant, le chapitre prit le 13 avril une délibération non motivée, qui révoquait purement et simplement la fondation de 1811 (3).