SAINT-MERRY
Tous les auteurs s'accordent à reconnoitre que l'église de Saint-Merry a été construite sur les ruines d'une petite chapelle dédiée a Saint-Pierre, dans laquelle avoit été euterré saint Merry, abbé du monastère de Saint- Marlin d'Autan. L'édifice , tel que nous le voyons aujourd'hui , date du règne de François I*r. A cette époque, lorsqu'on démolit l'ancienne église pour la reconstruire, on trouva dans un tombeau, avec le corps d'un guerrier qui avoit aux jambes des bottines de cuir doré, l'inscription suivante: Hic /a cet vir bonœ niemoriœ, Odo Falconarius fundator hujus ecclesiœ (a). L'abbé Lebeuf pense que c'est cet Odon qui , sous les ordres du comte Eudes, défendit vigoureusement, en 88(3, la ville-de Paris contre l'attaque des Normands. La fondation de l'église de Saint-Merry remouteroit donc jusque ver6 la fin du ixe siècle. Elle fut érigée en paroisse au commencement du xie.
Sa circonscription est assez difficile à décrire parce qu'elle s'enclave dans les paroisses voisines. Au nord , elle est bornée par la rue des Petits-Champs et le cul-de-sac Berthaud ; au midi, par la rue de la Coutellerie; à l'est, par les rues du Temple , Sainte-Avoie et Bar-du-Bec ; à l'ouest , par la rue Saint- Martin. Elle embrasse, en outre, une partie des rues Aubri-le-Boucher, Quincampoix , de Venise , Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie , du Plâtre et des Blancs-Mantea ux.
Hôpital Sainte-Avoie. — En 1288, Jean Séquence, curé de Saint- Merry, et une pieuse femme nommée Constance de Saint-Jacques , qui est portée avec sa fille, dans notre manuscrit, parmi les contribuables de la paroisse Saint-Germain-l'Auxerrois, rebâtirent, à frais communs, une maison que le curé de Saint-Merry avoit achetée dans la rue Sainte-Avoie , alors dite rue du Temple, au coin de la rue Geoffroi-l' Angevin, et y établirent quarante pauvres veuves. Cette maison devint un couvent d'ursulines, vers le commencement du xvne siècle ; ces religieuses ont été dispersées par la révolution de 1789.
Saint-Bon. — Tout ce qu'on connoit de certain sur cette petite chapelle qui a subsisté jusqu'en 1792 (b), dans la rue qui conserve encore aujourd'hui
(a) Lebeuf, lome I , p. 254- - J«Uot, (*) Dulaure, tome II , p. 46. tome II, quartier Saint-Martin, p. 46.
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son nom, c'est que dès le commencement du xm# siècle elle existait sous le titre à'Ecclesia Sancti-Boniti. On ne sait, du reste, ni à quelle époque ni à quelle occasion elle avoit été fondée.
Le pont Notre-Dame. — J'ai déjà dit quelques mots d'un pont de bois qui, suivant Raoul de Presle, auroit existé anciennement à la place où Charles VI fit construire, depuis, le pont Notre-Dame. Qu'on me permette de reproduire ici le passage de cet ancien auteur que j'ai rapporté plus haut (a). C'est un extrait de ses commentaires sur la Cité de Dieu qui furent composés de l'an 1371 à l'an 1375 : « Geste porte, dit-il en parlant de l'Archet Saint- « Merry, aloit tout droit sa us tourner à la rivière , ou lieu que l'en dist les « Planches de Mibray. Et là avoit un pont de fust qui s'adrescoit droit à « Saint-Denis-de-la-Chartre, et de là tout droit parmi la Cité s'adrescoit à h l'autre pont que l'en dist Petit-Pont, et estoit ce lieu dit à proprement « parler les Planches de miTbras, car c'estoit la moitié du bras de Sainue. »
Un autre nu tour de la même époque, Réné Macé, dans son poème manuscrit, intitulé 'e Bon Prince, racontant l'entrée de l'empereur Charles IV à Paris, en 1378, prie ainsi du pont des Planches de Mibray (b).
L'Empereur vint par la Coutellerie Jusqu'au carfour, nommé la Vannerie , Oit fut jadis la Pltmche-de-Mibray.
Tel nom portoit , pour le vague et le brajr Getté de Seine en une creuse tranche, Entre le pont que l'on passoit à planche, Et on l'ôtoit pour être en sûreté.
Je conclus de ces deux passages, i°. que long-temps avant le règne de Charles VI il existoit, à la place du pont Notre-Dame actuel, un pont en bois qui alloit aboutir sur la rive droite de la Seine, en face de la rue des A rsis ; a0, qu'entre l'extrémité de cette rue et la tète du pont, la Seine avoit formé une espèce de^nare sur laquelle on avoit jeté une planche pour arriver au pont ; 3°. que c'est cette planche, facile à enlever en cas de danger pressant, qui portoit proprement le nom de Planche de Mibrajr. Jaillot a cité plusieurs autorites pour prouver l'existence de ce pont (c); mais il n'a pu préciser ni l'époque où il avoit été détruit, ni même le temps où il étoit sur pied. 11 se
(a) Lancelot, Mémoire sur la vie et les ou- (b) Voyez Y Histoire de Paris, par Dulaure,
viages de Raoul de Presles, dans les Mémoires tome HI, p. 35o.
de t Académie des Inscriptions , tome XX , (t) Voyez tome I , quartier de la Cité ,
p. 48a. — Voyez plus haut, p. 3oi. p. 19a.
contente de dire vaguement que le pont Notre-Dame existait long-temps avant l époque qu'on lui donne. M. Dulaure est un peu plus précis, mais, comme pour prouver l'existence du pont de Mibrqy il ne cite que le passage de René Macé rapporté plus haut , je ne vois pas trop sur quoi il peut se fonder pour affirmer qu'avant i3i3 il existait, à la place du pont Notre- Dame, un pont de bois qui conduisoità des moulins.
Si l'on se souvient qu'il y avoit en 1293 deux ruelles, l'une sur la rire droite de la Seine, l'autre dans la Cité près de Saint-Denys-de-la-Chartre , donnant en face l'une de l'autre sur les deux rives opposées de la Seine, et portant toutes deux le nom de ruelle des Planches de Mibrajr, on sera conduit à conclure que le pont en question s'appeloit lui-même le pont des Planches de Mibrajr; qu'il avoit donné son nom à deux ruelles aboutissant à ses deux extrémités ; enfin, qu'il existait encore en IU92 , ou du moins qu'il n'avoit cessé d'exister que peu de temps avant cette époque. Du reste , je crois avoir trouvé, dans un vieux registre manuscrit de Saint-Germaindes-Prés , la preuve que le pont des Planches de Mibrajr n'a pas été détruit avant l'année 1296. On lit en effet dans ce registre que, l'an 1296, la rivière de Seine fut si grande que les deux ponts de pierre de Paris tombèrent. Cette désignation spéciale de deux ponts de pierre (le Grand et le Petit-Pont), placée ici pour donner une idée de la violence des eaux , ne semble-t-elle pas indiquer l'existence d'un troisième pont qui n'était pas bâti en pierre? Je ne prétends pas donner à cette induction plus d'importance qu'elle n'eu mérite , mais je crois qu'on ne me blâmera pas d'avoir tracé sur mon plan le pont des Planches de Mibray, sinon par suite d'une conviction intime de son existence en 1 292 , du moins comme une conjecture admissible , présentant un caractère incontestable de probabilité.