Mantegazza op. cit. p. 20 et p
Un cinquième vise plus directement l'âme et ses puis-, sances. Il nous dit ce qu'est la figure humaine et ce que révèle de vertu une figure bonne et de vice une figure mauvaise. C'est le jugement psychologique, intellectuel et moral.
Un sixième se contente d'analyser les modifications accidentelles des traits du visage et de nous y faire lire l'expression plus ou moins heureuse des émotions actuelles de l'âme. C'est le jugement mimique qui seul nous intéresse directement.
291. La face et ses ressources expressives. — La plus superficielle analyse permet de discerner sur la face commeéléments distincts d'expression : la forme, la couleur et le mouvement.
Considérés au point de vue de la forme, les visages offrent au regard des différences, des ressemblances et des modifications. — Autant de visages, autant de combinaisons diverses de lignes et de proportions ; jamais on n'en vit deux d'absolument pareils. Si faible soit-elle, une nuance sépare les figures les plus ressemblantes, et cette nuance, qui permet de ne pas les confondre, suffit à constituer leur individualité. — Sur les figures les plus dissemblables on retrouve leslignes principales et les proportions caractéristiques de la forme humaine; entre plusieurs se laissent voir des ressemblances frappantes.
Ainsi, pour nous en tenir aux similitudes les plus générales, il est des visages humains qui ont en commun d'être longs ou courts 1,. saillants ou aplatis 2, prognathes ou or-
1. Les premiers plus fréquents chez les Aryens et les Sémites, les seconds chez les Mongols. . <,
2. Selon que la partie moyenne, à la hauteur des pommettes, est dé veloppée d'arrière en avant, faisant saillie sur la ligne médiane, comme chezles Européens, ou dans le sens tranlsveVsal, les côtés fài-
thognathes i. Dans la mesure où ils aident à découvrir la race et la parenté, ces éléments similaires constituent une des bases essentielles du jugement ethnique.
De l'enfance à la vieillesse, sur un même visage, que de changements ! Inévitable autant qu'irréparable est l'outrage que lui font les ans ; mille accidents l'altèrent : la santé le dilate, la maladie le fatigue ; le bonheur l'épanouit, l'infortune le dessèche; l'ignorance l'obscurcit, le savoir l'illumine; la vertu l'annoblit, le vice le déforme. Des plis, des cicatrices, des rides,... toute une vie en raccourci gravée sur le vif en caractères indélébiles; éléments précieux des jugements physiologiques et psychologiques.
Il s'en faut que toutes les formes du visage produisent une impression également favorable. Il en est qui rebutent, il en est qui attirent. Telle combinaison de lignes passe pour régulière et génératrice de beauté; telle autre pour irrégulière et synonyme de laideur. Pvaisonnées ou instinctives, ces impressions forment en tout pays une des bases essentielles du jugement esthétique 2.
sant saillie et le milieu aplati, comme chez les Xègres et surtout chez les Mongols.
. 1. Suivant qu'ils ont ou n'ont pas les mâchoires proéminentes, les lèvres crosses et le front fuyant. Toutes les races supérieures sont orthognathes.
2 « Dans les ouvrages théoriques sur l'art du dessin, on trouve quelques régies qui enseignent approximativement les proportions relatives moyennes du visage humain, beau, ou du moins régulier. Les arir ciens ont tiré ces règles de Vitruve, les modernes d'Albert Durer. Après Durer, on a étudié les œuvres de l'antiquité classique, et on a voulu en déduire les lois esthétiques de la morphologie humaine. Beaucoup d'artistes, en préparant leur toile pour y peindre un portrait, commencent par y tracer un ovale et par inscrire une croix dans cet ovale. Puis ils divisent la hauteur en quatre parties, dont chacune' est égale à la longueur du nez ; la largeur en cinq, dont chacune est la largeur de l'œil. Mais Camper remarque avec beaucoup de.justesse que les proportions varient à l'infini d'un individu à l'autre, et que' ce' sont précisément ces petites différences qui constituent l'individualité. » Mantegazza, op. cit., p. 24.
La couleur de la peau est incontestablement un des traits les plus généraux et les plus saillants qui nous frappent à l'aspect d'un visage humain. Elle provient, disent les savants, « du pigment qui y est déposé, de la façon dont le sang s'y distribue, de certains caractères de l'épithélium et des tissus plus profonds qui lui donnent son éclat particulier i. » Nous apprenons vite à y discerner la présence et l'action de trois éléments distincts : un élément inné, immuable comme la nature qui le donne : la teinte spéciale, qui fait de chacun de nous le représentant de l'une quelconque des races désignées par les noms de blanches, de jaunes, de noires et de rouges ; — un élément acquis, durable comme l'habitude qui l'engendre : le teint qui si clairement exprime nos dispositions et nos occupations ordinaires : le teint fleuri de l'ivrogne, par exemple, ou le teint hâlé du marin ; — enfin un élément accidentel, fugitif comme la passion qui le produit : la coloration subite qui rend si visibles les vives émotions de l'âme ; on rougit de honte, on pâlit d'effroi, etc. La teinte native de la peau du visage nous renseigne sur la parenté, le teint nous éclaire sur la vie et sur la santé, la coloration révèle la sensibilité : documents très utiles en vue des jugements ethnique, physiologique et psychologique.
Mais ce qui plus éloquemment encore que la couleur parle au regard sur la face de l'homme, c'est le mouvement. A chaque modification de l'âme correspond un changement de l'aspect du visage. Etrange mobilité de la physionomie humaine ! Les savants l'expliquent par la position tout exceptionnelle des muscles de cette partie du corps. — Solidement fixés aux os du crâne par leur extrémité postérieure, par leur extrémité antérieure ils aboutissent à la peau sous laquelle ils s'étalent, multipliant les points d'attache et cher-