LA PAROISSE SAINT-EUSTACHE
Note i , Page 35.
La première queste de la parroisse Saint- ffuiiace , premièrement commenciée au bout de la vile jusques à la pointe Saint-Huitace.
Ce titre désigne une rue comprise entre la pointe Saint-Eustache et une des portes de la ville. Mais cette porte n'est pas la porte Montmartre comme on pourroit le croire au premier coup-d'œil, puisque la rue qui va de la porte Montmartre à la pointe Saint-Eustache va être mentionnée sous le titre suivant. La porte dont il est ici question est nommée, dans le rôle de 1 5i 3, la porte feu Nicolas Arrode (d), et Gnillot de Paris désigne sous le nom de rue Nicolas Arrode la rue qui y conduisoit (e). Or, d'après la connoissance que nous avons d'ailleurs de l'enceinte de Philippe-Auguste, trois rues seulement pouvoient conduire directement de la pointe Saint-Eustache à l'une des portes de la ville : c'étoient la rue Montmartre, la rue Coquillère et la rue Comtesse d'Artois. J'ai déjà dit qu'il ne pouvoit pas être
(a) Lebcuf , tome I , p. 579 et 604. (d) Page 28.
{/>) Page 20. (e) Lebeuf , toroc I , page 5%.
(<; Voyez ci-dessus, note 44-
NOTES. 307 ici question de la rue Montmartre, dont le recensement est compris sous la rubrique suivante. Il ne s'agit pas non plus de la rue Coquillière, puisque la porte où aboutissoit cette rue est nommée dans le rôle de i3i3(a), aussi bien que dans notre manuscrit, la porte au Goquillier. La rue Nicolas Arrode est donc la rue Comtesse d'Artois , et la porte Nicolas Arrode est la porte de l'enceinte de Philippe-Auguste qui se trouvoit dans cette rue, entre la rue Mauconseil et la rue Pavée Saint-Sauveur.
Le rôle de i3i3, après avoir mentionné la porte Nicolas Arrode, nomme encore à la vérité la porte du Comte d'Artois, qu'on pourroit croire être différente de la première (b); mais c'est bien certainement la même porte désignée sous un autre nom. S'il en étoit autrement, il faudroit admettre qu'entre la porte Saint-Honoré et la porte Saint-Denya, il y avoit encore quatre autres portes; tandis qu'il est constant qu'il n'en existoit que trois, situées , l'une dans la rue Goquillière , l'autre dans la rue Montmartre , et la troisième dans la rue Comtesse d'Artois.
Du reste il est évident que la porte du Conte cC Artois est la même que la ( porte de la Comtesse d'Artois, dont Sauvai fixe la position dans la rue qui porte encore aujourd'hui ce nom (c). Mais cet auteur semble avoir ignoré qu'on l'eût jamais désignée sous une dénomination diflérente.
Je n'ajouterai rien à ce que j'ai dit ailleurs (d) sur la famille des Arrode : seulement je ferai observer comme uue singularité assez remarquable , que Nicolas Arrode ait donné son nom à une porte et à une rue situées dans la paroisse Saint-Eustache , tandis que tout semble démontrer qu'il habitoit dans la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs.
Note 2 , Page 35.
Item : de ta pointe Saint-Huitace tout outre la porte de Monmartre, jusques
au bout de la vile.
Sous ce titre est compris le recensement de ce qui existoit, au xme siècle, de la rue Montmartre actuelle. La porte Montmartre se trouvoitdans la rue de ce nom, entre les numéros 1 5 et 3a, un peu au-dessous de la rue Tiquetonne, (e)
(a) Page 34.
{b) Page 38.
(c) Livre I, page 36; Livre II, page i5i.
{d) Voyez ci-dessus , page 16.
(e) Anciens Plans. — Sauvai, t. I, p. 3a.
ao8 NOTES.
Note 3, Page 35.
Outre la porte de Monmartre, à destre.
Ce titre convient parfaitement à la rue Tiquetonne. C'est peut-être cette rue que le manuscrit publié par M. Buchon désigne ainsi : La rue Traversaine dehors la porte à destre (a). Du reste je ferai observer que parmi les contribuables enregistrés sous notre rubrique se trouve un certain Milessent de Quinquentonne. Ce surnom étoit la dénomination primitive de la rue Tiquetonne, en sorte qu'en 1 29a , la rue désignée sous notre rubrique avoit déjà au nombre de ses habita ns la famille qui devoit lui laisser son nom.
Note 4, Page 36.
t La rue à coumencier ans Agustins et à venir outre la porte.
Les Augustin* , dont le couvent existoit encore en 1793 sur la rive gauche de la Seine, s'étoient d'abord établis, vers le milieu du un* siècle, à l'extrémité orientale de la rue des Vieux-Augustins. Mais leur maisou devoit bien certainement s'étendre jusqu'à la rue de la Jussienne. Sauvai prétend même que ces religieux se servoient de la chapelle de Sainte-Mariel'Égyptienne qui étoit construite à l'angle méridional formé par la rue de la Jussienne et par la rue Montmartre (b). Dès lors notre rubrique pourroit également désigner et la rue des Vieux-Augustins, en supposant, ce qui n'est rien moins que prouvé , qu'elle existât à cette époque , et la rue Coq- Héron. Si nous l'appliquons à la première de ces deux rues , la rue Coq-Héron ( et sous ce nom il faut comprendre aussi la rue de la Jussienne) ne se trouvera pas contenue dans le recensement. Cependant cette rue existoit à la fin du xiu" siècle. Plus rapprochée du centre de Paris que la rue des Vieux-Augustins , elle devoit s'être formée avant elle. Aussi le rôle de 1 5i 3 nomme-t-il expressément la rue Quoque-Héron (c). Quant à la rue des Vieux-Augustins, non seulement elle n'y est pas nommée, mais on n'y trouve pas même une rubrique qui lui soit applicable. Ainsi, l'existence de cette rue, à la fin du xinc sièle, étant au moins dou-
ta) Page aS. (c) Page 29.
(*) Livre V, page 6.8.
teuse , tandis que celle de la rue Coq-Héron est certaine , je crois que c'est cette dernière qui est désignée daus notre rubrique.
Primitivement, la rue Coq-Héron s'étendoit depuis la rue Montmartre jusqu'à la rue Coquillière. Plus tard , la moitié orientale de cette rue prit le nom de l' Égyptienne , à cause de la chapelle dont j'ai parlé plus haut. Cette dénomination se corrompit peu à peu, et l'on finit par désigner, sous le nom de la Jussienne, et la chapelle et la rue dans laquelle elle étoit construite.
Note 5 , Page 36.
De la porte de Monmartre, en la rue Raoul- RoissoU , jusque* à la
Croiz-Neuve.
La rue Raoul-Roissole, d'après Jaillot, est aujourd'hui la rue du Jour (a). En effet, les anciens plans de Paris placent la Croix-Neuve au bout oriental de la rue Coquillière, un peu a l'ouest de l'endroit où débouche la rue du Four. Or, la rue du Jour mène en ligne droite de ce point à celui de la rue Montmartre où étoit située la porte Montmartre.
Dans la liste des rues de Paris du xv* siècle, la rue du Jour est appelée rue Philippe-le-Mire (b). Ce nom seroit une corruption du nom de Jehanle-Mire qu'avoit pris cette rue, d'après Sauvai, lorsqu'en 1434 Jehan le Mire , chauffecire de la chancellerie de France, y vint établir sa demeure. Plus tard , Charles V y fit bâtir un manège et une écurie qu'on appela le Séjour le-Roi. La rue prit alors le nom de rue du Séjour-le-Roi ; mais bientôt on ne l'appela plus, pour abréger, que la rue du Séjour, et enfin la rue du Jour.
Note 6, Page 36.
Vu bout de la rue Raoul-Roissole , par devers la Croiz-Neuve , a venir par devant Saint-Huitace , jusques à la méson Jehan de Clamarl.
Le contribuable Jehan de Clamart est nommé, dans le rôle de i3i3, sous la rubrique suivante : de la porte de Montmartre jusques à la ruelle au curé de Saint-Huitace (c). Or la ruelle au curé de Saint -Eus tache ,
(a) Jaillot, t. II , quartier Saint-Eustacbc , {b) Lebeuf, tome I ,page 6o4p. a5. — Voyez aussi Sauvai, 1. II , p. i44> M P»gc 29.
aïo NOTES. .
d'après Sauva}, est représentée aujourd'hui par la rue Traînée (a). La maison de Jehan de Clamart se trouvoit donc dans le bas de la rue Montmartre. Mais pour arriver à ce point , en venant de l'extrémité occidentale de la rue du Jour et en passant devant Saint -Eus tache, il faut nécessairement suivre la rue Trainée. C'est donc aussi cette dernière rue qui est désignée dans notre rubrique.
Note 7 , Page 36.
De la Croiz-Neuve, outre la porte au Coquillier, en la rue de la Plastrière.
Pierre Coquillier, bourgeois de Paris qui vivoit au xn* siècle , donna son nom à la porte et à la rue Coquillière. L'abbé Lebeuf dit, d'après un acte de 1897, que la porte au Coquillier faisoit le coin de la rue de Grenelle (b). J'ajoute, pour plus de précision, qu'elle étoit située à l'angle oriental formé par cette rue et la rue Coquillière, puisque nous voyons par notre rubrique que la rue de la Plâtrière, aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau, étoit outre la porte, et que nous trouverons aussi bientôt la rue de Grenelle désignée comme étant hors de l'enceinte des murailles.
Du coing de la rue aus Prouvoires, par-devant Saint- ffuitace, jusque* à
la Tounèlerie.
Les deux rues nommées dans ce titre s'appellent encore de même aujourd'hui : l'orthographe seule des noms a changé.
Anciennement, la rue de la Tonnellerie commençoit, comme de nos jours, à la rue Saint-Honoré. Mais au lieu de se prolonger, en décrivant une ligne courbe, jusqu'au coin des rues Pirouette et des Potiers d'Étain , elle se terminoit au nord à la rue de la Fromagerie. Ainsi notre rubrique contient en partie le côté méridional de la rue Trainée et le côté occidental de la rue de la Fromagerie.
Note g, Page 37.
La Ferronnerie, de là où les cliauderonniers siéent, etc.
La paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois ne renfermoit que le côté méri-
ta) Livre II , page i65.
(^Tomel.pagc .09.
NOTES. an <lional de la rue de la Ferroncrie et de la rue Saint-Honoré. Le côté septentrional de ces deux rues appartenoit à la paroisse Saint-Eustache.
Il y avoit plusieurs piloris dans la capitale, mais le plus fameux ëtoit sans contredit le pilori des halles, dont il est ici question. L'on peut voir dans Sauvai l'étymologie du mot pilori (étymologie dont je suis loin de garantir l'authenticité), et les détails historiques qu'il donne sur celui des halles (a). Je me contenterai d'en indiquer ici la position d'après les anciens plans. 11 se trouvait sur la place où est aujourd'hui le marché de la Marée, entre les nies de la Tonnellerie, de la Fromagerie et des Potiers-d'Étain. Pour arriver à ce point, en venant de la Ferronerie, il faut suivre la rue de la Lingerie, et traverser le marché aux Poirées. Ce trajet est compris sous la rubrique qui lait l'objet de cette note.
Note io, Page 40.
Du coing de la rue du Four, à aler vers Chastiau-Fétu, jusques au coing
de la rue ans Prouvoires.
Qu'étoit le Chastiau-Fétu? Quelle étoit sa position? Ces deux questions sont encore à résoudre. L'abbé Lebeuf pense que le Château -Fétu étoit une halle pour les étoffes {b) , explication qui me paroît plus ingénieuse que solide : du reste, il ne semble ps avoir d'opinion arrêtée sur sa position. Aux xv* et xvie siècles, le Château-Fêtu étoit un hôtel dans la rue Saint-Honoré. Les anciens titres publiés par Sauvai placent déjà cet édifice entre les halles et la rue d'Orléans (c) : mais on peut arriver à une détermination un peu plus précise de cette localité.
Il est certain d'abord que le Château-Fétu avoit donné son nom à une rue. Les registres des comptes et ordinaires de la ville et prévôté de Paris au xv* siècle mentionnent plusieurs maisons situées dans cette rue, et notamment une maison sise rue de Chasleau-Fétu, devant et à Vopposite de la rue des Prouvaires (</). Ainsi, c'est à une partie de la rue Saint-Honoré que s'applique le nom de rue de Château-Fétu. Sauvai et Jaillot assurent formellement que c'est à la partie comprise entre la rue Tirechape et la Croix-du -Tiroir (<?). Or je trouve dans le rôle de 1 3i 3, à la troisième quéle
(a) Livre X , page 589 (d) Comptes de ta Prévété de Paris, p. 282 ,
(b) Tome I , page fk). 319, 577, etc.
(c) Comptes de la Prévôté de Paris, p. 299, (e) Jaillot , t. 1 , quartier du Louvre, p. 38 ; et passim , livre I , page 77. et quartier Sainte-Opportune, p. 27.
2i2 NOTES.
de la paroisse Saint^ennain-l'Auxerrois, la rubrique suivante : De la Croit* du-Tirouer, à aler à destre par ChastiaurFestu, jusques à la méson Jaques de Senliz {a). D'après ce titre , la rue de Château-Fétu auroit été en effet limitée à l'occident par la Croix-du -Tiroir. Mais la maison de Jaques ou de Jehan de Senlis qui formoit la limite orientale étoit-elle au coin de la rue Tirechape? Je ne le pense pas. Qu'on se rappelle, en effet, que la troisième quétc de .la paroisse Saint-Germain-rAuxerroîs alloit, de l'est à l'ouest, depuis la rue de l'Arbre-Sec jusques à la rue des Bourdonnois. Le titre que je viens de citer, s'appliquant à toute la partie de la rue Saint-Honoré renfermée dans cette troisième quête , la maison de Jacques ou de Jehan de Senlis faisoit nécessairement le coin de la rue des Bourdonnois. Aussi est-ce cette rue et non pas la rue Tirechape dont le recensement, dans les deux rôles , suit immédiatement celui de la partie de la rue Saint- Honoré limitée par la maison de Jehan ou Jacques de Senliz. De plus, dans la rubrique générale qui est en téte de la quatrième quête, nous trouvons ces mots qui ne laissent aucun doute sur ce que j'avance : « La méson Robert d'Oisseri , qui fet le coing de la rue Renier-Bourdon, encontre la méson Jehan de Senliz. C'est donc depuis la rue des Bourdonnois jusqu'à celle de l'Arbre-Sec que la rue Saint-Honoré portoit anciennement le nom de Château-Fétu.
Quant à l'emplacement de l'édifice d'où venoit ce nom, je n'ai pas la prétention de le fixer avec une précision rigoureuse. Cependant je crois pouvoir fournir sur ce sujet des données un peu moins incertaines que ne l'ont fait Sauvai et l'abbé Lebeuf. Le titre qui fait l'objet de cette note est ainsi conçu : Du coing de la rue du Four, à aler vers Chastiau-Fétu , jusques au coing de la rue aus Prouvoires. La rue du Château -Fétu commençoit, ainsi que je l'ai dit, bien au-dessus de la rue du Four, et par conséquent, ces mots vers CIiastiau-Félu doivent s'entendre, non de la rue, mais de l'édifice qui portoit ce nom. Cet édifice étoit donc situé à l'est de la rue du Four, et même à l'est de la rue des Prouvaires , car s'il eût été placé entre ces deux rues, la rubrique seroit sans aucun doute conçue ainsi : Du coing de la rue du Four, a aler par devant chastiau-fétu jusques au coing de la rue aus Prouvoires. Le Château-Fétu étoit donc bâti dans la rue Saint-Honoré, entre la rue des Prouvaires et la rue des Bour-
(a) Voici le texte de la rubrique correspondante dans notre manuscrit : De la rue de la Croiirdu-Tirocr, en descendant du coing de la Croiz jusques a la méson Jehan de Senlis. P. i5.
NOTES. ai 5
donnois. Peut-être se trouvoit-il en face de la rue des Prouvaires, à l'endroit où débouche aujourd'hui la rue du Roule, qui n'a été percée qu'en 1691 (a).
Note i i , Page 40.
En la rue Traversainne qui boute devant Néele et, de l'autre part, à la rue
aus Provoires.
L'hôtel de Nesle, plus tard appelé hôtel de Bohême, hôtel d'Orléans, hôtel de la Reine, et enfin hôtel de Soissons, étoit situé sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui la Halle-au-Blé. Il donnoit dans la rue d'Orléans, qui s'étendoit primitivement jusques à la porte au Goquillier, et qui s'appeloit d'abord rue de Nesle à cause du voisinage de l'hôtel (h).
Une seule rue donne aujourd'hui par un bout dans la rue des Prouvaires , et par l'autre dans la rue d'Orléans, en longeant l'emplacement où se trouvoit autrefois l'hôtel de Nesle : c'est la rue des Deux-Écus. Le rôle de i3i3 appelle encore cette rue la rue Traversaine (c); mais Guillot de Paris la nomme déjà rue des Fscus (d).
Note ia, Page 4'- La rue de Fernueil jusques à la Croiz-Neuve.
Cette rue, dans le rôle de i3i3, est nommée rue Jacques de Verneuil (e). Sauvai la range au nombre de celles dont la position est inconnue (/). Je vais essayer de la déterminer. Le manuscrit publié par M. Buchon place le recensement de la rue Jacques de Verneuil immédiatement après celui de la rue d'Orléans et avant celui de la rue du Four. Dans notre manuscrit, la rue de Vernueil est nommée entre la rue de Nesle, aujourd'hui rue d'Or-
(a) Jaillot, tome I, quartier du Louvre, page 56.
(b) Sauvai , livre I, page i53. — Lebeuf, tome I, Noie tur Guillot de Paris, p. 584* — S'il faut en croire Corrozet , l'hôtel et la tour de Nesle , sur la rive gauche de la Seine, ne furent bâtis que plus tard par Jehan , duc de Berry, 61s du roi Jean. (Voyez Corroret , fol. na, recto.) Jaillot (t. V, quartier Saint-
Germain , p. 67 et suiv.), sans donner la date de la fondation de l'hôtel de Nesle au bout de la rue Guénlgaud, indique cependant qu'il existoit antérieurement à i3o8. Je reviendrai sur ce sujet, (c) Page 3o.
(</) Lebeuf, tome I , p. 585.
(e) Page 3a.
(/) Livre I, page 170.
léans, et la rue Traversaine, aujourd'hui rue des Deux-Écus. De tout cela, je crois pouvoir conclure avec certitude que la rue de Vernueil ou Jacques de Vemeuil est actuellement représentée par la rue des Vieilles-Étuves , qui débouche dans la rue des Deux-Écus, entre la rue du Four et la rue d'Orléans. Deux considérations me confirment encore dans cette opinion : la première est , qu'en 1 292 , la rue de Vernueil contenoit déjà un établissement de bains qui , plus tard , a pu lui faire donner le nom qu'elle porte encore aujourd'hui; la seconde, que Guillot de Paris, qui devroit faire mention de la rue de Verueuil puisqu'elle se trouvoit dans les murs, n'en dit pas un mot, tandis qu'entre la rue de Néele et la rue du Four il place la rue des Estuves (a), qui n'est nommée ni dans notre manuscrit, ni dans le rôle de i5i3. Sauvai prétend, il est vrai, que la rue des Vieilles-Étuves se nommoit, en 1269, la rue Geoftrojr-de-Baynes (b). Mais, comme cette désignation ne se trouve dans aucun des documens qui nous restent de la (in du xme siècle ou du commencement du siècle suivant, on peut croire que notre rue avoit changé de nom depuis 1369 (c)« Du reste, elle se prolongeoit, en 1292, jusqu'à la place Saint-Eustache.
Note i3, Page 41 • Devant Néele jus que s à la Grant Rue.
La rue de Nesle, comme je l'ai dit, s'étendoit anciennement d'un côté jusqu'à la rue Sa i n,t-Honoré , de l'autre jusques à la rue Coquillière(rf). Elle prit le nom d'Orléans lorsque les princes de cette maison furent devenus propriétaires de l'hôtel de Nesle. Sauvai et Jaillot assurent qu'on la nomma rue des Filles repenties, lorsque cette communauté se fut établie dans une partie de l'hôtel d'Orléans (c). Cependant le plan de la Tapisserie place
(a) Lebeaf , tome I , page 585.
(6) Livre II , page 533.
(c) Jaillot (tome II, quartier Saint-Eustache, page a3 ) assure que le nom de Geoffroy-de-
Saiul-Martin. Du reste , cet auteur a ignoré que la rue des VieiUes-Etuvea-Saint-Honoré eut jamais porté le nom de rue de Vernueil, ou plutôt il n'a pas pris la peine de restituer celte ancienne rue, car il connoissoit le rôle de la taille de i3i3, ou, du moins,
un résumé de ce rôle , contenu dans uu manuscrit de la Bibliothèque du Roi, portant le n° 9475 de l'ancien fonds, résumé incomplet à la vérité , mais qui renferme cependant le
le nom de la rue Jacques de Verneuil.
[d) Voyez dans le rôle de i3i3 , p. 3a , la rubrique sous laquelle cctle rue est comprise.
(e) Livre I, page 1 53. — Jaillot , tome II , quartier Saint-Eustache, pages 16, 37.
dans cet hôtel la maison des Filles Repenties , et la rue n'y est pas moins désignée sous le nom de rue d'Orléans.
La Grant-Rue est ici la rue Saint-Honoré. Parmi les rues situées au nord de la Seine, c'est la rue Saint-Denys qu'on désignoit principalement sous le simple nom de Grant-Rue; mais on donnoit aussi ce nom à la rue Saint- Honoré et à la rue Saint-Antoine.
Note 14» Page 4*.
Outre la porte Saint-Honoré t jusques à la méson Jaques Macy , devant
les Aveugles.
L'hospice des Aveugles ou des Quinze-Vingts avoit été fondé par Saint- Louis dans la rue Saint-Honoré, à l'angle oriental formé par cette rue et la rue de Rohan. Une petite rue du voisinage a conservé le nom de me des Quinze-vingts. Notre rubrique s'applique donc à la partie de la rue Saint- Honoré comprise entre la rue du Coq et la rue de Richelieu.
Note i5, Page 42.
Dedenz le cimetire Saint-Honoré.
L'église, le cloître et le cimetière Saint-Honoré étoient situés sur l'emplacement où se trouve aujourd'hui une cour ou passage public qu'on appelle encore Cloître Saint-Honoré, entre la rue de ce nom, la rue Croix des Petits-Champs , la rue Montesquieu et la rue des Bons-Enfans. Cette dernière rue longeoit le cimetière (a). L'église Saint-Honoré et le collège des Bons- Enfans ont été fondés presqu'en même temps au commencement du xm* siècle, (b)
Note 16, Page 42.
La rue du Chevez-Saint-Honoré , la rue de Poile-Con et la rue de
Guernèles.
D'après l'usage, autrefois universellement suivi, de tourner vers l'orient le chevet des églises, il faut chercher la rue du Chevez- Saint -Honoré à
(a) Saurai, livre 1 , page 118. — Lcbeaf , (A) Jaillot , t. II , quartier Saint-E*s»acbe , tome I , page 89. page 10.
3i 6 NOTES.
l'orient du cloître et le plus près possible de l'endroit où se trouvoient les murailles du chœur de l'église Saint-Honorë. La rue Croix-des-Pettts- Champâ remplit parfaitement ces conditions (à). L'ancien nom de cette rue n'avoit encore été donné par personne. Le nom moderne lui vient d'une croix qui étoit primitivement placée un peu au-dessous de la rue du Pélican , et que plus tard, pour donner plus de liberté à la circulation , on adossa à la maison qui fait le coin de la rue du Boulo y. On appeloit cette croix des Petits-Champs parce que le terrain sur lequel on l'avoit élevée étoit primitivement couvert de champs et de jardins (b).
La rue de Poile-Con est aujourd'hui la rue du Pélican.
La rue de Guernèles a conservé son nom primitif, sauf une légère altération dans l'orthographe.
Notb 17, Page 42.
La seconde queste Saint-Huitace, en la partie devers la porte Saint-Denys >
à commencier à cèle porte.
La porte Saint-Denys , appelée plus tard porte aux Peintres t étoit dans la rue Saint-Denys entre la rue aux Ours et la rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, attenante à un cul-de-sac qui s'appeloit encore en 1792 cul-de-sac de la Porte aux Peintres (c)', et qu'on nomme plus brièvement aujourd'hui impasse des Peintres.
Notb 18, Page 43.
La rue de Merderel.
C'est aujourd'hui la rue Verderet, qui, en 174$, s'appeloit encore indistinctement rue Merderet ou rue Verderet. (d)
Note 19, Page 43.
Là Grant-Rue.
C'est la rue Saint-Denys. Voyez ce que j'ai dit ci-dessus , note i3 , sur les rues qu'on désignoit autrefois par le simple nom de Grant-Rue.
(a) Voyez les anciens Plans jusqu'en 1 792. (A) .1m i Ilot , t. II , quartier Saint-Euslache , page 7.
(c) Vojez les anciens Plans.
(d) Lebeuf , tome I , JVottt sur Guiilot de Paris , page 588.
Note 20, Page 44* La rue au Cyne.
On dit aujourd'hui rue du Cygne.
Note ai , Page 46.
La Coçonnerie.
On écrit aujourd'hui rue de la Cossonnerie.
Note 22, Page 47.
La rue au Fuerre.
Il ne peut y avoir la moindre difficulté sur la position de cette rue. La marche qu'a suivie jusqu'ici le recensement de cette quête est trop régulière pour qu'on puisse s'y tromper. La rue au Fuerre est actuellement représentée par la rue aux Fers , qui donne dans la rue Saint-Denys, un peu au dessous de la rue de la Cossonnerie.
On s'exposeroit à bien des erreurs si , en cherchant l'étymologie des noms des rues ou des édifices publics, on prenoit pour base les dénominations actuelles. Non seulement plusieurs rues ont changé de nom, mais bien souvent encore les désignations modernes, quoique assez ressemblantes aux anciennes, ont une signification tout-à-fait différente. On en voit ici un exemple frappant. Du mot fuerre ou fouarre, qui signifiai tpaifle, on a fait insensiblement le mot Fers qui, pour la signification, est bien loin de la dénomination primitive, quoiqu'il ait, à peu de chose près, la même consonnance. C'est ainsi que la rue du Séjour est devenue la rue du Jour , que la rue de la Saunerie a changé son ancien nom pour celui de la Sonnerie, etc.
Note 23, Page 47- Les Haies, en commençant u bout de la rue au Fuerre.
On sait que le marché des Innocens n'existe que depuis Tannée 1788. Ainsi les halles dont il est fait -mention dans notre rubrique sont celles qui se trouvent a droite et à gauche de la rue de la Fromagerie.
2i8 NOTES.
Bien que la paroisse Saint-Eustache soit divisée en quatre arrondissemens dans le rôle de l'an i3i3, son étendue, à cette époque, n'étoit pas plus considérable qu'en 1292. Le manuscrit publié par M. Buchon mentionne il est vrai une petite ruelle Sire Alin de Dampierre qui ne se trouve pas dans celui que je publie, et que Sauvai place au nombre des rues dont la position est inconnue (à). Mais comme cette rue ne renfermoit aucun contribuable en i3i3, il est permis de croire qu'elle n'étoit pas plus riche vingt ans auparavant, et que c'est le motif pour lequel elle ne se trouve pas nommée dans un rôle de cette époque. Au reste , la place que lui assigne le rôle de i3 1 3 dans la troisième quête de la paroisse Saint-Eustache indique suffisamment sa position, et prouve qu'elle devoit être comprise dans la circonscription de la paroisse telle qu'elle est donnée par notre manuscrit. En effet, cette petite rue, nommée après les rues Mauconseil, Verderet, du Cygne et de la Grande-Truanderie, pourroit être représentée aujourd'hui par la rue Pirouette ou la rue de la Réale. Mais la rue Pirouette est clairement désignée dans une autre rubrique du même arrondissement qui renferme tout l'espace compris entre le Pilori, dont j'ai déjà fixé la position, et le Puits-d'Amour qui se trouvoit au point de jonction de la grande et de la petite Truauderie. Il faut donc que la ruelle Sire Alin de Dampierre soit aujourd'hui la rue de la Réale. Cette dernière rue mérite certainement à tous égards le nom de petite ruelle, car elle est à coup sûr une des plus courtes, et surtout une des plus étroites de la capitale.
L'abbé Lebeuf , dans ses notes sur Guillot de Paris (b), attribue, il est vrai , à la rue de la Réale le nom de petite ruelete Jehan Bingne t qu'un trouve dans le Dit des rues, après la rue Merderiau (Verderet) et la rue Nicolas Arrode (Comtesse' d'Artois). Jaillot (c) se range à cette opinion, et ailleurs (d) il semble croire que l'aucien nom de rue Alain de Dampierre doit s'appliquer à la rue de l'Aiguillcrie. La place qu'occupe la rue Sire Alin de Dampierre dans le rôle de i3i3 rend cette dernière supposition tout-à-fait inadmissible. Quant à la ruelle Jean Bingne, la coujecture de l'abbé Lebeuf sur 'cette ruelle peut être vraie , sans cependant détruire mon opinion sur la situatiou de la ruelle Sire Alin de Dampierre y car, outre que souvent une même rue pouvoit être désignée par deux noms différens, comme nous en voyons encore des exemples de nos jours, le poème de Guillot de Paris est, comme je l'ai prouvé, assez postérieur au
(a) Livre I , page 170.
(A) Tome I , page 588.
(c) Tome II, quartier des Halles, p. 34- (<r*)T. I, quartier Sainte-Opportune, p. 8.
NOTES. 219 rôle de i3i3 pour m'autoriser à penser que, dans l'intervalle de leur date, la rue de la Réale avoit pu porter successivement deux noms difierens. De plus, Sauvai assure que la Croix-Neuve, qui étoit située devant l'entrée principale de l'église de Saint-Eustache, s'étoit appelée autrefois la croix Jehan Bigue (a). Si c'est le même individu qui a donné son nom à la croix et à la ruelle, comme tout porte à le croire, il faudroit chercher cette ruelle dans une des rues qui sont situées à l'ouest de l'église paroissiale. Du reste, notre manuscrit mentionne parmi les contribuables de la rue de la Truanderie Alain de Dampierre, qui est probablement celui qui a donné son nom à la ruelle dont il s'agit. Il demcuroit peut-être dans une des maisons qui forment les angles de la rue de la Truanderie et de la rue de la Réale.
J'ai déjà nommé le Puits-d'Amour et indiqué sa position. Je renvoie au deuxième li\rede Sauvai (b) ceux qui désireroient des détails sur l'étymologie du Puits-d'Amour et sur son histoire. Je dirai seulement que la rue de la petite Truanderie s'est anciennement appelée rue du Puits-d'Amour, et que cette singulière désignation s'est conservée sur l'enseigne d'un boula nger à l'angle formé par les deux rues de la Truanderie.
Je ne parle pas de la rue que le rôle de i3i5 (c) appelle la Chavetrie, il me semble évident que ce nom doit s'appliquer h la rue désignée dans notre manuscrit sous le nom de la Chanverrie , aujourd'hui rue de la Chanverrerie on de la Chanvrerie, qui étoit comprise dans la paroisse Snint-Eustache.