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PARIS RELIGIEUX

Paris, tout d'abord, est-il religieux, va-t-on me demander? — Oui et non; non et oui ; cela dépend de quelle façon vous entendez la chose. Paris tient à ses églises, à leurs cérémonies, à leurs fêtes; il fait donner à ses enfants le baptême et la communion, se marie à l'autel, et demande aux prêtres les dernières prières; en revanche, il pratique d'une façon irrégulière, observe couci-couça les commandements de rÉglisc, jeûne peu les jours d'abstinence, mais déjeune davantage à Noël et à Pâques, fait gras, tous les vendredis d<' l'année, mais s'impose de manger de la morue, le veii^ dredi saint. Paris n'est point pour la laïcisation à outrance, il a de l'admiration pour les sœurs de charilé, de la déférence pour les ministres du culte, et, cependant, il dénigre l'éducation congréganiste, tout en reconnais-

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sant un certain mérite à l'enseignement des Jésuites; il ricane de Lourdes et de la Salette, mais il louche du fer, quand passent les robes noires. Paris est religieux par habitude, par respect du passé, ou par aristocratie; il est libre penseur par instinct, par insouciance, ou par libéralisme. Bien entendu, nous mettons à part, d'un côté, tous ceux qui ont pour métier de prier, et, d'un autre, tous ceux qui font métier de crier; les dévots d'étal à droite, les athées de profession à gauche. En matière de religion, comme en politique, Paris est centre gauche.

Suivant les quartiers, suivant les paroisses, la religion est plus ou moins démonstrative. Le quartier Saint- Sulpice, par exemple, pourrait être qualifié d'Arseiial de la dévotion; on n'y voit que boutiques d'objets de piété. A chaque pas, on a le regard attiré par des chemins de croix coloriés, des statues de saints et de saintes, des ostensoirs brillants de pierreries et des chapes brodées d'or, des calices en vermeil et des rochets en dentelle, des ciboires et des burettes, des mitres et des barrettes. Ici, un étalage d'images de sainteté, des bons pasteurs, des mater dolorosa, des sacrés cœurs de Jésus et de Marie, dans des gloires rayonnantes, ou sept fois percés par des poignards d'argent; là, des festons de chapelets en buis, en verroterie, en cèdre du Liban, des palmes, jaunes ou vertes, venant de Rome, des bénitiers en albâtre incrustés d'émaux.

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Les libraires de ce quartier ne vendent que des eucologes, des paroissiens, des missels, des semaines saintes, des guides du parfait Chrétien, des livres de pèlerinage, des journaux comme la Semaine religieuse^ le bulletin de la Propagation de la foi, celui de VŒtivre de la Sainte-Enfance, et, pour broder sur le tout, des traités de morale religieuse rédigés par le sieur Léo Taxil, le même qui écœura Paris a\ec d'obscènes affiches à gravures, annonçant les Amours de Pie IX, le même qui publia, à la librairie anticléricale de la rue des Écoles, les livres secrets des confesseurs dévoilés aux pères de famille, et toute une série de pamphlets dont je veux oublier les titres. Le diable s'est fait ermile, paraît-il. La place Saint-Sulpice est décorée, au milieu, d'une fontaine où les statues de Bossuet, de Fléchier, de Fénelon et de Massillon sont assises dans des niches; le bâtiment situé sur cette place, entre la rue Pérou et la rue Bonaparte, et qui a l'air d'une caserne, n'est autre que le grand séminaire. Quant à la belle église Saint- Sulpice, dont le majestueux portail a été construit par l'architecte décorateur Servandoni, elle a le monopole de toutes les ordinations. Les communautés et les couvents se trouvent aussi plus nombreux, de ce côté de Paris; les hôtels meublés du quartier exhalent des odeurs de sacristie; aux tables d'hôte, le parfum de l'encens se mélange à celui de la friture, on y récite le henedicite, avant les repas, et les grâces, après; on y parle diserè-

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tement, mezza voce : (( Veuillez me passer le sel, mon cher frère. » — « Mon père, désirez-vous de la moutarde? » On s'y risque même à faire quelques plaisanteries sur la couleur de ce condiment, la religion n'interdisant pas une salutaire gaieté.

Le vieux faubourg Saint-Germain, malgré le percement de son boulevard à boutiques, malgré la décadence de sa noblesse, sur l'arbre généalogique de laquelle sont venues se greffer les branches de la bourgeoisie enrichie dans les tissus ou dans la finance, malgré l'exil des princes et la dispersion de la Compagnie de Saint- Ignace, est resté le foyer religieux le plus ardent de Paris; Saint-Germain-des-Prés, Saint-Thomas-d'Aquin,' Sainte-Clotilde voient leurs nefs fréquentées par les derniers représentants de l'aristocratie restés fidèles à Dieu et au Roy. Les équipages armoriés s'arrêtent nombreux, surtout devant Sainte-Glotilde, les jours de grands mariages, et les écussons, portant en chef une couronne de comte ou de duc, viennent souvent rehausser, de leur coloriage, les tentures de deuil, suspendues au porche néo-gothique.

Le sanctuaire du grand luxe est, par excellence, la Madeleine. Ce Parthénon corinthien qui devait être, dans le principe, le temple de la Gloire, s'accorde à merveille, par le paganisme de son style, avec le caractère de ses paroissiennes : celles-ci passent d'une table de festin à la sainte table, et sortent d'un bal pour les pauvres,

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OÙ l'on a exhibé des saphirs sur des épaules nues, pour aller, le lendemain, s'agenouiller, en robe montante soutachée de perles, devant le petit guichet du second vicaire. Le vocable même de l'église n'est-il pas aussi en situation, ne confond-t-il pas, sous le nom de Madeleine, une double personnalité, celle d'une pécheresse blonde, amante idéale du Christ, et celle d'une grande dame romaine qui se retira, peu vêtue, dans le désert, pour larmoyer sur une tête de mort.

Une coïncidence analogue, étrange, frappante, ne vous fait-elle pas rêver, quand vous passez devant Notre-Dame-de-Lorette, placée sur le versant de la montagne des Martyrs, à trois pas du quartier Bréda. Cette église, ornée de claires et joyeuses peintures à l'intérieur, a des airs de boudoir et de salle de danse tout à la fois; Jésus s'y montre vêtu de couleurs tendres, avec les cheveux blouclés et le sourire aux lèvres. La Santa-Casa transportée à dos d'anges, en Italie, à Loretto, était un peu plus rustique que le monument édifié par Lebas; aurait-elle suffi à attirer les pénitentes du quartier?... Je ne crois pas.

Encore deux types d'églises modernes qui symbolisent admirablement, suivant moi, la religion du Paris actuel; on les nomme : Saint-Augustin et la Trinité.

La première, située sur le boulevard Malesherbes, presque à l'intersection du boulevard Haussmann, a emprunté à Sainte-Sophie de Constantinople la confor-

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mation de sa belle coupole, tout en respectant les règlements d'alignement, pour la construction de ses bas-côtés; ce beau résultat d'obéissance à l'édilité impériale donne aux façades latérales l'aspect de vraies maisons de rapport. Saint-Augustin est, d'ailleurs, resté la paroisse du bonapartisme; deux fois, chaque année, les fidèles du régime échoué à Sedan et achevé au Zoulouland, viennent pieusement implorer la miséricorde de Dieu, pour l'âme du César vaincu et celle du jeune et innocent martyr, et, par la même occasion, faire un peu de propagande pour Victor. La religion est bonne à tant de choses, pour ceux qui savent en jouer !

La Trinité apparaît au bout de la rue de la Ghausséed'Antin, avec la coquetterie crislaUisée d'un croque-enbouche renaissance; le square qui la précède fait songer aux jardinières de faïence, dont les formes capricieuses serpentent au milieu du luxe de nos tables. L'intérieur de Téglise est celui d'un palais somptueux, sculpté sur toutes les faces, entouré de colonnes en marbre de toutes les couleurs, de galeries, de balustrades et de tribunes; vrai décor d'opéra, composé à souhait pour célébrer de nouvelles noces de Gana. A la Trinité, la religion vous parle peu du détachement des biens de la terre, de mortifications et de pénitence; quand ses orgues résonnent, les voix célestes ont des langueurs de valses amoureuses ; les anges en marbre

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des bénitiers ont des expressions câlines d'adolescents

et de fillettes de seize ans; les confessionnaux eux-mêmes paraissent disposés pour entendre l'aveu de jolis péchés, qui ne demandent qu'à se faire pardonner pour recommencer, les récidivistes !

Les vieilles églises ogivales, comme Notre- Dame de Paris, Saint- Séverin, Saint-Germainl'Auxerrois , Saint-Eustache , Saint- Germaindes-Prés sont, il me semble, des sanctuaires où la prière doit monter avec plus de ferveur vers le trône d'un juge miséricordieux.

La foi ardente n'est point de ce siècle, et, pour la ressaisir, il n'est peut-être pas inutile de rétrograder vers le passé, en s'agenouillant sous des voiites gothiques.

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11 existe une église d'un art assez vulgaire, qui est pourtant très fréquentée par les fidèles; on y vient en pèlerinage, de tous les coins de la France, et même de l'étranger; des centaines de cierges brûlent, du matin au soir, devant l'autel de la Vierge, formant un buisson ardent, au milieu duquel se dresse l'image vénérée d'une madone couronnée d'or, soutenant son divin enfant, en équilibre sur une boule du monde. Des hommes, des femmes, des enfants sont là, prosternés dans la pénombre de la nef, durant des heures entières; des prêtres, des soldats, des commis de magasin, des sœurs de charité, des dames du monde, des ouvrières^ des garçonnets contrefaits et des fdlettes toussant lamentablement joignent les mains, en demandant la consolation, le courage et la guérison à Notre-Dame des Victoires. Cette église, connue aussi sous le nom d'église des Petits-Pères, dépendait du couvent des Augustins déchaussés; son vocable de Notre-Dame des Victoires remonte à sa fondation, par Louis XIII, en 1629; il lui a valu, depuis, la clientèle de tous les vieux militaires perclus de rhumatismes et couturés de blessures ; le nombre des croix d'honneur suspendues en ex-voto, sous des vitrines, de chaque côté de l'autel privilégié, est considérable : plus d'un officier, sacrant comme un païen sur le champ de bataille, est venu accrocher là, en signe de reconnaissance, la petite étoile à cinq branches.

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Un autre but de pèlerinage parisien est Saint-Étiennedu-Mont, où l'on conserve, dans une chapelle latérale, le tombeau, vrai ou présumé vrai, de sainte Geneviève. La dévotion à la patronne de Paris est, pour ainsi dire, locale; elle s'est transmise, de génération en génération, dans la population croyante de la ville et des localités circonvoisines. Un prêtre en surplis ne cesse de bénir, toute la journée, des petites médailles, des scapulaires et des crucifix qu'il approche du tombeau de la sainte. Des mères de fanlille apportent aussi des chemisettes, des brassières et des béguins de bébés malades, pour qu'on leur fasse toucher la pierre miraculeuse. Croyance, foi naïve, superstition, donnez à ces pratiques d'un autre âge le nom que vous voudrez, mais avouez qu'elles n'ont rien de bien menaçant pour le libéralisme moderne.

Quant au pèlerinage de l'église du Sacré-Cœur, en construction sur la butte Montmartre, c'est une affafre différente; les processionnistes qui viennent y manifester ont surtout pour objet d'affirmer leur Foi, urbi et orhi; si Notre-Dame-des-Victoires n'est que la succursale de Notre-Dame-de-Savone, le Sacré-Cœur est la succursale du Vatican, et le Catholicisme y joue un rôle politique. Le quartier Saint-Sulpice, disions-nous, est X Arsenal de la dévotion : le Sacré-Cœur en est la Forteresse, et l'Église y braque ses canons. Est-ce pour éteindre leurs feux que la municipalité parisienne a

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fait construire, tout auprès, un immense réservoir en pierre?

Chaque église, chaque paroisse serait à examiner séparément» non seulement au point de vue de son architecture et des objets d'art qu'elle renferme, mais aussi en ce qui regarde son personnel et ses habitués, son fonctionnement et son entretien. Paris religieux est une mine inépuisable d'observations et d'étude, pour un psychologue et un physionomiste; j'en connais un, surtout, qui passe son temps à inspecter la curieuse variété des types de dévots, quand des devoirs de société l'amènent à l'éghse, pour un mariage ou un enterrement.

Les messes d'enterrement sont très suivies à Paris, pour mille motifs étrangers à l'affectueux souvenir qu'on a conservé au défunt ou à la sympathie qu'on veut témoigner à la famille. L'inégaUté subsiste, même après la mort, quoiqu'on en dise, au moins pendant quelques heures; le cercueil d'un homme en vue recevra beaucoup plus d'eau bénite que celui d'un bourgeois ou d'un commerçant retiré des affaires. A Paris, il existe des gens qui ne ratent pas un seul enterrement de marque; en échangeant mille banalités avec leur voisin de chaise, sur les mérites du décédé, ils se créent des relations utiles, traitent des affaires, concluent des traités, obtiennent des billets pour la Comédie ou l'Opéra, des places pour une réception

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à l'Académie ou pour une séance orageuse à la Chambre, des laisser-passer sur une ligne de chemin de fer; pendant qu'il y sont, ils vont jusqu'au bout, c'està-dire jusqu'au cimetière. — Le suiveur d'enterrement rentre chez lui en se disant : (( J'ai serré la main au prince Stirbey, à Mounet-SuUy, à Meissonier, à Clemenceau. » Il le répète à son concierge, à ses fournisseurs. Enfin, à force d'enterrer des gens qui avaient du talent, il se figure en avoir lui-même; il croit faire partie du tout Paris, du public des premières au théâtre, quand il n'est que du public des dernières à l'église. Sa joie est à son comble, lorsqu'il lit dans son journal : (c Nous avons remarqué, dans l'assistance, MM. im tel, un tel et U7i tel », et qu'il est un de ces wi tel là.

Les messes des grands mariages sont non moins bien suivies; elles servent de prétexte à l'exhibition des robes à tralala, des chapeaux à trois étages et des bijoux qui dorment, ordinairement, dans le bas des armoires à glace. Ici, les hommes et les femmes se trouvent mêlés les uns aux autres, au contraire de ce qui se passe pour les enterrements, où les jupes occupent le côté gauche de la nef et les culottes le côté droit. Pourquoi cette distinction des sexes, dans le second cas, et pas dans le premier? Demandez-en la raison aux plus familiers des coutumes religieuses, ils vous répondront : « C'est Tusage. » Soit! mais cet usage est un symbole, rien n'étant laissé au hasard

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dans les us de la religion, et toute chose ayant une signification emblématique, — Le De profundis sépare les êtres, le conjungo les unit; la disposition des assistants à l'église accentue la différence des cérémonies.

Il est rare que les messes de mariage commencent à l'heure indiquée sur le billet, la mariée a toujours quelque fanfreluche à rajuster sur sa toilette blanche. Les invités profitent de l'attente prolongée du cortège, pour bavarder à qui mieux mieux; la maison de Dieu est un vaste salon où les potins vont leur train, on s'examine de droite et de gauche, on se dit bonjour de la main. (( Quelle est donc cette dame qui vient de te sourire si gracieusement? » demande une jeune ingénue à sa cousine; et la cousine de répondre : « La vicomtesse de G..., une vraie grue. Ah! ma chère, figure-toi que, le soir du bal de la Société de secours aux blessés, elle s'est affichée, tout le temps, aux bras de M. de F..., cela m'étonne qu'il ne soit pas là, le gringalet! » — Une dame vêtue de soie amarante débine la robe d'une dame habillée en velours vert olive; une modiste de renom vante le chapeau qu'elle a fait à la mignonne duchesse de Pré valet, un bijou de chapeau, léger comme un souffle et brillant comme un colibri, ^lle l'a signé du bout de son aiguille, comme aurait fait un maître peintre d'une miniature. — Les amis du futur époux blaguent, tout bas, ce pauvre Fernand, un si gentil viveur, un si bon garçon; sa fiancée est affreuse.

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disent-ils, sans la connaître, mais elle a le sac. « Pauvre bougre de Fernand, pauvre vieux, le voilà embourgeoisé, adieu les fines parties et les nuits folles ! » — Pourtant la grand'porte s'ouvre, l'orgue résonne, et le cortège nuptial fait son entrée dans la nef; la mariée s'avance couverte de dentelles et de fleurs d'oranger, elle est très jolie, très jolie, excessivement jolie. Les camarades de Fernand se tiennent coi, rougissant de dépit et baissant le nez. Le marié leur sourit amicalement, en passant devant eux. Le cortège ayant défilé, les commérages recommencent, on se moque de l'embonpoint de la belle-mère; on se montre la dame qui a tout fait, c'est-à-dire qui a été la cheville ouvrière du mariage; les uns en font l'éloge, en disant qu'elle est la meilleure des femmes, les autres, les rageurs, la traitent de vile intrigante. Pendant les salamalecs du prêtre, on toussaille, on se mouche : (( N'aura-t-il pas bientôt fini; c'est assommant, on n'entend pas un mot. )) Derrière le maître-autel, un artiste de l'Athénée lyrique chante, avec âme, VAve Maria de Gounod. « Quelle voix admirable ! on dit qu'il est l'amant de M^e de R..., elle a de la chance! » — (( De la chance, répond une méchante langue, cela dépend, car il paraît qu'il l'accompagne et que c'est elle qui chante. » — La messe dite, oh se presse à la sacristie, où les mariés et les gens de la noce se tiennent debout; les poignées de mains, les com-

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pliments fades s'échangent; la mariée est embrassée par une foule de vieilles parentes, qui ont les joues ratatinées et du poil au menton. — Au bout d'une demi-heure, le cortège repasse par l'église, au son des

grandes orgues; les amis de Fernand sont restés fidèles au poste. « Elle est tout de même jolie, sa femme! » soupire l'un d'eux avec franchise. « Tant pis pour son front )) : répond cette mauvaise bête de Gamusard, un copurchic que Fernand a sauvé du déshonneur, en lui prêtant soixante louis qu'il a oublié de rendre.

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Les baptêmes se font très simplement, le père et les grands parents, le parrain et la marraine accompagnent seuls M. Bébé à l'église. Dans les bras de sa nounou, M. Bébé, les yeux clos, la face encore congestionnée de ses premiers efforts de gymnastique, ne se doute pas de ce qui l'attend, on va lui retirer sa belle capote en soie blanche, pour lui verser de l'eau sur la tête et lui fourrer du sel dans la bouche; il criera, en se débattant comme un beau diable, le nouveau chrétien, il fera une rigole de lait caillé sur sa bavette à dentelles, et, mieux que cela, dans ses couches. Ce dont il se doute moins encore, c'est des engagements qu'on prend pour lui, sans qu'il ait donné procuration; cette petite cérémonie lui prépare, en perspective, d'interminables leçons de catéchisme, des examens de conscience plus ou moins troublée, des stations aux confessionnal et une foule de pratiques rehgieuses, desquelles il saura s'affranchir, probablement, quand il sera arrivé à l'âge d'homme. La sortie de l'égUse s'effectue sans encombre; parrain, marraine et nounou remontent en fiacre, sans être harcelés par des bandes de gamins, ainsi que cela a lieu à la campagne. Pourtant, dans l'île Saint-Louis, qui est la ville de province la plus proche du centre de Paris, suivant l'expression de je ne sais plus quel auteur, les baptêmes ont le don d'attirer une foule de mômes réclamant des dragées et des sous. Vers quatre heures, surtout le jeudi et le

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samedi, il n'est pas rare d'entendre une trentaine de galopins criant à tue-tête : « Parrain, marraine! parrain, marraine ! » Quand les amandes et les noisettes de couleurs variées sont jetées avec profusion à ces insurgés de la gourmandise, ils se précipitent comme une meute de chiens à la curée, repêchent cette manne sucrée, dans la boue grasse des pavés et l'eau peu filtrée des ruisseaux; quand, au contraire, les bonbons ne sont pas de la fête, le vocabulaire des gavroches s'exhale en imprécations courroucées : « A la crasse! à la crasse! »

A Paris, comme ailleurs, la véritable fête religieuse est la première communion: ouvriers, bourgeois et gens du monde se trouvent, momentanément, réunis dans une trêve qui est la véritable trêve de Dieu, et cela, grâce à leurs fillettes ou à leurs garçonnets qui auront, les unes le même voile blanc sur la tête, les autres le même brassard à franges argentées au-dessus du coude. Si le père est libre penseur, il mettra une sourdine à ses réflexions, en disant à sa femme : « Mêle-toi de cette affaire-là, ça ne me regarde pas. » Cela ne l'empêchera point d'embrasser plus tendrement l'innocente fillette, au sortir de la messe, quand celle-ci viendra, toute émue, se jeter, comme une petite mariée, dans les bras de papa. Des larmes, de brûlantes larmes ruissellent souvent sur de mâles visages, en cet instant, car l'époux retrouve dans les plis de la robe de mousse-

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Une de la première communiante, le souvenir des tendresses nuptiales, car le père prévoit l'avenir; dans quelques années, ce n'est point pour Dieu que la mioche sera, de nouveau, habillée en blanc; un jeune homme, un inconnu, un mauvais sujet, un brutal peut-être, lui enlèvera légalement, par devant le maire et devant le curé, l'être candide qu'il serre, en ce moment, sur son cœur. Pleure donc, ô sceptique, pleure donc! tes larmes

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sont un second baptême pour ton enfant, un baptême de tendresse divine et de religion naturelle.

Dans les prédications du Carême, à Notre-Dame, à Saint-Sulpice, à Saint-Roch, à la Madeleine, on entend encore parfois des voix éloquentes, sachant, avec un art suprême, émouvoir les plus rebelles à la cause de Dieu. Les grands orateurs chrétiens tendent pourtant à disparaître, les Ravignan, les Félix et les Lacordaire n'ont pas été remplacés. Le père Hyacinthe, qui a fait vibrer, naguère, par sa parole ardente, les vitraux de notre vieille cathédrale, a jeté son froc blanc aux orties pour créer la secte de M. Loyson, dans une maison de la rue d'Arras, entre deux boutiques de blanchisseuses : le père Didon, lui, a cessé de plaire; brusquement, on a imposé silence à son libéraHsme rehgieux. Reste le père Montsabré, un guerrier militant de la foi austère; restent aussi quelques autres prédicateurs qui savent arrondir académiquement leur phrase, pour nous indiquer le chemin de la coupole céleste.

Les solennités religieuses de Paris attirent, dans certaines églises, une grande affluence de curieux, beaucoup plus sensibles à l'ordonnance d'une belle cérémonie qu'à la parole sacrée; le côté artistique du Catholicisme rattache à son culte la population flottante des indécis et des rêveurs. 11 est rare de voir, dans les temples protestants et dans les synagogues, beaucoup de visiteurs étrangers à la religion qu'on y pratique; l'aspect glacial

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des uns, où pas une joyeuse image n'apparaît, les singuliers usages des autres, où Ton garde son chapeau sur la tôLe comme à la Bourse, n'ont rien de bien attrayant; en revanche, les enfants d'Israël, les disciples de Luther ou de Calvin ne se font pas faute de venir dans nos églises, qui sont, pour la plupart, de véritables musées, quand elles ne se transforment point en salles de concert. La messe de Sainte-Cécile, à Saint-Eustache, la messe de minuit à Saint-Roch, le mois de Marie dans beaucoup de paroisses, ne sont pas des spectacles ta dédaigner, et l'on comprend qu'une foule de déshérités de la vie, ignorants du luxe de nos fêtes mondaines et de la fascination de nos féeries théâtrales, se laissent prendre, corps et âme, par le déploiement d'un culte artiste, brillant de lumières, vibrant de m.élodie, saturé du parfum des fleurs et de l'encens. On conçoit que des cœurs simples recherchent, dans ces pompes de la religion, un avant-goùt des splendeurs et des félicités qu'on leur promet dans un autre monde, où ils seront mieux lotis qu'ici-bas... c'est la grâce que je leur souhaite. Ainsi soit-il!

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