ARTICULATIONS NASALES
91. Le son et rarticulation de la labiale ME. — L'articulation du ME se prépare par l'occlusion des lèvres et l'abaissement du voile du palais, et se produit par l'abaissement brusque de la mâchoire inférieure. Une sorte de frémissement sonore, semblable au son faible propre de l'E muet, précède l'articulation proprement dite et se fait entendre ■dans l'arrière-bouche. Le courant d'air passe à la fois par la bouche et par les fosses nasales.
Ma, ma, ma, mé, mè, mê, me, meu, mi, mî, mo, mô, mou, moû, mu, mû ; Man, min, mon. mun. — Maurice Emmanuel de Noirmoutiers, marquis de Montmorency et Maxime Marcel deMontmirail, marquis de M ar mande, momentanément réunis admirent les miroitements marmoréens des murailles de Miramar.— Brise des mers du Midi, combien mélodieusement tu murmures, à travers les mimosas, au moment même où la tourmente emplit la montagne de sombres clameurs, au moment même où la tempête épouvante de ses mornes mugissements les marins tremblants devant une mort imminente. — Mammouth, monstrueux mammifère, moins mort qu'endormi, désormais ranimé par mes mains, mieux que les manuscrits, ta mâchoire redira les merveilles des temps mauvais dont l'homme moderne a perdu la mémoire.
il4 LA SCIENCE DE L'ARTICULATION
— Mouhammed, mufti des Mamelouks, mire complaisamment sa mine de Maure dans les eaux sans murmure de la merde Marmara.
ME s'écrit toujours par une M.
M s'articule toujours au commencement et à la fin des mots : météore, maximum. — Elle s'articule de même au milieu des mots lorsqu'elle est suivie d'une voyelle, ou d'une consonne autre que la consonne N : amer, duumvir.
Suivie d'une N, dans le corps des mots, M s'élide dans damner, condamner, condamnable et automne, qui se prononcent : daner, condaner, condanable et autone. — Mais elle s'articule, dans autom-nal, indem-niser, indem-ne et indem-nité.
Deux M se prononcent régulièrement comme une seule : commode, commenter, commissaire, grammaire, etc.
Font exception à cette règle :
Les noms propres: Am-mon, Gram-mont, Jem-mapes^ Em-manuel, etc. ;
Les mots commençant par imm : im-mortel, im-mobile, s'im-miscer. — Sauf les deux mots i222mangeable et immanquable qui prennent le son nasal et se prononcent: in-mangeable et in-manquable.
Quelques mots isolés que l'usage apprendra, tels que : com-motion, mam-mitère, som-mité, etc.
M perd sa valeur et devient une N quand elle forme des nasales, comme dans : jambon, sempiternel, sombre et parfum.
Le M prend le son nasal : Quandla syllabe dont il fait partie est suivie d'une consonne : imbécile, embarrassé, temps, sombre, etc. Quand, précédé d'une voyelle, il termine le mot: nom, daim, parfum, Adam.
Sonore, le M se lie, sans altération, à la voyelle qui suit: albumamusant ; nasal, il n'admet aucune liaison : parfum exquis.
92. Le son et l'articulation de la linguale NE. — Le NE se produit par le même mécanisme que le DE, mais avec abaissement du voile du palais. Portez la langue sur les alvéoles des dents incisives supérieures ; produisez dans l'arrière-bouche le frémissement qui précède l'articulation des consonnes JE, LE, ME, et abaissez vivement la langue jusqu'au milieu de la bouche en chassant l'air dans les narines.
Na, nà, nâ, né, ne. ne, ne, neu. ni, nî, no, nô, nou, noû, nu, nû; Nan, nin,non,nun. — Ni nues, ni neiges, ni naufrages n'empêcheront Napoléon Nestor Nicolas, notable négociant nantais, de noliser cette nuit neuf navires pour Nouméa. — Nos négrillons nouvellement nés nagent nus naturellement, et nonobstant la défense des noirs nautoniers, font la navette sur le Niger nauséabond, à la recherche des nénuphars.
Le NE s'écrit toujours par une N.
N, nous l'avons dit, sert à former les nasales.
Quand elle n'entre pas dans la formation des nasales, la consonne N sonne toujours, au commencement et dans le corps des mots, quand elle est seule : navire, àne, etc.
A la fin des mots, elle s'élide : — dans toutes les troisièmes personnes du pluriel des verbes : ils aime22t, ils recevaieiit, prononcez ils aime, ils recevé ; — et à la fin des mots Tarn et Béarn, prononcez: Tar et Béar ; mais elle se prononce dans les m.ots étrangers à la langue française, tels que : Amen, Aden, dictamen, spécimen, pollen, etc.
Deux N sonnent ordinairement comme une seule : année, hennir, bannir, sonner, se prononcent : anée, henir, banir, soner.
Exceptez les mots commençant en inn : in-né, in-nombrable — sauf innocent et innocenter ; — les noms propres :
An-22a, Apen-nins, Cin-iia, Lin-née ; — et quelques mots isolés, tels que les dérivés d'année : an-nales, ai2-22uité, etc., les adjectifs décen-na-l, septe22-22al, etc., an-nexe, an-nihiler ai2-220ter, co22-i2exion, coiî-iiivence, carz-iîibale, etc.
N prend le son nasal :
Quand, dans la syllabe dont il fait partie, il est précédé d'une voyelle et suivi d'une consonne : plai22te, enfantine, dent, incisive, etc.
Quand, précédé d'une voyelle, il termine un mot: sultan, chien, brun, craint, ton, pélican, safran. ^^
N terminal :
Sonore, se lie avec la voyelle suivante, en conservant le son propre : Polleninodore, pour pollen-inodore ; lichenenfleur, etc.
Nasal, il n'admet pas de liaison : pain-amer, chienaveugle, etc.
Muet, il reparaît pour permettre la liaison du mot suivant avec la consonne qu'il précède. Tarnégaronne, pour Tarn-et-Garonne ; ilsaimenlarire pour ils aiment-à-rire.
9?>. Le son et l'articulation de la nasale gutturale GNE.— Le GNE s'obtient en portant le dessus de la langue au palais tandis que la pointe s'appuie contre les dents de la mâchoire inférieure. Au moment de l'expiration, la base de la langue donnera à peine passage à l'air alin que le son sourd produit par cette résistance continue de passer par les fosses nasales pendant toute la durée de l'articulation vocale de la syllabe. Toute syllabe articulée en GNE fait entendre d'abord le son de l'I.
Gna, gnà, gnâ, gné, gnè, gnê, gne, gneu, gni, gnî, gno, gnô, gnou, gnoû, gnu, gnû, Gnan, gnin, gnon, gnun. —Eloigne, Seigneur, de tes agneaux, les loups
CH. m. — ARTICULATION DES CONSONNES 117
hargneux, les chiens borgnes et les bergers ignares. — Giiignon de Grignancourt, seigneur de Bagneux, geignant et grognon, s'éteignit, poignant détail, poignardé par ses compagnons, dans un coin ignoré des montagnes du Faucigny.
GNE n'a pas d'équivalent graphique.
11 perd le son mouillé, et se prononce guene :
Au commencement des mots : gnose, gnomon. Prononcez guenose, guenomon.
Dans un certain nombre de mots étrangers à la langue populaire, tels que : ag-nat, Ag-nus Dei, cog-nat, cognition, diag-nostic, ig-né, inexpug-nable, mag-nat, stagnant, et dérivés, etc.
« Signalons, dit M, Branchereau, deux fautes qui se commettent par rapport au son mouillé GNE. — La première est de l'introduire indûment dans des mots où Vn n'étant pas précédée d'un g doit garder sa prononciation ordinaire, de dire, par exemple, inagnière, au lieu de manière. — La seconde consiste à le supprimer là où il doit se faire entendre, à dire, par exemple : maiiifique au lieu de magnifique. »