EXPLICATION CONJUGALE
Si les greaadiers qui avaient l'honneur de marchei' sous M. Peluche avaient été là pour observer leur digne capitaine, la réputation de fermeté stoïque dont celui-ci jouissait dans la compagnie s'en fût quelque peu altérée. Ses couleurs disparurent instantanément non-seulement de son visage, mais de ses lèvres, et, à un premier mouvement purement instinctif de retraite, il en ajouta un second qui devenait plus compromettant.
Je dois avouer que la physionomie de madame Peluche n'était point, en effet, rassurante pour un époux aussi épris de tranquiUité, aussi ennemi du bruit, que Pétait le maître de la Reine des fleurs.
Le visage de madame Peluche n'accusait pas seulement les fatigues d'une nuit d'insomnie, il portait les marques de vives, de véhémentes émotions. Elle était pâle, ses paupières étaient tuméfiées et rougies ; sa chevelure, dont elle arrondissait les boucles avec des soins si méthodiques et si minutieux, paraissait en désordre ; enfin, ses sourcils froncés, ses Jèvres contractées, indiquaient qu'elle était en proie à une colère qui, d'instant en instant, pouvait faire explosion.
Madeleine lui avait offert son bras ; elle ne daigna pas remercier le bimbelotier de ses galantes attentions et marcha droit à son mari.
La conviction qu'il n'échapperait pas à ^explosion qu'il redoutait rendit à M. Peluche quelque courage. Il essaya de sourire et s'avança, de son côté, vers sa femme, les bras étendus pour l'embrasser. Madame Peluche ne se refusa point à l'étreinte conjugale: mais elle ne rendit pas non plus à son mari les deux baisers retentissants que celui-ci avait appliqués sur ses joues, et elle lui dit sans autre préambule :
— Montons à votre chambre, j'ai à vous parler.
M. Peluche jeta sur Madeleine un regard chargé d'angoisses et de reproches, regard qui le suppliait de ne pas l'abandonner dans l'épreuve.
Mais Madeleine lui-même paraissait éprouver un embarras qui n'était pas dans ses habitudes. A l'animation de son teint, à l'éclat de ses yeux, il était facile de voir que le voyage ne s'était point passé sans qu'il eût eu lui-même à essuyer le premier effort de la bourrasque.
Cependant, il suivit les deux époux'; mais, au moment où il allait entrer dans la chambre, sur les pas de Madame Peluche, celle-ci ferma brusquement la porte, et, donnant un tour à la clef, elle le laissa dehors.
M. Peluche était trop consterné pour hasarder une observation : il regarda piteusement sa femme : elle
était tombée sur un fauteuil et elle caohalt son visage dans 8on mouchoir.
Jusqu'alors, M. Peluche n'avait été que sous l'influence de son appréhension pour tout ce qui ressemblait à une scène ; la douleur d'Âthénaïs fit entrer le remords dans son cœur. Il s'approcha d'elle, il essaya de prendre une main qui se déroba à son étreinte.
— Pardonne-moi, Âthénaïs, dit-il d'une voix humble et caressante. J'ai eu tort de ne pas t'écrira, j'en conviens ; mais je te jure que j'allais le faire aujourd'hui même. C'est la faute de Madeleine: tous les jours, des chasses, des parties de plaisir. J'y suis si peu habitué, qu'il m'est bien pardonnable de m'être laissé entraîner un peu plus que de raison.iTu ne sais pas,? j'ai tué un sanglier, un sanglier magnifique.
— Oh ! répondit Athénaïs avec aigreur, vous êtes modeste; vous avez encore accompli de bien autres chefs-d'œuvre.
— Ah ! Madeleine t'a dit? Eh bien ! je crois que j'ai découvert un excellent parti pour notre enfant. Du reste, tu vas voir le jeune homme tout à l'heure. Je ne veux t'en rien dire, pour ne pas t'enlever le plaisir de la surprise; mais je suis sûr que tu seras, comme moi, enchantée.
— S'il vous plaît, c'est tout ce qu'il faut. D'ailleurs, il serait probablement un peu tard pour ne pas le trouver chàtoant.
— Tu verras, bichette, que c'est impossible. Fi-
gure-toi une perfection de jeune homme : beau sans fatuité, élégant sans morgue, instruit sans prétentions, doux et modeste ; château^ parc, vingt-cinq mille livres de rente ; la rosette de la Légion, dont je n'ai que le ruban; vicomte. . .
— Et bâtard, par-dessus le marché, interrompit Athénaïs.
— Bâtard I s'écria M. Peluche, pourpre de colère.
— Ah I notre ami Madeleine vous avait caché ce petit détail! Eh bien, moi qui l'ai confessé sur le chemin, je puis vous l'apprendre. Oui, bâtard, ou fils naturel, si vous l'aimez mieux.
— Madeleine m'avait bien dit qu'il y avait quelque irrégularité dans la naissance; mais qu'importe, après tout ! Datons-nous des croisades? Avons-nous le droit de nous montrer si difficiles?
— Nous ne datons que de nous-mêmes ; mais nous pouvons indiquer, année par année, mois par mois, pour ainsi dire, jour par jour, la source et l'accroissement de notre fortune. Savez-vous si votre futur gendre peut en dire autant?
— Qu'est-ce que cela signifie ? demanda M, Peluche.
— Oh ! vous qui n'auriez pas livré une douzaine de grosses de fleurs de papier à un détaillant avant de vous être euquis de sa solvabilité, c'est avec cette insouciance que vous avez conclu une affaire dont dépendait la destinée de votre enfant ?
-r Morbleu!,..
— Au fait, vous aviez la garantie de M. Made*
88 PARISIEiNS ET PROVINCIAUX
leins; une telle caution 'est jtout à fait rassurante 1
— Madeleine est un honnête homme î s'écria M. Peluche avec une nuance d'impatience.
— Je ne dis pas non ; cependant, pour que nous nous inclinions devant sa probité, il serait à propos qu'il nous expliquât comment il se peut faire qu'à Tépoque où nous le connaissions fabricant de jouets à cinq sous, fort besoigneux et toujours en retard de deux échéances sur trois, il se trouvait bien et dûment le légitime propriétaire des prés, terres, bois parc et château dont vous m'avez fait Ténumération tout à l'heure.
— Madeleine? C'est impossible.
— Cela est si peu impossible, qu'il y a sept ans, par ce qu'on appelle une donation entre vifs, il abandonnait tout cela au jeune homme dont vous voule? faire votre gendre. Or, on ne dispose ordinairement que de ce que l'on possède. Il est bien étrange,^' Monsieur, que ce soit moi, qui ne suis point la mère de Camille, qui ne me sois point crue dispensée de toute prudence, lorsque son avenir était en jeu. Je n'ai passé qu'une demi-heure à Villers-Gotterets ; c'a été assez pour que j'aie tenu dans mes mains l'acte dont je vous parle.
/ — Vous avez raison, ma bonne, amie, s'écria M. Peluche, il faut que Madeleine s'explique, et je sais...
En disant ces mots, il portait la main à l'espagnolette, afin d'ouvrir la fenêtre; mais Athénaïs l'arrêta.
— Pourquoi? lui dit-elle. Êcoutez-moi. J'ai le droit de m'oflfenser de votre conduite. Lorsque vous m'avez épousée, Camille avait trois ans; en sortant, de Tégllse, vous m'avez conduite devant le berceau où elle dormait ; vous Tavez prise dans vos bras, et vous m'avez dit : « Vous lui serez une bonne mère, n'est-ce pas?» Je vous le promis et je crois avoir acquis le droit de dire que j'ai tenu religieusement ma parole. Devais-je m'attendre à être traitée en étrangère dans une circonstance aussi grave ? Cependant, je vous le jure, je ferais bon marché de ma dignité de femme et de belle-mère, si je savais, par ce sacrifice, assurer le bonheur de celle que j'ai si longtemps traitée de flUe. Malheureusement, je crains qu'il n'en soit point ainsi. Les avantages dont vous m'avez tracé le tableau me paraissent singulièrement assombris par ces mystères de naissance et de fortune. Je comprends difficilement que vous, Anatole, dont la droiture, dont l'honorabilité, n'ont jamais été soupçonnées, vous vous soyez décidé à vous aventurer dans ces ténèbres.
— C'est très-juste, tout ce que tu dis là, et c'est précisément pour cela que j'aurais voulu savoir de Madeleine...
— A quoi bon? Plus habile que vous, M. Madeleine a su vous amener où il souhaitait : est-il donc nécessaire d'ajouter à son triomphe la petite satisfaction de vous voir solliciter humblement des expUcations trop tardives?
M. Peluche se mordit les lèvres de dépit. Athé-
naïs s'aperçut qu'elle avait touché Fendroit seasible ; elle continua :
— D'ailleurs, ses explications, à quoi serviraientelles? Constitueraient-elles l'état civil qui manque à ce soi-disant vicomte? Donneraient-elles à sa fortune une origine moins équivoque? Non. Si, en mon absence, vous avez été assez imprudent pour laisser les choses s'engager à ce point qu'une rupture soit impossible, ce que nous avons de mieux à faire, c'est de cacher nos regrets et de nous taire. Si, au contraire, continua madame Peluche en baissant la voix, vous ne vous considérez pas comme irrévocablement engagé . . .
— Morbleu 1 dit M. Peluche le notaire n*y a pas encore passé et je puis toujours...
— Eh bien ?
-— Tirer notre révérence à Madeleine en retournant rue Bourg-l'Abbé.
— Alors, si vous voulez m'en croire, Anatole, le plus tôt sera le meilleur.
M. Peluche allait et venait dans la chambre en se grattant la tête, en donnant tous les signes d'une violente perplexité. Certainement, il était loin d'être décidé à renoncer au mariage qui avait fini par trouver en lui tant d'enthousiasme ; mais cet enthousiasme n'en était pas moins fort ébranlé, et madame Athénaïs,qui s'en était aperçue, était fort disposée à porter les derniers coups à ses irrésolutions. Son peu de sympathie pour Madeleine devait nécessaire-
ment s'étendre au prétendu que celui-ci aurait patronné. Cependant, sa malveillance eût peut-être été toute passive sans les circonstances aggravantes dont la décision de M. Peluche se trouvait entourée. Ha* bituée à être consultée comme un oracle, à régner despotîquement dans son intérieur comme dans son magasin, Athénaïs avait considéré le silence de son mari comme le plus sanglant des outi'ages. Ni les explications de Madeleine, ni la démarche que celui-ci avait hasardée, n'étaient parvenues à tempérer son indignation, et elle aurait probablement fini par faire prévaloir ses idées si, au moment où elle allait prendre la parole, on n'eût frappé à la porte de la chambre.
Madeleine^ gui connaissait de longue date la faiblesse de son vieil ami, n'était pas sans inquiétude sur les conséquences de l'entretien conjugal. 11 avait été chercher Camille, qui accourait tout essoufflée.
En entrant dans l'appartement, celle-ci se jeta au cou de sa belle-mère et l'embrassa avec eflFusion. Madame Peluche lui rendit ses caresses avec beaucoup d'émotion, sincère ou simulée.
— Quelle bonne idée vous avez eue de venir, ma mère ! Aujourd'hui, rien ne manquera à notre bonheur.
Le front de -M. Peluche se plissa; quelques larmes se glissèrent entre les cils d'Athénaïs.
— Chère enfant ! dit-elle avec attendrissement, je ne me consolerais jamais si elle était malheureuse I
— Malheureuse! reprit Camille avec un angélique
sourire, voilà un mot qui ne vous viendra point à la pensée lorsque vous aurez vu Henri.
— Pauvre petite ! continua madame Peluche avec le même ton larmoyant. Hélas ! à ton âge, dans de pareilles circonstances les illusions sont, bien excusables, mais c'est à nous de ne les point partager.
•— Que voulez-vous dire, ma mère î s'écria Camille avec inquiétude.
T-Ne te désole pas, petite! ta mère, tu le sais, c'est rincamation de la raison et de la sagesse ; elle trouve que nous avons été un peu vite tous les deux, et peut-être n'a-t-elle pas tout à fait tort.
— Oh I qu'elle attende au moinsà conn^Utre Henri avant de nous condamner, mon père !
— Mon enfant reprit sentencieusement M. Peluche, je ne doute pas des perfections que tu lui supposes, mais je n'en persiste pas moins dans mon opinion. A côté des convenances personnelles, il en est d'autres dont les parents sont seuls appelés à rester juges, et, si ces convenances ne leur semblent pas réunies aux premières, il est de leur devoir d'exiger de leur fllle le sacrifice de ses inclinations.
A ces mots, Camille était devenue pâle, et ses yeux s'étaient remplis de larmes.
— Oui, dit-elle d'une voix mal assurée, et il est également du devoir d'une fille de respecter la volonté de ses parents. Mon père a toujours trouvé en moi une enfant aussi soumise qu'elle était tendre ; qu'il parle...
— Ta ta ta! s'écria M. Peluche déjà bouleversé par FémotioD de la jeune fille, nous n'en sommes pas là ; nous nous sommes trop pressés, c'est évident : enfin il faut voir, il faut réfléchir.
— Tu aurais grand tort de te désoler, ajouta madame Peluche. Si ton père décidait que cette union ne te convient pas, je te promets de me mettre en quête, et de te découvrir un mari qui, après huit jours, ne te semblera pas moins charmant que celui que tu auras perdu.
— Oh ! ma mère, dit Camille avec un triste sourire, ce serait là un soin bien inutile.
— Pourquoi ?
-r- Parce que, si je ne suis pas à Henri, je ne serai à personne.
Camille avait prononcé ces mots avec une fermeté, avec une résolution singulières; madame Peluche lui répondit par un petit éclat de rire nerveux et strident. Alors, la jeune fille étendit le bras vers un petit christ d'ivoire, placé au-dessus du lit et que Ton entrevoyait à travers les rideaux de l'alcôve, et elle s'écria :
— Devant Dieu, je le jure!
Le serment que Camille avait prononcé sans emphase portait l'empreinte d'une détermination si froide, si réfléchie, qu'il épouvanta M. Peluche.
— Camille! Camille! s'écria-t-il avec un accent qui tenait à la fois de la prière et de la menace,
— Mon bon père, dit la jeune fille en tournant vers lui son visage baigné de larmes, je vous le
' répète, quelle que soit votre volonté, je m'y soumettrai avec respect et sans laisser amoindrir rattachement que je vous dois ; mais je ne crois pas que votre autorité puisse exiger plus que ce renoncement qui sera complet; je vous demanderai donc de ne jamais me parler d'autres mariages, et encore une grâce, celle de ne pas me communiquer les raisons que vous aurez eues pour renoncer.à une union qui, hier encore, avait votre approbation. Je ne sais, mais il me semble que je ne survivrais pas à ce coup trop violent, et si je dois,., vous quitter, je veux mourir avec cette conviction qui me consolera, qu4l était digne de moi ; je veux mourir en l'aimant.
L'émotion de Camille avait été si profonde, quelle avait été forcée de s'asseoir; peu à peu sa pâleur était devenue plus intense; elle faisait des eiforts évidents pour parler, elle n'y arrivait que par la toute^puissance de la volonté.
Au moment où le dernier mot expirait sur ses lèvres, sa tête se renversa en arrière, ses yeux se fermèrent à demi, un dernier frisson fit vibrer ses lèvres, et elle demeura inanimée.
A la vue de sa fille sans connaissance, M. Peluche perdit la raison : tandis qu'Athénaïs, un peu déconcertée par ce dénoûment, faisait respirer des sels à la jeune fille, il se précipita aux pieds de celle-ci, il lui prit les mainâ, il les couvrit de baisers, tout en lui parlant comme si elle eût pu l'entendre.
— Tu l'épouseras, fillette, disait-il, tu l'épouseras! Est-ce que je savais, moi, qu'il avait comme
cela pris racine dans ton cœur? Puisque je te dis que tu l'épouseras, reviens à toi! Ah! mon Dieu! que cela me fait donc mal de la voir comme celai Ne dirait-on pas qu*elle est morte, mon Dieu ! mais je consens, mon enfant,]mais je consens î — Et pourquoi d'ailleurs ne consentirions-nous pas, n'est-ce pas, Âthénaïs, de quelque part que lui viennent les cinq cent mille francs? Je t'en prie, dis-lui toi-même qu'elle l'épousera. — Ouvre tes yeux, parle, ma Gamille, je t'en conjure I
Les lamentations du pauvre père furent entendues de Madeleine qui accourut. En voyant Camille sans connaissance, il ne put s'empêcher de lancer un regard courroucé à madame Peluche ; mais, s'occupant d'abord de Camille, il ouvrit la fenêtre et enleva la jeune fille dans son fauteuil pour la placer dans un courant d'air dont l'action bienfaisante ne tarda pas à la ranimer.
Aussitôt que M. Peluche, vit les yeux alanguis de Camille retrouver quelque éclat, et ses lèvres reprendre leur couleur purpuritie, il l'embrassa avec transport, et il allait lui renouveler l'assurance qu'il ne s'opposerait pas à son mariage, mais Madeleine lui mit la main sur la bouche.
— Un instant! dit celui-ci. Sans avoir écouté aux portes, je devine ce qui s'est dit ici tout à l'heure, et je ne te reconnais plus le droit de parler de ce mariage avant de m'avoir entendu. Voici ta fille qui revient à elle; il ne reste plus qu'à lui faire avaler un verre d'eau sucrée, ce dont madame Peluche
veut bien se charger ; toi, viens avec moi dans le jardin, car c'est à toi et à toi seul que je veux faire une confidence.
Madame Peluche se mordit les lèvres de dépit : elle comprenait que cet entretien achèverait ce que les larmes et l'évanouissement de Camille avaient commencé, qu'elle avait complètement perdu le peu de terrain qu'elle avait conquis pendant la première partie de son entretien avec son mari. Go double échec ne lui inspira pas de plus bienveillants sentiments pour le futur gendre, au contraire; mais elle était femme, elle n'hésita point à dissimuler, en se promettant bien de prendre sa revanche, si l'occasion s'en présentait.
Lorsque Camille eut retrouvé ses forces, elle manifesta le désir de monter dans sa chambre. La pauvre enfant n'avait point entendu les protestations que lui avait adressées son père ; sa belle-mère ne se croyait point autorisée à l'avertir du nouveau revirement qui s'était opéré dans l'esprit de M. Peluche, et, persuadée qu'elle allait à jamais être séparée de celui qu'elle aimait, elle éprouvait le besoin d'être seule, afin de pleurer en liberté.
Athénaïs aida Camille à s'étendre sur son lit ; au moment où elle s'engageait dans l'escalier, un pas bruyant en fit retentir les premières marches : c'était M. Peluche qui revenait; la physionomie du digne fleuriste était radieuse.
— Ah! Athénaïs, s'écria-t-il sans se donner le temps d'entrer dans sa chambre, Athénaïs, comme
tu te trompais, notre ami Gassius n'est pas seulement un homme honnête, c'est un homme d'une probité qui... d'une probité que... d'une probité antique comme son nom I
— Je n'en avais jamais douté, dit madame Peluche avec un rire railleur, et j'étais convaincue à l'avance que vous croiriez tout ce qu'il lui semblerait bon de vous raconter.
— Enfin, l'essentiel, continua M. Peluche, l'essentiel, c'est que tu peux calmer tes appréhensions, mabichette. La fortune du jeune homme est bien à lui, elle lui vient de celui duquel il est toujours honorable de recevoir, de son père : elle n'a été qu'un fidéi-commis dans les mains de notre ami. Hein I te souviens-tu de lui dans sa grande redingote de castorine pelée, lorsqu'il venait m'emprunter cent sous et que tu prétendais que je finirais sur la paille, si je les lui prétais? te serais-tu jamais doutée qu'il y eût cinq cent mille francs dans la poche de cette redingote-là ? •
•— En effet, c'était assez invraisemblable, dit madame Peluche avec un sourire aigre-doux.
.— Brave Madeleine, je crois que je l'aime davantage depuis que je le sais capable de souffrir la misère et de laisser protester ses billets à côté d'un tas d'or qui ne lui appartenait pas,
— C'est fort beau, en efiet, dit Athénaïs ; mais vous a-t-il raconté comment, en raison de quelles circonstauces une *somme aussi considérable avait