L ATLANTIQUE
Madeleine reçut cette déclaration avec la simplicité de rhomme qui pense accomplir un devoir, mais qui ne pense pas que l'accomplissement de ce devoir vaille l'admiration de son prochain.
Il montra la chaise à don Luis.
— Il VOUS reste à me dire ce qui me procure l'honneur de votre visite, lui dit-il. Quant à moi, j'ai fini, et n*ai plus qu'à attendre votre décision.
Don Luis reprit sa place.
— Monsieur, lui dit-il, de même que vous avez voulu qu'il ne restât aucun doute dans mon esprit, je désire qu'il ne reste aucune hésitation dans le vôtre, car plus vous êtes droit et loyal envers moi, plus je dois être loyal et droit envers vous.
» Après la mort de mon grand-père le colonel Ovando, après son mariage avec ma mère, mon père, le comte de Noroy, crut devoir adopter le même parti que celui auquel mon grand-père avait sacrifié sa vie.
» Rosas, après s'être fait dictateur de Buenos- Âyres, menaçait Montevideo.
» Vous ne savez pas en France ce que c'est que Rosas ; par conséquent, vous ne pouvez comprendre ni le sort dont il nous menace, ni la haine que nous avons contre lui.
» Peu de temps après la révolution de 1810, un jeune homme de quinze à seize ans sortait de Buenos- Ayres, abandonnant la ville ; il avait le visage troublé et le pas rapide. Ce jeune homme s'appelait Juan Manuel Rosas.
» Pourquoi, presque enfant encore, abandonnait-il déjà la maison où il était né ? Pourquoi, homme de la ville, allait-il demander un asile à la campagne ? d'est que lui, qui devait un jour souffleter la patrie, avait commencé par souffleter sa mère, et que la
malédiction paternelle le poussait loin du foyer de la famille.
» C'était le moment où l'Amérique du Sud appelait ses enfants sous les étendards de l'indépendance. Tandis que les compagnons de Rosas se réunissaient pour repousser Tétrangei*, lui se perdait dans les pampas, se donnait à la vie du gaucho, adoptait son costume et ses mœurs, et devenait un des meilleurs cavaliers et un des hommes les plus habiles de ces immenses plaines dans le maniement du lasso et de la bola.
» Puis il entra comme peon àdJiQ uneestancîa, devint capitaz, puis mayordomo.
» Mais, au milieu de ces immenses solitudes, il ré* vait son avenir et le préparait : errant dans les pam" pas, confondu avec les gauchos, il se faisait le com* pagnon de misère du pauvre, flattant les préjugés de l'homme de la campagne, l'excitant contre l'homme des villes, lui révélant sa force, lui démontrant la supériorité du nombre et tâchant de lui faire comprendre que, dès qu'elle le voudrait, la campagne serait la maîtresse de la ville, qui si longtemps avait pesé sur elle.
T> Un jour, la milice de Buenos-Ayres s'insurge contre le gouverneur. Un régiment des milices de la campagne, les colorados de las conchaSy entrent dans la ville, ayant un colonel à qui Buenos-Ayres est connu, et qui est connu à Buenos-Ayres.
» Ce colonel, c'est Rosas.
)» lie lendemain, les milices de la campagne et les
milices de la ville en yiennent aux xnâins. Les milices de la ville sont battues.
j> Alors, la campagne se lève en masse, se porte sur Buenos-Ayres, envahit la ville, et fait son chef chef du gouvernement,
» Ce chef, c'est Rosas.
» En 1830, il est élu gouverneur par l'influence de la caropagne et malgré Topposition de la ville.
» Arrivé à ce poste éminent, Rosas essaye de se réconcilier avec la civilisatiou. Il semble oublier les mœurs sauvages adoptées par lui jusque-là, Le gaucho cherche à devenir l'homme de la ville. Le serpent veut changer de peau. Mais la ville résiste à, ses avances, mais la civilisation refuse de gracier le traître qui a passé dans le camp de la barbarie, Rosas se montre-t-il habillé en uniforme militaire, les hommes d'épée se demandent tout haut sur quel champ de bataille il a gagné ses épaulettes. Parle-t-il dans une réunion, l'homme de lettres demande à l'homme de goût où Rosas a pris un pareil style, Âpparalt-il dans une tertullia, les femmes se le montrent au doigt en disant : « Voilà le gaucho tra- » vesti ; » et tout cela, qui l'attaque par derrière et de côté, — lui revient en face avec la morsure poignante de répigramme anonyme.
» Les trois années de son gouvernement se passèrent dans cette lutte mortelle à son orgueil, si bien que, lorsqu'il résigna le pouvoir et descendit l'escalier du palais, Tâme navrée de haine, le cœur trempé de fiel, comprenant que pour lui il n'y avait
^ prend
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malédictioii paternelle le poussait loin da foyer de la famille.
» Cétait le moment où F Amérique du Sud appelait ses enfants sous les étendards de l'indépendance. Tandis que les compagnons de Rosas se réunissaient pour repousser Tétrangei', lui se perdait dans les pampas, se donnait à la vie du gaucho, adoptait son costume et ses mœurs, et devenait un des meilleurs cavaliers et un des *hommes les plus habiles de ce^ immenses plaines dans le maniement du lasso et de labola.
» Puis il entra comme pean dans ime estancia, devint capUaz, puis mayordotno.
» Mais, au milieu de ces immenses solitudes, il rêvait son avenir et le préparait : errant dans les pam pas, confondu avec les gauchos, il se faisait le com-* pagnon de misère du pauvre, flattant les préjugés de l'homme de la campagne, l'excitant contre l'homme des villes, lui révélant sa force, lui démontrant la supériorité du nombre et tâchant de lui faire comprendi'e que, dès qu'elle le voudrait, la campagne »^ maîtresse de la ville, qui si longtemps avait ie.
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plus d'alliance possible avec la ville, il alla retrouver ses fidèles gauchos, ses estancias, dont il était le seigneur ; cette campagne, dont il était le roi ; mais il ne s'éloignait qu'avec l'intention de rentrer un jour à Buenos-Ayres comme Sylla était rentré dans Rome, c'est-à-dire en dictateur, l'épée d'une main, la torche de l'autre.
» Pour arriver à ce but, voici ce qu'il fit. Il demanda au gouvernement de lui donner un commandement dans l'armée qui marchait contre les Indiens sauvages. Le gouvernement, qui le redoutait, crut l'éloigner en lui accordant cette faveur. Il lui donna toutes les troupes dont il pouvait disposer.
9 Alors, à la tête de six ou sept mille hommes, il suscita une révolution à Buenos-Ayres, se fit appeler au pouvoir, ne l'accepta qu'avec les conditions qu'il voulait imposer, puisqu'il tenait toute la force armée du pays, et rentra dans la ville avec la dictature la plus absolue que l'on eût jamais connue, avec toda la suma deb poder publico.
» C'est-à-dire avec toute l'étendue du pouvoir public!
» Une fois là, le grand travail de Rosas fut d'abolir la fédération que Lopez, Quiroga et Cullen avaient eu tant de peine à établir, le premier comme fondateur, le second comme chef, le troisième comme conseil.
» Lopez, ce même Lopez qui fit fusiller mongrandpère, tombe malade, Rosas le fait apporter à Buenos-Ayres et le soigne chez lui.
» Lopez meurt empoisonné !
» Quiroga échappe à vingt combats plus meurtriers les uns que les autres ; son courage est passé en exemple, son bonheur en proverbe.
» Quiroga meurt assassiné I
B CuUen devient gouverneur de Santa-Fé ; Rosas lui improvise î une révolution; Cullen est livré à Rosas par le gouverneur de San-Yago.
» Cullen meurt fusillé !
» A partir de ce moment, Rosas arrivé à la toutepuissance et débarrassé de ses ennemis, commença sa vengeance contre les classes élevées, qui si longtemps l'avaient tenu en mépris. Au milieu des hommes les plus aristocrates et les plus élégants, il se montrait sans cesse vêtu de la chaquUa ou sans cravate ; il donnait des bals, qu'il présidait avec sa femme et sa fille, et auxquels, à l'exclusion de tout ce qu'il y avait de distingué à Buenos-Ayres, il invi- * tait les charretiers, les muletiers, les bouchers et jusqu'aux affranchis de la ville. 11 ouvrit un jour un de ces bals, lui dansant avec une esclave, et sa fille avec un gaucho I
» Il proclama un jour ce terrible principe :
» Celui qui n'est pas avec moi est contre moi.
» Et, dès lors, tout homme lui déplaisant fut marqué pour la mort et n'eut plus droit, ni à la liberté, ni à la vie, ni à l'honneur I
» Alors s'organisa sous ses auspices la fameuse société de Mas-Horcas — encore des potences,— Tout homme désigné par Rosas sous le nom d'unitaire^
c'est-à-dire de républicain voulant l'unité, fut un homme perdu; désigné aujourd'hui aux bourreaux ou aux assassins, on le trouvait demain pendu à une lanterne ou assassiné à un coin de rue.
i> Le matin^ on voyait les charretiers de la police recueillir tranquillement dans les rues les corps des pendus et des assassinés, et aller chercher aux prisons les cadavres de ceux qui étaient censés avoir été fusillés après jugement, puis, pendus, assassinés, fusillés, conduire tous ces cadavres anonymes à un grand fossé, où on les jetait pêle-mêle, sans qu'il fût même permis aux familles des victimes de venir reconnaître leurs parents et de leur rendre les derniers devoirs.
y> Les charretiers qui conduisaient ces restes déplorables annonçaient leur venue par d'atroces plaisanteries qui faisaient fermer les portes et fuir la population devant eux. On les a vus détacher les têtes des cadavres, en emplir des papiers, et, du cri habituel aux marchands de fruits de la campagne, les offrir aux passants effrayés en criant :
j> — • Voilà des pêches unitaires I qui vçut des pêches unitaires?
» Ce qui n'était venu ni à l'idée de Tibère, ni à celle de Néron, ni à celle de Doraitien, Rosas l'exécuta. Après avoir tué le père ou l'époux, il défendait au fils ou à la^femme de porterie deuil. La loi contenant cette prohibition fut non-seulement proclamée, mais afiichée. Sans cette loi, {.on n'eût vu à Buenos-Ayres que des habits de deuil !
PARISIENS ET PROVINCIAUI 139
« Les proscrits vinrent chercher on asile à Montévidéo.
» Ces proscrits arrivaient en foule et débarquaient sur le port, où les attendaient les habitants de Montevideo, liés avec eux du lien fédératif. A mesure qu'ils mettaient pied à terre, les Monté vidéens les accueillaient, choisissant, à raison de leurs ressour* ces pécuniaires ou de la grandeur des habitations, le nombre d'émigrants qu'ils pouvaient héberger. Aloi*s, vivres, argent, habits^ tout était mis à la disposition de ces malheureux jusqu'à ce qu^ils se fussent créé quelque ressource, ce à quoi tout le monde les aidait. Et, de leur côté, les proscrits, reconnaissants, se mettaient aussitôt au travail, afin d'alléger le fardeau qu'ils imposaient à leurs hôtes, et leur donner ainsi le moyen d'accueillir de nouveaux fugitifs.
9 Mon père eut ainsi dans les trois maisons que nous possédons à Montevideo jusqu'à soixante proscrits.
» C'est à cette hospitalité accordée aux hommes qu'il poursuivait que Montevideo doit la haine de Rosas.
» Il défendit à Montevideo de recevoir les émigrants de Buenos-Ayres, ou la menaça de sa colère.
» Montevideo ne tint aucun compte des menaces de Bosas.
» Alors, la guerre fut déclarée en 1838, commença entre les deux nations et dure encore.
» Mon père fut un des premiers à s'engager sous les drapeaux de la République orientale. Il assista à tous les combats qui se livrèrent de 1838 à 1842, c'est-à-dire jusqu'au moment où nous fûmes battus à la bataille d'Arroyo-Grande.
» Je dis où nous fûmes battus, parce qu'à cette bataille, je faisais mes premières armes.
» L'armée de Rosas était forte de 14,000 hommes; — le chiffre vous fait sourire, vous, hommes du continent européen qui avez fait partie d'armées de 4 à 500,000 hommes; — mais celui qui meurt pour sa patrie, ne comptât-elle, comme Sparte ou Montevideo, que 320,000 habitants , fait le même sacrifice à cette patrie que celui qui meurt pour un peuple de 40 millions d'habitants, puisqu'il lui donne tout ce qu'il peut lui donner : sa vie. Ne riez donc pas de la faiblesse de cette armée, car, bien plus faible qu'elle encore, nous n'avions pas 2,000 hommes à lui opposer.
» Et, en effet, toute la puissance delà République orientale montait à quatre cents soldats sous les ordres du général Médina, et quatre cents autres sous les ordres de mon père, et à douze cents recrues sous les ordres du colonel Pacheco y Obès.
2> Ces trois détachements se réunirent sous le feu de l'avant-garde ennemie, et quatre ou cinq mille volontaires, dont la majeure partie appartenait aux proscrits, deux légions, l'une française, l'autre italienne, appartenant aux colonies française et italienne de Montevideo, vinrent se joindre à eux.
» Alors, on vit un de ces spectacles que le patriotisme seul peut offrir aux yeux des nations étonnées : six mille hommes désorganisés, presque sans armes, disputèrent le pays pas à pas à l'armée de Rosas. Notre marche se faisait au milieu des contrées incendiées par l'ennemi; et, protégées par nous, marchaient au milieu de nous toutes les familles fugitives dont, au risque des périls qu'elles faisaient courir à ses défenseurs, on protégea ainsi la retraite jusqu'à Montevideo.
» Car il n'y avait point de merci pour ceux qui tombaient entre les mains de Rosas.
0 Citons trois exemples.
B Le colonel Zeballaran est tué. Son corps, abandonné par nous, est trouvé sur le champ de bataille, et sa tête apportée à Rosas.
30 Rosas passe trois ou quatre heures à rouler celte tête sous son pied et à cracher dessus. Alors, il apprend qu'un autre colonel, frère d'armes de celui-ci, est prisonnier. Son premier mouvement est de le faire fusiller. Mais il se ravise ; au lieu de la mort, il le condamne à la torture. Le prisonnier, pendant trois jours, restera attaché à la muraille de son cachot, de façon que, chaque fois qu'il ouvrira les yeux, ses yeux se reporteront sur cette tête coupée exposée sur une table.
» Le colonel Videla, ancien gouverneur de Saint- Louis, est condamné par Rosas à être fusillé. Au moment du supplice, le fils du condamné se jette dans ses bras ;
» — Séparez-les l ditRosas.
» Mais l'enfant se cramponne à son père.
» ^- Alors, dit Rosas impatienté, fusillez^les tous les deuxl
D Et le père et Tenfant tombent frappés dans les bras Tun de l'autre.
» Rosas retrouve dans un petit village près de C!orrientèsune jeune fille de dix-huit ans, d'une des premières familles de Buenos-Ayres, qui a été séduite par un prêtre de vingt-quatre ans, et qui s'est enfuie avec lui.
» Ils se disaient mariés, les pauvres enfants, et vivaient d'une espèce d'école qu'ils avaient ouverte. Corrientès tombe au pouvoir de Rosas. Les deux fugitifs sont pris et amenés au dictateur.
» — Qu'on les fusille, dit-il.
» — Mais, Excellence, objecte celui à qui est donné cet ordre, Gamilla CfGormann, c'est le nom de la jeune femme, est enceinte de huit mois.
» — Baptisez le ventre, répond Rosas.
j> Rosas est bon chrétien et veut sauver T&me de l'enfant.
» Le ventre baptisé, Camilla (ÏGormann est fusillée.
» Trois balles traversèrent les bras de la malheureuse mère, qui, par un mouvement instinctif, les avait étendus pour protéger son enfant.
ou ESAU DOHNE SON DROIT d'AÎNESSI POUR RIEN
— Je me suis longuement étendu sur les crimes de Rosas, continua don Luis, afin que vous sachiez bien à quel homme nous avons affaire et combien sainte est la guerre que nous lui faisons; nous devons y dépenser notre dernière obole et y verser la dernière goutte de notre sang.
» Mon père m'a donné Texemple, je le suivrai.
» Le !•' janvier 1843, Tarmée orientale, ralliée sur les hauteurs de Montevideo, vit paraître Tarmée ennemie ; mais, au lieu de chercher un refuge derrière les murailles de la ville, elle se contenta de demander des vivres et des munitions, et, ayant confié la ville à la population qu'elle protégeait, elle prit la campagne pour manœuvrer et dit à la ville « : Défends-toi » et compte sur nous. »
» Urighi, qui a écrit jour par jour l'histoire de notre lutte avec Rosas, expose la situation où se trouva la République orientale après la bataille de FArroyo- Grande, et clôt Tannée 1842 par ces sombres paroles :
» Le soleil de décembre, en noyant ses rayons )» dans l'Océan, nous laissa :
» Battus à Textérieur,
» Sans armes,
» Sans soldats, même à Tintérieur,
» Sans matériel de guerre,
» Sans argent,
» Sans revenus,
» Sans crédit. »
» La situation de Montevideo était donc à peu près désespérée.
» Par bonheur, il existait un homme qui, quand tout le monde désespérait, ne désespéra point.
» Cet homme était le colonel Pacheco y Obès.
» Ses proclamations pleines d'énergie, sa foi dans le triomphe de la cause nationale, ramenèrent Tenthou. siasme éteint, et, comme je l'ai dit, il fut le premier après la bataille de l'Arroyo-Grande, qui réunit un corps de 1,200 hommes, et autour duquel, comme je vous l'ai dit encore, s'organisa la résistance.
» Le général Riveira était chef de la République.
» Le 3 février 1843, il organisa un nouveau ministère. La voix publique désignait, à la guerre et à la marine, le colonel Pacheco : il y fut appelé. Dans les circonstances où nous nous trouvions, le ministère de la guerre était une espèce de dictature.
» Tout homme apte à porter les armes fut enrégimenté sans qu'aucune considération pût le dispenser de servir.
» Pas une seule exception ne fut tolérée. » Le ministre de la guerre dictait ses décrets et se chargeait lui-même de les faire exécuter.
» Soa premier décret fut celui-ci :
* La patrie est en danger,
» Celui qui refusera à la pairie son or et son sang sera puni de mort.
» Le jour où fut rendu ce décret, mon père versa au ministère des finances, en or et en argent monnayé , en bijoux, en diamants et en argenterie, pour une valeur d'un million.
» Au reste, le ministre de la guerre avait commencé d'exercer ses rigueurs sur sa propre famille.
» L'armée ennemie approchait; on allait combattre. On cherchait une maison assez grande pour servir d'ambulance; le colonel s'aperçut que sa maison était justement telle qu'il la fallait. II en fait sortir sa mère et ses sœurs.
9 Mais notre mère est malade et va être sans asile^ lui font observer ses sœurs.
» — II est impossible, répond le colonel, qu'une porte ne s'ouvre pas dans tout Montevideo pour donner l'hospitalité à la mère du ministre de la guerre.
» La porte de mon père s'ouvrit; nous recueillimes la mère malade et les deux sœurs fugitives, et la ville assiégée eut un hôpital.
» Deux jeunes gens, cousins germains du ministre,
confiants dans leurs rapports de parenté avec lui,
n'obéissaient point au décret qui convertissait en
soldat tout homme en état de porter les armes. Le