II
buteau peut renverser Paris de fond ea comble, nous avons assez de pierres pour le rebâtir.
— Qu'il le renverse donc et que nous fassions vite fortune. Il me faut cinq cent mille francs dans un an.
— Laissez-moi mener la chose, monsieur Madeleine, et ce n'est pas cinq cent mille francs que vous aurez, c'est un million.
— Et^ le jour où j'aurai im million, si c'est d'ici à un an, il y aura cent mille francs pour le père Augustin.
— Bon! dit le père Augustin en riant, je. puis me maiier; mes enfants auront cinq mille livres de rente.
Madeleine et le: père Augustin reprirent le chemin de la ferme et trouvèrent Henri levé et les attendant.
— Pardon, cher parrain, dit Henri, c'est mon dernier jour de paresse.
Madeleine lui prit la tête et embrassa comme il eût fait d'un enfant ; puis :
— Henri, lui dit-il, sur mes trente mille francs, j'ouvre un crédit de dix mille francs au père Augustin.
Se retournant alors vers celui-ci :
— Est'-ce assez pour marcher ? lui demanda-t-il.
— Non-seulement pour marcher, lui répondit celui-ci> mais pour courir, même!
es QUS KiiDElZIHS AlLiiî FÀlBE A PARIS
Le soir même, Madeleine, après s'être lait donner par le père Augustin un état de la pierre qu'il pouvait fournir, partit pour Paris.
La première chose que fit Madeleine en arrivant dans la capitale des Francs modernes, fut d'aller chez son tailleur, de lui commander des habits, redingotes et pantalons noirs, non plus larges et dégingandés, comme il les lui faisait autrefois, pour aller aux Trois Couronnes ou à la Closerie des Lilas mais tels qu'il convient au propriétaire d'une carrière valant plusieurs millions, et venant ofTrir de la pierre tendre, du banc royal et de la pierre dure aux premiers architectes de Paris.
Mais, pour faire une visite à son ami Peluche, il ne jugea point à propos d'attendre qu'habits et pantalons fussent confectionnés. Il se munit seulement d*une jolie bourriche de gibier contenant deux lapins, deux perdrix rouges, deux faisans, et d'une non moins jolie bourriche de poisson, contenant deux carpes, une anguille, ime friture de juènes et une cinquantaine de belles écrevisses.
De sorte qu'un beau matin, du haut du tabouret où il se trouvait près de sa femme, M. Peluche,
comme aux jours premiers de cette histoire, et avant que tous les événements que nous avons racontés eussent jeté leur ombre sur son front majestueux, vit, à travers le vitrage du magasin de la Reine des fleurs^ apparaître Madeleine, vétii de son costume campagnard et tenant une bourriche de chaque main. Il faut le dire, le premier mouvement de M. Peluche fut de s'écrier : « Madeleine I ohl ce pauvre Madeleine !» et de s'élancer vers lui.'
— Contenez- vous, monsieur Peluche , lui dit la voix aigre de sa femme, et souvenez-vous de TafEront que cet homme a fait subir à votre fille, et à vous par contre-coup.
— Non, dit M. Peluche, il n'y a pas d'affront là dedans. M. Henri était un charmant garçon, et, s'il y a quelque chose à lui reprocher, c'est d'avoir été trop délicat avec ce brigand d'Américain venu tout exprès de Montevideo pour ruiner nos espérances.
— Et fort heureusement, reprit plus aigrement encore madame Peluche, arrivé à temps pour empêcher de se faire un mariage qui eût ruiné notre fortune.
— Silence 1 fit M. Peluche de ce ton impératif qu'il savait prendre dans les grandes occasions, voici Madeleine I
Madame Peluche se pinça les lèvres, mais ne répondit rien. Madeleine ouvrait la porte.
— Bonjour, les amis, dit-il, bonjour 1 Je viens m'inviter à diner avec vous aujourd'hui, et je vous apporte l'entrée et le rôti.
Et il jeta les deux bourriches sur le plancher.
— Ta n'avais point besoin de cela pour être le bienvenu, tu le sais bien, mon cher Madeleine, dit M. Peluche en lui ouvrant les bras à quatre pas de distance, comme on fait au théâtre.
Mais, avant que Madeleine se fût jeté dans les bras de son ami, Camille, qui, de l'entre-sol où elle faisait sa résidence, avait vu venir Madeleine, Camille s'était jetée dans les bras de son parrain. Madeleine profita de cet embrassement prolongé pour glisser dans la poche du tablier de soie de la jeune ûlle une lettre qu'il avait invité son filleul à écrire, et qu'il s'était chargé de faire parvenir à son adresse. Quoiqu'elle fût certainement aussi chatouilleuse qu'Elmire, Camille ne témoigna par aucun tressaillement qu'elle eût senti la main de Madeleine froisser la soie de ses vêtements ; elle n'en appuya au contraire que plus fort ses lèvres sur les joues de Madeleine en disant :
— Parrain, cher parrain l
L'étreinte de M. Peluche, qui avait eu le temps de se refroidir un peu sous le regard courroucé d*Athénaïs« fut moins expressive que celle de Camille, mais suffisante cependant de la part d'un ami, à qui sa position sociale impose une certaine dignité.
Madame Peluche vint après et se contenta d'échanger une révérence contre le salut respectueux et compassé de Madeleine. Puis on ouvrit les deux bourriches.
Madeleine, il faut le dire, comptait un peu sur cette
ouverture pour reconquérir le cœur de madame Peluche, qu'il savait être femme de ménage avant tout.
Et, en effet, quand de Tune madame Peluche rit sortir les deux lapins avec leur fourrure grise, les deux perdreaux avec leurs brodequins rouges et leurs poitrines maillées^ le faisan avec son cou mordoré et sa longue queue aiguisée comme un poignard ; de l'autre, les carpes avec leur veatre doré et rebondi» ranguiUe^ qui se mit à ramper comme si elle sortait de la rivière, et les écrevisses, qui, sans s'inquiéter des juènes restés au fond, escaladaient les murailles d'osier, se laissaient tomber sur le parquet et se mettaient à courir dans toutes les directions, l'œil de madame Peluche s'anima, et, d'un seul regard, de ce regard de ménagère qui embrasse un fourneau tout entier, si grand qu'il soit, elle vit les lapins gibelo^ tant dans le sautoir, l'anguille et une des carpes matelottant dans le chaudron, les perdreaux: rôtissant à la broche, les écrevisses rougissant dans la casse* rôle, et, malgré cette splendide abondance, laissant encore pour le lendemain sur les planches de Toffice * la plus grosse des carpes et le faisan i
-^ Mesdemoiselles, dit^Ue, aidez^moi à rattraper cette anguille et à ramasser les écrevisses.
Les distractions étaient rares dans le magasin de M. Peluche; aussi les jeunes filles, malgré la peur qu'elles avaient de cette anguille qui, par la grosseur encore plus que par la forme, se rapprochait du serpent, et de ces écrevisses qui, appuyées à lerur queue, levaient contre leurs jolis doigts blancs leurs hideu-
PARISIENS ET PHOVÎlfCîAtJX 223
ses pinces noires; peut-être même à cause de cette peur, — les femmes ne haïssent pas toujours ce qui leur fait peur, — elles commencèrent à Tinstant contre les fugitives une bruyante croisade dont mademoiselle Peluche fut le Godefroy de Bouillon. Force resta à la loi, comme disait M. Peluche; an^. guille et écrevisses rentrèrent dans la bourriche, où elles attendirent le moment de passer dans le chaudron et la casserole. Seulement, il est probable que la loi leur parut injuste.
M. Peluche, tout au contraire de sa femme, avait suivi le déballage du gibier et du poisson d'un œil attristé. Il pensait à son beau fusil sculpté qui por<tait si bien et si juste lorsque Madeleine tirait en même temps que lui; il pensait à ces chasses spl^idides qu'il avait faites sur le territoire de Noroy, qu'il croyait le sien, ou tout au moins celui de son gendre; il pensait à ces grands trèfles parfumés qu'il foulait insoucieusement aux pieds dans son mépris des fleurs et des plantes naturelles; il pensait à ces javelles couchées sur la terre qu'il relevait du bout de son soulier et d'où s'envolait parfois une perdrix séparée de sa bande ; il pensait aux buissons qu'il fouillait du bout de son fusil, et de l'autre côté desquels partait un lapin dont il n'apercevait que la queue blanche et qui disparaissait dans un autre buis** son avant qu'il eût eu le temps de mettre son fusil à son épaule; il pensait enfin à ce fameux bois de Vouty, où, comme Hercule dans la forêt de Némée, il avait lutté contre des monstres dont il avait rapporté la
dépouille ; et, en rêvant à toutes ces choses, il laissa échapper un soupir.
Ce soupir fit lever les yeux à Madeleine.
— A quoi penses-tu? demanda-t-il à son ami.
-^ Je pense aux beaux jours qui ne reviendront plus, répondit M. Peluche en essayant de prendre un accent et une pose mélancoliques.
— Et pourquoi ces beaux jours ne reviendront-ils plus?
— Parce que le territoire sur lequel nous faisions nos exploits est passé en des mains étrangères.
— Bon I il nous en reste encore a^sez, comme tu le vois, pour défrayer la maison de gibier et en offrir à nos amis.
—•Mais, sur ce qu'il en reste, nous nous trouverions avec des personnes que nous ne pouvons plus revoir.
— Et pourquoi ne peux-tu plus revoir ces personnes-là, ou plutôt cette personne-là?
— Après ce qui s'est passé?
— Que s'est-il passé? dit Madeleine. Un jeune homme beau, loyal, irréprochable, qui se croyait riche, a aimé ta fiUe et a été aimé d'elle. Au moment de répouser, c'est-à-dire à l'heure qui allait combler tous ses vœux, il a appris qu'une fortune qu'il croyait à lui, que tout le monde croyait à lui, était à un autre. Il n'avait qu'un mot à dire pour la garder tout entière, qu'un signe à faire pour la partager. Il n'a pas dit ce mot, il n'a pas fait ce signe et a sacrifié son bonheur à une délicatesse exagérée. Mais où
diable as- tu vu qu une délicatesse exagérée fût un motif de ne pas revoir les gens?
— Oh ! je ne dis pas que M. Henri ne soit pas un homme honorable sous tous les rapports, et^ au moment même où tu entrais , je disais à madame Peluche... — Que te disais-je, Athénaïs?
— Des choses qu'il est inutile de répéter devant votre fille.
— Et pourquoi , dit Madeleine, est-il inutile de répéter devant Camille qu'elle a aimé un hommp qui était en tout point digne d'elle? Eh bien, moi, je vous dis que vous vous reverrez et que vous serez enchantés de vous revoir.
— Moi, certainement, de mon côté... Je n'ai rien contre M. Henri, et, si le hasard me fait le ren-. contrer...
— Oui, dit Athénaïs; mais il ne faut pas trop qvCil compte sur ce hasard-là.
— Boni dit Madeleine, je vous invite tous, dans six mois, à l'ouverture de la chasse, à la ferme.
— Mais, dit M. Peluche, les terres ne sont plus à M. Henri; où chasserons-nous?
— Sur le plateau d'abord, où j'ai tué ces perdrix, ces lapins et ce faisan ; puis sur toutes les autres terres. Il n'y a pas besoin que les terres soient à M. Henri pour que moi et mes amis chassions dessus.
— J'espère, monsieur Peluche, dit Athénaïs de plus en plus aigre, que vous ne permettrez pas que votre fille nevoie jamais ce jeune homme ?
— Mon père.»., murmura Camille enjoignant les mains.
— Laissons faire le temps, madame Peluche, dit Madeleine; l'homme sage ne prend d'engagement ni pour ni contre l'avenir. Maiutenant, continua-t-il, j'ar quelques eourses à faire, ne m'attendez que pour dîner.
Puis, s'adressant à M. Peluche :
»^ La station des cabriolets de régie est-elle toujours sous la grande porte de la rue Saint-Honoré? demanda-t-il.
— Bon I murmura Peluche, le voilà qui va prendre un cabriolet de régie quand il peut prendre un véhicule à vingt-cinq sous : un homme ruiné !
— D'abord, mon cher Peluche, c'est Henri et non pas moi qui est ruiné ; moi, je suis rentré dans vingt mille francs qui m'étaient dus, et sur lesquels je ne comptais plus ; tu vois que ma fortume, au contraire, a tiercé ; puis, avec un cabriolet de régie, je ferai toutes mes courses en un jour, tandis qu'avec un véhicule à vingt-cinq sous, il m'en faudrait trois : mauvaise spéculation, gomme tu vois. Enfin, mon cher Peluche, ajouta Madeleine prenant dans sa poche une poignée d'or, je te donne ma parole que, de même que je suis venu à Paris avec mon argent, je m'en retournerai avec mon argent, attendu que je ne dépenserai probablement pas ce que j'ai apporté.
Et, à ces mots, il ouvrit, sous le nez de Pelache, sa main, qui contenait quinze ou dix-huit cents francs en napoléons et en louis d'or. Il y a une chose bi-
zarre, c'est que, si riches que soient les gens qui travaillent avec du papier, maniassent-ils cent mille francs de billets à ordre par jour, la vue de l'or a toujours son effet sur eux. Peluche s'inclina devant l'or de Madeleine et ne fit plus d'observation. Seulement, lorsque Madeleine sortit, il fit à madame Pd» luche un geste de la tête et des épaules qui voulait dire: « Tu vois! »
— Je crois bien, répondit Âthénaïs, il mange son capital, et, quand il l'aura mangé, c'est à vous qu'il aura recours.
— Oh ! Madame, murmura Camille, je crois mon parrain trop .fier pour demander jamais l'aumône à personne.
— Madame, dît Peluche à son tour, je ne sais si mon ami Madeleine mange son capital et son revenu ; mais ce que je sais, c'est que sans lui trèsprobablement vous n'auriez plus d'époux et que Camille n'aurait plus de père. Il m'a sauvé la vie, et, ce jour-là, je lui ai dit ; « Madeleine, la caisse du magasin de la Reine des fleurs est ta caisse. » S'il tire dessus pour une somme raisonnable, bien entendu, il sera fait honneur à sa signature.
— Oh! mon père, mon bon père î s'écria Camille. Pendant que la famille Peluche se livrait à cette
discussion dont il étaitrobjet,Madeleines'acheminait vers la rue Saint-Honoré, où il prenait un remise à l'heure, malgré l'économique avis de son ami Anatole. Il se fit d'abord conduire à l'hôtel de ville, que l'on était en train de rebâtir presque entière-
ment, puisqu'on en refaisait trois façades sur quatre.
Il descendit devant les palissades.
Force ouvriers travaillaient la pierre ; Madeleine s'approcha d'eux et s'assura que cette pierre était celle qu'on désigne sous le nom de banc royal; seulement, celle qu'il ^vait sous les yeux était d'un grain moins serré que la sienne, et, par conséquent, moins beau. Il lia conversation avec un homme qui con* duisait les travaux en se faisant passer près de lui pour un homme de l'état. Cette connaissance de la construction admise,, Madeleine n'eut pas- de peine à se faire conduire de l'autre côté des palissades. Là, il trouva l'architecte. C'était un garçon charmant, nommé Lesueur. Madeleine se présenta à lui comme un homme qui pouvait lui procurer du banc royal plus beau et à meilleur marché que celui dont il se servait. L'architecte secoua la tête d'un air de doute.
— Combien payez-vous votre pierre? lui demanda Madeleine.
— Quarante-cinq francs le mètre cube rendue à Paris, lui dit l'architecte.
— Si on vous la donnait plus belle que celle-ci à quarante-trois francs ?
— Ce serait deux francs d'économie, et, comme il nous en faut cent mille mètres cubes encore, ce serait deux cent mille francs que nous gagnerions à cela.
— Je vous répète, dit Madeleine, que je puis vous donner du banc royal plus beau que celui-ci à quarante-trois francs.
— Et, en supposant qu'il soit plus beau et que je Taccepte^ pour combien de mètres cubes pourriez* vous vous engager?
— Mais pour les cent mille mètres cubes dont vous avez besoin.
L'architecte regarda avec étonnement cet homme, vôtu comme un ouvrier, qui Tenait lui offrir une affaire de quatre millions trois cent mille francs. '
— Monsieur, lui dit-il, si la pierre est telle que vous l'annoncez, et si vous pouvez nous en fournir la quantité nécessaire, c*est marché fait. Mais comment nous assurerons-nous de la qualité de la pierre ?
— Dans quinze jours, mes échantillons seront au canal Saint-Martin. Seulement, je voudrais une assurance.
— Laquelle?
— C'est que, dans quinze jours, si ma pierre, à dire d'experts, et c'est vous qui les nommerez, est plus belle que la vôtre, vous êtes lié vis-à-vis de moi.
— Sans doute.
— Ne pourrait-on pas passer un petit bout de traité à ce sujet ?
— Je ne suis pas compétent.
— Mais avec qui de droit?
— Alors, ce serait avec M. le préfet.
— Avec M. de Rambuteau sans doute, je ne demande pas mieux.
•— On vous imposera un dédit.
— C'est me dire que j'aurais ' droit à un dédit semblable.
— Probablement.
— Eh bien , je me tiendrai à la disposition de M. le préfet. Mon adresse est au Plat d'étain; mon nom est Madeleine.
L'architecte [tira un carnet de sa poche et y iU" scriyit l'adresse et le nom de Madeleine.
Madeleine salna l'architecte, monta en voiture, et alla successivement faire les mêmes offres au Timbre, à la Banque» aux gares de l'Est, du Nord et de Lyon : «^ ces troi3 derniers bâtiments étaient en construction, les trois autres en réparation. Partout U fit des offres au-dessous du cours, et partout il eut promesse de réponse pour la même semaine.
Et, en effet, à la fin de la même semaine, il avait des traités conditionnels avec l'hôtel de ville pour soixante mille mètres cubes de banc royal, avec la Banque et le Timbre pour cinquante mille mètres chacun de ce même banc royal; enfin, avec les trois gares, pour cent quatre-vingt mille mètres de pierre tendre. En tout, ni avait, si la pierre était telle qu'il l'avait dit, pour treize millions septcent mille francs de commandes. Et, de plus, il avait promesse des ingénieurs des fortifications, qui avaient encore trois ou quatre forts à achever, d'un achat de soixante mille mètres de pierre dure à cinquante-cinq francs le mètre, si l'échantillon convenait.
M.* Peluche avait été fort intrigué de voir Madeleine dans des toilettes presque ministérielles^ habit
noir et cravate blanche; Madeleine qu'il n'avait jamais vu qu'en paletot noisette, en pantalon à la co-^ saque et en chapeau gris. Quels étaient les personnages avec lesquels Madeleine pouvait avoir aifaire, et quel besoin avait41 d9 voitures non plus à la course, non plus à l'heure, mais à la journée? Il eut bien envie de lui demander son secret ou da le Ini faire demander par Camille. Mais il n'osa. -^ Ma^ dame Peluche prétendit que Madeleine faisait toutei ces démarches aûn d'obtenir du gouvernement une place pour M. Henri; mais elle ajoutait qu'elle espérait bien que M. Peluche ne donnerait jamais sa fille à un employé, c'est«*à-dire à un homme qui dépend d'un caprice ministériel ou des chances d'une révolution. — Quant à Camille, elle ne fit au» cune supposition ; elle s'en rapportait à Dieu, qu'elle invoquait soir et matin en faveur d'Henri; à son amour» dont elle sentait qu'aucune violence ne pourrait tripmpher, et à l'amitié de son parrain, qu'elle savait âtre aussi dévouée que persévérante.
Madeleine resta impénétrable et partit sans avoir, laissé échapper un mot qui pût faire soupçonner à M. Peluche ni à sa femme la cause de son voyage d Paris. Il emportait, bien entendu, la réponse à la lettre qu'il avait apportée.