‹ Parisiens et provinciaux (volume 2)Chapitre 18 sur 31 · CE (^UI ARRIVA PENDANT QUE CHACUN FAISAIT SON RÊVE · texte numérisé non relu

CE (^UI ARRIVA PENDANT QUE CHACUN FAISAIT SON RÊVE

Une semaine s'était écoulée.

Malgré sa confiance dans Tirrésistible influence du titre que son futur gendre apporterait à sa flUe , M. Peluche éprouvait un assez grand embarras pour annoncer à sa femme que, sans la consulter, il avait osé prendre une détermination de cette importance.

Chaque matin , en se levant, il descendait [dans la chambre de Madeleine , s'asseyait devant le secrétaire, choisissait une belle feuille de papier de grand format , taillait longuement une plume , rêvait un instant, écrivait la date au haut de la page, avec une calligraphie tout artistique, et s'arrêtait net après cet effort. Alors , après avoir mâchonné les barbes de la plume pendant quelques minutes , puisé une

demi-douzaine de fois dans sa tabatière , il décou* vrait invariablement un rendez-vous, une occupation imprévue, qui le forçait à remettre au lendemain une affaire trop grave pour être traitée à la hâte. Au bout de huit jours, le résultat des excellentes intentions de M. Peluche ne se résumait encore qu'en huit plumes taillées et huit feuilles de papier gâtées. Il est juste de reconnaître que, dans ces huit jours, les préoccupations champêtres de M. Peluche avaient pris un prodigieux essor.

Ce nouveau César n'eut pas plug tôt franchi le Rubicon, qu'il oublia jusqu'aux hésitations qui l'avaient retenu sur la rive, qu'il se montra aussi glorieux de sa défaite que si cette défaite eût été une victoire. La réaction qui s'était opérée dans ses sentiments en faveur d'Henri de Noroy avait été aussi profonde que soudaine. La position sociale du jeune homme, l'estime dont il jouissait dans le pays , sa fortune plus que convenable, chatouillaient si agréablement la petite vanité de M* Peluche, qu'il ne se souvint pas, durant une seconde , que ce gendre lui avait été pour ainsi dire imposé ; que non-seulement iLne prenait pas la peine de dissimuler sa satisfaction', mais que Madeleine eût été mal venu à prétendre que son initiative avait été pour quelque chose dans la conclusion de l'union projetée.

Ce mariage avait transporté M. Peluche en plein septième cieU et voici comment :

Les petites passions ont l'égoïsme pour corollaire : M. Peluché était trop vaniteux pour n'être

pas quelque peu enclin au culte de sa personnalité. Vaguement, sans se Tavouer à lui-même, lorsque Camille était devenue grandelette , il avait redouté e moment où un étranger viendrait lui ravir une part, non pas de sa fortune, mais de son bien le plus précieux , l'affection de son enfant. Vainement il avait essayé de dominer ses sourdes appréhensions par les grands mots de devoir, de dévouement, de sacrifice ; vainement il s^était proposé pour modèle l'exemple du pélican, qui déchire lui-même ses entrailles pour nourrir ses petits affamés, M. Peluche, comme il arrive aux hommes de peu d'énergie morale en maintes circonstances, n'était jamais parvenu qu!à doubler, pour ainsi dire, ses sentiments. Il avait désiré; à la fois, assurer le bonheur de sa tille , en la mariant , et le sien , en la conservant auprès de lui et surtout en ne partageant avec personne les petits soins auxquels Camille l'avait ûabitué. Il résultait de cette contradiction intime que, jusqu'alors, il avait accueilli avec enthousiasme tous les partis qui lui avaient été proposés pour , Camille, mais qu'il n'avait pas été moins enthousiaste à les déclarer indignes de l'honneur auquel i Is prétendaient.

Or, la réahté lui ménageait une surprise dont, au bout de huit jours, il n'était pas encore revenu.

Jamais Camille ne s'était montrée aussi expansive, aussi aimante que depuis le jour où son cœur avait donné un rival à son père dans ses affections.

D'un autre côté , la douceur , les prévenances ,

les égards dout Henri se montrait prodigue envers son futur beau-père, contrastaient trop vivement avec la rudesse à laquelle Tami Madeleine avait habitué M. Peluche , pour ne pas exercer une agréable influence sur celui-ci.

Au bout de deux jours, M. Peluche ne parlait plus sans attendrissement de ceux que déjà il appelait ses enfants.

D'un autre côté ,,il se trouvait appréhendé par sa fibre la plus sensible. Le parc, le château, qu'il avait considérés avec quelque dédain le jour de son arrivée à Noroy , mais auxquels il ne reconnaissait plus d'équivalent depuis qu'il voyait approcher le moment où il en deviendrait le propriétaire indirect, avaient pris place à côté'du fameux titre dans ses prédilections.

Levé , comme il le disait dans une réminiscence de la poétique du premier empire, à Theure où la blonde Aurore ouvre àPhébus les portes de l'Orient, il ne prenait que le temps de s'habiller , descendaitau jardin, détachait Figaro, et, escorté de l'incorrigible vagabond, il pénétrait dans la propriété de son gendre futur, il en parcourait les allées, s'arrêtait à tous les accidents de terrain , comptait les arbres , les palpait, les toisait, ne se rassasiait jamais de voir et de revoir. Riche lui-même, M. Peluche était pour la première fois de sa vie à même d'apprécier la fortune sous sa forme la plus positive, la terre; et, sous cette forme, il lui trouvait des charmes que n'avaient jamais eus les chiffons de papier qui repré- II 5

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aentaient le demi-million que lui-même il possédait. Il se surprenait à frapper de son pied le sable de Vallée qu'il parcourait et à s'écrier, avec une joie d'enfant :

— Ceci sera pourtant à ma fille !

Madeleine concourait , de «on côté , à maintenir son vieil ami dans les radieuses régions de cette félicité.

Tpus les jours, après le déjeuner, ils partaient pour la chasse. Depuis l'aventure tragi-comique qui avait signalé la première journée , Tex-bimbelotier se gardait bien de conduire M. Peluche contre d^autres adversaires que les lièvres, les lapins et les perdrix. Dans ces expéditions , le concours de Figaro étant non-seulement autorisé , mais indispensable, M. Peluche se consolait un peu des modestes proportions de ses victoires. Du reste , si ses victimes étaient petites , les victoires n'en étaient pas inoins éclatantes. La fameuse carnassière avait reçu le baptême du sang ; chaque soir , elle revenait au logis gonflée comme le sac d'un soldat après un pillage, et, lorsque, à table, on procédait au recensement des pièces abattues , c'était toujours lui qui se voyait décerner la royauté de la journée, honneur qu'il recevait sans modestie, mais aussi sans aucune espèce d'étonnement.

Cependant, la sincérité de l'historien exige que je déclare que Madeleine n'était point étranger à ces succès prodigieux.

Il se plaçait toujours à peu de distance de son

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vieux camarade et tirait en même temps que lui sur la pièce qui se levait, histoire d'appuyer le coup, comme il disait.

Si, par hasard, celle-ci s'en allait saine et sauve, M. Peluche gourmandait aigrement son ami sur ce qu'il appelait sa] déplorable habitude; mais, lorsqu'elle tombait, il ne se plaignait jamais.

Je veux raconter, en passant, un incident qui faillît compromettre la superbe confiance que M. Pehiche avait acquise par son habileté de tireur.

Un jour que Madeleine et lui traversaient presque côte à côte un taillis de deux ans, un lièvre se leva devant M. Peluche : deux détonations éclatèrent en une seule, et, de sa plus belle voix, le maître de ta Reine des fleurs s'écria :

— Apporte !

Mais, à sa grande surprise, au lieu du quadrupède qu*il attendait, il vit Figaro lui [rapporter une perdrix!

Pour le convaincre que cette pièce de gibier lui appartenait bien réellement, il fallut que Madeleine entamât la longue kyrielle des étranges quiproquos dont le hasard est l'occasion, et encore M. Peluche resta rêveur pendant le reste de la journée.

Si les heures semblaient si courtes et si bien employées à M. Peluche, que devaient- elles paraître à Camille?

11 y a dans la vie d'une jeune fille, si chaste, si retenue qu'elle soit, de vagues aspirations qui lui fournissent la prescience du rôle auquel elle est

destinée ici-bas : elle rêve l'amour avant d'en connaître le nom.

C'était là ce qui était arrivé à Camille.

Elle adorait son père, elle aimait tendrement sa belle-mère , mais cette affection n'absorbait pas aussi complètement son cœui^ qu'elle le supposait elle-même. Elle y sentait une sorte de vide qui rétonnait toujours et l'épouvantait quelquefois, et d'autant plus que ni la lecture , ni l'étude , ni les distractions ne sufiBsaient à le remplir. Alors, elle avait prêté plus d'attention à ce mot de mari prononcé souvent devant elle, et écouté jusqu'alors avec assez d'indifférence. Elle s'était derhandé si cette place où l'hôte manquait n'appartenait pas à l'inconnu, et une voix secrète venue du fond de son âme avait répondu : « Oui. » Elle avait frissonné, rougi; puis elle avait souri. Était-il donc possible qu'il pût obtenir d'elle autant que ceux à qui elle devait tout, cet être dont elle ignorait le nom, et qui, de son côté, ignorait lui-même qu'elle existât, qui, peutêtre, passait en ce moment sous ses fenêtres, sans que rien lui dît : Elle est là ! sans qu'un tressaillement lui apprît, à elle, que c'était lui ? Rassurée par cette réflexion, elle avait curieusement regardé autour d'elle, et, ne voyant personne qui, dans ce rôle, pût lui convenir, ne croyant pas qu'il y eût danger à tromper l'instinctif ennui qui, à certains moments, s'emparait d'elle, elle avait rêvé, et, lâchant la bride à son imagination , elle avait cherché comment, pour lui plaire, devait être celui que Dieu destinait

à devenir son compagnon déroute ici-bas. Cette simple interrogation avait provoqué la création d'un être idéal, vers lequel les pensées de Camille allaient se fixant d'autant plus volontiers, que non-seulement elle l'avait doté de toutes les perfections, mais qu'il était son œuvre. Bientôt, à la violence des battements de son cœur lorsqu'elle évoquait le fantôme, elle avait eu l'intuition de l'absolutisme avec lequel celui qui en prendrait la place régnerait sur ce cœur. Effrayée, elle avait voulu briser la statue; mais il était trop tard. Elle s'était fait une si douce habitude des consolations que ]^ rêverie ménageait à sa vie monotone, que son idéal n'était pas plus tôt en pièces, qu'elle en recueillait pieusement les débris et s'occupait à le reconstruire.

La première fois que Camille avait entendu la voix d'Henri, elle avait ressenti une étrangeémotion. Cette voix, il lui avait semblé la reconnaître; elle croyait être certaine que ce n'était pas ce jour-là seulement que cet accent remuait si doucement son âme. Quelques heures de tête-à-tête avec le jeune homme l'avaient laissée sous l'influence d'un sentiment indéfinissable qui tenait de la stupeur et de l'admiration, de la terreur et de la joie. Elle se sentait rougir et pâlir tour à tour ; son cœur battait avec violence ; elle était inquiète, agitée ; elle eût voulu s'éloigner, et sa volonté cédait à un attrait irrésistible. Dans la nuit, comme je l'ai dit plus haut, elle s'était recueillie. Inquiète du trouble qu'elle ressentait, elle s'était interrogée, elle s'était demandé s'il était possible

qu'un homme qu'elle connaissait depuis si peu de temps eût pris si promptement un empire sur son âme : elle s'était répondu négativemeAt. Elle se trompait, elle l'aimait, mais elle Taimait depuis longtemps. C'était le spectre de ses rêves qui avait pris corps, c'était Tincarnation de l'être imaginaire vers lequel, depuis quelque temps, allaient toutes ses pensées.

Un instant bouleversée par la brusque décision de son père, Camille n*avait j)oint tardé à reconnaître l'épanouissement du bonheur au milieu de ce désordre d'émotions. Sa physionomie avait été radieuse lorsqu'elle avait laissé tomber sa main dans la main que lui présentait le jeune homme, et elle n'avait pas eu la pensée de dissimuler sa joie. Peu à peu son cœur s'était ouvett à tous les enivrements de l'amour, et elle s'y était abandonnée sans réserve, Cet amour n avait pas la violence de la passion : il se manifestait par cette confiance calme et sereine qui caractérise les sentiments profonds.

Quatre jours ne s'étaient pas écoulés, qull }ui semblait que cette douce intimité avait des années de date, qu'elle était persuadée qu'elle devait se pro* longer aussi longtemps que durerait leur existence à tous les deux.

Le bonheur d'Henri ne le cédait en rien à celui de sa fiancée. Chaque jour, il reconnaissait en elle des qualités plus sérieuses et plus solides ; chaque jour, il subissait davantage l'influence de ses charmes et de sa douceur.

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Il s*était fait une habitude d'une petite flânerie matinale sous les fenêtres de la jeune fille. Dès qu'un pâle rayon de lumière avait glissé sur leurs carreaux, ces fenêtres tardaient rarement à s'ouvrir. De l'étage au rez-de-chaussée s'échangeaient des bonjours empreints d'autant de sollicitude que si des années d'absence eussent séparé les deux amants.

Promptement vêtue, Camille descendait pour retrouver son ami, et alors commençait un poème de joies pour lesquelles la journée semblait toujours trop courte. Ces joies étaient simples, un peu naïves ; mais quoi de plus charmant que l'idylle pour les amoureux ?

Malgré cette diversion inattendue, Camille obser*» vait religieusement le programme qu'elle s'était tracé pour l'emploi de son temps. Elle s'était substituée à la servante dans les soins à donner à la basse-cour, Henri l'accompagnait tandis qu'elle distribuait 1^ nourriture de toute la population emplumée : il par* tageait ses joies^ ses étonnements, ses admirations enfantines. Puis, tantôt seuls, tantôt accompagnés de M. Peluche, qui ne laissait pas toujours échapper cette occasion de s'essayer au rôle de châtelain, ils allaient visiter les ouvriers occupés soit dans le parc, soit dans les champs.

La nouvelle du prochain mariage s'était promptement répandue dans le village; les braves gens confondaient déjà la jeune fille dans les témoignages de reconnaissance et de dévouement qu'ils accordaient à leur mattre.

Après le déjeuner, alors que M. Peluche et Madeleine étaient partis pour la chasse : les deux jeunes gens décidaient de l'emploi de leur journée. Tantôt elle était consacrée à la promenade dans quelque beau site des environs ; ils la passaient à chercher dans les bois, dans les champs, de nouveaux sujets pour Talbum de Camille ; et tantôt, enfin, comme la première fois, ils l'employaient à des visites charitables.

La plupart du temps, ils étaient seuls, et cependant sous la meilleure des sauvegardes, la pureté de leur cœur et de leur amour.

Tantôt ils cheminaient côte à côte, silencieux, doucement recueillis et absorbés dans leurs pensées ; tantôt un incessant babil animait la promenade ; mais, dans leur causerie, jamais une phrase, un uot, ne faisait d'allusion aux sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Un regard, un furtif serrement de main, c^était tout ce qu'ils accordaient au besoin d'épancher leurs âmes; mkis ces âmes étaient déjà si parfaitement confondues, que ces regards, que ces étreintes valaient pour elles mille serments.

De tous nos personnages, Madeleine était donc le seul qui eût conscience de la durée exacte du temps et des heures et qui ne s'étonnât pas douze fois par jour de la rapidité avec laquelle elles passaient.

Deux ou trois fois dans le cours de cette semaine, Madeleine avait gourmande son vieil ami à propos de la fameuse lettre qui, tous les jours recommencée,

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menaçait de prendre lar tournure de la tapisserie de Pénélope. II n'avait pas tardé à reconnaître que ce n'était pas à la paresse ni à la multiplicité des occupations de M. Peluche qu'il fallait attribuer le retard que celui-ci apportait à une communication de cette importance, mais seulement à l'embarras qu'éprouvait le digne homme pour apprendre à la sévère Athénaïs qu'il avait dû prendre une détermination de cette importance sans la consulter.

En sa qualité d'homme d'action, Madeleine prit rapidement son parti.

Le samedi matin^ après sa promenade quotidienne dans ce qu'il appelait les domaines de son futur gendre, M. Peluche s'était [mis à la recherche de son hôte. Ne le trouvant pas dans le jardin, il était monté à sa chambre; cette chambre était vide. Il l'avait demandé à tous les échos. La servante lui avait répondu en lui annonçant que son maître était parti le matin même pour Villers-Cotterets, sans indiquer le but de son voyage, sans dire à quelle heure il serait de retour.

Après le déjeuner, force fut à M. > Peluche de se passer du compagnonnage dont il s'était fait une douce habitude et de s'en aller tout seul à la chasse, escorté de Figaro.

Mais ce jour-là était de ceux qui se marquent d'une pierre noire. La présence de Madeleine n'était probablement pas étrangère à l'excellente conduite de Figaro depuis quelque temps. Privé de cette tutelle, il reconquit en un instant tous les instincts II. 5.

indisciplinés qui l'avaient rendu célèbre. Le nez et la que: :e au vent, il se lança dans la plaine avec des façons de pandour, battant Testrade à un kilomètre de son maître et beaucoup trop occupé de ses petites distractions personnelles pour se soucier le moins du monde des claquements de fouet, des coups de sifflet, des injonctions menaçantes de celui-ci. Lièvres, perdrix, tout s'enfuyait devant le sacripant, et si loin, que M. Peluche consomma en leur honneur une bonne demi-livre dé poudre sans que ses adversaires eussent seulement entendu le plomb siffler à leurs oreilles. M. Peluche fit une première connaissance avec la bredouille. Je n'ai pas besoin de dire qu'il était d'une humeur massacrante. Comme tous les vainqueurs, il se révoltait contre sa défaite ; il en accusait tout le monde, excepté lui. Il rejetait sur Figaro, nouveau Grouchy, la honte de ce nouveau Waterloo. Quelques accusations aigres-douces s'en allèrent même à l'adresse du gouvernement de son choix , qu'il osa soupçonner de tromperie dans là qualité de la poudre qu'il lui avait fournie. Mais ce fut Madeleine qui devint l'objet de ses récriminations les plus virulentes. Où était-il? que faisait-il ? pourquoi ne se trouvait-il pas là ?

Madeleine ne parut pas plus au dîner qu'il n'avait paru au déjeuner, et, le lendemain matin, M. Peluche, qui n'avait fait qu'un saut de sa chambre à la chambre de son ami, put acquérir la conviction que Tex-bimbelotier avait découché, ce qui lui fit froncer le sourcil.

Sur les huit heures du matin, Camille et Henri se promenaient dans le parc. M. Peluche, qui commençait à trouver que la journée était longue, était allé à la cuisine surveiller les apprêts d'un salmis sur lequel il comptait un peu pour tromper ses ennuis, lorsque le bruit d'une voiture retentit sur la^route et lui fit mettre le nez sur le perron.

M. Peluche reconnut la carriole qui l'avait amené lui-même. Il la vit s'arréterj devant la grille de la cour, et presque aussitôt Madeleine s'élançait en dehors avec sa vivacité habituelle.

— C'est bien heureux! s'écria M. Peluche en courant au-devant de son ami, et vous avouerez que vous avez une singulière façon de vous conduire avec les hôtes que vous recevez, mille î...

Pour la première fois de sa vie peut-être, M. Peluche allait jurer; mais l'imprécation expira dans sa gorge, et, en même temps, il recula d'un pas en ar« rière.

Dans l'encadrement d'osier, entre les deux petits rideaux de cuir, il venait d'apercevoir une figure pâle encadrée de deux tire-bouchons noirs, qui avait produit sur lui l'effet de la tête de Méduse.

Cette figure, c'était celle de madame Athénals Peluche, à laquelle Madeleine présentait le poing et pour laquelle celui-ci faisait galamment un marchepied de son genop .

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