NOTRE-DAME
Avant de parler des nombreuses paroisses de la Cité, je dois dire quelques mots de la métropole qui, n'appartenant à aucune paroisse, n'avoit pas elle-même de circonscription paroissiale.
Les commencemens de cette magnifique église sont enveloppés dans une obscurité que les plus laborieuses recherches n'ont pu encore dissiper entièrement. La première mention d'une église, dans la Cité de Paris, se trouve dans la vie de l'évêque de Saint- Marcel. Cette église existait sous l'épiscopat de Prudent vers la fin du iv" siècle ; il parait certain qu'elle étoit sous l'invocation de Saint-Etienne, premier martyr (c).
Vers le milieu du vi* siècle, Childebert I" fit bâtir auprès de l'église de Saint- K tienne une nouvelle église sous l'invocation de Notre-Dame. L'abbé Le-
(a) Ellemosinaria de Cnice Reginœ , Le- (c) Voyez les preuves qu'en donne Jaillot, beuf, tome I, p. n5. tome I, quartier de la Cite, p. 12V
(6) Dulaurc, tome II, p. 276.
beuf (à) conjecture que cette église put être rebâti e sur un plan plus vaste par lévêque Erkenrad, et que cette nouvelle église fut celle qui servit à célébrer l'office divin, jusqu'à ce que les Normands y mirent le feu en 85-]. Erkenrad peut avoir agrandi et même reconstruit entièrement la basilique élevée par Ghildebert ; mais il n'est pas probable, comme Jaillot le fait judicieusement observer, que cette église ait été exposée aux déprédations des Normands qui n'ont jamais été maîtres de la Cité.
Quoi qu'il en soit, ce fut vers le milieu du 1 ae siècle que l'évêque Maurice de Sully entreprit de réunir en une seule église , les deux basiliques de Notre- Dame et de Saint-Étienne qui existoient à côté l'une de l'autre , dans la partie orientale de la Cité ; telle est l'origine du superbe monument que Ton admire encore aujourd'hui. Il fut terminé sous le règne de Philippe-Auguste , à l'exception de quelques détails extérieurs qu'on acheva seulement vers le milieu du xm* siècle.
Quoique Paris soit la ville capitale du royaume, l'église de Paris n'étoit qu'un évèché dépendant de la métropole de Sens. En 1622, le pape Grégoire XV érigea en archevêché le siège épiscopal de Paris. Les évêchés de Chartres, de Meaux et d'Orléans, furent par la même bulle séparés de la métropole de Sens , et soumis à celle de Paris. Le premier de ces trois évêchés fut divisé depuis, et forma celui de Blois en 1697.
Saint-Agnan. — U y a très peu de chose à dire sur cette ancienne chapelle, que la révolution de 1789 a fait disparoitre avec presque toutes les églises de la Cité. Elle avoit dû sa fondation à la piété d'Étienne deGarlande, archidiacre de Paris, et doyen de Saint-Agnan d'Orléans. L'abbé Lebeuf (b) nous apprend qu'elle avoit été honorée une fois de la présence de saint Bernard. Cette petite chapelle qui existoit à peu près depuis Tan 1 1 20 , masquée par les maisons de la rue de la Colombe , et n'étant ouverte au public qu'une fois l'année, n'étoit guère connue que du chapitre de Notre-Dame dont elle dépendoit.
Archevêché. — La ruine de l'archevêché est d'une date trop récenfe pour qu'il soit besoin d'en entretenir mes lecteurs ; il y a peu de personues qui n'aient connu cet édifice. Je me contenterai donc de dire qu'il avoit été fondé en même temps que la cathédrale , par Maurice de Sully, évêque de Paris , vers le milieu du xii' siècle, et agrandi en i3io, par Simon de Bucy, l'un
(a) Tome I, p. 8. (A) Tome I, p. 35.
ET STATISTIQUE. 39g de ses successeurs. Depuis le xv' siècle, de nouveaux bâtimens furent ajoutés à l'ancien palais, qu'augmentèrent et embellirent encore, dans le dernier siècle, le cardinal de Noailles et Christophe de Beaumont, archevêques de Paris.
Saint-Dehys-du-Pas. — L'église de Saint-Denys-du-Pas qui étoit située derrière le chevet de la cathédrale, remontoit aux temps les plus reculés de notre histoire. Il ne faut pourtant pas en conclure , avec quelques auteurs , qu'elle ait été bâtie au lieu même où saint Denys avoit souffert le martyre. Cette opinion n'est basée sur aucune autorité, et ce qui l'a fait admettre, c'est seulement le surnom de cette église qu'on a dérivé du latin Passione, quoique dans les titres les plus anciens qui en fassent mention , elle soit appelée Ecclesia Sancti-Dionysii-de-Passu. L'opinion la plus probable est celle (a) qui fait venir le surnom de cette église soit du passage , ou comme on disoit dans le langage d'autrefois, du Pas qui la séparoit de la cathédrale, soit de sa situation près de la rivière, sur la berge d'où l'on passait en bateau (b) dans l'île Notre-Dame. Cette église a été détruite en 1792(0).
Parvis Notre-Dame. — On appeloit anciennement paradisus , paravisus et parvisus, en françois parvis, uue place quelquefois environnée de portiques, qu'on pratiquoit devant la principale entrée des églises. La place du parvis Notre-Dame étoit moins grande en 139a qu'elle ne l'est de nos jours, comme on a pu le voir dans mes notes topographiques sur les paroisses de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève-des-Ardents. C'étoit dans une maison du Parvis que se tenoient les écoles publiques avant l'établissement des collèges. Anciennement elles avoient été situées dans le cloître de Notre- Dame. Mais comme le bruit que faisoient les écoliers troubloit journellement la tranquillité des chanoines, on les transféra, vers l'an 1 128 , dans un endroit appelé le Chantier, près du Port-l'Évêque et de l'Hôtel-Dieu.
La place du Parvis étoit le lieu où se vendoient, au xin* siècle, les livres nécessaires aux écoliers. Dans le xie siècle, on la nommoit la place Neuve devant le parvis Notre-Dame, plalea nova ante paravisum Domine-Nostre, et c'étoit à cette époque un marché pour la volaille (d).
L'évêque avoit au Parvis Notre-Dame une échelle patibulaire, marque
(a) Jaillot, tome I , quartier de la Cité , (c) Voyez, pour plus de détails, l'article où p. i52. je traite de Saint-Denys-la-Chartre.
[b) Les bateliers étoient nommés passimrs. (</) Dictionnaire dt Jean de Garlande, Ap-
pend. II, n» LXVIIL
4oo RESUME HISTORIQUE
de son dwii de justice. Ce fut sur cette place, que le 11 mars i5i4> le grand-maitre des Templiers, le commandeur de Normandie et deux autres frères, entendirent la lecture publique des accusations dont on les chargcoit , et la sentence qui les condamnoit à une prison perpétuelle (a).