De l'air qui convient au prédicateur. — L'air est un
i. Op. cit., ch. VIII.
élatde l'âme rendu visible par une altitude du corps. L'honnête homme a Tair de ce qu'il est, et s'efforce de prendre l'air de ce qu'il doit être; l'unique régulateur des airs qu'il veut est sa conscience. Le nécessaire mais infaillible moyen pour le prédicateur de discerner l'air qui lui convient sera donc de se demander ce qu'il est et ce qu'il doit être. Qu'il se pénètre dans le silence de la méditation de la sublimité de son ministère ; qu'il voie dans l'humilité de la prière la profondeur de sa misère ; qu'il se souvienne toujours, et au nom de qui, et à qui, el de quoi, et pourquoi il parle ; — et sans effort comme sans étude, les attitudes de son corps rendront visibles à tous les regards les émotions de son âme. On ne demande au prédicateur que d'être et de paraître convaincu de ce qu'il est et de ce qu'il dit. L'essentiel est là. Voici pourtant d'utiles conseils.
L'action doit convenir aux mœurs. Le prédicateur, dans ses discours, doit faire attention à son âge, à son propre caractère, au rang qu'il occupe dans le ministère, à la profession dans laquelle il est engagé, et à sa manière de vivre ; parce que tout cela ajoute une nuance de plus ou de moins dans les rnœurs. Une même action ne convient point à tous les ministres. Les jeunes gens doivent parler et prononcer avec un extérieur différent de celui des personnes respectables par leur âge ou par leur autorité. II doit y avoir aussi une différence dans les inférieurs et dans les supérieurs, parce qu'il y a un certain air permis à ceux-ci, qui ne l'est point aux autres. L^n prélat, un vieillard, un prédicateur célèbre peuvent répandre sur leur extérieur un peu de cet air d'autorité que le rang, l'âge ou la réputation leur donne, et qui ne siéeraient point à une première jeunesse. On tolère un ton de maître dans ceux qui sont les chefs et les pasteurs d'Israël.
« Ce sont des pères qui parlent à des enfants qui leur sont soumis ; mais cette conduite serait déplacée dans un minis-
tre qui n'a d'autre mission que celle de son évêque : elle rend même ridicules ces hommes qui, sortant de leurs solitudes, apportent dans le public un air de supériorité et d'amour-propre, qui s'accorde peu avec l'humilité que leur habit doit inspirer.
« Évitez les manières présomptueuses et les yeux hardis. C'est trahir son orgueil et montrer la petitesse de son génie. Vous indisposeriez votre auditoire ; et si vous vous égariez on rirait de votre chute. Parlez avec confiance et même avec autorité, si vous le voulez ; mais que cette autorité se fasse précisément connaître par la sainteté de vos maximes, par la grandeur des vérités que vous annoncez, et ne l'exprimez jamais dans vos manières. L'esprit de l'homme souffre avec peine qu'on lui parle en maître : il a une joie maligne à humilier celui qui lui commande avec empire. Un orateurqui parle sans crainte n'est point hardi, mais impudent, dit Gicéron. Jl y a une timidité respectable qui nous fait estimer et qui relève le mérite des grands hommes. On ne souffre de hardiesse que celle que le zèle éclairé par la science et produit à propos peut inspirer. Évitez l'air fier et méprisant, l'air léger et volage ; exprimez dans votre extérieur la modestie, la douceur, la tendresse, le zèle, le vrai caractère des ministres que le zèle échauffe par la charité et éclaire par la grâce ^ ))
En des hommes négligés se voit quelquefois une éloquence d'action, dont on ne saurait rendre raison et qui cependant entraine. Le zèle qui les anime fait disparaître ce qui pourrait choquer : on n'est frappé que de la vérité qu'ils annoncent.
L'air fastueux rebute. L'auditeur veut être ménagé ; et quelque modeste que soit un auditoire, c'est un corps toujours respectable. L'orgueil et la fierté, qui en est l'expres-