ARTICULATIONS VIBRANTES
87. La vibration et l'articulation du LE. — Le LE a deux articulations, l'une simple, l'autre dite mouillée représentée par LL. Pour rendre le son représenté par la lettre L, il est nécessaire de replier la langue sur elle-même de telle sorte que son extrémité en s'élevant vienne frapper le palais un peu au-dessus du rebord alvéolaire de la mâchoire supérieure, et de faire précéder l'articulation d'un bruissement guttural semblable à celui du BE, du DE et du GUE ; le courant d'air passe de chaque côté entre les molairespostérieures en faisant vibrer les bords de la langue i.
La, là, la, lé, le, le, le, leii, li, lî, lo, lô, lou. loû, lu, lu ; Lan, lin, Ion, lun. — Louis Laurent Léveillé de Liouville d'Arlincourt, lieutenant d'artillerie à Blois, dans l'Eure-et-Loir, épouse lundi à Ploërinel, Laure, Léonie Yolande de Lintillac, fille du marquis Lulli de Lalande, seigneur du Blanchétoile, Clairdelune,^ Beausoleil et autres lieux. — L'illustre amiral anglais lord Liveling de Liverpool louvoya longtemps lelong du littoral de l'Atlantique, de l'Islande à Magellan. — Ludwig de Lilienthal, landgrave de Lullendorf. s'en allait, lourd, lent, long, laid, livide et lan-
1. « L et R tuuclieiit au palais à peu prés au même endroit, L plus que R, mais d'une manière différente. Pour L, la langue sappuie par la pointe sur lo palais et vibre par les bords. Pour R, elle s'appuie par les bords et vibre par la pointe. >) Abbé Rousselot, p. 26.
guissant. — Lièvi^es, gazelles, lynx, loups, éléphants, léopards, tout tremble le long de l'eau dans l'oasis, lorsqu' éclate en pleine nuit, dans le lourd silence de la solitude le lointain hurlement des lions.
Le LE s'écrit toujours L.
L s'articuie toujours au commencement et dans le corps du mot.
A la fin des mots :
Il s'articule dans toas les mots en al, el et ol : bai, ciel, bol, etc. ; Ainsi que dans les mots en ul: nul, recul, Saûi, — excepté cul et ses dérivés, cul-de-sac, etc.
Il s'élide dans les terminaisons en oui, ouïs, ould et ault : soûl, pouls, Sainte-Menehouid, Ghatellerauit.
Dans les terminaisons en il, généralement il s'articule : il, Nil, fil, l'an mil, — mais il. s'élide dans : barii, chenii, coutii, fournii, fusii, gentii, grii, nombrii, outii, persii, sourcii; et il prend encore souvent le son mouillé dans : avrii, babii, feniijgrésii, périi et grain de mii.
Quand L final est précédé de deux voyelles dont la seconde est un I, il ne se prononce pas, mais l'I se détache de la voyelle précédente, comme s'il était marqué d'un tréma : ail, pareil, recueil, œil, fenouil, travail, orgueil, rail, se prononcent comme s'ils étaient écrits: A-ï, pare-ï, recue-ï, œ-ï, fenou-ï, trava-i, orgue-ï, ra-ï ; mais l'avant-dernière voyelle est plus accentuée que Vi K
Lorsque deux L se rencontrent de suite dans le même mot, si elles ne prennent pas le son mouillé, généralement on n'en articule qu'une ; moiie, aiiiance, ceiiule, se prononcent mole, aliance, celule. Cela est surtout vrai des mots du langage populaire, le peuple tendant toujours à adoucir et à simplifier la prononciation.
i. Goguillot, p. 274.
CH. in. — ARTICULATION DES CONSONNES 107
Les exceptions sont cependant nomljreuses. Ainsi on fait sentir les denx L :
Dans m initiales : il-légal, il-licite, il-luminé, etc.
Dans les désinences Uaire, Uation, lier, liant : capillaire, appel-lation, constel-ler, llagel-lant, etc.
Dans les initiales : colla, colîi, collu : col-latéral, colliger, col-lusion. — Excepter coiiine, et coiiation pour repas, qui se prononcent coline et colation.
Dans les noin« propres empruntés au latin et à l'italien : Gal-lus, Antonel-li, etc.
Dans un certain nombre d'autres mots, presque tous empruntés à la langue savante, tels que : Al-lah, Bel-lone, ellébore, Il-linois, libel-ler, nul-lité, syl-labe, etc.
88. Le son et les signes de LE mouillé. — « Pour articuler le LE mouillé, dit M. de Roosmalen, on place la langue au palais comme pour le LE simple. Mais au lieu du frappement on frotte la langue, comme pour dire lie, cependant sans obtenir tout à fait la résonnance de i. Le son est beaucoup plus dental pour la lettre mouillée, et s'opère par un léger mouvement de la mâchoire : fiiie, famiiie. L'articulation doit exciter deux petits bouillonnements de salive qui lui ont fait donner le nom de mouillé » ^
« 1. Le .son du L mouillé ne se fait plus entendre dans la France du nord, Paris compris ; c'est dire que ce son est appelé à disparaître dans un temps plus ou moins prochain. » Hatzfeld. — LL mouillés, dit M. Chervin, se prononcent de deux manières: on prononce dans le midi de la France meilleur, billet, piller, à peu près comme s'il y avait mé-lieur, bi-liet, pi-lier, tandis qu'à Paris on prononce comme s'il y avait mé-ieur, bi-iét, pi-ier , c'est-à-dire qu'à Paris on supprime généralement 11 mouillés pour les remplacer par i ou par ye. — Au Théâtre-Français, on prononce les 11 mouillés à la façon méridionale légèrement adoucie. — Larousse et Littré prononcent comme le Théâtre-Français ; Bescherelle ne prononce ainsi que dans la lecture et la déclamation. La Châtre veut la prononciation parisienne ; cependant il réclame la prononciation méridionale dans les noms — non dans les verbes — où 1 est suivi d'une diphtongue : million, millier, milliard.
Lia, Uà, lia, lié, lié, Uê, lie, lieu, lli, Uî, Uo, Uô, llou, lloù, Uu, Uû ; Llan, llin, lion, Hun.-— Pareil à la rouille l'orgueil souille les meilleurs exploits. — Malheur aux familles dont les jeunes filles, pour toute industrie, s'habillent, babillent et se déshabillent, a dit un railleur. — Dans la bataille, parmi la mitraille, blessé aux entrailles, Xaintr ailles raille les assaillants. — Jus de la treille, liqueur vermeille, que de merveilles tu éveilles dans nos esprits ensoleillés. — Grillons et papillons à millions grouillent et brillent dans ncs sillons. — Sur le seuil, toute en deuil, feuille à fe.:ille, elle recueille la dépouille de ces tilleuls.
Le LLE s'écrit non seulement par deux LL, comme dans bille, mais encore : Par ILL, dans bataiiion ; — Par IL, dans parei'i ; — Par LH, dans Mii/iau, Jumii/îac, gentiihomme, etc. ; — ParGL. dans quelques mots d'origine italienne : Brogriie, imbrogiio, Cagriiari, etc. ; — Et par un seul L, dans les finales en aii, eii, œi'i, euil, ouil: travaii, vermeii, œil, cercueil, Iveuil, ienouil ; et dans quelques mots terminés en il, avrii, mil (millet) grésii, babii, périi, etc. — Cependant l'usage tend à faire entendre i simple clans avril, mil, grésil, etc.
Le double LL a le son mouillé toutes les fois qu'il est précédé de ai, ei, eui, oi ou oui. Ex. : baiiii, corbeiiie, cueiiiir, oiiie, patrouiiie. — Précédé seulement d'un I, il se prononce tantôt comme un seul L, ex : viiie, iniiie, tranquiiie ; — tantôt comme deux LL, ex. : iiiégal, capiiiaire ;
billon, baillage, Allier, Yilliers, que l'on prononce mi-lion, mi-lier, etc. Même observation pour ailleurs, dont leurs vient de lieu. — Trop prononcer les 11 ou les supprimer tout h fait sont également un défaut. Il faut adopter une prononciation intermédiaire. >> La Voir, 1894, p. 219.
— tantôt enfin comme LLE mouillé ; ex. : biiiard, famiiie, fiiie, etc. — Précédé d'un Y, il ne mouille jamais : idyiie, syiiogisme, Syiia, etc.
89. Le roulement du RE. — Il y a trois espèces de RE suivant la région d'articulation : le RE labial, le RE guttural et le RE lingual.
Le RE labial n'existe dans notre langue, que dans un petit nombre d'interjections, comme dans le Brrrrrou du froid ; il n'y a pas lieu d'insister.
Le RE guttural, produit par les vibrations de la luette, constitue le grasseyement proprement dit, un des vices de la parole les plus répandus, a Le RE guttural est celui qu'articulent la plupart des Parisiens et des Marseillais». Goguillot.
Le RE lingual ou ordinaire et régulier s'obtient par l'application des bords de la langue à l'arcade dentaire supérieure ; l'air passe entre la partie antérieure de la voûte palatine et la pointe de la langue et fait entrer celle-ci en vibration. Les oscillations vont du palais au bord des incisives supérieures et elles sont d'autant plus sensibles que le RE est associé à une voyelle plus ouverte.
« La région où on roule le mieux le RE lingual en France est le Plateau-Central. » Chez nous, dit Darmesteter, au xviiie siècle, R palatale ou grasseyée se substitue à l'ancienne R alvéolaire (linguale; usitée encore aujourd'hui dans le chant et la déclamation et également conservée dans quelques provinces.
C'est presque uniquement du jeu de la langue que dépend la bonne articulation, du RE, c'est donc ce jeu qu'il importe avant tout de bien saisir. « Pour produire, dit le D' Colombat, l'espèce de ronflement oscillatoire que représente cette lettre, il importe que la langue se replie de manière à ce que sa face dorsale soit concave et que la pointe soit portée vers
le palais un peu au-dessus des alvéoles des dents incisives supérieures. Dans cette position l'extrémité linguale, mise en mouvement par l'air chassé bruyamment, doit céder à ce fluide avec une sorte d'élasticité qui lui permettra de vibrer aussi longtemps que l'on voudra prolonger le frémissement sonore qui précède l'union de l'R avec une voyelle. » Le jeu de la langue dans le RE lingual, remarque M. Goguillot, « diffère de celui du LE en ce que, au lieu de vibrer sur les côtés, elle vibre par sa pointe seulement et que, au lieu d'appuyer de la pointe contre l'arcade dentaire, elle appuie par ses côtés. Ainsi l'ordre des mouvements de la langue est juste l'inverse chez l'un de ce qu'il est chez l'autre. »
Ra, rà, râ, ré, rè, ré, re, reu, ri, rî, ro, rô, rou, roù, roû, ru rù, Ran, rin ron, run. — Trois gros rats gris creusent trois très grands trous, dans trois gras gruyères de Remiremont. — Tambours roulants, clairons vibrants et tonitruante mitraille, fracas formidable des grandes guerres, terrifiantes rumeurs des farouches colères, effroyables et sourds grondements des tragiques tonnerr es, àvous entendre, le lâche frissonne, le faible rougit, et le héros s'élance intrépide et fier. — Crime exécrable, horrible forfait, vendre sa patrie ! Rien, ô traître, n'arrachera ton âme au remords, ta vie à la torture et ta mémoire à l'infamie. — Le ciel rayonnait limpide et pur, le gave rapide et clair murmurait, quand l'humble bergère Bernadette Soubirous vit, pour la première fois, l'apparition céleste, ombre légère et radieuse, poser son pied virginal sur les roses d'un églantier sauvage, miraculeusement fleuries, au flanc des roches Massabielle.
90. Les diverses articulations de l'R. — Le RE s'écrit toujours R.
CH. III. — ARTICULATION DES CONSONNES lH
R s'articule toujours au commencement et dans le corps
des mots.
A la fin des mots, l'Rse fait sentir dans les terminaisons : en ar, ard et art; Oscar, léopard, étendard ; — enir .' xMourir, souiîrir, plaisir ; — en or, ors et ort : Essor, ors, rapport; -en ur : Pur, sur, dur ; - en eur : leur, bonheur, cœur, (exceptez monsieur et messieurs) ; — en our Q\, ours : ^our, rebours, toujours;— en ers .-Travers, pervers, divers (exceptez Angers et Poitiers).
II n'y a de difficulté que pour les finales en er etier.
L'R est muet :
Dans les infinitifs des verbes de la première conjugaison:
Aimer, parler.
Dans les finales en cher appartenant à un mot de plusieurs syllabes, comme dans archer, boucher, maraîcher, bûcher, qui se prononcent arche, bouché, etc.
Dans les finales en ger, comme léger, messager, berger, etc.
Dans les finales en ier, comme drapier, pompier, aumônier, rosier.
L'R au contraire se fait entendre :
Dans les monosyllabes : fer, fier, mer, cher, chair, hier,
etc.
Dans la plupart des noms propres : Luther, Niger, Saint-
Omer, etc.
Dans plusieurs polysyllabes qu'il serait difficile de classer : enfer, cancer, hiver, cuiller, hier, amer, belvéder.
En général RR s'articule comme R: arriver, perron, carreau se prononcent ariver, peron, careau. Mais cette règle souffre de nombreuses exceptions.
R se double :
Dans les conditionnels et les futurs des verbes terminés à l'infinitif en rir: je cour-rai, tu mour-rais, nous acquerrons.
112 LA SCIENCE DE l' ARTICULATION
Dans les noms propres : Bur-rbus, Pyr-rhus, Ver-rès;
Dans les mots commençant en err, irr, horr, torr: Erreur, irréfléchi, iiorrible, torréfier (par exception errement se prononce èrement);
Dans le mot terreur et ses dérivés.
Dans un certain nombre d'autres mots que l'usage seul j)eut apprendre, tels que : aberration, concurrence, interrègne, narrer, corroder, porrection, etc.
Le R sonore, à la fin d'un mol, se lie à la voyelle suivante : merimmense, fierabras.
Le R muet se lie quelquefois à la voyelle suivan te quand il appartient à un infinitif; aimeràrire.
Le R suivi de D , de S ou de T, généralement sonore, se lie €omme s'il était seul ; remoramer pour remords amers, €tc.