‹ Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 10 · L'OUVRIERE · texte numérisé non relu

L'OUVRIERE

Frais réduit! à travers une claire feuillce Sa fenêtre petite et comme émerveillée S'épanouit auprès du gothique portail.

Sa verte jalousie à trois clous accrochée, Par un bout s'échappant, par l'autre rattachée, S'ouvre coquettement comme un grand éventail.

Et dans l'intérieur par moments luit et passe Une ombre, une figure, une fée, une grâce, Jeune fille du peuple au chant plein de bonheur. Orpheline, dit-on, et seule en cet asile, Mais qui parfois a l'air, tant son front est tranquille, De voir distinctement la face du Seigneur.

On sent, rien qu'à la voir, sa dignité profonde. De ce cœur sans limon nul vent n'a troublé Tonde. Ce tendre oiseau qui jase ignore l'oiseleur. L'aile du papillon a toute sa poussière. L'ùme de riiumble vierge a toute sa lumière. La perle de l'aurore est encor dans la fleur.

Fille heureuse! autour d'elle ainsi qu'autour d'un temple, Tout est modeste et doux, tout donne un bon exemple. L'abeille fait son miel, la fleur rit au ciel bleu, La tour répand de l'ombre, et, devant la fenêtre, Sans faute, chaque soir, pour obéir au maître. L'astre allume humblement sa couronne de feu.

Sur son beau col, empreint de virginité pure, Point d'altière dentelle ou de riche guipure; Mais un simple mouchoir noué pudiquement. Pas de perle à son front, mais aussi pas de ride. Mais un œil chaste et vif, mais un regard limpide. Où brille le regard que sert le diamant?

Le matin elle chante et puis elle travaille, Sérieuse, les pieds sur sa chaise de paille, Cousant, taillant, brodant quelques dessins choisis; Et, tandis que, songeant à Dieu, simple et sans crainte. Cette vierge accomplit sa tâche auguste et sainte. Le silence rêveur à sa porte est assis.

Enfant, suis le conseil de l'aiguille ouvrière,

Présente à ton labeur, présente à ta prière,

Qui dit tout bas : Travaille! Oh! crois-la! Dieu, vois -tu,

Fit naître du travail, que l'insensé repousse,

Deux filles, la vertu, qui faitUa gaîté douce.

Et la gaîté, qui rend charmante la vertu !

Entends ces mille voix, d'amour accentuées, Qui passent dans le vent, qui tombent des nuées, Qui montent vaguement des seuils silencieux^

L'OUVRIERE. IGl

Que la rosée apporte avec ses chastes gouttes, Que le chant des oiseaux te répète, et qui toutes Te disent à la loi5 : Sois pure sous les cieux!

Sois pure sous les cieux! comme Fonde et Taurore, Comme le joyeux nid, comme la tour sonore, Comme la gerbe blonde, amour du moissonneur. Comme l'astre incliné, comme la fleur penchante, Comme tout ce qui rit, comme tout ce qui chante, Comme tout ce qui dort dans la paix du Seigneur!

Sois calme. Le repos va du cœur au visage;

La tranquillité fait la majesté du sage.

Sois joyeuse. La foi vit sans l'austérité;

Un des reflets du ciel, c'est le rire des femmes;

La joie est la chaleur que jette dans les âmes

Cette clarté d'en haut qu'on nomme vérité.

La joie est pour l'esprit une riche ceinture.

La joie adoucit tout dans l'immense nature.

Dieu sur les vieilles tours pose le nid charmant

Et la broussaille eu fleur qui luit dans l'herbe épaisse ;

Car la ruine môme autour de sa tristesse

A besoin de jeunesse et de rayonnement.

Sois bonne. La bonté contient les autres choses. Le Seigneur indulgent sur qui tu te reposes Compose de bonté le penseur fraternel.

La bonté, c'est le fond des natures augustes. D'une seule vertu Dieu fait le cœur des justes, Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.

{Les Bayons el les O.nbi-es.)

PARIS BLOQUÉ Septembre 187 0.

0 ville, tu feras agenouiller l'histoire.

Saigner est ta beauté, mourir est ta victoire.

Mais non, tu ne meurs pas. Ton sang coule, mais ceux

Qui voyaient César rire en tes bras paresseux

S'étonnent ; tu franchis la flamme expiatoire.

Dans Tadmiration des peuples, dans la gloire,

Tu retrouves, Paris, bien plus que tu ne perds.

Ceux qui t'assiègent, ville en deuil, tu les conquiers.

La prospérité basse et fausse est la mort lente ;

Tu tombais folle et gaie, et tu grandis sanglante.

Tu sors, toi qu'endormit l'empire empoisonneur,

Du rapetissement de ce hideux bonheur.

Tu t'éveilles déesse et chasses le satyre.

Tu redeviens guerrière en devenant martyre ;

Et dans l'honneur, le beau, le vrai, les grandes mœurs,

Tu renais d'un côté quand de l'autre tu meurs.

{L'Année terrible.)

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