‹ Paris sous Philippe-le-BelChapitre 94 sur 147 · SAINT-LE CJ ET SAINT-GILLES · texte numérisé non relu

SAINT-LE CJ ET SAINT-GILLES

(Quoique notre manuscrit donne le nom de paroisse à l'église de Saint- Leu et Saint-Gilles, et que le rôle de i3i5, dont un résumé assez exact a

(a) Voyez Jaillot, tome II , quartier Saint- (i) Lebeuf, tome I , p. 480 et suiv.— Jaillot , Denys, p. a5 et suiv. tome II, quartier Saint-Denys, p. 48 et suiv

été vu par Jaillot, la qualifie aussi de la même manière, ce géographe (a) et l'abbé Lebeuf (b) s'accordent à dire que l'église de Saint-Leu a été une simple succursale de Saint- Barthélémy de la Cité jusqu'en 1617, et que c'est seulement cette année-là qu'elle a été érigée en paroisse par Henri de Gondi , cardinal et évêque de Paris. Pour expliquer cette contradiction apparente, il ne sera pas hors de propos de donner quelques éclaircissemens sur la signification du mot latin parochia. Ce mot qui, comme l'observe Ducange, seroit mieux écrit parœcia, venant du grec T&poïKÏa., signifie, dans son acception primitive, une réunion d'habitations voisines Le mot paroisse n'a pas aujourd'hui d'autre signification ; il désigne seulement la circonscription d'une église paroissiale, et, dans ce sens, on a pu de tout temps donner le titre de paroisse à tmc simple succursale, et même à une simple chapelle entourée d'habitations, et dans laquelle les fidèles se réunissoicnt pour assister aux offices. C'est dans ce sens que Notre-Dame- des-Champs est qualifiée de paroisse dans notre manuscrit.

Mais la véritable signification du mot paroisse était autrefois bien plus étendue. Le curé étoit une espèce de seigneur qui percevoit certains droits dans toute la circonscription de son église. La paroisse d'une église étoit alors la réunion des individus sur lesquels le curé de cette église percevoit des droits paroissiaux. Parochiam appello, dit un ancien auteur ecclésiastique cité par Ducange, populum primilias , oblationes, decimasque soiventem. Ainsi l'église de Saint-Leu et Saint-Gilles, quoique simple succursale, pouvait être qualifiée de paroisse, dans ce sens qu'on y célébrai t les offices pour la commodité d'un certain nombre de paroissiens de Saint- Barthélemy, trop éloignés de l'église mère. Mais ce n'étoit pas une paroisse dans la véritable acception de ce mot, si le curé, au lieu de percevoir en son nom les droits paroissiaux , étoit salarié par le curé de Saint-Barthélemy, qui touchoit lui-même les dîmes et les offrandes des paroissiens de Saint-Tien.

La circonscription de cette paroisse est bornée au nord par la rue Grenetat, au midi, par la rue Aubri-le Boucher, à l'est, par la rue Saint-Martin, à l'ouest , par la rue Saint-Denys ; mais elle n'occupe pas la totalité des rues comprises dans le quartier que je viens de décrire.

Saint-Magloire. — J'ai dit que l'église de Saint-Leu dépendoit de Saint-

(a Tome I, quartier Saint-Jacques-de-la- (b) Tome l, p 597. Boucherie, p. 35.

ET STATISTIQUE. 38<ï Barthélémy de la Cité, mais elle n'en relevoit pas immédiatement. C'étoit une église détachée de l'abbaye de Saint-Magloire, abbaye qui étoit ellemême une dépendance de Saint-Barthélcmy. Ceci demande quelques explications («). Dès les temps les plus reculés, il y a eu dans la Cité, en face du Palais, une chapelle de Saint-Barthélemy. Vers le milieu du Xe siècle, Salvator, évéque d'Aleth en Bretagne, fuyant l'irruption des Normands, qu'avoit amenée la guerre survenue entre Richard duc de Normandie, et Thibaut comte de Chartres, vint à Paris, apportant avec lui le corps de saint Magloire et les reliques de plusieurs autres saints, qu'Hugues Capet lit déposer dans la chapelle de Saint-Barthélemy. Le monarque français, ayant obtenu de Salvator la permission de garder le corpsde saint Magloire, fitagrandir l'église de Saint -Harthélemy, et y fonda une abbaye qui prit le nom de Saint-Barthélcmy et Saint-Magloire. 11 donna, aux religieux bénédictins qu'il y avoit établis, une chapelle dite de Saint-Georges, située dans la rue Saint-Denys, avec le terrain environnant, dont on lit le cimetière de l'abbaye. Sous Louis-le-Gros, un nommé Henri le Lorrain fit reconstruire cette chapelle, et lui donna de grands biens. I>a donation fut confirmée par le monarque en 1 117. Vingt ans après, les religieux de Saint-Barthélcmy, se trouvant trop à l'étroit dans la Cité, se transportèrent à Saint-Magloire. L'église de la Cité devint alors une église paroissiale. Lorsque la population se fut successivement accrue sur la rive droite de la Seine, on fonda pour les paroissiens de Saint-Barthélemy, trop éloignés de la mère église, un service religieux dans une chapelle latérale de l'église même de Saint-Magloire. Mais bientôt cette chapelle devenant trop petite pour le nombre des paroissiens, on bâtit, près de Saint-Magloire, l'église de Saint-Leu, où le curé de Saint-Barthélemy plaça un vicaire.

Les bénédictins de Saint-Barthélemy restèrent dans l'abbaye de Saint- Magloire jusqu'en 1572. A cette époque, Catherine de Médicis , voulant reconstruire, pour en faire sa demeure, l'ancien hôtel de Nesle ou de Bohème, dans lequel étoient les Filles-Pénitentes, transporta les religieux de Saint-Magloire dans le faubourg Saint-Jacques, et donna leur maison aux Filles-Pénitentes, qui l'ont habitée jusque vers la fin du siècle dernier, sous le nom de Filles de Saint-Magloire. L'emplacement de cet ancien couvent est aujourd'hui occupé par des cours et des magasins de roulage.

(a) Voyez Jaillot , tome I , quartier de la Jacques-de-la-Boucberic , p. 27 et suiv. — Cité , page 27 et siriv. — Quartier Saint- Lebeuf, tome I,p. 288.

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