L'ABBAYE DE SAINT-VICTOR
L'abbaye de Saint-Victor est considérée , par les auteurs qui ont écrit sur la capitale, sinon comme une des plus anciennes, au moins comme une des plus célèbres qui aient jamais été dans le diocèse de Paris. Lebeuf donne (a) une liste des grands écrivains que ce monastère a produits : ce sont pour la plupart de savans théologiens, de sérieux moralistes, et leurs noms , si je les reproduisois ici , ne réveilleroient probablement aucun souvenir dans l'esprit des lecteurs. J'excepte cependant de ce jugement trop absolu les deux hommes qui occupent les points extrêmes de la liste, le fameux archidiacre de Paris, Guillaume de Champeaux, qui seroit bien plus célèbre encore s'il n'avoit pas eu Abeilard pour disciple, et Santcul le lyrique, dont les strophes remplies de verve et d'élégance rappellent l'âge d'or de la langue latine (b).
(a) Tome I , p. 55o.
(A) En 1800, lorsqu'on démolit l'abbaye de Saint-Victor, les restes de Santeul , renfermes dans un cercueil de plomb, furent portés aux Jésuites de la rue Saint-Antoîue et déposés dans un bûcher où on les a voit laissés.
Ils furent transportés, le 16 février 1818, dans l'église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où cinq personnes du nom de Sanleul assistoient à la cérémonie {Biogr. umv., lome XL, page 3^1 , note 5). On voit encore dans une petite chapelle de cette église, <nr une
L'abbaye de Saint-Victor a été fondée par le roi Louis-le-Gros, en i i i3(n). Mais, antérieurement à cette époque, il y avoit à l'endroit même où l'abbaye fut construite, une chapelle de Saint-Victor, et une manse ou métairie, vêtus cella, appartenant à l'on ne sait quel monastère (b). En i 108, Guillaume de Champeaux, archidiacre de Paris, fameux par son éloquence el par ses lumières, résolut de se retirer dans la retraite pour mener une vie plus tranquille et plus exemplaire. H renonça à son archidiaconé , et, prenant l'habit de chanoine régulier, il se retira à Saint-Victor. Mais sa renommée étoit si grande que, même dans sa retraite, il ne put se refuser aux instantes prières des disciples nombreux qui venoient solliciter ses leçons. Il reprit ses exercices scholastiques, et telle fut l'origine de la célèbre communauté de Saint-Vietor, dont les membres furent bientôt appefés dr tous les côtés pour former des congrégations sur le même modèle. En 1 1 13, Guillaume de Champeaux fut promu à l'évêché de ChAlons, et c'est cette même année que Louis-le-Gros se déclara fondateur de la maison de Saint- Victor, la combla de ses libéralités, et permit aux religieux de se choisir un abbé sans le consentement du Roi. Guildin , alors prieur de Saint-Victor, en devint le premier abbé.
La tourelle et la fontaine qui forment I angle de la rue de Seine et de la rue Saint- Victor sont tout ce qui reste aujourd'hui des bàtimens de cette ancienne abbaye , qui s'étendoient dans la rue Saint-Victor, depuis L'angle occidental de la rue de Seine jusqu'en face de la rue des Boulangers, et au midi jusqu'aux murs qui bornent de ce coté l'emplacement de la halle aux vins (c).
La bibliothèque de Saint- Victor se composent dans le principe, comme celle des autres maisons religieuses , de manuscrits des Pères de l'église et des auteurs scholastiques. En 1496, les augmentations qu'elle avait reçues obligèrent l'abbé Delorme à faire construire une nouvelle salle pour la recevoir. Le conseiller du Bouchet , en i65a , légua sa bibliothèque à la maison de Saint-Victor, à condition qu'elle seroit publique, et destina un fonds annuel à son entretien. Le trésor bibliographique de cette célèbreabbaye
plaque de marbre noir, l'épitaphe du poète , composée pur Rollin , et an-dessous une inscription constatant l'époque de la translation.
(a) Jaillot , tome IV, quartier de la place Maubert , p. 1 65. — Lebeuf , tome î , p. 54' •
(A) Idem , ibid.
(c) Pendant long-temps la Bièvrc traversa l'enclos de l'abbaye de Saint-Victor ; cette rivière se jetoit alors dans la Seine prés de la porte de la Touruellc. (Voyez les plans de la Tapisserie et de Saint-Victor; et, plus haut, p. 435, 436.)
ET STATISTIQUE. \ l7
s'enrichit en outre, en 1707, des livres du président Cousin, et plusieurs donations du même genre l'augmentèrent encore depuis, jusqu'à l'époque où la tourmente révolutionnaire dispersa tout à la fois les couvens , leurs archives et leurs bibliothèques. Les manuscrits de Saint-Victor, ainsi que ceux de la Sorbonne, ont passé presque tous à la Bibliothèque du Roi.