Gaichiés, op. cit. : ch. viii, n'^ vi-xvi
462 LE LANGAGE MLMIQUE
283. Vêtements et Ornements.» L'orateur,écritQuintilIien, n'a point d'habillement particulier ; c'est la mode, ou, pour mieux dire, l'usage qui en décide. Ainsi, sa parure, comme celle des honnêtes gens, doit avoir quelque chose d'éclatant, de noble et de mâle en même temps. Pour la robe, la chaussure et les cheveux, comme il est mal de les négliger, aussi n'est-il pas moins répréhensible d'en être curieux à l'excès. »
La parure des prédicateurs, dit un auteur déjà cité, dont nousnous reprocherions de ne pas reproduire ici les sagesavis, (( la parure des prédicateurs, comme celle des honnêtes gens, doit être propre, mais toujours dans les ornements delà simplicité évangélique. Il y aurait autant d'indécence à négliger ses cheveux et son habillement, qu'à se piquer de les avoir dans le goût et la mode des enfants du siècle. Je ne dirai point au prédicateur de ne porter ni manchettes, ni diamant au doigt, et de ne point se bichonner : ridicule personnage que celui d'un ministre qui apporte en chaire la toilette d'une femme, qui en prend l'air indolent, les manières et ce ton de volupté qui ne convient qu'aux actrices !
«Les mondains mêmes se révoltent avec raison contre ces prédicateurs dont l'air efféminé nous offre une figure de mode et de toilette : c'est manquer de respect à la religion. On se souvient encore du Père P. dont la taille bien nourrie souffrait avec peine la mortification du froc qu'il portait : doué d'une physionomie avantageuse, il faisait servir à la vanité les agréments qu'il avait reçus de la nature. Il savait l'art de montrer ses bras à demi-nus, et de faire admirer à un cercle de dames la blancheur de sa peau.
Nous voyons des prêcheurs coëfTés à la moutonne, Se faire les ïeux grands, et la bouche mignonne. Se radoucir la voix ; et pour tout geste enfin. Aux dames d'alentour faire la belle main.
Est-ce là nous tracer le chemin de la gloire? Non. C'est faire l'amour à tout un auditoire ^
« Porter en chaire la vanité sous un habit de bure, marcher les pieds nus, et vouloir sous un sac paraître agréable, c'est faire au monde une amende honorable pour l'avoir quitté. Vous êtes revêtu des livrées de la pénitence, et vous vous piquez de belles manières ; votre habit est-il donc fait pour les grâces? Il édifie le dévot ; mais s'il choque la délicatesse de l'homme du monde, pourquoi vous donner à ses yeux un ridicule de plus, en affectant d'en oublier et l'esprit et la fin » -.
284. Convenances et politesse. — n Quand je condamne ici un extérieur mondain dans le prédicateur, je ne prétends pas autoriser l'extérieur malpropre et indécent de plusieurs qui croient qu'il suffit pour toucher, d'avoir une physionomiesépulcrale, un visage gothique, des cheveux rampants et sans ordre. Cicéron se moquerait encore de ces llullus du siècle présent. Un tel extérieur suppose souvent un défaut d'éducation, et toujours une dévotion mal entendue. On doit respecter ses auditeurs ; et un homme, pour être le ministre de la religion, n'est pas moins obligé d'observer dans son extérieur les bienséances qu'exige de lui la société polie. La propreté ne fut jamais incompatible avec le sacerdoce. Je ne crois pas qu'une belle âme puisse se plaire dans un corps malpropre. Plusieurs Pères ont cru que la négligence de l'extérieur était un soupçon de l'intérieur négligé. Il n'est guère que des ignorants ou des pharisiens qui puissent affecter cet extérieur sordide qui les fait mépriser. Je ne conçois pas comment on tolère, dans un hom-
i. Sanlec, Poème sur les mauvais gestes. 2. Dinouart, op. cit., p. 82-84.
me public, certaines impolitesses qu'on ne souffrirait point même dans un monde bourgeois.
« Je doute fort que les orateurs grecs qui tenaient leurs bras cachés sous leurs habits, en usassent en commençant leurs discours, comme quelques-uns de nos ministres : ils rétendent avec affectation sur les bras, et du coude le repliant sur répaule produisent alternativement les mains. Ce geste a donné occasion à plus d'une raillerie. J'aimerais mieux qu'ils laissassent leur manteau dans leurs cellules, que de l'ôter après leur exorde. Il y a toujours de l'indécence à se déshabiller en public. Il est encore contre la politesse chrétienne de jeter des regards hardis de tous côtés de l'auditoire avant que de commencer, d'ajuster avec inquiétude son surplis, d'égaler avec méthode son rabat ; on en voit même arranger avec art leur capuce sur les épaules, montrer leur manche, etc. Vient-on dans le monde pour s'habiller et s'arranger au milieu d'une compagnie ?
« Se moucher fréquemment, soulever sa perruque pour s'essuyer plus facilement, tousser, cracher d'un air élégant et étudié, affecter une toux de commande, faire des aspersions de salive sur son auditoire, ce sont des défauts que la délicatesse du Français ne peut pardonner. On rit encore aujourd'hui de cet Olivier Maillard qui, dans un sermon fait à Bruges en 1500, marquait les parties de son discours où il voulait tousser, en mettant à la marge trois hem, hem, hem, qu'on lit dans l'imprimé. Ecoutons la manière ingénieuse avec laquelle le P. Lucas décrit ces impolitesses des orateurs, et tâchons d'en profiter. ^
Hoc insuper opto.
Quod nulla valeant prœstare Machaonis artes : Ut neque de pingui stillans pituita cerehro, Imas humectet mucosa uligme nares ;