Dinouart, op. cit., p
sion, sont à la persuasion des obstacles invincibles. La modestie y arrive plus sûrement.
On a de la peine à voir en chaire un prédicateur trop arrangé : un peu de désordre dans sa manière lui fait plus d'honneur. Le respect de la religion change le goût de l'auditeur le plus mondain et lui fait regarder comme bagatelle ce qui n'est que bagatelle ; il veut que chacun se sente de sa profession.
En chaire l'air agréable est hors de sa place, surtout sous un habit d'humiliation et de pénitence. Une douceur affectée n'y convient pas mieux. L'austérité, ou du moins la gravité doit prévaloir dans le ministère, ainsi que dans le temple la croix prévaut sur tous les ornements.
Il faut éviter l'air chagrin. L'auditeur n'est pas content quand l'orateur ne paraît pas l'être lui-même.
L'air de confiance nuit à la persuasion : on croit qu'au défaut de bonnes raisons on veut payer d'assurance. L'orateur ignorant se délecte à enseigner ce qu'il vient d'apprendre ; l'habile ne peut s'imaginer que ce qu'il dit puisse être ignoré. II débite avec modestie les endroits même les plus travaillés de son discours.
Il sied bien d'être un peu timide. La timidité ne se trouve guère sans la modestie, et la modestie rehausse l'éclat du mérite. J'aimerais mieux trembler devant l'auditeur, que de le braver. Les plus grands maîtres n'ont jamais parlé en public sans quelque frayeur.
Une hardiesse tempérée ne déplaît pas, lorsqu'elle s'accroît insensiblement dans la suite du discours, par le progrès du zèle et par la chaleur de l'action.
Quand la timidité vient de défiance, et qu'elle ôte la liberté de la prononciation, on la réprime par l'idée du person. nage qu'on soutient. Que doit craindre le ministre du Très- Haut, qui enseigne ses voies, qui annonce ses volontés, par son ordre, et revêtu de son autorité ? i »