‹ Parlons ainsi de la voix et du gesteChapitre 111 sur 122 · Cliarles Blanc, Grammaire des arts du dessin, p · texte numérisé non relu

Cliarles Blanc, Grammaire des arts du dessin, p

La verticale, qui divise exactement le corps de l'homme en deux parties, divise également la tête en deux. De chaque côté de l'axe sont placés symétriquement les organes doubles, les yeux, les narines, les oreilles et les deux coins de la bouche, puisque la bouche est un organe à la fois simple et double.

Dans la tête humaine au repos, c'est-à-dire dans sa position normale, les organes doubles sont disposés sur une même ligne, horizontalement. Mais il est dans leur disposition deux grandes variétés correspondant aux deux obliques, que nous appellerons pour la clarté du discours, expansives et convergentes. Ainsi les organes doubles peuvent être placés obliquement au-dessus et au-dessous de la ligne horizontale. La face humaine se présente donc sous trois aspects, selon que ses organes suivent la direction horizontale, expansive ou convergente.

Or, par le fait seul de leur direction générale, les grandes lignes, en dehors de leur valeur mathématique, ont une signification morale, c'est-à-dire qu'elles ont un rapport secret avec le sentiment. — En ce qui regarde le visage humain en particulier, la démonstration en a été faite, simple et lumineuse, dans le traité de Humbert de Superville i, à l'aide des trois dessins schématiques que reproduit notre figure 11, sous les numéros 1, 2 et 3 2 :

1. Humbert de Superville, des signes inconscients de Vart. 1827.

2. Figure 11. — l. Direction horizontale : le calme et le repos ;— '1. Direction convergente : la tristesse et la douleur ; — 3. Direction EXPANSIVE ; gaieté et inconstance ; — 4. Relèvement des vxvpiÈRES : attention, ravissement ; — 5. Ab.^issement des paupières :

réflexion et repos ; — 6. Froncement des sourcils : douleur et colère ; — 7. Relèvement de la commissure des lèvres et plis rayonnes vers l'angle externe de l'œil : contentement et rire ; — 8. Abaissement DE L.A. commissure DES LÈVRES et plis convergents à l'angle externe des yeux : tristesse et larmes ; — 9. Redressement de la ligne naso-LABiALE et plis obliques en Ijas et en dehors à l'angle externe des yeux : pleurer à chaudes larmes, et abattement. — 10. Abaissement

Fis. 11. — Les lignes du visage.

Le n" 1, par l'uniforme horizontalité des traits, produit une impression de calme, de grandeur et de constance ; le n» 2, par l'inclinaison en bas et en dehors de toutes ses lignes convergentes, exprime la tristesse, la douleur et le deuil ; le n» 3, par la direction en haut et en dehors de ses traits expansifs, éveille les idées de gaieté, de rire, d'inconstance.

Et ce n'est là qu'une application ingénieuse d'une observation plus générale dont chacun de nous peut, en mille occasions, vérifier la justesse. Dans l'art comme dans la nature, les lignes horizontales expriment la force, partant la stabilité, la grandeur, le repos : témoin le cèdre et ses branches inflexibles, témoin le temple grec et ses assises parallèles. Les lignes obliques descendantes expriment la fatigue, et donc aussi la tristesse, l'abattement et la douleur : elles dominent dans l'architecture des tombeaux et des monuments funéraires, elles expliquent l'air lassé des sapins de montagne et l'aspect mélancolique des saules pleureurs. Les lignes obliques ascendantes expriment l'élan, partant la gaieté et aussi l'inconstance et la légèreté : sur quel Européen, l'architecture chinoise, avec ses lignes obliques et divergentes, a-t-elle jamais produit une impression de force, de puissance et de majesté?

D'une justesse incontestable appliquées aux traits de la face à l'état de repos, ces figures et ces remarques deviennent, au dire de M. Mathias Duval, « d'une exactitude frappante quand on considère ces mêmes traits à l'état de mouvement, c'est-à-dire dans l'expression, momentanée d'une passion. En efTet tous les muscles qui prennent part à l'expression de la douleur (fig. 11, n" 6), de la tristesse (n» 8 et 9), du mépris (n'' 10), par exemple, contribuent à incliner obli-

DE LA COMMISSURE DES LÈVRES, et plis Concentriques au-dessous de rextrémilé du sillon naso-labial : mécontentement et mépris.

quement en bas et en dehors les traits delà face, en agissant, l'un sur la ligne des yeux, l'autre sur celle de la bouche, etc. ; au contraire, le muscle du rire, relevant les angles de la bouche, en rend le trait oblique en haut et en dehors, et paraît même donner une direction semblable à la ligne des yeux. En un mot, les traits de la face, en partant de l'état de repos représenté par la première figure de Humbert de Superville (fig. 11, n'^ 1), oscillent dans deux directions opposées, soit en montant pour ainsi dire la gamme de la gaieté et du rire, — traits obliques en haut et en dehors de la même figure, n" 2, — soit en descendant la gamme de la tristesse, de la douleur et des larmes, traits obliquesen bas et en dehors du n'^ 3 i. »

293. Ni impassibles, ni grimaciers. — Il est des hommes, — qui n'en a rencontrés dans la vie ? — dont la caractéristique est d'être ou de paraître impassibles : ni formes, ni couleur, ni mouvements, sur leur masque, rien ne change. 11 en est d autres, — et Dieu sait si le nombre en est grand, du moins à la foire et sur les planches, — dont le métier est de projeter sur leur visage, vrai ou faux, le reilet de toutes les passions : forme, couleurs et mouvements, tout se modifie, et, spontanément ou sur commande, ils donnent à leur physionomie toutes les expressions imaginables.

L'honnête homme orateur, délibérément et soigneusement évite ces extrêmes : ni impassible, ni grimacier. Pourquoi cacherait-il les passions qui l'animent? Pourquoi mimerait-il celles qu'il n'éprouve pas? C'est son âme qu'il laisse éclater sur sa pliysionomie; et le jeu de cette dernière, pour s'élever chez lui jusqu'à l'éloquence, n'a besoin que de naturel. C'est sur le vif, à n'en pas douter, qu'ont été faites par Dubroca les observations qu'on va lire :

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