JEAN-BAPTISTE DE BELLOT
elle exprimait à Pëgard du Saint-Siège la plus prévenante et confiante docilité (1).
Portalis, qui avait un faible pour les Provençaux de naissance ou d'adoption, était décidé à faire une place dans répiscopat concordataire à ce Nestor de l'Église gallicane. Po.ur tout concilier, il proposait de lui donner l'archevêché d'Aix^ qui comprenait son ancien diocèse de Marseille, et de lui adjoindre comme coadjuteur l'évèque démissionnaire de Vaison dans le Comtat, Fallot de Beaumont, celui qui devint effectivement évèque de Gand(2). Une décision imprévue, suggérée peut-être par un calcul d'ambition de Bemier, appela au dernier moment Belloy, sans coadjuteur, au siège de Paris, où il devait se trouver bien autrement dépaysé et accablé de responsabilité qu'à Aix (3).
Si le vieillard eut des hésitations avant d'accepter^ elles furent de courte durée, et il n'en est point resté trace. Dès son installation, qui eut lieu le dimanche des Rameaux (il avril 1802), il adopta ou plutôt il prit naturellement une attitude qui lui valut une sérieuse et durable popularité. Pour la majorité des Parisiens de ce temps-là, même pour ceux qui applaudissaient un rétablissement du culte^ l'évèque modèle était beaucoup moins un docteur^ un apôtre, un conducteur d'âmes, un Athanase ou un Ambroise, qu'un a ministre de paix >, un < officier de morale > , comme Mirabeau l'avait dit à la tribune de la Constituante, c respectable » et < vénérable i
(1) « Plein de vénération et d'obéissance pour ses décrets, et voulant toujours lui être uni de cœur et d'esprit, je n'hésite pas à remettre, entre les mains de Sa Sainteté, ma démission de révôché de Marseille. »(2i septembre 1801 : Boulât db la Meurthb, Documenté $ur U Concordat, t. IV, p. 109.)
(2) Ibidem, t. Y, p. 208.
(3) Parii sous Napoléon, t. I, p. 364-366.
sans doute, mais à la manière d'un patriarche. Par son âge, par son tempérament^ par son aspect extérieur (i), par la bonhomie souriante de son langage, Belloy était merveilleusement adapté à ce rôle de prélat bénisseur, qui nous paraît aujourd'hui singulièrement étriqué, mais que les circonstances exigeaient peut-être dans une certaine mesure. Comme beaucoup de vieillards, il s'attachait davantage à la vie à' mesure que les bornes normales s'en reculaient pour lui : il laissa échapper les marques d'une joie naïve le jour où on lui présenta un ancien soldat plus que centenaire (2). Avec cela, il aimait à parler de son Age, et s'en autorisait non sans adresse pour employer des formes de langage toutes paternelles, qu'on n'eût peut-être point passées à un évêque plus jeune. Qu'en présentant son clergé à Pie VII, il se comparât au vieillard Siméon (3), l'image était classique dans une réunion de ce genre; mais un an plus tard, en recevant à Notre-Dame la députation qui apportait une partie des trophées d'Austerlitz, il reprenait avec succès le même thème devant un auditoire tout différent (4) ; en novembre 1807, lors de la clôture du collège électoral du département de la Seine, dont il avait présidé en personne toutes les séances, il se faisait applaudir d'une assemblée où foisonnaient les voltairiens et où les défroqués ne faisaient pas défaut en déclarant, le sourire aux lèvres : « Je suis votre père à tous (5). » Ses homélies
(1) L'impression imposante et presque majestueuse que laisse la statue de Notre-Dame doit être contrôlée et corrigée par une toile de Dabos, dans l'attique sud du musée de Versailles : c'est ici le « bon vieillard » du dix-huitième siècle, un personnage de Berquin en soutanelle rouge.
(2) Mme de Chaste nat, Mémoire», t. II, p. 51
(3) 4 décembre 1804 : Journaux.
(4) 10 janvier 1806 : Ibidem,
(5) Ibidem»