SCÈNE III
ALBERT, BOURDALOUE
BOURDALOUE, montrant sa tête à la parle.
Tiens! c'est ouvert... (// entre.) Mademoi-
i selle Rosine, s'il vous plaît?... Elle y est?...
merci.
ALBERT, entrant. Y penses-tu ?. . . pénétrer
\ ainsi...
1 BOURDALOUE. Je pénètre... tant pis! je ■ pénètre...
ALBERT. Quoi! personne pour nous an- I noncer?
BOURDALOUE, sasseyant, à droite. Ces
laquais n'en font pas d'autres... Mais vois
i donc, vois donc quel joli intérieur! .. j'es-
i père que tu trouves le temple digne de la di-
I vinité.
! ALBERT, soucieux. Je trouve... je trouve
que j'ai cédé un peu vite à mon premier
mouvement... et, maintenant que j'ai écrit,
, que je suis venu... voilà que je redoute les
suites de cette double démarche.
! BOURDALOUE. Allons, bon! allons,
bon !
ALBERT. Je suis entré libre dans cette maison... qui sait si je n'en sortirai pas... BOURDALOUE. Marié ?... eh bien, après?... I une petite femme charmante!
i Ai.r.ERT. Parbleu! je sais mieux que toi i qu'elle est charmante!... mais...
BOURDALOUE, se Uvant. Et meublée!...
car, je ne perds pas la tète, moi, je pense au solide... {Touchant le siège d'un fauteuil.) Tàto donc, làtcdonc!... Comment! lu as l'air d'hésiier, quand tu trouves une femme jolie, spirituelle... des grâces... un mobilier... des vertus... etdes fauteuils élastiques!... Prends ça, mon cher, prends ça ou je m'en arrange immédiatement... [Avec conviction.) Je m'en arrangerais.
ALBERT. Soit.. . je sais que Rosine est jolie je vois qu'elle est riche.... mais tout
n'est pas là... Qui médit qu'elle possède les qualités de cœur et d'esprit qui justifieraient mon choix?... si je trouverais en elle ces talents divers, ces mille petits riens, auxquels nous tenons?...
BOURDALOUE. Ah! voilà...
On entend un prélude brillant exécuté au piano. ALBERT. Chut !
BOURDALOUE. On prélude sur quelque chose !
ALBERT, avec joie. Elle touche du piano, mon ami!
, BOURDALOUE, écoutant. Et comme elle y va !... comme elle lapoite !... {Quand le prélude est fini.) EWe est de la force de Listzl... je lui vote un sabre d'honneur !
On entend une ritournelle; une vois exécute un fragment d'air italien.
ALBERT, pendant léchant. C'est elle!
c'e-st elle qui chante !
BOURDALOUE, de même. Et de l'italien '. .. Per bacco ! c'est de Tiialien qu'elle lâche !
ALBERT. Tais-toi donc !
BOURDALOUE. Et des fioritures , à présent 1 elle chante des fioritures, comme moi avec Biscotin!... mieux même!... et tu balancerais encore, quand tu entends?...
Le chant s'arrête .
CORA, en dehors, avec force. Non, te disje, non!... laisse là ton piano, ton chant... je te déclare que cette lettre ne sortira pas d'ici !
ALBERT. Qu'est-ce donc?
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