Voir Max-Mûller. La science du langage. I, 209, suiv
2. « Il y a des langues, dit Max-Mûlier, qui rejettent certaines lettres qui nous paraîtraient à nous presque indispensables, et il y en a d'autres où même les distinctions normales entre les gutturales, les dentales et les labiales, ne se marquent pas encore clairement. » Ainsi les labiales manquaient complètement dans les dialectes de la plupart des Indiens indigènes des États-Unis qui tenaient en parlant la bouche constamment ouverte. Ainsi les gutturales, très riches dans les lan-
' gués sémitiques et plus nombreuses encore dans la plupart des langues sauvages, faisaient complètement défaut dans quelques dia-
Cette division toutefois, ainsi que le remarque Beaunis, ne doit servir qu'à fixer les idées et à faciliter le classement ; car, en réalité, il y a un bien plus grand nombre de régions d'articulation, et tous les points intermédiaires peuvent donner lieu à la formation de consonnes. Aussi Max- Mûller, par exemple, admet-il neuf régions d'articulation, et il serait aisé d'en multiplier encore le nombre.
L'expérience révèle pareillement que le bruit constitur tif des consonnes peut se former de quatre façons différentes, c'est à savoir : par simple rétrécissement du tube vocal ; — par son occlusion complète et momentanée ; — par sa transformation en une sorte d'anche ou languette mise en vibration par le courant d'air expiré ; — par l'abaissement du voile, en vue d'établir la communication entre la bouche et les fosses nasales.
D'où la division également classique des consonnes en soufflantes, explosives, vibrantes et nasales.
65. Encore des définitions. — Les consonnes soufflantes ou sifflantes sont produites par le passage continu du courant d'air expiré à travers le tube vocal volontairement rétréci, au point de former un véritable sifflet. Telles sont : les gutturales CHE et JE ; les linguales SE et ZE; les labiales VE etFE.
Les consonnes explosives éclatent à l'occasion de l'occlu-
lectes des îles de la Société, dont les indigènes incapables de dire autrement prononçaient Toute le nom du capitaine Cook, le premier explorateur de leur pays. Parmi les labiales, le D manque en mexicain, en péruvien et en chinois, l'S dans plusieurs langues polynésiennes. L'F et le V manquent dans la langue australienne, le V dans plusieurs dialectes languedociens, l'F au sanscrit et au lithuanien. Les nasales si usitées en français n'existent pas chez les Hurons et chez quelques peuplades américaines. Enfin l'R manque dans beaucoup de langues et en particulier en chinois. « Il serait bien difficile, dit Beaunis, d'expliquer actuellement ces singularités physiologiques )■>.
sion tolale du tube vocal. Le son ne dure qu'un instant et se forme, soit au moment de l'occlusion, AB, soit au moment de l'ouverture, BA. Ces consonnes sont toujours associées à des voyelles qui les précèdent ou qui les suivent, et c'est pour cela qu'on les dit muettes. Telles sont : les gutturales GUE et QUE ; les linguales DE et TE ; les labiales BE et PE.
Les consonnes vibrantes naissent de la vibration communiquée par le passage de l'air expiré à l'espèce d'anche ou de languette artificiellement créée dans le tube vocal, à l'aide surtout de la langue. Elles donnent toujours un son tremblé comme une sorte de roulement. Telles sont : le RE, qui se divise, suivant le lieu d'articulation, en guttural, lingual et labial ; et le LE, qui se forme par les vibrations de la langue dont la pointe est fixée contre la partie antérieure du palais, et qui est tantôt sec et tantôt mouillé, LE et LLE.
Les consonnes nasales, le mot le dit, sont émises avec une forte résonnance des fosses du nez. « Dans les trois espèces précédentes, dit Beaunis, — soufflantes, explosives et vibrantes — l'air expiré passe par la bouche et les fosses nasales sont hermétiquement fermées ; mais si on abaisse le voile du palais pour établir la communication, les consonnes formées dans les diverses régions d'articulation prennent un timbre spécial et on a les consonnes nasales», qui sont au nombre de trois : la gutturale GNE, la linguale NE, et la labiale ME.
. 66. Consonnes graphiques. — Tout compte fait, les consonnes seraient donc au nombre de dix-huit seulement, dont six soufflantes, six explosives, trois vibrantes et trois nasales. Si chacune d'elles était représentée, dans le langage écrit, par un seul signe, toujours le même, dix-huit lettres pourraient suffire à noter toutes les nuances de l'articulation. Malheureusement la correspondance entre les éléments graphiques et les éléments phonétiques est loin d'être absolue.
Ainsi, d'une part, un même élément graphique répond quelquefois à plusieurs éléments parlés. La consonne C, par exemple, exprime les deux éléments SE et QUE, dans cédille et dans carré ; — le signe G, répond à la sifflante JE, dans génie, et à l'explosive GUE, dans garde ; — le T,tantôt se lit te comme dans chrétien et tantôt se, comme dans diction.
D'un autre côté, le même élément parlé peut être exprimé par plusieurs éléments graphiques soit simples, soit combinés. Ainsi, pour nous en tenir à un seul exemple, la consonnance gutturale QUE est exprimée graphiquement : par g, dans guatre ; par k, dans Mlomètre ; par c, dans carême ; et par ch dans clzoléra.
Enfin certains éléments parlés ne sont représentés par aucun élément graphique, et ne peuvent être écrits qu'à l'aide de combinaisons artificielles de consonnes ayant séparément une autre signification. Tels le CHE de c/2eval, le GNE de seig22eur, et le LLE de beiie.
De là vient que le nombre des signes graphiques et celui des éléments du langage parlé diffèrent notablement entre eux.
En français, nous avons vingt-et-une lettres. Les voici dans l'ordre alphabétique : B, C, D, F, G, H, J, K, L, M, N, P, Q, R, S, T, V, X, Z, W, que l'on appelle bé, ce, dé, effe, gé, ache, ji, kâ, elle emme, enne, pé, ku, erre, esse, té, vé, ixe, zède, double vé.
Mais ces vingt-et-une lettres ne rendent que quinze de nos dix-huit éléments d'articulation, et nous avons été obligés de créer artificiellement le CHE, le GNE, et le LLE.
67. Remarques générales sur les consonnes. — Le français a une tendance manifeste à l'amortissement des consonnes à la fin des mots. C'est ainsi que sont aujourd'hui absolument muettes les finales suivantes, signes de sons jadis consonants :
PlomJb, blanc, second, cerf, coing, gril, coup, cing, plancher, las, DouJbs, remords, nerfs, corps, puiis, mit, doigr*, six-\ingt, nez, etc.
Nombre de signes, à l'intérieur des mots, ont été par l'usage rendus également silencieux. C'est ainsi que souvent une consonne redoublée sonne comme une simple : raJbJbin, collège, commode, sonner, apprendre, carrosse, flatteur. Ainsi encore que certaines consonnes simples respectées par l'orthographe n'existent plus pour la voix : sangsue, signet, doigt, Glugny, Beifort, damner, automne, sculpter, compter, baptême, septier. Descartes, Basnage, Vosges, etc.