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L'HOTEL DES VENTES

Passez, le matin, dans la rue Droiiot, et regardez à votre gauche, en venant du boulevard^ cette bâtisse en pierre, muette comme un tombeau, close comme une prison, c'est l'Hôtel des Ventes ou des commissaires-priseurs. Repassez au même endroit, vers deux heures et demie; autour du même monument, l'activité humaine se déploie; des individus de toutes conditions arrivent à pas précipités, et se pressent contre la porte d'entrée, comme des moutons entrant au bercail. A la file, s'avancent des fiacres; le client saute à terre, avant l'arrêt complet de la voiture, et paye vivement son cocher, sans même fermer la portière. Dans la rue Rossini et dans la rue Grange-Batelière stationnent des coupés de maîtres, dont les chevaux piaffent en faisant cliqueter leur gourmette. Sur les

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IroUoirs, des commissionnaires, des Auvergnats de la rue de Lappe, des chineurs, des bricoleurs, tout l'escadron volant du bric-à-brac.

Par ici, suivez-moi, nous allons entrer du côté de la rue Ghauchat, nous serons peut-être moins heurtés; les ventes commencent à peine et l'on ne transborde pas encore les meubles ou les tableaux. Dans la cour couverte, on a improvisé une douzaine de comptoirs de vente à la criée, pour les petits mobiliers provenant de saisies ou de modestes successions : les Hts de fer, les tables de nuit désarticulées, les commodes en noyer, les pendules en zinc doré, les livres au tas, les gravures entourées de baguettes noires, des casseroles trouées, des chenets rouilles, des amas d'objets sans forme et sans nom connu sont jetés là, pêle-mêle, et constituent le fond d'achat des regrattiers de dixième catégorie. Quelquefois, au milieu de ces détritus, se trouvent, par le plus grand des hasards, des feuillets de manuscrits gothiques, des gravures de Callot en premier état, des terres cuites du siècle dernier, des autographes de Voltaire ou de Lamartine; je ne vous conseillerai pourtant pas d'aller vous mêler à cette assemblée de la regratte, ce serait perdre votre temps et risquer de n'avoir ensuite qu'à vous gratter. Les salles du rez-de-chaussée, où l'on adjuge les rossignols de magasins en faillite et les meubles des bourgeois modestes, ne sont pas mieux fréquentées. Cinq salles,

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plus ou moins étroites portant les no» 11, 12, 13, 14 et 15 sont bondées d'un public spécial qui s'empile sur des estrades en bois, dans une promiscuité inquiétante; des effluves de senteurs variées nous arrivent, dès que nous entrons dans le couloir sur lequel s'ouvrent ces salles de vente; des relents d'ail, de vieux vernis et de guenilles; des odeurs de chambres mortuaires, de lits d'hôpital et de bouges de pochards se mélangent ensemble, pour former le bouquet de la basse brocante. Des bruits confus nous arrivent, vociférations des crieurs, enchères des assistants, toussaillements des catarrheux, ponctués, à intervalles irréguliers, par le coup de marteau du commissaire-priseur.

Bouchons-nous le nez, fuyons loin de ce Mazas des nippes infectes et des ébénisteries puantes. Nous sommes dans l'escalier qui conduit au premier étage ; à mi-chemin, à l'entresol, on aperçoit un réduit de quelques mètres carrés, où l'on offre, aux amateurs, un choix de toiles

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fraîchement peintes, encadrées de bordures dorées au procédé. « Messieurs, dit l'expert, nous mettons en vente un superbe paysage d'Onésime Grenouillel, Yue de Venise, dans le genre de Ziem; l'acquéreur pourra prendre le pendant, Yue de Coiistantinople, au prix d'adjudication du premier. Nous demandons quatre-vingts francs. » Silence sur toute la ligne; la mise à prix descend successivement plusieurs échelons de dix francs, personne ne souffle mot. « Voyons, messieurs, continue l'expert, je suis acheteur à quinze francs, suivez I )) De cinquante centimes en cinquante centimes, la toile de l'illustre Grenouillet arrive à vingt et un francs cinquante; elle est adjugée au docteur Malaprès, chirurgien-dentiste, qui profite de l'occasion pour s'offrir, au même taux, la Yue de Conslantinople. Le commissaire-priseur, avec des larmes dans la voix et l'air navré, dit : « Je crois bien, à ce prix-là, on peut prendre la paire, c'est donné! » On met alors sur table deux remarquables natures-mortes de Monflanchard, adjugées ensemble, pour dix-huit francs, à W^^ Henriette, logeuse en garni, impasse des Vertus. Nouvelles lamentations du commissaire-priseur. Ainsi de suite, se succèdent les croûtes les plus invraisemblables qui s'écoulent dans les prix doux, pour le plus grand ornement des loges de concierges, des bureaux de nourrices sur lieu et des tablesd'hôte de province. — Si nous repassons devant cette salle de vente, huit jours plus tard,

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nous retrouverons des toiles identiquement semblables à celles qui viennent d'être acquises; sans atteindre une cote plus élevée, elles seront adjugées par l'homme au marteau d'ivoire, sur le même ton pleurard et découragé. L'usine Grenouillet, Monjlanchard and C^ n'en continue pas moins à fonctionner, pour le plus grand luxe des salons de dentistes, des chambres meublées et des arrière-boutiques de mastroquets.

Nous arrivons maintenant, en haut de l'escalier; dans la salle n^ 1, s'étalent, avec une habile recherche de mise en scène, les objets mobihers provenant de la succession de la trop célèbre Dinah de La Charmille, victime d'un drame récent. Dans le fond, le lit de parade, monté avec le baldaquin et les rideaux ; à droite, accroché au mur, un tableau représentant une Danaé, sans aucun voile, fécondée par une pluie de pièces d'or à l'effigie du prince de Monaco; à gauche, le portrait en pied de Dinah, très décolletée, aux pieds de laquelle jappe un King-Gharles. On a groupé, avec art, une table de salle à manger, un buffet et des chaises en chêne sculpté, un meuble de salon en palissandre garni de soie vieil or, une psyché, un lavabo en marbre blanc, un large sopha en soie noire dont les ressorts sont quelque peu avachis, des vitrines remplies de sujets libertins en Saxe moderne. On se montre surtout une immense carpette de Smyrne, tachée de sang, sur laquelle fut retrouvée la malheureuse femme, à demi-

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nue et la gorge percée d'un coup de poignard. La salle est archi-comble, toute la fine fleur du sport, des coulisses et de la haute gomme est présente. Nos plus célèbres impures, coiffées de chapeaux extravagants, entourent le bureau du commissaire-priseur, qui ne s'est pas vu, depuis bien longtemps, à pareille fête; des souffles d'iris, d'hylang-hylang, d'opoponax encensent l'autel de Toracle. Ça va chaufl'er tout à l'heure, paraît-il, on parle d'une certaine cuvette, en argent massif, qui sera disputée à coups de banknotes; le vieux baron de X... veut l'acheter, à tout prix, comme souvenir.

Dans la safle no 5, on adjuge des médailles grecques, romaines et gallo-romaines; quelques messieurs, graves et décorés, munis de loupes, inspectent des pièces de bronze vert-de-grisé qu'on leur passe sur des plateaux, et contre lesquelles ils échangeront, tout à l'heure, des louis et des biflets de banque.

La salle no 4 est ordinairement consacrée à la vente des estampes et des dessins. Les amateurs et les marchands sont non moins sérieux ici que dans le local précédent. L'expert et le commissaire-priseur n'ont pas à faire de grand frais d'éloquence, les enchères se suivent paisiblement, et atteignent, en général, des prix convenables; la lutte ne devient assez vive que si l'on a signalé la présence des grands amateurs ou des représentants des collections publiques. M. Béraldi est-il là, vous allez voir monter les belles gravures en

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couleur du xyiip siècle, M. Faucou est-il assis dans un coin, les vues de Paris ne s'en iront pas à vil prix. Au •reste, la bataille est courtoise, on se passe, avec mille précautions, les feuilles volantes préservées par des chemises en papier bulle. Les acquéreurs de gravures

ou de dessins ne se soucient pas de laisser aller en magasin ce qu'ils achètent, ils gardent devant eux, se font faire un bordereau à leur nom, ou payent de suite. (( On garde, on paye! » annonce le crieur, en ce dernier cas.

De nouveaux arrivants remplissent, saris discontinuer, le couloir du milieu : ce ne sont que brocanteuses en chapeau à fleurs ou en bonnet de linge, millionnaires

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vêtus de paletots à collets de fourrure's, mendiants dépenaillés venant là pour se chauffer, filles en cheveux cherchant un adjudicataire, pâles voyoux en quête d'un chronomètre, dont ils s'exposent à payer les frais en poHce correctionnelle. L'odeur de Mazas monte du rez-de-chaussée au premier étage; des tourbillons de poussière nous entrent dans le larynx, un bruit de piétinements incessants et de bavardages mercantiles nous assourdit les oreilles, on étouffe dans une chaleur moite où se condensent les émanations des vêtements mouillés par la pluie et des vestes suantes des employés. Dans les autres salles, on vend soit des bijoux et des parures, soit des tableaux sous crasse ou trop nettoyés, soit le matériel d'un atelier d'artiste avec mannequins, chevalets, boîtes à couleurs, esquisses et statuettes en plâtre.

Entrons dans la salle n^ 6; les objets disparates que vous voyez forment ce qu'on appelle une vente composée, c'est-à-dire une vente résultant de l'association de plusieurs marchands désireux d'écouler leurs rossignols. Les naïfs qui se dirigent de ce côté, avec l'espérance de faire un coup, risquent fort d'être exploités. Dans un fouillis de choses à peine indiquées sur un catalogue sommaire, nous. distinguons quelques vieux meubles en chêne bâtis de pièces et de morceaux vermoulus, rebouchés tant bien que mal à la cire; des cadres itaUens fabriqués rue du Petit-Musc; des faïences

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de la Révolution cuites et décorées à Lille, l'année dernière; des boucliers du moyen âge, en galvano; des estampes sans valeur, d'apés Girodet Trioson ou M"^^ Haudebourt-Lescot; des paysages très flous, dont les bouleaux secouent leurs feuilles jaunes sur un étang pâle, avec un réveillon de vermillon sur la tête d'une figurine de second plan, et les initiales G. G. audacieusement apposées dans le coin gauche; quelques tableaux noirâtres attribués à Salvator et au Bourguignon; des portraits ovales de guerriers à perruques Louis XÏV, outrageusement repeints, etc., etc. Au milieu de ce ramassis peu attrayant, une toile mieux encadrée que les autres; elle représente une madone debout, son bambino dans les brag; un ange en adoration présente, aux divins personnages, le linge miraculeux de Véronique, où se dessine la sainte face; un brillant vernis s'étale sur cette composition baroque, œuvre de quelque italien de troisième ordre, peinte à la fm du xyip siècle. Ge tableau est pompeusement annoncé sur l'affiche , comme une des plus belles œuvres de Raphaël, il appartient non pas aux marchands coaUsés, mais à une vieille dame du Marais, qui rêve une fortune, depuis quarante ans, sur ce chef-d'œuvre. Quand on a besoin d'un clou pour une vente, on trouve toujours une vieille dame du Marais qui possède un Raphaël.

La vacation a débuté par l'écoulement de divers lots

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de gravures au tas, à moitié déchirées, et de photographies pisseuses d'il y a trente ans. Les meubles et les faïences ont été adjugés deux fois plus cher qu'on ne les aurait achetés en boutique. Un des portraits à perruque est présenté, maintenant, par l'expert, un petit homme louche, crasseux et grêlé comme une écumoire, il le donne comme étant le portrait du grand Gondé, par Hyacinthe Rigaud. « Très belle peinture, dit-il, facture large et puissante accusant le maître; elle est un peu ternie, mais le vernis fera tout revenir. » Pour accentuer son dire, il ajoute au conseil un commencement d'exécution, en projetant, sur la figure du célèbre capitaine, un jet de saUve qu'il étale complaisamment avec la paume de la main. Malgré cette toilette sommaire, le grand Gondé ne trouve pas marchand. « Retiré! » prononce le commissaire-priseur. En ce moment, un nuage, noir d'orage, passe sur l'hôtel Drouot; on n'y voit goutte, et les garçons de magasin bousculent brutalement les acheteurs pour allumer les becs de gaz. Quatre heures sonnent au cartel de la galerie; on va mettre en vente le fameux tableau de Raphaël; l'expert rajuste, pour la circonstance, son binocle sur son nez crochu. « Messieurs, le tableau que nous vous présentons est du divin Sanzio : l'ingéniosité du sujet est, en tous points, digne du maître; cette toile a, d'ailleurs, ses titres de noblesse, elle a été, pendant longtemps, dans un hôpital de Varsovie auquel

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elle avait été donnée par le pape Grégoire XV; nous demandons 40,000 francs. » Silence de mort, interrompu par un petit rire étouffé; pardon! le rieur n'est autre que votre serviteur. « Allons, messieurs, commençons par un prix, je suis toujours marchand à 5,000. » A ce mot, comme par enchantement, les enchères arrivent à 6,000 francs. « A 6,000 francs, messieurs, prononce le commissaire-priseur, 6,500, 7,000; faites passer, on demande à voir, 7,200; 300; 400; 7,500; personne ne dit mot, pas de regrets? 7,600; 7,800; 8,000 francs; hien vu, bien entendu, 8,000 francs, je vais adjuger; 9^000, dans le fond à droite, 9,200... 10,000, personne n'en veut plus, bien vu, pas de regretSj'bien entendu 10,000 francs le Raphaël... — Adjugé! » Le marteau, longtemps balancé comme la baguette d'un prestidigitateur, a frappé un coup sec sur le bois de la chaire aux enchères. Le louchon d'expert s'approche de M« Z . . . et lui glisse dans roreille le nom du dernier enchérisseur. M^Z... sourit, se penche vers son scribe qui sourit à son tour; celui-ci donne le mot au garçon de magasin chargé du précieux tableau ; un gros rire échappe à l'Auvergnat qui en a vu bien d'autres. « Quel peut donc être le badaud qui a pu se laisser enfler de la sorte? » me demandez-vous. Personne parbleu ! c'est la vieille dame du Marais qui a mis les 10,000 francs; elle avait secrètement averti l'écumoire d'expert qu'elle ne laisserait

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pas aller le tableau au-dessous, et, pour plus de sûreté, elle avait chargé son confident de pousser en son nom. Des compères, distribués dans la salle, avaient fait le jeu, et le tour était joué. La vieille dame paiera les frais, l'homme, qui nettoie le grand Condé en crachant dessus, touchera sa commission, et la Vierge à la serviette retournera s'accrocher, dans la rue Pavée, au chevet de sa propriétaire, qui fera encore des rêves d'or, devant l'œuvre du divin Sanzio. — Pour la consoler de son insuccès, le commissaire-priseur lui a insinué que c'était la faute au gouvernement et à Ferry. « Patience, attendez le règne de Boulanger, les Jésuites reviendront, et vous vendrez votre Raphaël 200,000 francs. ))

Dans le fond du couloir, on se bouscule pour pénétrer dans la salle no 8; un garçon est posté en travers de la porte, pour empêcher de pénétrer les personnes non munies de cartes; c'est jour d'exposition particuhère d'une collection représentant plus de 800,000 francs en tableaux et en objets de curiosité. Les critiques d'art, les collectionneurs de haute marque, les marchands venus de l'étranger, les grandes et honnestes dames piétinent sur place, en attendant leur tour d'entrer. On a beau adjoindre la salle 9 à la salle 8, il n'y a pas de place pour tout le monde, et ceux qui sont entrés ne ressortent pas vite. Tant de chefs-d'œuvre sont réunis en cet endroit, paraît-il : des Rembrandt dorés

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comme une grappe, des Van der Meer lumineux et rayonnants, des Rubens à fleur de chair, des Van Goyen blonds et transparents, des Fragonard voluptueux, des Gorot pâles et poétiques, des Delacroix érubescents, des Decamps fantastiques... — Quelle

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intéressante histoire de l'art il y aurait à faire, rien qu'en prenant comme sujets d'étude, les merveilles qui ont passé, depuis vingt ans, par les salles 8 et 9 de l'hôtel Drouot; combien de collections célèbres s'y sont éparpillées, sous le feu des enchères allumé par les Pillet, les Escribe, les Chevalier; à combien de splendides catalogues ornés d'eaux-fortes n'ont-elles pas donné naissance, listes précieuses pour les écrivains d'art, rédigées par des experts reconnus experts, qui se nomment : Haro, Ferai, Petit, Durand-Ruel, etc.. Ceux qui ont suivi ces ventes passionnantes n'ont qu'à fermer un instant les yeux, ils verront repasser, comme dans un songe, les milliers de toiles hors ligne des collections Pomersfelden, Edwards, Paturle, Michel de Trétaigne, Laurent-Richard, Papin, Schneider, Sedelmeyer, Jacobson, les œuvres provenant des ateliers de Millet, Delacroix, Fortuny,... les objets d'art recueiUis par Beurdeley, Benjamin Fillon, Jacquemart... Pensez aux milHons rapportés par ces ventes, et avouez que le local où elles s'effectuent est bien misérable et bien indigne de tant de splendeurs.

Il se fait temps que cette prison cellulaire de la brocante tombe sous la pioche des démolisseurs, pour faire place à une nouvelle construction spacieuse, bien éclairée et bien ventilée. Il devient nécessaire de créer de vastes amphithéâtres, où l'amateur, puisse voir à l'aise, et en belle lumière, les objets pour la

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possession desquels il jette une fortune sur le bureau de l'officier ministériel.

En 1858, quand l'hôtel Drouot fut construit, on s'extasiait devant cette bâtisse comme en face d'un palais. Le goût du sport artistique, de cette lutte à coup d'audace et de billets de banque, s'est tellement développé depuis trente ans, que le palais d'alors est plus qu'insuffisant à l'heure actuelle; on doit donc le raser pour cause d'utihté et de salubrité pubhques. Les brocanteurs et les truqueurs de toutes sortes ne réclament pas de semblables démolitions, ils se trouvent, m'assure-t-on, très à leur aise, dans cette incommode tanière; l'atmosphère leur en est salutaire, paraît-il, et ne nuit pas à leurs petites affaires. Ce n'est donc pas pour eux que je prends la parole, mais pour tous ceux qui, n'aimant pas se frotter de trop près à cette plèbe interlope, estiment que les grandes ventes de tableaux et d'objets d'art ont droit à une installation en rapport avec leur importance.

J'appelle donc, de tous mes vœux, le jour où l'on convoquera les entrepreneurs de démolition pour la vente des matériaux de l'hôtel Drouot, et le moment où le commissaire-priseur s'écriera : « Adjugé! »

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